AccueilOrchestrer la nation. Musiques, danses et (trans)nationalismes

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Publié le mercredi 22 avril 2015 par João Fernandes

Résumé

Ce colloque international propose de travailler, à partir des pratiques musicales et dansées, la complexité des productions nationales dans un contexte de transnationalisation et de cosmopolitisation des parcours ou des identités. Il s’agira d’appréhender, en entrant par la musique et/ou par la danse, les logiques de glissement, de confrontation ou de co-construction s’opérant entre nationalismes et transnationalismes dans les États postcoloniaux, que ce soient à travers les politiques culturelles d’État, les nationalismes alternatifs ou encore les nationalismes transnationaux portés par les diasporas. Cet événement accueillera des travaux empiriques autant que des réflexions théoriques, et associera des ethnomusicologues, anthropologues de la musique et de la danse, musicologues, historiens ou sociologues, afin de mobiliser les diverses perspectives disciplinaires propices à une compréhension de l’intrication entre nationalismes et productions musicales et/ou dansées

Annonce

Argumentaire

Depuis une vingtaine d’années, le développement d’un champ de recherche sur les pratiques musicales et dansées a donné naissance à un nombre considérable de monographies s’attachant à décrire la construction de mondes, de genres et de marchés musicaux, dans des Etats extra-occidentaux et postcoloniaux notamment. La musique y est présentée comme un creuset de transformations sociales, en lien avec la production de « modernités » (Erlmann, 1999) et l’urbanisation (Waxer, 2010), mais aussi comme un site central de production des nationalismes et des représentations de la nation : Peter Wade (2000) a ainsi démontré comment en Colombie, la musique permettait simultanément de construire les frontières de la nation et de s’imaginer dans le monde, tandis qu’en Tanzanie, Kelly Askew (2006) apporta des révisions considérables à la connaissance des nationalismes, en montrant que dans ce contexte où la propagation de l’écriture ne s’était pas opérée de façon générale, les sociétés de danse et de musique avaient été des véhicules majeurs pour inculquer une conscience politique et nationale à la fin de la colonisation et aux indépendances. 

Tout en offrant une large attention aux dialogues transnationaux sur lesquels reposent ces pratiques musicales et aux cosmopolitismes qu’elles conduisent à inventer (Turino, 2000 ; Glick-Schiller, Meinhof, 2011), différents travaux ont permis d’apporter des éclairages importants concernant les logiques de production de la nation dans des Etats postcoloniaux (à travers notamment la création des ensembles artistiques nationaux : ballets, orchestres, etc.), tandis que d’autres ont démontré, en Afrique notamment, la conjugaison entre projets nationalistes étatiques et identifications à une nation noire transnationale (Apter, 2006 ; Dorsch, 2010 ; Aterianus-Owanga et Guedj, 2014). Actuellement, l’observation des appropriations de différents genres musicaux mondialisés à des fins d’identification nationale – rap (Aterianus-Owanga, 2014), rock (Dorin, 2012), jazz (Martin et Roueff, 2002 ; Kelley, 2012), salsa (Waxer, 2010), reggae (Cooper, 2012) - démontre encore combien dans le creuset de la musique s’expriment autant des nationalismes d’Etat orientés par les politiques culturelles (Trébinjac, 2000, 2008), que des nationalismes « alternatifs » (Kiwan, 2014) ou des nationalismes « transnationaux » portés par les diasporas (Pacini, 2014).

De plus, notons qu’avec l’expansion des politiques de patrimonialisation et la quête de reconnaissance de certains Etats dans les marchés de la culture, plusieurs genres musicaux et chorégraphiques labellisés nationalement deviennent des « patrimoines » nationaux (sabar sénégalais, highlife ghanéen, salsa cubaine, champeta colombienne, tango argentin, candombe uruguayen, bharata natyam indien, etc.), parfois reconnus au PCI. Alors que les sciences humaines et les études sur les diasporas ont insisté sur la nécessité de construire un cadre théorique plus en adéquation avec le tournant global (Caillé, Dufoix, 2013), en parlant de « transnational » ou de « postnational », ces exemples soulignent combien les musiques et les danses offrent des sites d’observation privilégiés des variations que prend le nationalisme dans un monde globalisé, marqué par la complexification des réseaux de circulation et d’identification. 

Nous proposons dans ce colloque de réunir ce champ de recherche sur les pratiques musicales et dansées, pour discuter de la complexité des productions nationales dans un contexte de transnationalisation et de cosmopolitisation des parcours ou des identités dans la mondialisation. Il s’agira alors d’appréhender, par l’entrée musicale, les logiques de glissement, de confrontation ou de co-construction s’opérant entre nationalismes et transnationalismes dans les postcolonies.

