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Musique, migrations et politique

Revue Afrique contemporaine

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Publié le mercredi 13 mai 2015 par Elsa Zotian

Résumé

L’objet de ce dossier est d’analyser les liens entre musique, migrations et politique en Afrique occidentale ou australe et dans d’autres contextes géographiques, comme dans le cadre diasporique hors du continent. Ces espaces sociaux sont connectés depuis longtemps et de plus en plus par une série d’échanges en tous genres. Si les études reliant faits migratoires et politiques émergent (Wihtol de Wenden, 2010), l’utilisation de la musique dans sa dimension heuristique pour mettre à jour des phénomènes de circulation d’individus en lien avec des contextes socio-politiques particuliers reste encore rare.

 

Annonce

Argumentaire

L’objet de ce dossier est d’analyser les liens entre musique, migrations et politique en Afrique occidentale ou australe et dans d’autres contextes géographiques, comme dans le cadre diasporique hors du continent. Ces espaces sociaux sont connectés depuis longtemps et de plus en plus par une série d’échanges en tous genres. Si les études reliant faits migratoires et politiques émergent (Wihtol de Wenden, 2010), l’utilisation de la musique dans sa dimension heuristique pour mettre à jour des phénomènes de circulation d’individus en lien avec des contextes socio-politiques particuliers reste encore rare.

Que ce soit en anthropologie de la musique, en histoire culturelle ou en (ethno)musicologie les études associant musiques et mobilités abordent surtout la question des circulations musicales, c’est-à-dire les déplacements des genres musicaux (Francfort, 2015 ; Fléchet, 2013). Elles analysent les phénomènes d’emprunt, d’appropriation et de (re)-création des musiques (Gaulier, 2010 ; Martin, 2013), caractérisant ainsi de nouvelles combinatoires (Arom et Martin, 2006). De nouveaux assemblages sonores aboutissent, par exemple, à la création du heavy métal malgache (Verne, 2013) ou du rock basque (Anagnostou, 2005). De la même manière, les travaux sur le phénomène de la ‘world music’ ou ‘musique du monde’ ou encore ‘weltmusik’ étudient non pas les mobilités des musiciens mais la production de la musique dans un rapport d’échelle locale/globale. Les chercheurs observent soit les dynamiques de ‘fusion’ ou de syncrétisme musical, soit le phénomène d’une labellisation (Mallet, 2002 ; White, 2012) répondant aux exigences marketing d’un marché international de la musique. Ce label exotisant donne à entendre une musique « authentique » ou « traditionnelle », jugée représentative d’une culture locale, mais à laquelle on a en fait associé ou fusionné des éléments appartenant à une musique dite « actuelle » pour la rendre audible par tous : notamment les acheteurs occidentaux. Cette perception de la musique comme produit marchand reste un sujet non encore épuisé. L’étude de l’économie politique de la musique à travers, par exemple, les circulations de supports de différentes natures (cassettes, CD, streaming, festivals, etc.), sur le continent africain et dans ses diasporas, est encore trop peu analysée. La musique, dans sa dimension polymorphe de création, de produit marchand ou de performance, est donc au centre de la réflexion en lien avec les mobilités des musiciens, de leurs publics et leurs significations politiques. Ainsi, documenter le rap comme musique de contestation en contextes africains ou diasporiques demeure une piste intéressante à explorer.

La perception des migrations, quant à elle, est largement biaisée par une lecture médiatique et institutionnelle des flux : nouveaux boat people en Méditerranée, sécurité, criminalités et trafics, etc. (Rodier, 2012). La dimension culturelle et symbolique demeure le plus souvent un angle mort de la recherche. On postule, en effet, que la musique dans sa dimension symbolique portée par les acteurs de la migration permet de comprendre le politique officiel (partis, élections, mobilisations…) et le politique discret, ordinaire, quotidien ou informalisé (cérémonies, rituels, interactions ordinaires, grins ou lieux de sociabilité propre aux jeunes sahéliens francophones…) ou saisie par le bas. A ce titre, elle constitue un « objet politique non identifié » (OPNI), tel que conceptualisé par le politiste Denis-Constant Martin (2002). Dans ces conditions, interroger les migrations et la politique par le biais de la musique permet de mieux comprendre les catégories de la migration et du politique, leurs liens, mais aussi et surtout la musique à la fois en tant que vecteurs et révélateurs de dynamiques sociales profondes et mal connues.

