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L'islam en France

Islam in France

Revue Ethnologie Française

Ethnologie Française journal

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Publié le jeudi 02 avril 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Les études sur l’islam, véritable champ de la recherche constitué depuis des décennies, semblent surtout déployées par les islamologues, les historiens, les politologues (ceux-ci, très médiatisés, occupent une position dominante dans le débat), les juristes, les philosophes et les sociologues. Ces recherches sont nombreuses et traitent de thématiques multiples : les mouvements salafistes, le djihadisme, le droit islamique, l’histoire de l’immigration et de la présence musulmane en Europe, l’étude des flux financiers France / Maghreb, la normativité, les « printemps arabes » vus d’Europe, etc. Mais elles laissent le quotidien de la pratique cultuelle et le vécu des familles dans l’ombre. Si bien que les communautés nationales religieuses, et les formes de pratiques sur lesquelles elles prennent appui, restent assez peu questionnées par la recherche en sciences sociales.

Annonce

Argumentaire

La présence de l’islam en France n’est pas récente. Elle s’inscrit à partir du 19e siècle[1] parallèlement à l’occupation et à la colonisation de l’Algérie de 1830 à 1962, de la Tunisie de 1881 à 1956 et du Maroc de 1912 à 1956. Comme on le sait, la religion musulmane se présente sous une pluralité de formes, et son expression varie aussi selon la géographie.

Paradoxalement, les études sur l’islam, véritable champ de la recherche constitué depuis des décennies, semblent surtout déployées par les islamologues, les historiens, les politologues (ceux-ci, très médiatisés, occupent une position dominante dans le débat), les juristes, les philosophes et les sociologues. Ces recherches sont nombreuses et traitent de thématiques multiples : les mouvements salafistes, le djihadisme, le droit islamique, l’histoire de l’immigration et de la présence musulmane en Europe, l’étude des flux financiers France/Maghreb, la normativité, les « printemps arabes » vus d’Europe, etc. Mais elles laissent le quotidien de la pratique cultuelle et le vécu des familles dans l’ombre. Si bien que les communautés nationales religieuses[2], et les formes de pratiques sur lesquelles elles prennent appui, restent assez peu questionnées par la recherche en sciences sociales.

La sociologie, quant à elle, s’est surtout concentrée sur la question des « banlieues » et des quartiers dits « sensibles » ou « ghettos », la question de l’islam demeurant le plus souvent à la marge des analyses surtout orientées sur l’exclusion, le déracinement, les émeutes.

Les études proprement anthropologiques ont pris principalement pour objet les rituels sacrificiels et le halal, alors que l’étude des sociétés musulmanes se développe de façon importante dès la fin des années 1970 (sans oublier bien sûr l’ethnographie coloniale au Maghreb).

De plus, priorité est souvent faite à l’étude des données textuelles laquelle entraîne mécaniquement une occultation des ethnographies du vécu de la religion au quotidien. On entend souvent parler d’une « orthodoxie musulmane », terminologie inappropriée puisque l’islam ne dispose pas de l’équivalent d’une Eglise, d’un Pape, ni d’instances telles que le concile ou le synode. Il n’y a pas de chef unique désigné autorisé à dire la « Vérité ». L’ « orthodoxie » supposée se confond souvent avec le hanbalisme ou le wahhabisme. Il s’agit là d’un courant récent qui s’est propagé au début du 20e siècle en se présentant comme un courant « réformateur » (islâh) lequel est hostile aux marabouts, aux « saints » et à l’idée d’intercession, des pratiques pourtant courantes et nombreuses au Maghreb notamment. Le wahhabisme a alors traité de l’islam dit « populaire » issu de la science soufie (hagiologie) comme d’un tissu de balivernes et de sornettes. Or, la recherche en sciences sociales s’est focalisée quasi exclusivement sur ce courant réformateur[3] en oubliant de s’intéresser aux courants majoritaire, à leur pratique religieuse, et à la façon dont celle-ci s’articule avec le quotidien d’un environnement laïcisé où les références dominantes (jours fériés, noms des rues, etc.) principalement issues de l’univers judéo-chrétien, leur laissent peu de place.

Ce constat nous conduit à la préparation d’un numéro spécial d’Ethnologie Française qui propose précisément d’aborder, d’un point de vue anthropologique, les cultures musulmanes françaises sans omettre la perspective comparatiste, celles des liens ténus et nombreux entre ces cultures et les pays dits d’origine et d’Outremer. L’objectif visé consiste aussi à rassembler des chercheurs et des étudiants qui, souvent, ont conduit des travaux de façon isolée.

Voici quelques unes des pistes d’analyses privilégiées, liste non limitative :

  • L’islam en France : les pratiques religieuses musulmanes, leur diversité et leurs spécificités.
  • La notion contestée « d’islamophobie » à laquelle il faudrait substituer l’expression de « rejet » ou de « discrimination » des Musulmans.
  • Islam et prescriptions alimentaires : consommation halal, pratique du ramadan, l’anthropologie du marché et des filières de nourriture halal en France et les débats suscités.
  • La question du voile tant débattue et le regard du monde anglo-saxon sur une interrogation très française (Why the French don’t like headscarves ? par exemple de Bowen[4]).
  • Le féminisme islamique en France.
  • Les normativités sexuelles et leurs contestations.
  • Les terminologies qui globalisent et entraînent des confusions dans le sens commun : Immigrés, Musulmans et Arabes…
  • Croyants et/ou pratiquants : une question anthropologique majeure.
  • La question de la « visibilité » de l’islam : les mosquées et les salles de prière, les prières dans la rue.
  • Le rapport au corps et à la mort : les carrés musulmans, etc.
  • L’analyse des a priori nombreux qui sous-tendent systématiquement l’évocation de la religion musulmane en France : le communautarisme, les rapports de domination, la laïcité, « origine musulmane et confession musulmane », etc.

Notes

[1] Les relations entre la France et l’islam sont bien plus anciennes, la présence d’un nombre important de Musulmans débute grosso modo avec la colonisation de l’Algérie. Il y a eu des Egyptiens arrivés en France après l’expédition de Bonaparte donc bien avant la colonisation algérienne mais en moins grand nombre.

[2] En dehors des communautés nationales liées à la France coloniale qui sont toutes malikites, on relève également la présence des Pakistanais, des Turcs et des Iraniens.

[3] Les études sont majoritairement celle des politologues qui présentent souvent des recherches avec pour seul paradigme celui de la sécurité et du contrôle…

[4] John R. Bowen, 2007, Why the French don’t like Headscarves. Islam, the State and Public Space, Princeton, Princeton University Press.

Modalités de soumission

Les propositions doivent être adressées à Marie-Luce Gélard, éditeur invité de la revue, accompagnées d’un titre, d’un résumé compris entre un minimum de 800 mots et un maximum de 2000.

au plus tard le 1er septembre 2015.

Les projets d’articles devront renseigner la nature des données, les enquêtes ethnographiques menées et les principaux questionnements sous-jacents.

La sélection des propositions sera transmise aux auteurs fin novembre 2015.

Les textes définitifs devront être envoyés en septembre 2016.

Contact : Marie-Luce Gélard : mlgelard@yahoo.fr

Catégories

Dates

  • mardi 01 septembre 2015

Mots-clés

  • islam, musulman, pratique, quotidien

Contacts

  • Marie-Luce Gélard
    courriel : mlgelard [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Marie-Luce Gélard
    courriel : mlgelard [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'islam en France », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 02 avril 2015, http://calenda.org/323818