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Une autre histoire de l'Europe en guerre

Gendarmeries et polices face à la première Guerre mondiale (1914-1918)

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Publié le mardi 24 mars 2015 par João Fernandes

Résumé

L'histoire de l'Europe dans la Grande Guerre reste à écrire dans sa dimension policière, en dépit de la fréquente invocation de la « contrainte » dans l'historiographie du conflit. De même que l’économie de paix se mue en système productif de guerre, les forces de l’ordre dans leur ensemble doivent s’adapter à de nouvelles conditions, comme le manifeste de façon emblématique Jules Sébille : chef des brigades mobiles avant 1914, il est attaché au généralissime Joffre pendant le conflit puis devient directeur des services généraux de police d’Alsace et de Lorraine pour les réorganiser et les franciser après la victoire. 

Annonce

Argumentaire

L'histoire de l'Europe dans la Grande Guerre reste à écrire dans sa dimension policière, en dépit de la fréquente invocation de la « contrainte1 » dans l'historiographie du conflit. Césure par excellence entre XIXe et XXe siècle, la Première Guerre mondiale fait plus que séparer deux périodes ; c'est une profonde vacance historiographique, au niveau national comme européen. À l'échelle de l'Europe, tandis que l'approche comparative menée par Jonas Campion, confrontant les cas des gendarmeries belge, française et néerlandaise porte sur la sortie de la Seconde Guerre mondiale2, le volume dirigé par G. H. Blaney s'intéresse à l'entre-deux-guerres3 ; portant notamment sur le premier conflit mondial, l'étude récente des justices militaires4, quoique essentielle, ne constitue qu'un élément d'un ensemble bien plus large, de même que l'important recueil sur le crime et la violence à l'époque contemporaine5. Dans l'histoire française des gendarmeries, les ouvrages se concentrant sur le XIXe siècle s'arrêtent souvent en 1914, quand la grande majorité des travaux sur le XXe siècle se soucie d'abord de la Seconde Guerre mondiale, et ce n'est que très récemment que des travaux pionniers se sont intéressés à cette césure pour elle-même (réalisés surtout au sein de l’Université Paris-Sorbonne en lien avec le séminaire « Acteurs, pratiques et représentations de la sécurité. Gendarmes, policiers, pompiers, soldats, magistrats et société, XIXe-XXIe siècles » animé par Jean-Noël Luc et Arnaud Houte, au nombre desquels l'étude d'ensemble de Louis-Napoléon Panel6), comme à une période brève mais intense et foncièrement différente de celle qui l'a précédée autant que de celle qui l'a suivie. En dépit de leur apport substantiel, ces recherches ne peuvent épuiser une thématique si riche et complexe, d'autant moins qu'elles ne s'insèrent pas dans le cadre plus général de la pluralité et de l’interaction des polices. Étudié pour les XVIIIe et XIXe siècles dans le cadre du chantier ANR « Systèmes policiers européens » (SYSPOE), ce dispositif et ces pratiques restent peu analysés pour la première partie de la Troisième République en dehors de rares travaux pionniers7.

