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Productions, pratiques, mobilités et échanges

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Publié le mardi 14 avril 2015 par João Fernandes

Résumé

Le journalisme dans les pays du Maghreb est un terrain de recherche qui a été relativement peu investi ces dernières années. Des travaux ont certes été réalisés sur les médias de manière générale, sur les transformations du paysage audiovisuel arabe et maghrébin, sur l’irruption des chaînes satellitaires et d’internet, comme sur les pratiques de réception. Ils ont mis en évidence l’usage croissant des NTIC, notamment des réseaux sociaux et la diffusion de supports médiatiques électroniques. À cette individualisation de la réception et des attentes (très inégalitaire selon les âges, les sexes et les milieux sociaux) vient s’ajouter une ouverture économique, inégale et mesurée selon les États, et l’émergence de nouveaux profils d’entrepreneurs médiatiques.

Annonce

L’Année du Maghreb n°15 | 2016-II 

Argumentaire 

Le journalisme dans les pays du Maghreb est un terrain de recherche qui a été relativement peu investi ces dernières années. Des travaux ont certes été réalisés sur les médias de manière générale, sur les transformations du paysage audiovisuel arabe et maghrébin, sur l’irruption des chaînes satellitaires et d’internet, comme sur les pratiques de réception. Ils ont mis en évidence l’usage croissant des NTIC, notamment des réseaux sociaux et la diffusion de supports médiatiques électroniques. À cette individualisation de la réception et des attentes (très inégalitaire selon les âges, les sexes et les milieux sociaux) vient s’ajouter une ouverture économique, inégale et mesurée selon les États, et l’émergence de nouveaux profils d’entrepreneurs médiatiques. Plus récemment, les changements politiques qui se sont produits dans la région ont été l’occasion de prêter aux médias un rôle déterminant dans les mutations que ces pays ont connues, au point d’en faire parfois trop rapidement les moteurs du déclenchement des mobilisations sociales et des évènements qui ont suivi. Mais le journalisme en tant que pratiques concrètes n’a peut-être pas assez suscité l’attention qu’il mérite au regard des enjeux sociaux, politiques et économiques qu’il représente. La profession est pourtant en pleine évolution, influencée par l’environnement politique, socioculturel et les exigences économiques déterminant ses nouvelles conditions d’exercice. D’un autre côté, les évolutions technologiques et leurs usages diversifiés dans les entreprises médiatiques de la région tendent à induire de nouvelles pratiques professionnelles et de nouvelles spécialisations. Ce nouvel environnement, à la fois technique, financier, social, politique, culturel et cognitif, invite à considérer le journalisme comme un lieu d’observation et un point d’entrée privilégiés d’un questionnement sur le fonctionnement des espaces médiatiques au sens large : non seulement en tant que lieux de pratiques, nouvelles et diversifiées, mais aussi en tant qu’univers où se jouent des luttes de représentations du monde social…

Consulter l’ensemble de l’appel à contributions sur le site de L’Année du Maghreb http://anneemaghreb.revues.org/2354

Axes thématiques

1. Les journalistes aux prises avec des logiques concurrentes

Placer les figures du journaliste au centre du questionnement permet peut-être une approche plus fine des logiques de fonctionnement des univers médiatiques au Maghreb, qu’elles soient politiques, économiques, sociales et professionnelles. Les nouveaux acteurs économiques, les nouveaux supports et canaux de diffusion, les anciennes et nouvelles formes de régulation sont loin d’être sans effets non seulement sur les pratiques journalistiques, mais aussi sur les valeurs et représentations qui imprègnent leurs discours, les contenus qui participent de la construction des représentations du monde social. Autrement dit, le principe de ce numéro est de lier autant que possibles les logiques de production et de diffusion des news avec les contenus eux-mêmes.

Au travers des journalistes, c’est par conséquent toute une économie politique des médias généralistes ou spécialisés, transnationaux, nationaux ou locaux que les contributions doivent donner à voir : dispositif législatif et règlementaire encadrant la profession, caractéristiques des modèles économico-politiques (audiences, publicités, aides étatiques, etc.), infrastructures matérielles, logiques de diffusion et de contrôle (notamment sur des réseaux de télécommunications), etc. Si le pouvoir d’État semble desserrer quelque peu son emprise, les “ouvertures” ne sont pas forcément toutes synonymes de ruptures. Les espaces médiatiques au Maghreb suscitent de plus en plus l’intérêt de capitaux “privés”, très soucieux d’offrir une visibilité à leurs activités. Les jeux des nouveaux entrepreneurs “privés” nationaux en quête de marchés publics, les politiques de régulation prétendant organiser un secteur en plein essor, les chartes de déontologie et codes de la presse se proposant de définir les « bonnes pratiques » et les frontières entre le dicible et l’indicible dans l’espace public, les formes de censure ou d’autocensure touchent de façon essentielle les modalités d’exercice du métier.