Ce faisant, on peut revisiter des concepts largement connus des sciences humaines (citoyenneté, mémoire et histoire, transferts, héritages et création, positionnement dans la société). Le travail pionnier de l’historienne Naïma Yahi (2008) sur le répertoire de la chanson maghrébine de l’exil, a permis notamment de comprendre l’existence d’un espace méditerranéen du culturel : les migrants maghrébins, installés de longue date en France, exprimaient leur quotidien et une condition d’exilés à travers des chansons, un phénomène encore peu connu pour les autres diasporas africaines en Europe. Au-delà de la dimension migratoire, la musique en elle-même, en tant que « sons humainement organisés » (Blacking, 1987), est à comprendre et caractériser au prisme du politique. Elle ne constitue pas un langage dans le sens d’un enchaînement logique de mots ayant chacun, indépendamment les uns des autres, des significations. Cependant, en tant que production artistique, elle est un fait social (Heinich, 1998) comportant une dimension symbolique et un imaginaire politique. Etudier la musique implique donc de prendre en compte un objet, des acteurs, des discours et des pratiques qui sont autant de constructions du politique, entendu comme identités narratives, récits de soi, du collectif et du monde, processus d’affirmation plus ou moins visible.

Ainsi, nous proposons dans ce numéro d’aborder non plus les circulations musicales ou migratoires prises isolément mais bien d’utiliser les musiques pour comprendre les transformations sociopolitiques en contextes diasporiques. Différentes entrées sont privilégiées : économie politique de la musique ; circulation, création et réception ; exclusion, citoyenneté et récits historiques ; supports anciens et nouveaux ; les Afriques du rap, le rap des Afriques ; africanité, panafricanisme et discours d’émancipation.

Coordination scientifique

  • Armelle Gaulier, LAM / Sciences Po Bordeaux,
  • et Daouda Gary-Tounkara, CNRS, LAM / Sciences Po Bordeau

Conditions de soumission

Faire acte de candidature en envoyant une courte note d’une page (problématique du texte, exposé du déroulé de l’argumentaire, exposé des données, des sources et terrains mobilisés).

Les articles devront avoir un format de 35 000 signes espaces compris (notes de bas de page et bibliographie comprises) dans leur version destinée à la publication, ainsi qu’un court résumé de 800 signes (espaces compris), des mots clés et la biographie de l’auteur (150 signes). Les auteurs pourront intégrer à leur article des iconographies (cartes, graphiques, photos, dessins, etc.)

Ils suivront la procédure d’évaluation scientifique auprès de deux référés anonymes et du comité de lecture d’Afrique contemporaine.

La soumission des appels à propositions et des articles se fait sur la plateforme Editorial Manager à l’adresse suivante : http://www.editorialmanager.com/afriquecontemporaine/

Vous pouvez nous contacter pour toutes précisions aux adresses suivantes :  armellegaulier@hotmail.com et fortuiti@afd.fr

Calendrier

  • Envoi de la proposition d’article : le 1er juillet 2015.

  • Réponse de la rédaction d’Afrique contemporaine aux auteurs : le 10 juillet 2015 au plus tard.
  • Envoi d’une première version des articles présélectionnés : le 15 août 2015.
  • Publication du numéro : novembre 2015.