L'histoire comparée de l'ensemble des polices dans la Première Guerre mondiale reste donc à écrire. De même que l’économie de paix se mue en système productif de guerre, les forces de l’ordre dans leur ensemble doivent s’adapter à de nouvelles conditions, comme le manifeste de façon emblématique Jules Sébille : chef des brigades mobiles avant 1914, il est attaché au généralissime Joffre pendant le conflit puis devient directeur des services généraux de police d’Alsace et de Lorraine pour les réorganiser et les franciser après la victoire. La démarche comparative est nécessaire non seulement parce que la Première Guerre mondiale a imposé des conditions d'activité comparables aux pays européens belligérants ainsi que, dans une certaine mesure, aux neutres, mais également parce qu'elle répond aux grandes similarités entre les systèmes policiers en raison des « circulations policières », qui conduisent les institutions à s’observer, s’hybrider et s’influencer les unes les autres. Déjà étudié pour les forces civiles8, ce processus l’a été également pour le modèle français de gendarmerie : la diffusion et l’adaptation de ce modèle, en Europe et au-delà, ont déjà fait l’objet d’un colloque international, Les gendarmeries dans le monde, de la Révolution française à nos jours9. L'approche comparée, large, dans une perspective européenne, destinée à établir des caractéristiques transnationales, ne peut atteindre sa fin qu'en restant soucieuse des singularités, qui existent entre plusieurs pays (ainsi, alors que les prévôtaux sont issus de la gendarmerie en France, en Belgique et en Allemagne, ils constituent une force autonome au Royaume-Uni, celle de la Royal Military Police), mais également en un même État, par exemple au sein même de la gendarmerie française, entre gendarmeries départementale, prévôtale, maritime, Garde républicaine, dont les corps et les conditions d'emploi au sein de la guerre diffèrent. En outre, l'examen des polices et des gendarmeries européennes ne doit pas limiter le regard à la seule Europe : le conflit est mondial, comme le sont certaines puissances belligérantes, dotées d'empires coloniaux, sur lesquels le conflit retentit d'une manière ou d'une autre – cette incorporation de l'espace colonial est d'autant plus intéressante qu'elle correspond à l'essor des études sur les polices coloniales dans les historiographies européennes10 dont Sven Schepp témoigne pour la partie allemande avec la police territoriale en Afrique allemande du Sud-Ouest11. Ce colloque veut ouvrir de nouvelles perspectives plutôt que d'apporter des réponses complètes et définitives sur un champ historiographique particulièrement vaste, complexe, nouveau.

Axes thématiques

Parmi les axes de réflexion sur ce thème, on pourra se demander :

  • en quoi la guerre changea-t-elle l’organisation, l'activité et les priorités policières ?
  • Quelle fut la part prise par les policiers et les gendarmes européens ex officio, comme les carabiniers italiens12, ou individuellement, comme de nombreux gendarmes français, aux combats de la Première Guerre mondiale ?
  • Quelle part polices et gendarmeries prirent-elles aux désordres, aux contestations (ainsi de la grève de la police au Royaume-Uni13) ou aux crimes de la période (participation au génocide arménien14) ?
  • Dans quelle mesure gendarmes et policiers furent-ils plus militarisés à la fin du conflit, comme le suggère l'exemple des carabiniers italiens15 ?
  • Jusqu'à quel point la guerre, par les contacts entre alliés ou entre occupants et occupés, favorisa-t-elle les circulations policières ?
  • En quoi la guerre fut-elle un accélérateur des tendances à l'œuvre avant-guerre, ou, au contraire, les contraria-t-elle ?

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Accompagnées d'un CV d'une page, les propositions de communication (jusqu'à 1500 mots environ) seront envoyées

avant le 1er juin 2015

aux adresses suivantes :

guillaume.payen@paris-sorbonne.fr

jonas.campion@uclouvain.be

laurentlopez8@gmail.com

Comité scientifique

  • Dr. Jonas Campion (université catholique de Louvain-la-Neuve)
  • Rect. Jean-François Chanet (académie de Besançon)
  • Pr. François Cochet (université de Lorraine)
  • Lieutenant-colonel Édouard Ébel (Service historique de la Défense)
  • Pr. Clive Emsley (Open University, Londres)
  • Dr. Laurent López (université Paris-Sorbonne)
  • Pr. Jean-Noël Luc (université Paris-Sorbonne)
  • Dr. Benoît Majérus (université de Luxembourg)
  • Dr. Louis-Napoléon Panel (conservateur du patrimoine)
  • Dr. Guillaume Payen (CREOGN / Paris-Sorbonne)
  • Pr. Xavier Rousseaux (université catholique de Louvain-la-Neuve)
  • Pr. Axel Tixhon (université de Namur)

 

1Exemple parmi d'autres, François COCHET, Survivre au front (1914-1918). Les poilus entre contrainte et consentement, Saint-Cloud, 14-18 Éditions, 2005.

