AccueilPauvres et pauvreté au Maghreb

*  *  *

Publié le lundi 11 mai 2015 par Céline Guilleux

Résumé

La pauvreté phénomène social complexe qui perdure et interpelle des disciplines multiples. L'approche économiste n'est plus à même, seule, de l'expliciter. En face des échecs récurrents des politiques publiques à éradiquer ce fléau la conjugaison des disciplines humaines et sociales s'avère incontournable pour mieux mesurer la pauvreté, la rendre lisible, comprendre ses causes, dresser une typologie des pauvres et comprendre leurs histoires. La pauvreté est au carrefour du mode de développement et celui du politique.

Annonce

Argumentaire

Depuis la déclaration du millénium des Nations unies en 2000 et l'adoption des objectifs du millénaire pour le développement (OMD, Millennium Development Goals), l’éradication de l’extrême pauvreté et de la faim  est devenue un objectif primordial  du développement mondial pour le troisième millénaire. Les données mondiales actuellement disponibles confortent chercheurs et décideurs publics dans l’idée que des "progrès indéniables ont été réalisés" sur ce plan et que la pauvreté a reculé, au cours des deux dernières décennies, dans plusieurs régions du monde qu’on croyait livrées à jamais à la pauvreté extrême, à la faim et aux maladies endémiques.

Cependant,  ces avancées sont à relativiser compte tenu des difficultés qui se dressent encore devant cette tâche. Près de 2,1 milliards de personnes de par le monde continuent à subsister au XXIème siècle avec moins de 2$ par jour et les résultats des programmes de lutte contre l’extrême pauvreté sont souvent contrastés donnant lieu à un bilan mitigé et même inquiétant pour certaines régions du monde comme l’Afrique. Ce continent voit le nombre des pauvres doubler et passer de 210 millions en 1981 à 415 millions en 2011.

Dans la région du Maghreb, et plus d'un demi siècle après l'indépendance, les modèles de développement proposés et mis en place s'avèrent incapables de répondre convenablement et durablement aux besoins du bien-être des populations. La pauvreté, l'absence de la justice sociale, le chômage, les diverses formes de la précarité et la frustration ont été des catalyseurs qui , en Tunisie à la fin de l’année 2010, ont poussé des jeunes issus de milieux pauvres et déshérités à crier leur indignation contre la misère et la marginalisation et à dénoncer l’iniquité des pouvoirs politiques et l’incurie des responsables publics. L’onde de choc de ces mouvements de rue s’est  propagée dans la région du Maghreb et du monde arabe entrainant à Tunis, à Tripoli, au Caire et à Sanaa la chute des pouvoirs despotiques, et fragilisant d’autres dans d’autres pays de la même région. C’est dire à quel point la pauvreté et les problèmes qu’elle engendre constituent un défi permanent et une menace constante pour la stabilité politique des pays du Maghreb.

Ce phénomène, comme l’attestent les études, est complexe et revêt à la fois des aspects particuliers propres à chaque contexte et généraux faisant ressortir des similarités et des constantes entre les différentes formes de pauvreté vécues par des gens habitant des régions du monde éloignées les unes des autres. Dans le cadre de ce colloque, nous nous proposons de mettre à contribution les apports de la recherche des différentes sciences sociales et de favoriser les échanges entre chercheurs et spécialistes en vue d’une appréhension pluridisciplinaire de ce phénomène dans sa complexité et dans ses multiples manifestations. Pour ce faire nous organiserons nos travaux autour de trois axes.

1. Méthodologie, approches et mesure

Un certain nombre d’indicateurs sont utilisés, aujourd’hui, par des chercheurs et des décideurs publics pour mesurer la pauvreté et la décrire. Parmi les plus importants,  nous pouvons citer le niveau du revenu, le taux de chômage et le nombre de gens exerçant  un emploi précaire ou un travail indécent, les problèmes du genre et d’accès des femmes au marché de l’emploi, le travail des enfants, les disparités régionales en termes d’accès aux services de base (enseignement, santé, écologie, loisirs, habitat et infrastructure, accès à l'eau potable...). Depuis l’adoption par les organismes internationaux de l’IDH au lieu de l’indice de croissance en PIB,  PNB et revenu par tête d’habitant pour mesurer la prospérité économique et sociale d’un pays, la perception de la pauvreté "s’est nettement améliorée". Néanmoins il y’a lieu de se poser un certain nombre de questions : à quel point les instruments de mesure, de description, d’évaluation et d’indentification de la pauvreté sont-ils fiables ? Réfléchir sur la pauvreté n’exige-t-il pas une ré-conceptualisation et un réexamen de l’outillage méthodologique utilisé jusque-là ? Quels sont les moyens de décloisonner les champs de la recherche scientifique et de créer ainsi une synergie entre ses différents domaines afin de mieux comprendre et saisir le phénomène pauvreté? Un tel effort ne rendrait-il pas la pauvreté en tant que phénomène social plus visible ?

2. Pauvreté et politiques publiques

La pauvreté est un phénomène inextricablement lié aux politiques économiques et sociales  et au mode de gouvernance adopté par les pouvoirs publics. La mondialisation des échanges économiques et l'interdépendance de plus en plus grandissante du local, du régional et de l’international ont des effets certains sur les stratégies et les politiques élaborées à l’échelle nationale pour la combattre. Dans quel sens la mondialisation a- t- elle influencé les politiques publiques des Etats pour lutter contre la pauvreté ? Quelle était l’incidence sur la pauvreté du passage de certains pays du Maghreb d’une économie dirigée à une économie de marché?  Le mode de gouvernement démocratique offre t-il plus de possibilités que les autocraties quant à lutter efficacement contre la pauvreté et pour instaurer un développement équitable et  inclusif? Quelles sont les catégories sociales les plus exposées à la pauvreté et au risque d’y basculer ? Les femmes sont-elles plus exposées à ces risques que les hommes ? Quels sont les profils des personnes touchées par la pauvreté ? À qui la responsabilité de la pauvreté incombe- t- elle ? À l’individu lui-même, à l’Etat ou à la collectivité ?

