AccueilPenser le savoir géographique aux époques moderne et contemporaine (XVe-XIXe siècle)

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Publié le mardi 12 mai 2015 par João Fernandes

Résumé

Si de nombreux travaux ont été consacrés à la cartographie des époques moderne et contemporaine, l’étude de la géographie – comprise sinon comme une discipline homogène et instituée, du moins comme un champ de savoirs – est plus rare. Le but de cette journée d’étude est de penser historiquement le savoir géographique du XVe au XIXe siècle en interrogeant les conditions sociales, politiques et intellectuelles dans lesquelles il peut être mis en œuvre, mais également les discours – d’intentions, de justifications ou de définitions – produits par les contemporains.

Annonce

Argumentaire

L’histoire des sciences a accordé beaucoup d’importance aux transformations de la médecine, de l’astronomie ou de la physique à l’époque moderne. Ces disciplines phares répondent en effet à la définition canonique du moment défini comme « Révolution scientifique », soit une description du monde qui procède à la mathématisation et à la description de la nature, la classification scientifique, le développement de l’expérimentation et une hiérarchie des savoirs répondant plus ou moins à ces critères. D’autres domaines de connaissances ont pourtant connu des changements à cette époque, parfois en décalage avec la chronologie habituellement identifiée de la Révolution scientifique. C’est le cas de la géographie, qui doit – notamment – son développement, au cours des XVe et XVIe siècles, à la réception élargie de la Géographie de Ptolémée et à l’élan de découvertes et de conquête du monde. Savoir historique, au sens de la Renaissance, d’une connaissance fondée sur l’accumulation et l’organisation des faits de l’expérience des hommes, mais également savoir mathématique (dans la production de cartes et l’usage des projections), la géographie de la Renaissance donne à voir le monde à un public de plus en plus large. Au cours du XVIe siècle et au-delà, les cartes, descriptions et vues de ville se multiplient, les imprimeurs et les graveurs inventent le nouveau genre éditorial de l’atlas. La littérature, le contenu des collections princières ou savantes, les bibliothèques, les programmes iconographiques des palais et des hôtels urbains, les images gravées vendues dans les foires et par les colporteurs, ou encore les représentations peintes d’intérieurs bourgeois témoignent d’une réception large des descriptions savantes du monde. Le nombre croissant de documents géographiques accessibles rencontre une large demande, celle des princes, des administrations, des systèmes judiciaires, des savants, des hommes de lettres, des armateurs, des voyageurs qui cherchent à localiser, identifier, inventorier, s’approprier les éléments constitutifs de leur espace de vie et de pouvoir, et à construire une représentation d’un monde spatialement rationalisé et en partie rêvé.

Si de nombreux travaux ont été consacrés à la cartographie des époques moderne et contemporaine, l’étude de la géographie – comprise sinon comme une discipline homogène et instituée, du moins comme un champ de savoirs – est plus rare. Le but de cette journée d’étude est donc de  penser le savoir géographique  en historiens, en interrogeant les conditions sociales, politiques et intellectuelles dans lesquelles il peut être mis en œuvre, mais également les discours – d’intentions, de justifications ou de définitions – produits par les contemporains. Cela suppose une nécessaire prise de distance avec la pensée positiviste longtemps mise en œuvre en histoire des sciences, dont la finalité essentielle était de décrire la dynamique du progrès des connaissances, et dont les enjeux principaux étaient l’identification de l’erreur et la validation rétrospective d’un savoir jugé « vrai » dans le dévoilement progressif d’un monde objectivable. Notre intention est, à l’inverse, d’interroger la géographie comme la construction d’un certain rapport au monde et à l’espace, et de mettre au jour les images qu’elle en produit. À ce titre, il nous paraît nécessaire d’élargir autant que possible la caractérisation, et donc les formes et supports de l’invention et de l’innovation, de l’élaboration et de la mise en œuvre du savoir géographique. Si les productions graphiques demeurent des sources essentielles, les textes ne sauraient être négligés. Non seulement ils explicitent souvent les démarches géographiques et cartographiques qui ont présidé à leur réalisation, mais ils permettent aussi de les contextualiser dans le champ de la pensée et des pratiques spatiales qui contribuent à leur donner un sens.

