AccueilTravail social et recherche en sciences sociales : de l’injonction au rapprochement à l’appropriation collective ?

Travail social et recherche en sciences sociales : de l’injonction au rapprochement à l’appropriation collective ?

Expériences de croisement entre recherche et travail social dans le domaine de la consommation d’énergie… et ailleurs

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Publié le lundi 20 avril 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Cette journée d’étude a pour objectif d’apporter un regard distancié, concret et documenté sur les liens entre travail social et recherche en sciences sociales. La journée s’appuie principalement sur des exemples issus de recherches et d’interventions sociales dans le domaine de la consommation d’énergie des ménages et de la « précarité énergétique », sans exclure lors des sessions d’ateliers des témoignages et des approches issus d’autres champs de recherche. La journée marque le point de départ de la mise en place d’un espace de réflexion conjoint ou d’espace de rencontres avec la perspective de construire des projets communs entre acteurs de terrain et chercheurs.

Annonce

Argumentaire

Les sciences sociales prennent régulièrement le travail social pour « terrain de jeu ». Depuis le milieu des années 1980, et pour en rester au cas français, le « retour de la question sociale » a amené les recherches sur ce terrain à se multiplier. En retour, les travailleurs sociaux et les formateurs en travail social puisent dans ce corpus de connaissances, le discutent ou se le réapproprient en cours de formation ou dans la pratique de terrain. L’engagement de travailleurs sociaux dans la recherche et la réflexion sur la pratique a conduit à la création d’un « doctorat » en travail social. La production d’ouvrages autour de la recherche en travail social, plus ou moins autonomisée des « disciplines » depuis longtemps institutionnalisées dans le champ universitaire, est aussi conséquente. Une large réflexion a été engagée lors de la conférence de consensus sur la recherche en/dans/sur le travail social, qui a suscité par ailleurs de nombreux débats autour des articulations entre sciences sociales et travail social, et de l’émergence, controversée, du travail social comme discipline scientifique à part entière. Il n’en reste pas moins qu’en France, malgré l’existence de ces initiatives et de programmes de recherche-action, semble encore persister une certaine défiance entre travailleurs sociaux et universitaires, la relation étant souvent proche d’un utilitarisme explicite, l’un servant l’autre dans son objectif et réciproquement. Le champ du travail social et celui des sciences sociales, tout en s’empruntant mutuellement, cherchent à s’autonomiser l’un vis-à-vis de l’autre. Le premier, par des ambitions de créer sa propre logique de recherche en dépit de réflexions sur les conditions de possibilité d’une recherche en travail social, la seconde en faisant du premier « un terrain » plutôt qu’un partenaire du collectif de la recherche.

Ce constat est problématique. En effet, les conditions d’une réflexivité pratique sur cet usage croisé ne paraissent pas réunies. Comment aider à penser cette question qui fait déjà couler beaucoup d’encre ? Nous proposons de l’examiner à partir d’un cas concret, celui de la consommation d’énergie des ménages. Qu’elle soit traitée sous l’angle des préoccupations environnementales, abordée à partir des nouvelles normativités en matière de consommation (avec les politiques de « maîtrise » de la consommation) ou prise comme facteurs de précarisation des ménages modestes ou intermédiaires (« précarité énergétique »), la consommation domestique d’énergie vient en effet s’inscrire simultanément dans le champ du travail social et dans celui des sciences sociales. Il est alors possible d’examiner comment elle vient à être appropriée par chacune des parties, séparément, mais aussi conjointement, pour en faire quoi et comment. De plus, la demande sociale est forte sur ce thème, alors que celle-ci rend bien souvent difficile la réflexivité pratique. Cette réflexivité pourrait cependant s’avérer fort utile pour penser ce qu’il convient bien d’appeler des inégalités sociales en matière de consommation d’énergie, tant semblent se rejouer au travers de ce thème des épisodes du passé, notamment en matière de consommation alimentaire : encadrement de l’intimité des classes populaires, diffusion d’une morale de la consommation, imposition d’un mode de faire légitimé par des théories « scientifiques », responsabilisation individuelle autour d’un problème collectif mettant en jeux des rapports sociaux inégaux, etc. La réflexivité sur ce thème permettrait au moins de s’économiser les difficultés rencontrées autrefois dans des contextes analogues et de plaquer sur la réalité diffuse et protéiforme de la consommation d’énergie des catégories d’action publique esquissées dans l’urgence du phénomène ou des solutions mal adaptées à l’envergure du phénomène ainsi qu’à son caractère collectif.

Autour de ces enjeux, la journée d’étude se déroule en trois temps. Il s’agit d’abord de mettre en évidence la genèse de ce problème social de l’énergie dans la société française contemporaine, tant du point de vue des travailleurs sociaux que des chercheurs en sciences sociales. En second lieu, l’objectif est d’engager une réflexion sur les liens ou les rapprochements possibles entre travail social et sciences sociales à partir de cas concrets. Enfin, lors des ateliers, les présentations proposent un état des lieux actuel de cette question, avec, là encore, une ouverture à d’autres champs de recherche et d’intervention sociale que celui de l’énergie.

