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Pratiques et discours

Revue « Sciences du design » n°2

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Publié le mardi 26 mai 2015 par João Fernandes

Résumé

Au cours de son histoire récente, la pensée design (design thinking) est parvenue à infiltrer des secteurs d’activité et des champs disciplinaires auxquels elle n’était pas traditionnellement associée. Les sciences de gestion invoquent maintenant le design en tant que modalité d’innovation privilégiée dans les organisations menacées par le poids des exigences de reddition de compte. Dans ce cadre, la gestion par le design (design management) est de plus en plus considérée comme la clé pour l’implantation de processus d’innovation organisationnelle tablant sur une dynamique « horizontale » fondée sur le partage et la coopération (innovation ouverte).

Annonce

Argumentaire

Au cours de son histoire récente, la pensée design (design thinking) est parvenue à infiltrer des secteurs d’activité et des champs disciplinaires auxquels elle n’était pas traditionnellement associée. Les sciences de gestion invoquent maintenant le design en tant que modalité d’innovation privilégiée dans les organisations menacées par le poids des exigences de reddition de compte [1]. Dans ce cadre, la gestion par le design (design management) est de plus en plus considérée comme la clé pour l’implantation de processus d’innovation organisationnelle tablant sur une dynamique « horizontale » fondée sur le partage et la coopération (innovation ouverte).

Le design est également sollicité dans un cadre politique comme alternative au modèle du nouveau management des organisations [2]. La démarche « tâtonnante » que sous-tend le design s’inscrit alors dans le mouvement de l’expérimentation politique [3] qui se substitue à la recherche d’illusoires données probantes. Mais le design ne se présente pas uniquement comme un « palliatif » à des processus et des modèles ayant démontré leurs limites. Les succès du design de services et du design social ont également largement favorisé la dissémination des outils, méthodes et concepts du design auprès de nombreux acteurs du monde socio-économique et citoyen [4]. 

Plusieurs voient dans cette nouvelle consécration de l’approche design la preuve de sa pertinence et de son adéquation aux problèmes du monde actuel. Mais une telle extension du domaine du design s’accompagne d’un risque. Alors que la communauté des designers s’escrime toujours autour de la nature de l’expertise en design, il est dangereux de voir s’opérer un découplage entre le discours du design, séduisant, versatile, rendu accessible à un plus grand nombre, et la pratique du design, fragile ciment d’une communauté et d’une culture en constante évolution. 

Équivoque, la notion de pratique renvoie tantôt à la singularité d’une démarche de création [5] ou de projet [6], celle du designer élaborant ses propres outils et méthodes de travail, tantôt à l’établissement d’une communauté de savoir-faire appelant l’instauration de règles et conventions et assurant sa légitimité. Or, quand il s’agit de s’entendre sur la nature de leur pratique, sur ce qui leur est propre, les débats entre designers sont souvent vigoureux, voire acrimonieux (désaccords sur le curriculum de formation, sur les modalités de l’exercice, sur l’appareillage conceptuel, etc.). Il convient donc d’examiner la pratique comme objet à la fois pluriel et complexe. 

C’est là précisément le point de questionnement que souhaite ouvrir ce second numéro de Sciences du Design : alors même que la pratique du design peine à se définir [7] [8] [9] [10], le discours s’emballe et s’expose à la récupération. Quels sont alors les effets et conséquences de cette « échappée » du discours, possiblement désarrimé de la pratique ? Qu’en est-il de l’affirmation et de la consolidation d’une pratique experte dont le discours tendrait à répondre à tout et à tous ? 

Aussi, interroger la pratique en design c’est tenter de comprendre comment la prolifération des discours exogènes sur le design met en lumière les désaccords endogènes sur l’expertise propre du designer et les risques que ceux-ci font courir à la communauté. De même, c’est tenter de comprendre l’état de cette communauté à la lumière des nombreuses polémiques que génèrent les tentatives d’unification de la pratique autour d’un champ de savoir-faire ou de concepts communs [11]. Poser l’hypothèse d’un découplage entre le discours et la pratique, c’est s’obliger à examiner en détail les différents ressorts, épistémologiques, pragmatiques, sociaux, politiques du design. 

Que signifierait être un designer si les éléments de sa pratique résultaient d’une sorte de recyclage (formel, conceptuel, voire simplement rhétorique) faisant fi de toute inscription au sein d’une culture commune ? À quoi renverrait la profession de « designer » s’il n’existait aucune communauté de pratique(s) pour en éprouver l’authenticité ? Face à ces difficultés, ce second numéro souhaite interroger le cœur de ce qui fonde et définit la pratique en design, explorant la matière et la manière du designer.

Modalités de soumission

Les propositions d’articles (abstracts) doivent être envoyées

au plus tard le 1er juin 2015

aux directeurs du numéro, Philippe Gauthier et David Bihanic, à l’adresse :

propositions@sciences-du-design.org. 

Les articles complets devront être remis au plus tard le 24 août 2015, dans le respect des consignes aux auteurs (http://www.sciences-du-design.org/consignes-aux-auteurs/). 

Les propositions d’articles (abstracts) doivent tenir sur une page maximum et comporter :

• un titre et un résumé de 2000 signes maximum (soit 300 mots)

• une présentation de(s) (l’)auteur(s) : nom, prénom, profession, affiliation, e-mail 

Supplément 

Sciences du Design, ce n’est pas seulement un dossier thématique, c’est aussi un « Supplément » qui accueille des articles hors-thème, des réponses à des articles antérieurs, des points de vue, des entretiens, des notes de lecture, des comptes rendus, des critiques, etc., que chacun est libre de proposer.

