AccueilComment devenir et s’affirmer sujet par-delà le pénis puissant et le clitoris érectile ?

Comment devenir et s’affirmer sujet par-delà le pénis puissant et le clitoris érectile ?

Revue numérique Point[s] d’accroche, revue de pensées plurielles féministes autour du genre, du sexe et des sexualités

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Publié le mercredi 29 avril 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Point[s] d’accroche est une revue francophone à comité de lecture qui accueille et confronte des pensées plurielles féministes autour des questions de genre, de sexe et de sexualités. Chaque numéro est consacré à une problématique précise qui est discutée par des chercheur(e)s, intellectuel(le)s, artistes et professionnel(le)s dans le cadre d’une approche pluridisciplinaire, d’un ancrage interculturel et d’une parole déhiérarchisée. Par ailleurs, la rubrique « Les marginales » permet une interactivité avec les lecteurs et les lectrices de la revue qui sont invité(e)s à proposer des réflexions sur l’actualité politique et culturelle qui soulève des enjeux féministes et de genre.

Annonce

Présentation de la revue

Point[s] d’accroche est une revue francophone à comité de lecture qui accueille et confronte des pensées plurielles féministes autour des questions de genre, de sexe et de sexualités. Chaque numéro est consacré à une problématique précise qui est discutée par des chercheurEs, intellectuelLEs, artistes et professionnelLEs dans le cadre d’une approche pluridisciplinaire, d’un ancrage interculturel et d’une parole déhiérarchisée. Par ailleurs, la rubrique « Les Marginales » permet une interactivité avec les lecteurs et les lectrices de la revue qui sont invitéEs à proposer des réflexions sur l’actualité politique et culturelle qui soulève des enjeux féministes et de genre.

Sont ainsi mis en évidence les points d’accroche : à savoir, ce qui dialogue, et au contraire, ce qui fait difficulté dans le dialogue, concernant les perspectives féministes et de genre dans un contexte interculturel incluant les cultures LGBTQI et la prolifération des genres. Le débat étant suscité par les différences de disciplines (littérature, arts, psychanalyse, philosophie, anthropologie, sociologie, droit, histoire…) mais aussi de positions théoriques.

Il ne s’agit pas d’aplatir les termes et les implications théoriques et politiques par une hospitalité donnée à tous les points de vue, mais bien de créer des ponts entre des approches habituellement cloisonnées, de faire vivre une mémoire des pensées diverses et des luttes menées, autrement dit d’affirmer une généalogie et de la transmettre.

Telles les Marginales qu’avait imaginées Virginia Woolf afin de combattre les fascismes et l’extinction de la pensée, les éditrices de la revue souhaitent mobiliser les questionnements et les relectures des textes et discours d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs, en croisant les voix de la vie militante, universitaire, et celles de la vie quotidienne.

La revue Point[s] d’accroche comprend trois rubriques :

  • des Dossiers biannuels travaillant une problématique donnée de façon pluridisciplinaire, à travers des textes mais aussi des créations ;
  • une section appelée « Les Marginales » mobilisant une réflexion interactive avec les lectrices et les lecteurs de la revue sur l’actualité culturelle, scientifique et politique concernant les questions féministes et de genre ;
  • une rubrique « Archives » redonnant à lire et à voir des documents oubliés ou laissés de côté appartenant à la genèse et à l’histoire des féminismes et du genre.

Point[s] d’accroche propose actuellement :

  • un appel à contribution pour le Dossier 1 : « Comment devenir et s’affirmer sujet par-delà le pénis puissant et le clitoris érectile ? » ;
  • deux entretiens dans Les Marginales : l’un avec Hélène Milano au sujet du film Les Roses noires ; l’autre avec Stéphane Corbin au sujet de l’album Les Funambules ;
  • un document d’Archives sur les féminismes et la chanson

Nous vous invitons à participer activement et régulièrement à la revue en contribuant aux Dossiers thématiques, en réagissant aux sujets discutés par les Marginales, en suggérant des documents pour Archives.