Bibliographie

  • AROM, Simha, MARTIN, Denis-Constant (2006), « Combiner les sons pour réinventer le monde, la world music, sociologie et analyse musicale », L’Homme, n°177-178, p. 155-178.
  • BARBER, Karine (2006), Africa’s hidden stories. Everyday literacy and making the self, Bloomington, Indiana university press.
  • BLACKING, John (1987), A Commonsense View of all Music, Cambridge, Cambridge University Press.
  • COOPER, Frederick (2010), Colonialism in Question: Theory, Knowledge History, Berkeley: University of California Press.
  • CORDELL, D. D. et GREGORY, J. W. (dir.), 1994 [1987] : African Population and Capitalism : Historical Perspectives, Madison, University of Wisconsin Press.
  • CORDELL, D. D. et GREGORY, J. W. et PICHÉ, V., 1996 : Hoe and Wage. A Social History of Circular Migration System in West Africa, Boulder, Westview Press.
  • DANIEL, S., Les Routes clandestines. L’Afrique des immigrés et des passeurs, Paris, Hachette Littératures, 2008.
  • FLECHET, Anaïs (2013), Si tu vas à Rio... La musique brésilienne en France, Paris, Armand Colin.
  • FRANCFORT, Didier (2015), « Le tango, passion allemande et européenne, 1920-1960 », in Anais Fléchet and Marie-Françoise Lévy, Littératures et musiques dans la mondialisation, XXe-XXIe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne.
  • GAULIER, Armelle (2010) « Musique et Processus de créolisation. Les chants moppies des populations coloureds du Cap », Volume ! La revue des musiques populaires 7-1, Éditions Mélanie Seteun, p. 75-104.
  • HEINICH, Nathalie (1998), Ce que l’art fait à la sociologie, Paris, Les éditions de Minuit.
  • MALLET, Julien (2002), « « World Music » », Cahiers d'études africaines, 168 | 2002
  • MANCHUELLE, F., 2004 [éd. franç.] : Les diasporas des travailleurs soninké (1848-1960) : migrants volontaires, Paris, Karthala, 352 p.
  • MARTIN, Denis-Constant (2002), Sur la piste des OPNI (Objets politiques non identifiés), Paris, Karthala.
  • MARTIN, Denis-Constant (2013), Sounding the Cape, Music, Identity and Politics in South Africa, Somerset West, African Minds.
  • NDIAYE M. et ROBIN, N., « Les migrations internationales en Afrique de l’Ouest. Une dynamique de régionalisation renouvelée », Hommes et migrations, n° 1286-1287, juillet-octobre 2010/
  • RODIER, Claire (2012), Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires ?, Paris, La Découverte.
  • YAHI, Naïma, « L’exil blesse mon cœur : Pour une histoire culturelle de l’immigration algérienne en France de 1962 à 1987», Thèse de III cycle, Université Paris VIII Saint Denis, sous la direction de Benjamin Stora, soutenue le 20 septembre 2008.
  • VAN DE WALLE, N., 2011, « Sortir du néopatrimonialisme : démocratie et clientélisme dans l’Afrique contemporaine », in D. C. Bach et M. Gazibo (dir.), L’État néopatrimonial : genèse et trajectoires contemporaines, Ottawa, Les Presses de l’université d’Ottawa.
  • WITHOL DE WENDEN, Catherine (2010), La Question migratoire au xxie siècle. Migrants, réfugiés et relations internationales, Paris, Presses de Sciences Po, 2010.
  • WHITE, Bob (2012), Music and globalization critical encounters, Bloomington, Indiana University Press.

Dates

  • mercredi 01 juillet 2015

Mots-clés

  • musique, migrations, politique

Contacts

  • Isabelle Fortuit
    courriel : fortuiti [at] afd [dot] fr
  • Armelle Gaulier
    courriel : armellegaulier [at] hotmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Nicolas Courtin
    courriel : courtinn [at] afd [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Musique, migrations et politique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 13 mai 2015, http://calenda.org/328148