Comment les musiques et les danses ont-elles pu être employées pour produire, spectaculariser et incarner une idéologie issue de l’Occident, et pour la modeler selon de nouvelles significations ? En quoi le projet nationaliste étatique (qu’il soit marqué par l’idéologie « multiethnique », « métisse », « indigéniste » ou « multiculturelle ») a-t-il été performé par ces pratiques ? A l’inverse, quels contournements des ordres étatiques ou réinventions de la nation les musiques et les danses ont-elles pu abriter ? Comment enfin, dans les situations de production, de diffusion et de réception des musiques, l’interaction complexe entre production des frontières nationales, invention de l’ethnicité et imagination du soi dans le monde s’est-elle négociée ? En partant des musiques et des danses, c’est ce faisant la question des émotions et l’approche sensible que nous pourrons interroger, afin d’appréhender la manière dont les pratiques musicales et dansées permettent de donner chair ou d’incorporer l’idéologie de la nation, d’en exprimer sa dimension affective (Stokes, 2010), ou au contraire de s’en écarter, de s’y opposer, ou d’y résister.

Ce colloque souhaite réunir des travaux empiriques autant que des réflexions théoriques, en vue d’amener, par l’approche du musical, des nouveaux débats sur la production des nationalismes dans les nations postcoloniales, sur leur transnationalisation et sur les outils conceptuels les plus favorables à leur connaissance. Nous tenons à réunir pour cet événement des ethnomusicologues, anthropologues de la musique et de la danse, musicologues, historiens ou sociologues, afin de favoriser un dialogue interdisciplinaire fécond et de mobiliser diverses perspectives disciplinaires propices à une compréhension de l’intrication entre nationalismes et production musicale.

Les contributions pourront se baser sur des études de cas dans les nations asiatiques, africaines ou sud-américaines, ainsi que sur les reconfigurations identitaires et musicales dans les diasporas et les migrations. En examinant les processus de longue durée sur lesquels reposent ces fabriques de nationalismes, les contributions éclaireront l’hétérogénéité des acteurs, espaces et institutions impliqués dans ce processus, tant du côté des politiques culturelles étatiques, que des marchés de diffusion et de production internationales (festivals, marchés de world-music, labels), ainsi que les technologies et les objets qui y sont mobilisés (reproduction phonographique, radio, sampling, plateformes de diffusion et de vente en ligne, etc.).

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les propositions de communication, de 250 mots maximum, devront être envoyées avant le 22 Mai 2015, accompagnées de leur bibliographie et d’une courte présentation de l’auteur (3 lignes), à l’adresse suivante : orchestrerlanation@yahoo.fr   

Les participants sélectionnés devront ensuite envoyer leur contribution complète trois semaines avant l’événement, de manière à faciliter le travail des discutants. Nous souhaitons vivement que les contributeurs accompagnent leurs présentations de matériaux audiovisuels.  

Programme prévisionnel

  • 22 mai : réception des candidatures

  • 22 juin : annonce de la sélection des contributeurs
  • 15 octobre : envoi des contributions
  • 12 et 13 novembre : déroulement du colloque 

Coordination

  • Alice Aterianus-Owanga (Labex CAP, IIAC/LAHIC, Musée du Quai Branly, CREA)
  • Elina Djebbari (Modern Moves, King’s College London) 

Comité Scientifique

  • Sarah Andrieu (CTEL, Université de Nice Sophia Antipolis)
  • Marie-Pierre Gibert (CREA, Université Lyon 2)
  • Pauline Guedj (CREA, Université Lyon 2 / CIRHUS, NYU)
  • Christine Guillebaud (CREM, CNRS)
  • Ananya Jahanara Kabir (Modern Moves, King's College London)
  • Ulricke Hanna Meinhof (University of Southampton)
  • Marissa Moorman (Indiana University)
  • Emmanuelle Olivier (CNRS, Centre Georg Simmel-UMR CNRS-EHESS 8131)
  • Catherine Servan-Schreiber (CEIAS, CNRS)
  • Martin Stokes (King’s College London)
  • Sabine TREBINJAC (LESC, UMR 7186, CNRS) 

Comité d’organisation

  • Marta Amico (Center for World Music, Université de Hildesheim / Centre Georg Simmel, EHESS)
  • Alice Aterianus-Owanga (Labex CAP, IIAC/LAHIC, Musée du quai Branly, CREA - Lyon 2)
  • Clara Biermann (CREM / LESC - Paris Ouest Nanterre - UMR 7186 CNRS)
  • Elina Djebbari (Modern Moves, King’s College London) 

Partenaires

  • Labex CAP – Paris / Modern Moves,
  • King’s College London / IIAC-LAHIC /
  • Maison des Cultures du Monde – Festival de l’imaginaire

Lieux

  • Maison des Cultures du Monde - 101 Boulevard Raspail
    Paris, France (75006)

Dates

  • vendredi 22 mai 2015

Mots-clés

  • musique, danse, nationalisme, transnationalisme

Contacts

  • Alice Aterianus-Owanga
    courriel : aliceaterianus [at] yahoo [dot] fr
  • Elina Djebbari
    courriel : elina [dot] djebbari [at] kcl [dot] ac [dot] uk

Source de l'information

  • Alice Aterianus-Owanga
    courriel : aliceaterianus [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Orchestrer la nation. Musiques, danses et (trans)nationalismes », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 22 avril 2015, http://calenda.org/325045