Nous attirons particulièrement votre attention sur la section des Appels à contribution.

Argumentaire  

Les études féminines, féministes et de genre ont depuis bien longtemps déconstruit les notions d’homme/femme, féminin/masculin, féminité/masculinité. Et pourtant les termes « homme », « femme », « féminin », « masculin », « féminité », « masculinité » continuent de circuler. Par ailleurs, la réalité sociale continue d’assigner aux individus le genre censé être en continuité avec leur sexe, et faire perdurer l’idée d’une puissance masculine versus une passivité féminine.

Dans Baise-moi (1994 et 2000) de Virginie Despentes, les deux protagonistes, Nadine et Manu, afin de retrouver un statut de sujet dans leur existence fortement marquée par la domination et la violence masculines, s’approprient les codes de cette virilité menaçante et la retournent contre la société qui les a détruites. Ni dans le livre, ni dans le film, ce geste pour tenter de vivre n’aboutit.

Dans Bande de filles (2014) de Céline Sciamma, l’héroïne, pour échapper à son destin de fille dans une cité de banlieue parisienne, cherche la liberté qui est le privilège des garçons, en adoptant leurs vêtements, leur langage, leurs trafics. La loi patriarcale va toutefois se rappeler violemment à elle.

Dans ces deux exemples récents, emprunter le modèle culturel de la virilité puissante apparaît être la seule porte de sortie pour celles qui refusent de devenir des « femmes », c’est-à-dire des sujets diminués, dominés, désubjectivés. Porte de sortie qui se révèle néanmoins être une impasse.

En 2008, dans le numéro des Cahiers du genre portant sur « Les fleurs du mâle. Masculinités sans hommes ? », Marie-Hélène Bourcier et Pascale Molinier posent ainsi la question : « La masculinité serait-elle l’avenir de la femme ? »[1]. Par « masculinité », elles désignent une « source d’empowerment et de plaisir »[2], affirmant qu’ « investie positivement, elle est l’une des formes de transformation possible des identités de classe, de genre, de race, de sexe, pour des individus assignés femmes »[3]. Insistant sur l’ancrage social du sujet, Pascale Molinier écrit que « Dans un monde peu favorable à l’activité sexuelle et créatrice des femmes, c’est le désir d’une femme de vivre une existence passionnante qui lui donne une orientation masculine. Masculine, pour une femme, signifie de fait un certain goût de la liberté »[4].

Pascale Molinier soutient ici l’hypothèse que ce que Freud a identifié comme « complexe de virilité »[5] n’est pas une entrave au devenir sujet d’une personne socialement identifiée femme. Ce faisant, elle veut « valoriser la masculinité psychique des femmes »[6]. Réévaluant la dite « envie de pénis » freudienne, la « masculinité psychique des femmes » désigne pour Molinier une capacité de créativité intellectuelle et d’autonomie professionnelle. Cette réutilisation des notions freudiennes crée une troublante association entre pénis, puissance, virilité et masculinité.

Enfin, dans l’émission radiophonique Sur les docks du 11 février 2015 (France Culture), des femmes, des féministes, des sexologues, des psychologues et des sociologues, prennent la parole pour faire entendre que réduire un rapport sexuel à une pénétration par un pénis, est un mythe. Ils rappellent que grâce à la capacité érogène du clitoris, les femmes peuvent mener une sexualité épanouie. Cependant, au moment même où ils y a dans leurs discours une déconstruction de la toute-puissance du pénis pénétrant, une phrase se faufile et reconduit l’idée que le clitoris serait puissant par son érectilité[7]. 