2Jonas CAMPION, Les Gendarmes belges, français et néerlandais à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, Bruxelles, André Versaille éditeur, 2011. Sur l’impact de la Seconde Guerre mondiale en termes policiers, voir aussi le pionnier Cyrille Fijnaut (dir.), The Impact of World War II on Policing in North-West Europe, Leuven, Leuven University Press, 2004.

3Gerald BLANEY (dir.), Policing Interwar Europe, Continuity, Change and Crisis, 1918-1940, London, Palgrave-Macmillan, 2007.

4Jean-Marc BERLIÈRE, Jonas CAMPION, Xavier ROUSSEAUX, Luigi LACCHÉ, Justices militaires et guerres mondiales (Europe 1914-1950) (Histoire, Justice, société), Louvain-la-Neuve, Presses Universitaires de Louvain, 2013.

5EphēAvdela, Shany D'Cruze, Judith Rowbotham, Jeffrey S. Adler (dir.), Problems of Crime and Violence in Europe, 1780-2000: Essays in Criminal Justice, Lewiston, N.Y., Edwin Mellen Press, 2010.

6Ces recherches ont été conduites essentiellement dans. Dans la liste suivante, sauf mention contraire, la direction des travaux a été assurée par le pr. Jean-Noël Luc à Paris-Sorbonne : Cécile BLANCHEMANCHE, La Gendarmerie en Algérie pendant la Première Guerre mondiale, mémoire de maîtrise sous la direction de Jacques Frémeaux, 2005, 150 p. ; Olivier BUCHBINDER, Les missions de la prévôté pendant la Grande Guerre, mémoire de maîtrise, 2002, 187 p. (prix littéraire de la Gendarmerie 2003), publié sous le tire Gendarmerie prévôtale et maintien de l'ordre : 1914-1918, Maisons-Alfort, Service historique de la Gendarmerie nationale, 2004 ; Soazig DELEBECQUE, La Garde Républicaine durant la Grande Guerre (1914-1918), mémoire de maîtrise sous la direction de Jean-Louis Robert et Claude Pennetier, université Paris I, 2002. ; Élodie DETRAIT, Les Gendarmes et leurs administrés dans les départements frontaliers avec l’Italie et la Suisse pendant la Grande Guerre, mémoire de master II, 2007, 187 p. ; Marie-Laure FÉRY, Prévôté et lutte contre l’alcoolisme dans le Groupe d’armées du Nord pendant la Grande Guerre, mémoire de maîtrise, 2000, 151 p. ; Valérie JUVE, Rôle et dysfonctionnement de la prévôté pendant la Grande Guerre, mémoire de maîtrise, 2001, 150 p. ; Louis-Napoléon PANEL, Gendarmerie, prévention des suspects et lutte contre l’espionnage (1914-1918), mémoire de maîtrise, 2001, 236 p. (prix littéraire de la Gendarmerie 2002), publié sous le titre « Gendarmerie et contre-espionnage : 1914-1918 », préf. de Jean-Jacques Becker, Maisons-Alfort, Service historique de la Gendarmerie nationale, 2004 ; id., La Gendarmerie dans la Grande Guerre, DEA, 2003, 220 p. ; id., la Gendarmerie pendant la grande guerre, sur le terrain des opérations et à l’arrière, 2010, publié sous le titre La Grande Guerre des gendarmes : forcer, au besoin, leur obéissance ?, Paris, Nouveau Monde éd., 2013 ; Mélanie PESLERBE, La gendarmerie et le renseignement durant la Grande Guerre, master I, 148 p. ; IsabelleROY, Un ordre français au carrefour des nations ? La prévôté française à Salonique et en Macédoine occidentale pendant la Première Guerre mondiale (1915-1920), mémoire de maîtrise, 2001, 243 p., publié sous le titre La Gendarmerie française en Macédoine (1915-1920), Maisons-Alfort, Service historique de la Gendarmerie nationale, 2004.). ; Carine SAADA, Le colonel Béringuier, acteur et théoricien de la gendarmerie, de la Belle Époque aux années 1920, mémoire de maîtrise, 2000, 143 p. ; Laura SCHMITLIN, Les yeux et les oreilles de la France ? La gendarmerie et le renseignement dans les 2e et 6e légions pendant la Grande Guerre, mémoire de master II, 2006, 134 p.