Enfin, rappelons que le savoir géographique a longtemps été caractérisé par un éclatement intellectuel et disciplinaire. Au fil du temps, il a pu être associé à l’histoire, à la polémologie, aux mathématiques, à l’astronomie, à la physique, à la géopolitique ou à l’anthropologie. Il a été enseigné dans les facultés de philosophie dès le XVIe siècle, mais n’a pas toujours bénéficié d’une très grande visibilité dans le monde académique, alors que les représentations géographiques et cartographiques, ou les récits de voyage, constituaient des thèmes privilégiés de nombreux imprimeurs et graveurs, et qu’un nouvel imaginaire du monde investissait la littérature européenne. Le discours géographique est aussi intimement lié à l’affirmation du pouvoir politique des États et à leur stratégie de prestige conduisant à présenter leurs territoires dans le registre d’une nature dominée, d’un État contrôlé, riche et puissant, borné par des frontières naturelles qui en assurent l’évidence et en garantissent la légitimité. La littérature géographique acquiert une fonction déterminante dans la constitution des identités nationales et devient souvent un outil dans la fabrique des nations. Par ailleurs, les colonisations se sont accompagnées d’une production abondante, justificatrice de l’œuvre missionnaire ou civilisatrice. Progressivement, la géographie assoit sa légitimité, se rapproche du pouvoir et s’institutionnalise, des cartographes royaux aux premières chaires de géographie instituées au XIXe siècle. La journée d’études vise donc également à identifier les contextes intellectuels et les pratiques qui éclairent la caractérisation et le statut du savoir géographique à des époques successives et à comprendre l’articulation de ces grands moments. Le choix d’une chronologie large, du XVe au XIXe siècle, permet d’appréhender le long processus d’émergence, de rationalisation et d’intellectualisation de la dimension spatiale des sociétés. Dans le discours géographique, au-delà de la description de l’espace et de l’ailleurs, se dévoile un discours sur soi et son rapport au monde.

Axes thématiques

Les thèmes suivants pourront donc être abordés :  

  • Les usages politiques, judiciaires, administratifs, et plus largement pratiques, de la géographie cartographique et textuelle
  • Les discours de définition et de légitimation de la géographie
  • La géographie et la cartographie dans les pratiques savantes et pédagogiques
  • Acteurs, objets, institutions du savoir géographique
  • Le savoir géographique et les cultures professionnelles
  • Le savoir géographique et les cultures confessionnelles
  • Le savoir géographique dans les contextes nationaux
  • Les usages du savoir géographique en contexte colonial
  • Le savoir géographique dans les textes philosophiques, théologiques et littéraires
  • etc.

Modalités de soumission 

Un titre de communication accompagné d’une présentation d’une quinzaine de lignes au maximum est à envoyer

avant le 30 juin

à Etienne Bourdon (Etienne.Bourdon@ujf-grenoble.fr) et à Axelle Chassagnette (Axelle.Chassagnette@univ-lyon2.fr).

Date limite de proposition : 30 juin 2015.

La journée d'étude aura lieu le 6 novembre 2015.

Comité scientifique

  • Axelle Chassagnette, Maître de conférences en histoire moderne, Université Lyon II
  • Etienne Bourdon, Maître de conférences en histoire moderne, Université Grenoble-Alpes

Lieux

  • Université Lyon II - 86 Rue Pasteur
    Lyon, France (69007)

Dates

  • mardi 30 juin 2015

Mots-clés

  • histoire des savoirs, histoire de la géographie, histoire de la cartographie

Contacts

  • Axelle Chassagnette
    courriel : Axelle [dot] Chassagnette [at] univ-lyon2 [dot] fr
  • Etienne Bourdon
    courriel : Etienne [dot] Bourdon [at] ujf-grenoble [dot] fr

Source de l'information

  • Etienne Bourdon
    courriel : Etienne [dot] Bourdon [at] ujf-grenoble [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Penser le savoir géographique aux époques moderne et contemporaine (XVe-XIXe siècle) », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 12 mai 2015, http://calenda.org/328076