Ces exemples et propos suscitent plusieurs interrogations : 

  • Le devenir sujet implique-t-il nécessairement une « puissance » telle que la prône la logique de la domination virile ?
  • La masculinité, soit en tant que performance de genre telle que Judith Butler l’a définie[8], soit en tant que manière d’investir des lieux dits masculins, est-elle donc le seul modèle à suivre pour s’affirmer en tant que sujet social ?
  • N’existe-t-il de « plaisir » que puissant, dominant, érectile, pris dans une logique qui oppose parallèlement actif et passif, masculin et féminin ?
  • Ne peut-on pas représenter le clitoris en dehors d’une symétrie (le clitoris n’étant vu que comme un « petit pénis »[9]), ou d’un rapport de force (le clitoris étant dit par Tiphaine Dee dans Sur les docks encore plus « puissant » que le pénis parce qu’étant le seul organe du corps humain exclusivement dédié au plaisir, doté du maximum de terminaisons nerveuses), ou encore d’un fantasme de l’informe et du mystère, tel que le dénonçait Luce Irigaray dans Ce sexe qui n’en n’est pas un ?
  • Comment articuler l’affirmation d’une sexualité féminine épanouie en dehors de la nécessité de la pénétration, et une certaine revalorisation du sexuel pénétrant par des théories et pratiques queer contemporaines (voir par exemple le premier film queer lesbien féministe d’Emilie Jouvet One Night Stand, et le séminaire de Marie-Hélène Bourcier « Fuck my brain ») ?
  • Le stéréotype de la femme « puissante » mis en avant dans le monde politique, économique et culturel, est-il vraiment un exemple de libération ? Ne serait-il pas l’envers de celui de la femme dominée, de la même manière que la mère et la putain sont les deux faces d’une même figure, celle d’un féminin effrayant mis à distance[10] ?

Nous attendons des propositions de toutes disciplines (sociologie, anthropologie, psychologie, médecine, philosophie, études littéraires, études cinématographiques, arts visuels, études culturelles, droit, et tout ce qu’on peut avoir oublié). Il est également possible de répondre par une contribution créative (texte, image, son, vidéo).

Notes et références

[1] Marie-Hélène Bourcier et Pascale Molinier, « Introduction », Cahiers du genre n° 45, L’Harmattan, 2008, p. 6.

[2] Ibid., p. 5.

[3] Ibid.

[4] Pascale Molinier, « Pénis de tête. Ou comment la masculinité devient sublime aux filles », Cahiers du genre, n° 45, p. 155. Souligné par l’auteure.

[5] Luce Irigaray synthétise bien les propos tenus par Sigmund Freud sur la sexualité féminine, notamment dans Les Trois essais sur la théorie de la sexualité et la conférence sur « La féminité », dans « Psychanalyse et sexualité féminine », Les Cahiers du Grif, n°3, 1974, p. 51-65. Repris dans « Retour sur la théorie psychanalytique », Ce sexe qui n’en est pas un, Paris, Minuit, 1977, p. 35-64.

[6] Pascale Molinier, « Pénis de tête. Ou comment la masculinité devient sublime aux filles », ibid., p. 172.

[7] Ils parlent de « clitoris érectile », « Femme-objet, femme qui se libère », Sur les docks, France Culture, 11 février 2015.

[8] Judith Butler, « Inscriptions corporelles, subversions performatives », dans Trouble dans le genre. Le feminism et la subversion de l’identité, trad. Cynthia Kraus, Paris, La Découverte, coll. « Poche », 2005, p. 248-266. 

[9] Voir note n°5.

[10] Sarah Kofman, Le Respect des femmes, Paris, des femmes, 1982, p. 15.