Cette analyse de l’économie au sens large du journalisme dans les pays du Maghreb gagnerait enfin à prendre en considération le poids des logiques de transnationalisation de plusieurs manières. Ainsi, il serait probablement intéressant de disposer par exemple de contributions sur la position des journalistes maghrébins travaillant dans les médias transnationaux comme France 24, Al Jazeera, Al Arabiya, BBC, Sky News, etc., qui produit probablement des effets sur les manières de traiter les évènements qui se produisent dans leur pays d’origine. Par exemple, le rôle des journalistes tunisiens d’Al Jazeera et France 24 en langue arabe a été déterminant pendant les évènements en Tunisie du 10 décembre 2010 au 14 janvier 2011. De même, des travaux permettant d’appréhender très précisément les enjeux autour de l’investissement des espaces journalistiques nationaux au Maghreb par des groupes étrangers, de la diffusion des grands médias transnationaux liés à des États, des modèles concurrents d’excellence professionnelle, des injonctions d’organisations internationales en matière de “liberté de la presse”, de “représentations des minorités”, etc. sont attendus.

2. Pratiques professionnelles et relations aux sources d’information

La deuxième entrée de cet ensemble vise à rendre compte des conditions sociales et historiques de production de l’information dans des contextes qui, selon les cas nationaux et les époques, renvoient à des formes d’autoritarisme démocratique, de démocratie autoritaire, de consensus affiché ou revendiqué ou bien encore d’expression de formes extrêmes de violence se réclamant de démarches politiques ou religieuses. Il convient ici de rompre avec les analyses trop normatives et politiques qui tendent à homogénéiser les conditions d’exercice du journalisme dans les différents pays du Maghreb, notamment en les opposant à celles des “démocraties occidentales”.

Cette question du processus de production de l’information engage aussi bien les méthodes professionnelles que les rapports des journalistes aux sources d’information et aux publics. Plusieurs pratiques méritent d’être repensées à l’aune des bouleversements contemporains et des héritages coloniaux. Qu’en est-il des formes d’interdépendances du journalisme d’information générale avec les métiers de la politique, de l’économie, de la publicité et de la communication notamment ? Si tout le monde s’accorde à revendiquer la “liberté d’expression” et parfois même le fait d’en être le garant, comment s’exprime l’autocensure ou les compromissions commandées par une nécessaire prudence ? Comment varient-elles selon qu’on travaille dans son pays d’origine ou depuis l’étranger ? Quels sont les processus de contournement de la censure ? Toutes les sanctions des transgressions relèvent-elles de l’État et de ses censeurs ? Comment ces pratiques sont-elles reconfigurées ou non par l’apparition de nouveaux sous-univers médiatiques comme les plateformes de vidéo en ligne, les blogs, la presse spécialisée (notamment économique) en pleine expansion par exemple ?

Les pratiques journalistiques peuvent être également questionnées à partir d’une série de caractéristiques historiques des États du Maghreb : comment se traduit, dans l’espace médiatique, la représentation des différences d’opinion politique, de culture, de langue ou de religion ? Si cette “diversité” est revendiquée, et parfois garantie par un texte de niveau constitutionnel, dit-on et peut-on dire les mêmes choses dans une presse ou des médias en langue arabe, en français, dans les langues amazighes, en anglais, etc. ? La presse partisane, dont la mise en place remonte souvent aux indépendances, participe-t-elle de la construction d’un débat d’opinion ? Est-ce qu’on y traite les mêmes sujets et peut-on dire les mêmes choses si l’on est une femme ou un homme ? Avec la féminisation croissante de la profession, peut-on circonscrire des manières de faire “féminines” dans la couverture, le traitement et le choix des sujets ? Ces changements induisent-ils une modification des images de la femme véhiculées par les médias ?

L’analyse des pratiques peut être également réalisée à partir de la mobilité professionnelle des journalistes entre différentes rédactions, supports, spécialisations, langues, voire pays. Est-elle, et sous quelles conditions, une forme de conquête d’espaces d’autonomie et d’expression ? Par exemple, de plus en plus souvent, un texte lissé pour une rédaction peut paraître dans une version moins expurgée et plus longue dans un billet de blog. Mais a contrario, cette mobilité ne peut-elle pas aussi parfois être subie, du fait de marchés journalistiques où les offres d’emploi pérennes se rétrécissent de façon croissante ? Assiste-t-on à un renforcement de la précarisation par un volant de main-d’œuvre fourni par des cohortes de jeunes diplômés, notamment en sciences sociales sans emplois ?

3. Une sociologie des professionnels de l’information au Maghreb

Les études de cas attendues dans ce dossier entendent enfin permettre de poser les jalons d’un questionnement sur la sociologie des professionnels, de la « vocation » pour le journalisme, des engagements qu’elle représente et, du même coup, des enjeux autour des représentations sociales du journalisme.