Focaliser l’attention sur la pauvreté ne signifie pas pour autant oublier les pauvres. Ce sont eux qui en portent le fardeau et peuvent parfois en souffrir toute une vie sans espoir de pouvoir s’y soustraire. Il nous faut à ce niveau nous interroger sur leurs itinéraires personnels, sur la façon dont ils vivent leur pauvreté, sur le référentiel culturel qui les rattache aux autres ;  sur leur socle social, s’il est mouvant ou stable, sur leur tranche d’âge, jeunes ou âgés.  Quelles sont les nouvelles formes de pauvreté dans les villes et les campagnes? dans quelle mesure une typologie de pauvres est faisable ?Avec ses formes nouvelles, l’emploi permet-il de s’affranchir de la pauvreté ?

3. Représentations et nouvelles formes de pauvreté

Porter l’attention sur les pauvres et essayer d’identifier leurs traits, de décrire leurs parcours  individuels et collectifs et d’écrire leur histoire spécifique et commune permettent d’aborder la pauvreté non pas uniquement en tant que phénomène statistique et quantifiable, mais aussi et surtout en tant que fait à la fois singulier individué et différencié ; et collectif et commun. C'est aussi cerner et comprendre les parcours et les trajectoires des uns et des autres; bref, des pauvres. La pauvreté, parce qu'elle est évolutive dans le temps, elle se caractérise par une transformation des conditions de vie et de l’identité sociale. Elle s'accompagne souvent par des situations de  fragilité et de disqualification sociale et de perte de dignité. C’est dans cette perspective heuristique que l’histoire, la géographie, l’anthropologie, l’ethnologie, la psychologie, la sociologie, l'économie, la démographie et autres disciplines nous font découvrir les représentations et les référentiels culturels à la fois constants et variables dans le temps et l’espace. Ce qui nous amène à nous interroger sur le rôle des valeurs partagées dans la perception de la pauvreté et sur l’évolution à travers l’histoire de la représentation que s'en font les gens.

Le but que nous nous proposons de réaliser, dans ce colloque, est d’étudier, de décrire, d'analyser, de comprendre et d’engager en même temps une réflexion critique sur les outils, les méthodes et les concepts mis en œuvre pour appréhender le phénomène de la pauvreté et la présence" troublante" de pauvres au Maghreb.  L’approche interdisciplinaire  nous semble être à cet égard la plus appropriée à la nature du sujet et en même temps la plus féconde.

Conditions de soumission

Langues du colloque : arabe - français -anglais.

Toute communication orale dans l’une de ces langues doit être appuyée par un résumé dans l’une des deux autres langues.

Les projets d’intervention devront être envoyés sous la forme suivante :

1. Nom et prénom de l’intervenant(e)

2. Adresse électronique

3. Etablissement de rattachement

4. Statut (enseignant – chercheur, doctorant, formateur, administrateur)

5. Titre de la communication

6. Langue de la communication

7. Axe thématique choisi (précisez le n°)

8. Résumé de l’intervention de 300 ou 400 mots comportant les mots-clefs, la problématique étudiée, la méthodologie de recherche, des éléments de conclusion.

9. Bibliographie sélective

La date limite d’envoi des résumés d’intervention est fixée au 15/07/2015.

Ils doivent nous parvenir à l’adresse électronique suivante :

  • carep.tn@gmail.com

Toute demande d'information doit être adressée à:

  • henda.carep@gmail.com
  • ayariadel.1963@gmail.com

Le comité scientifique notifiera les résultats des évaluations le 20/08/2015

La date limite des soumissions des articles finis: 31/10/2015

26-27-28 Novembre 2015 : colloque

Les actes du colloque seront publiés ultérieurement.

Pour les participants étrangers

Prise en charge d'un seul titre de transport aérien international et du transfert aéroport-hôtel-aéroport, de l’hébergement et de la restauration pour 4 nuitées (26-27-28 Novembre 2015). Tous les extras sont à la charge du participant.

La présence des participants tout au long des travaux du colloque est fort recommandée.

Comité scientifique

  • KCHAOU Mounir ,  philosophe chercheur professeur enseignant à la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, université de Tunis, spécialiste de la philosophie politique et la question de la justice sociale
  • MABROUK Mehdi , directeur du centre arabe des recherches et de l'étude des politiques.Tunis, sociologue chercheur maitre de conférence enseignant à la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis spécialiste de l'immigration
  • SOUISSI Mouez , économiste chercheur maitre de conférence enseignant à la faculté des sciences économiques de Tunis
  • JAIDI Ali sociologue chercheur spécialiste du travail social maitre de conférence à l'institut du travail et des sciences sociales de Tunis
  • JARRAY Fethi sociologue chercheur spécialiste du travail social maitre de conférence à l'institut du travail et des sciences sociales de Tunis

Lieux

  • 10 rue Tanit Notredame
    Tunis, Tunisie (1082)

Dates

  • mercredi 15 juillet 2015

Mots-clés

  • pauvre, pauvreté, éradication, mesure, Maghreb, développement

Contacts

  • Henda Ghribi
    courriel : carep [dot] tn [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Henda Ghribi
    courriel : carep [dot] tn [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Pauvres et pauvreté au Maghreb », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 11 mai 2015, http://calenda.org/326979