Bibliographie indicative

  • Bobby Noble, Jean, Masculinities Without Men. Female Masculinity in Twentieth-Century Fictions, Vancouver: UBC Press, 2003.
  • Bourcier, Marie-Hélène, Queer Zones. Politique des identités sexuelles, des représentations, des savoirs,  Paris, Editions Balland, 2001.  
  • Bourcier Marie-Hélène et Molinier Pascale (dir.), « Les Fleurs du mâle. Masculinités sans hommes ? », Cahiers du genre n° 45, L’Harmattan, 2008
  • Butler, Judith, Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité, trad. Cynthia Kraus, Paris, La Découverte, coll. « Poche », 2005.
  • Butler, Judith, « Performative Acts and Gender Constitution : An Essay in Phenomenology and Feminist Theory », Theatre Journal, vol. 40, n° 4, décembre 1988, p. 519-531. 
  • Chetcuti Natacha et Quemener Nelly, « Plus gouine la vie. Où sont les lesbiennes ? », Miroir/Miroirs, n°4, 1er semestre 2015
  • Connell Raewyn, Masculinités. Enjeux sociaux de l’hégémonie, trad. Meoïn Hagège et Arthur Vuattoux, Paris, Amsterdam, 2014. 
  • Despentes Virginie, Baise-moi, Paris, Florent Masso, 1994 (film de 2000) 
  • Dubé Valérie, « Une lecture féministe du "souci de soi" de Michel Foucault : pour un retour à la culture différenciée du genre féminin », Recherches féministes, vol. 21, n° 1, 2008, p. 79-98
  • Halberstam Judith, Female masculinity, Duke University Press, 1998.
  • Hihara Tomoko, Kholkina Vitalia et Rocio Melo Alarcon Laura, Entretien avec Françoise Héritier à propos du livre Les Fondements de la violence, La Revue du MAUSS, 28 janvier 2015
  • url : http://www.journaldumauss.net
  • Irigaray Luce, « Psychanalyse et sexualité féminine », Cahiers du Grif, n°3, 1974, p. 51-65 ; Ce sexe qui n’en est pas un, Paris, Minuit, 1977
  • Jouvet Emilie, One Night Stand, 2006 (film)
  • Sciamma Céline, Bandes de filles, 2014 (film) 
  • « Pas de quartiers », Radio Libertaire, émission du 4 septembre 2012, avec Annes Billows, Typhaine Duch, Annie Ferrand et Muriel Salmona – 1
  • url : http://www.dailymotion.com/video/xubk0e_pas-de-quartiers-radio-libertaire-emission-du-4-septembre-2012-avec-annes-billows-typhaine-duch-anni_news
  • « Pas de quartiers », Radio Libertaire, émission du 4 septembre 2012, avec Annes Billows, Typhaine Duch, Annie Ferrand et Muriel Salmona – 2
  • url : http://www.dailymotion.com/video/xubka9_pas-de-quartiers-radio-libertaire-emission-du-4-septembre-2012-avec-annes-billows-typhaine-duch-anni_news
  • « Femme-objet, femme qui se libère », Sur les docks, France Culture, émission du 11 février 2015
  • url : http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-collection-enquetes-femme-objet-femme-qui-se-libere-2015-02-11

Modalités de soumission

Les résumés de contribution (500 signes espaces compris) sont à envoyer sur la page de l'appel

avant le 1er juin 2015.

Les textes et créations correspondant aux résumés sélectionnés seront à envoyer avant le 30 septembre 2015.

Les coordinatrices scientifiques du 1er numéro sont Anaïs Frantz (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3), Elsa Polverel (Université Diderot-Paris 7) et moi-même (Université catholique de Louvain-la-Neuve et Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3).

Conseil scientifique

  • Mireille Calle-Gruber, professeur émérite, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
  • Chloé Maillet, chercheuse à l'EHESS, performeuse
  • Jeanne Brun, commissaire, Musée d'Art Moderne de Saint-Etienne
  • Chantal Zabus, professeur Université Paris 13/ Institut Universitaire de France
  • Clélia Barbut, ATER à l'Université de Rouen
  • Audrey Lasserre, post-doctorante, Université Sorbonne Nouvelle -Paris 3

Catégories

Dates

  • lundi 01 juin 2015

Mots-clés

  • féminin, masculin, puissance, sujet, genre, sexualité

Contacts

  • Sarah-Anaïs Crevier Goulet
    courriel : pointsdaccroche [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Sarah-Anaïs Crevier Goulet
    courriel : pointsdaccroche [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Comment devenir et s’affirmer sujet par-delà le pénis puissant et le clitoris érectile ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 29 avril 2015, http://calenda.org/326175