Une première piste consiste à ré-interroger les logiques d’entrée, de socialisation et de carrière dans la profession. Ainsi, compte tenu de l’ouverture d’un marché de la formation, parfois très concurrentiel, les enquêtes sur les formations au journalisme, l’évolution des cursus et des contenus des enseignements au regard des transformations contemporaines (économique, politique, technologique, etc.) de l’activité journalistique mais aussi des méthodes de travail, des normes professionnelles transmises, seraient bienvenues. Comment reproduisent-elles ou déplacent-elles la ligne de genre entre « sujets » masculins et féminins ? Sont-elles des lieux où s’atténuent ou bien se perpétuent les clivages linguistiques ? Quelle est la part de la formation à l’étranger et son rôle dans la diffusion de standards internationaux ? Quel est le fonctionnement des rédactions au regard de ces enjeux ? De même, parce qu’elles sont aussi des lieux où l’identité professionnelle se forge, voire se défend, l’observation des organisations socioprofessionnelles (syndicats, associations, clubs, etc.) sont souvent d’excellents laboratoires des luttes de définition du “bon” journalisme.

Un autre terrain probablement fécond est de restituer les transformations du recrutement et des profils des journalistes. Ainsi, par exemple, la féminisation, le déclin relatif du journalisme partisan, la montée des médias spécialisés, le poids croissant de la langue arabe, la montée des nouvelles technologies dans l’activité des journalistes ou encore les transformations considérables des systèmes d’enseignement, etc. sont autant de phénomènes qui méritent d’être analysés finement, tout autant bien évidemment que leurs effets sur les productions journalistiques elles-mêmes. De nouveaux profils semblent émerger à différents niveaux de la hiérarchie professionnelle, notamment parmi les cadres-dirigeants des médias, qui ne sont plus forcément issus des mondes politiques. Cette interrogation sur les trajectoires sociales et professionnelles ne doit pas être posée seulement à partir des médias nationaux classiques généralistes, mais aussi des nouveaux supports d’information. De même, le dossier accueillera volontiers des articles visant à analyser les mobilités géographiques et professionnelles, nationales et transnationales des journalistes. Par exemple, la migration de journalistes travaillant dans des médias nationaux vers des nouveaux supports transnationaux en langues anglaise, française et surtout arabe est une autre manière de poser la question d’une sociologie des professionnels de la production de l’information au Maghreb, sur le Maghreb et de ses effets.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Date limite de réception des propositions de contribution (titre et résumé) :

15 mai 2015

Résumé et problématique de votre proposition de contribution : environ 2000 signes, pas plus de 5000 signes. Merci d'insister, dans votre présentation, sur le corpus de données sur lequel sera fondée votre contribution, son originalité, ainsi que sur vos hypothèses de recherche ou la démonstration que vous entendez conduire

Pour soumettre une contribution, utilisez le formulaire en ligne 

(https://docs.google.com/forms/d/1NDT1lgthG8sjCAo1uywI89aC-VLqG7PNf6knqycGf0M/viewform)

Calendrier du dossier  

  •  Publication de l’appel à contribution : 1er avril 2015
  •  Date limite de réception des propositions de contribution : 15 mai 2015
  •  Sélection des propositions par le comité éditorial et les coordonnateurs : 1erjuin 2015
  •  Date limite de réception des articles rédigés : 1er décembre 2015
  •  Envoi des textes en évaluation : 15 décembre 2015
  •  Fin du processus d’évaluation et début de l’édition : 15 mai 2016
  •  Envoi du numéro à l’éditeur : 1er octobre 2016
  •  Parution du numéro (avec les chroniques) : 15 novembre 2016 

Coordinateurs

  • Larbi Chouikha,
  • Cherif Dris,
  • Dominique Marchetti et
  • Belkacem Mostefaoui 

Directrice de publication : Ghislaine Alleaume (Iremam/cnrs)
Directeur scientifique et rédacteur en chef : Frédéric Abécassis (Larhra/ ENS Lyon)
Secrétariat de rédaction : Sabine Partouche (Iremam/cnrs)
Relecture : Danielle Rouvier (Iremam/cnrs) 

Comité de rédaction 

  • Frédéric Abécassis, Rédacteur en chef et responsable scientifique, ENS de Lyon, LARHRA
  • Ghislaine Alleaume, Directrice de publication, IREMAM
  • Sophie Bava, LPED/ AMU-IRD
  • Saïd Belguidoum, Université d'Aix-Marseille, IREMAM
  • Katia Boissevain, IDEMEC
  • Myriam Catusse, IREMAM
  • Karima Dirèche, TELEMME
  • Isabelle Grangaud, IREMAM
  • Didier Guignard, IREMAM
  • Sylvie Mazzella, LAMES
  • Sabine Partouche, Secrétaire de rédaction, IREMAM
  • François Siino, IREMAM
  • Mohamed Tozy, Université d'Aix-Marseille, LAMES

Lieux

  • IREMAM MMSH - 5, rue du Château de l'Horloge
    Aix-en-Provence, France (13094)

Dates

  • vendredi 15 mai 2015

Mots-clés

  • profession, journaliste, science de l'information, Maghreb

Contacts

  • Frédéric Abécassis
    courriel : frederic [dot] abecassis [at] ens-lyon [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Sabine Partouche
    courriel : partouche [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Profession journaliste », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 14 avril 2015, http://calenda.org/324373