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Les êtres contrefaits

Corps difformes et corps grotesques dans la bande dessinée

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Publié le mardi 05 mai 2015 par João Fernandes

Résumé

Les corps bossus, estropiés, grimés abondent dans la bande dessinée mais ils n’ont jamais fait l’objet d’une étude spécifique. Le corporel, qui peut être défini comme le discours sur le corps, informe sur les sensibilités d’une époque. L’entrée la plus révélatrice est sans aucun doute celle des représentations hors normes, c’est-à-dire ici des corps difformes ou grotesques. Ce sont ceux qui ne se situent pas dans la norme. Usuellement, la norme peut être considérée comme un « modèle juridique d’exclusion ». La norme correspond aussi à un principe d’intégration. Il faut être dans la norme, mais il existe aussi des microsociétés d’êtres infâmes ou difformes qui s’opposent à la société des corps ordinaires ou normaux. A l’intérieur, il n’y a pas d’exclusion, seulement des différences.

Annonce

Argumentaire

Les corps bossus, estropiés, grimés abondent dans la bande dessinée mais ils n’ont jamais fait l’objet d’une étude spécifique. Si les zombies prolifèrent depuis peu, les super héros envahissent les planches depuis un demi siècle, quant aux cirques et à leur cortège d’êtres singuliers, ils n’ont pas été absents des planches des années 1920. Sans doute peut-on faire l’histoire de la bande dessinée, par genre, par période, par support, par mise en pages. Mais qu’elle soit histoire en images ou récit graphique, la bande dessinée est un objet culturel de plus en plus visible. Le décor, les personnages, les couleurs peuvent retenir l’attention mais il est possible de faire l’histoire de la bande dessinée par rapport aux représentations visuelles du corps. Dénudés, engoncés dans des vêtements trop amples, esthétisés, présentés de manière hyperréaliste les corps humains se succèdent d’une case à l’autre. Le corporel, qui peut être défini comme le discours sur le corps, informe sur les sensibilités d’une époque. L’entrée la  plus révélatrice est sans aucun doute celle des représentations hors normes, c’est-à-dire ici des corps difformes ou grotesques. Dans les planches de Winsor McCay, Flip et Impy qui accompagnent souvent Nemo, peuvent apparaître comme des êtres contrefaits, ce qui pose la question des limites. De même, nombre de personnages dessinés à la fin du XXe siècle par Jacques Tardi ou Enki Bilal appartiennent assurément à cette catégorie.

La présente manifestation n’entend pas se consacrer aux gnomes et aux monstres. Les corps difformes et grotesques sont d’abord ceux qui ne se situent pas dans la norme. Usuellement, la norme peut être considérée comme un « modèle juridique d’exclusion ». Selon Michel Foucault devenir sujet c’est s’exposer à la production d’une norme ; être sujet c’est appartenir à un groupe ou à une collectivité, « à un certain “ nous” ». Nul doute qu’une norme biologique ou physionomique correspond souvent à une norme sociale et culturelle. Mais la norme correspond aussi à un principe d’intégration. Il faut être dans la norme, mais il existe aussi des microsociétés d’êtres infâmes ou difformes qui s’opposent à la société des corps ordinaires ou normaux. A l’intérieur, il n’y a pas d’exclusion, seulement des différences

Axes thématiques

Pour examiner cet univers des êtres contrefaits, quatre entrées ont été retenues.

     I. Corps dangereux. Les corps difformes et grotesques sont d’abord perçus comme  incarnant un risque. Leur seule existence, par leur étrangeté, constitue une menace. Énormes, atrophiés, bancals... ils semblent vouloir se jeter sur les plus isolés ou  les plus vulnérables. La peur de ce qui est différent s’avère une constante des attitudes, mais davantage que l’étranger ou l’Autre, ils représentent une menace. Druillet, Moebius mais aussi Jean-Claude Mézières et Pierre Christin ont empli leurs planches de ces personnages qui peuvent s’avérer redoutables. 

     II. Corps ridicules. Incongrus, maladroits, inadaptés, des corps à peine fonctionnels mais pourtant là, font sourire. Mais il s’agit souvent d’un rire mauvais, gêné, à moins que derrière le ridicule, ne se loge l’émotion plus ambivalente du grotesque. Ce sont alors des corps repoussants mais fascinants, mêlant des éléments hétérogènes, des corps composites que le dessin suscitent entre norme et animal, empruntant aux règnes et aux catégories pour nourrir alors l’ambiguïté foncière des regards que nous posons sur eux : des regards faits tout à la fois de désir et de crainte, d’attraction et de répulsion. Le corps du Blast de Mathieu Larcenet est de ceux là, les incarnations nombreuses des villains des comic books également, Joker ou Pingouin.

      III. Corps rejetés. Parce qu’ils ne répondent pas aux attentes et aux stéréotypes, les corps jugés adipeux, étiques, rabougris, tordus sont toujours des corps en trop. Trop penchés, trop gros, trop petits... ils ne correspondent pas aux normes usuelles. Ils peuvent prêter à sourire, mais trop juvéniles, trop vieux, trop bizarres, trop laids, ils sont soit dissimulés soit relégués. Les corps malades, accidentés ou amputés sont également masqués ou ostracisés. Dans des genres très différents, les strips de René Pellos, de Fred ou Gotlib apportent nombre d’illustrations de corps rejetés.

      IV. Corps recherchés. Il est aussi des corps singuliers, des corps d’exception qui excèdent la norme et les formes communes. Leur rareté fait le prix de leur proximité. Le désir qu’il suscite n’est pas à confondre avec celui d’une perfection formelle, mais provient plutôt d’un état autre de la chair. Leur séduction est intense et les formes nouvelles qu’ils révèlent attisent le voyeurisme, le désir de possession ou de collection. Les néocorporalités qui parsèment l’œuvre de Jodorowski en sont en exemple tout comme les hyperboles corporelles que fantasment la bande dessinée érotique ou les corps appareillés des imaginaires steampunk.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les propositions de communication (une page avec une courte présentation bio/biblio de 5 lignes) sont à adressée pour le 4 juin 2015 à :

Les organisateurs prennent en charge les nuitées, les repas, les droits d’inscription et la publication des actes sous la forme d’un véritable livre.

Cette évènement aura lieu à Angoulême les 2, 3 et 4 décembre 2015 

Organisation

Frédéric Chauvaud et Denis Mellier

MSHS (axe 3) –  Université de Poitiers

Label image « Rencontres à Angoulême » 

Cité internationale de la Bande dessinée et de l’image 

Avec le soutien du Criham et du Forell 

Comité scientifique

  • Jacques Durrenmätt (Université Paris-Sorbonne). 
  • Henri Garric (Université de Dijon)
  • Philippe Martin (Cité internationale de la Bande dessinée et de l’image)
  • Michel Porret (Université de Genève)
  • André Rauch (Université de Strasbourg et de Paris 1)
  • Thierry Smolderen (EESI)
  • Luc Vigier (Université de Poitiers)

Lieux

  • Cité internationale de la Bande dessinée - 121 rue de Bordeaux
    Angoulême, France (16)

Dates

  • jeudi 04 juin 2015

Mots-clés

  • bande déssinée, corp difforme, contrefaits, grotesque

Contacts

  • Frederic Chauvaud
    courriel : frederic [dot] chauvaud [at] univ-poitiers [dot] fr
  • Denis Mellier
    courriel : denis [dot] mellier [at] univ-fcomte [dot] fr

Source de l'information

  • Frederic Chauvaud
    courriel : frederic [dot] chauvaud [at] univ-poitiers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les êtres contrefaits », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 05 mai 2015, http://calenda.org/326867