7Laurent LÓPEZ, La Guerre des polices n'a pas eu lieu. gendarmes et policiers, co-acteurs de la sécurité publique sous la Troisième République (1870-1914), Paris, PUPS, 2014.

8Catherine DENYS (dir.), Circulations policières (1750-1914), Lille, Presses universitaires du septentrion, 2012.

9Colloque co-organisé, en 2013, par l’Université Paris-Sorbonne et la Société nationale Histoire et Patrimoine de la Gendarmerie ; ouvrage à paraître en 2015.

10Mentionnons notamment : Jean-Pierre BAT & Nicolas COURTIN (dir.), Maintenir l'ordre colonial : Afrique et Madagascar (XIXè-XXè siècles), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012 ; Michael BROGDEN & Graham ELLISON, Policing in an Age of Austerity: A Postcolonial Perspective, Oxon, Routledge, 2013 ; Vincent DENIS et Catherine DENYS (dir.), Polices d' Empires : XVIIIe-XIXe siècles, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012.

11Sven SCHEPP, Unter dem Kreuz des Südens : auf Spuren der Kaiserlichen Landespolizei von Deutsch-Südwestafrika, Frankfurt am Main, Verlag für Polizeiwissenschaft, 2009.

12Filippo CAPPELLANO & Flavio CARBONE, « I Carabinieri Reali al fronte nella Grande Guerra », dans Nicola Labanca, Giorgio Rochat (dir.), Il soldato, la guerra e il rischio di morire, Milano, Unicopli Edizioni, 2006, p. 167-214.

13David ENGLANDER, « Police and Public Order in Britain 1914-1918 », dans Clive Emsley & Barbara Weinberger (dir.), Policing Western Europe: Politics, Professionalism, and Public Order, 1850-1940, New York, Greenwood Press,1991, p. 90-138.

14Glen W. Swanson, « The Ottoman Police », Journal of Contemporary History, 7,janvier-avril 1972, p. 243-260.

15Flavio CARBONE, « The Military Impact of Victory or Defeat on the Political and Social Structure of a Nation. The First WW Victory's Impact upon the Royal Carabinieri in Italy, 1919-1922 », dans Miloslav Čaplovič, Mária Stanová & André Rakoto (dir.), Exiting wars, Bratislava-Vincennes, Vojenský historický ústav & Service Historique de la Défense, 2007, p. 150-166.

Lieux

  • Amphithéâtre Moncey - Avenue du 13e Dragons
    Melun, France (77)

Dates

  • lundi 01 juin 2015

Fichiers attachés

Mots-clés

  • gendarmerie, police, première guerre mondiale, France, Europe, colonies, histoire comparée

Contacts

  • Laurent Lopez
    courriel : laurentlopez8 [at] gmail [dot] com
  • Jonas Campion
    courriel : jonas [dot] campion [at] univ-lille3 [dot] fr
  • Guillaume Payen
    courriel : guillaume [dot] payen [at] paris-sorbonne [dot] fr

Source de l'information

  • Guillaume Payen
    courriel : guillaume [dot] payen [at] paris-sorbonne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Une autre histoire de l'Europe en guerre », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 24 mars 2015, http://calenda.org/322436