Programme 

  • 8 h 30 – 9 h 00 : Accueil des participants
  • 9 h 00 – 9h15 : Introduction autour des liens entre recherche et travail social (directeur de l’IRTS / directrice du LAMES)
  • 9 h 15 à 10H : Johanna Lees, docteure en anthropologie, La consommation d’énergie comme problème social, par-delà les catégories d’action publique la réalité des habitants et des intervenants sociaux
  • 10H à 10 h 15 : débat avec la salle
  • 10 h 15 – 10 h 30 : pause-café
  • 10 h 30 à 11 h 15 : Isolde Devalière, sociologue au Centre scientifique et technique du Bâtiment, membre de l’Observatoire national de la précarité énergétique et Claire Bailly, Formatrice sur le thème de la précarité énergétique et consultante.
  • 11h 15 – 12 h 15 : Manuel Boucher, sociologue, directeur scientifique du Laboratoire d’Étude et de Recherche sociale de l’IRTS de Haute-Normandie, La recherche en sciences sociales dans et sur le champ social : conditions et précautions d’usage.
  • Guy Noël Pasquet, MFC en science de l’éducation à l’université Montpellier-3 et Rédacteur en chef de la revue Le Sociographe, Par-delà l’énergie, l’expérience du Sociographe, revue croisant travail social et recherche.
  • 12 h 15 – 12 h 30 : débat avec la salle      
  • 12 h 30 – 14 h 00 : Repas sur place et café
  • 14 h 00 – 15 h 30 : 3 ateliers en parallèle

Énergie et précarité

Cet atelier vise à mettre en évidence des expériences et réflexions concrètes et récentes sur les liens entre recherche et action autour du thème de la précarité énergétique. Seront soulignés autant les apports, les enjeux que les impasses actuelles de ces collaborations. Deux intervenants : l’association Ecopôlénergie, pionnière en matière de recherche et d’intervention autour de la précarité énergétique dans les Bouches-du-Rhône ; et (sous réserve) des membres du DROS PACA qui mènent actuellement une recherche sur le thème en lien étroit avec les acteurs de terrain.

Animation : Agathe Petit, anthropologue et chargée de mission ‘Recherche’ à l’IRTS PACA-Corse.

Énergie et économie domestique

Cet atelier expose les dimensions transversales des liens entre énergie et économie domestique. Pour ce faire, l’atelier revient sur une expérience de recherche collective menée avec des étudiant-e-s travailleurs sociaux. La question de la fragilisation économique des ménages est ici au centre des débats. L’objectif est également de montrer comment un travail de formation par la recherche autour de la consommation d’énergie et de l’économie domestique et ses transformations, peut être une approche féconde pour les travailleurs sociaux de terrain.

Animation : Joseph Cacciari, doctorant en sociologie au Laboratoire méditerranéen de sociologie et Hassan Hajjaj, docteur en sciences de l’éducation et formateur IRTS, responsable du volet « initiation à la recherche » pour la formation assistant de service social.

Les liens entre recherche et travail social dans les Bouches-du-Rhône en dehors de la thématique énergie (avec des doctorants du LAMES)

Cet atelier ouvre ses portes aux doctorant-e-s du LAMES (Rachida Brahim, Pierre-Olivier Weiss, Khadidja Sarhaoui, Marie Filippi, – sous réserve-), travaillant parfois en lien étroit avec les acteurs de l’action sociale en Région PACA. Les champs de recherche présentés sont variés : déviance, action associative, politique de la ville, racialisation des rapports sociaux.

Animation : Renaud Cornand, docteur en science de l’éducation, chercheur au laboratoire Apprentissage didactique évaluation formation (ADEF) et intervenant à l’IRTS PACA-Corse.

  • 15 h 30 – 16 h 15 : restitution des ateliers par les animateurs
  • 16 h 15 – 16 h 45 : parole à la salle pour de futures manifestations autour des liens entre recherche et travail social au niveau local, poursuite d’un travail en commun, etc.
  • 16 h 45 – 17 h 00 : conclusion de la journée par les organisateurs.

Inscription

Bulletin d'inscription en fichier attaché 

Frais d’inscriptions

  • 10 €, chèque à l’ordre de l’IRTS PACA CORSE, à renvoyer avec l’annonce de la journée.
  • 5 € pour les étudiants sur présentation d’un justificatif (photocopie avec le chèque).

Lieux

  • Institut régional du travail social PACA et CORSE, 20 boulevard des Salyens
    Marseille, France (13008)

Dates

  • jeudi 28 mai 2015

Mots-clés

  • travail social, énergie, précarité énergétique, recherche

Contacts

  • Joseph Cacciari
    courriel : cacciarijo [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Joseph Cacciari
    courriel : cacciarijo [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Travail social et recherche en sciences sociales : de l’injonction au rapprochement à l’appropriation collective ? », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 20 avril 2015, http://calenda.org/324761