Les propositions doivent être envoyées au plus tard le 1er juin 2015 à la rédaction à l’adresse : info@sciences-du-design.org.

Les versions complètes devront être remises au plus tard le 24 août 2015 pour une publication dans le numéro 02.

Coordination 

Comité de lecture

Le comité de lecture de Sciences du Design est constitué de manière ad hoc pour chaque numéro, en fonction des thèmes des articles.

Directeur et rédacteur en chef

Stéphane Vial (Université de Nîmes)

Comité de rédaction

  • Anne Beyaert-Geslin (Université Bordeaux Montaigne)
  • David Bihanic (Université de Valenciennes)
  • Remy Bourganel (École nationale supérieure des Arts Décoratifs)
  • Bernard Darras (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Alain Findeli (Université de Nîmes et Université de Montréal)
  • Philippe Gauthier (Université de Montréal)
  • Annie Gentès (Telecom ParisTech)
  • Bernard Kahane (École nationale supérieure de création industrielle)
  • Jocelyne Le Boeuf (École de design Nantes Atlantique)
  • Lysianne Léchot Hirt (Haute école d’art et de design – Genève)
  • Pierre Litzler (Université de Strasbourg)
  • Frédérique Pain (Strate École de design)
  • Comité scientifique international

  • Madeleine Akrich (Mines ParisTech, France)
  • Barry Bergdoll (The Museum of Modern Art, New York, États-Unis)
  • Ruedi Baur (Haute école d’art et de design – Genève, Suisse)
  • Brigitte Borja de Mozota (Paris College of Art, France)
  • Rabah Bousbaci (Université de Montréal, Canada)
  • Johanne Brochu (Université Laval, Canada)
  • Claire Brunet (École Normale Supérieure de Cachan, France)
  • Anna Calvera (Universitat de Barcelona, Espagne)
  • Hervé Christofol (Université d’Angers, France)
  • Jean-Pierre Chupin (Université de Montréal, Canada)
  • Philippe Corcuff (Institut d’Études Politiques de Lyon, France)
  • Véronique Cova (Aix-Marseille Université, France)
  • Michela Deni (Université de Nîmes, France)
  • Mads Nygaard Folkmann (Université du Danemark du Sud, Danemark)
  • Christophe Genin (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, France)
  • Anne Guenand (Université de Technologie de Compiègne, France)
  • Armand Hatchuel (Mines ParisTech, France)
  • Wolfgang Jonas (HBK Braunschweig, Allemagne)
  • Roxane Jubert (Université Rennes 2 et École nationale supérieure des Arts Décoratifs, France)
  • Bruno Latour (Sciences Po, Médialab, France)
  • Victor Margolin (University of Illinois, Chicago, États-Unis)
  • Olivier Martin (Université Paris Descartes, France)
  • Gavin Melles (Swinburne University of Technology, Australie)
  • Alexandra Midal (Haute école d’art et de design – Genève, Suisse)
  • Antoine Picon (École des Ponts ParisTech/LATTS, France, et Harvard Graduate School of Design, États-Unis)
  • Margherita Pillan (Politecnico di Milano, Italie)
  • Anne-Françoise Schmid (Mines ParisTech, France)
  • Paul Stirton (Bard Graduate Center, États-Unis)
  • Virginia Tassinari (MAD Faculty / LUCA Arts, Belgique)
  • John Thackara (Doors of Perception, Royaume-Uni et France)
  • Yves Voglaire (La Cambre, Belgique)
  • Chris Younès (École Spéciale d’Architecture, Paris, France)
  • Khaldoun Zreik (Université Paris 8, France)

Références 

[1] BOLAND Richard J. et Fred COLLOPY (éd.) (2004), Managing as designing, Stanford : Stanford University Press.

[2] GAULEJAC Vincent de (2005), La Société malade de la gestion. Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social, Paris : Seuil.

[3] BANERJEE Abhijit V. et Esther DUFLO (2009) « L’approche expérimentale en économie du développement », Revue d’économie politique, 119 (5), p. 691-726 ; L’HORTY Yannick, DUGUET Emmanuel et Pascale PETIT (2012) « Une évaluation expérimentale d’un micro-programme social », Revue française d’économie, 27 (1), p. 107-127 ; MILLER Daniel et Lisa RUDNICK (2012), A Framework Document for Evidence-Based Programme Design on Reintegration, Genève : UNIDIR, disponible en ligne [http://www.unidir.org/publications/process-and-practice], consulté le 29 mars 2015.

[4] MANZINI Ezio (2007), « Design Research for Sustainable Social Innovation », dans Ralf Michel (éd.), Design Research Now. Essays and Selected Projects, Basel/Boston : Birkhäuser, p. 233-245.

[5] LÉCHOT HIRT Lysianne (2015), « Recherche-création en design à plein régime : un constat, un manifeste, un programme », Sciences du Design, 01, Mai 2015, p. 35-42.

[6] FINDELI Alain et BOUSBACI Rabah (2005), « L’éclipse de l’objet dans les théories du projet en design », The Design Journal, vol. 8, issue 3, p. 35-49.

[7] CROSS Nigel (2001), « Designerly ways of knowing: design discipline versus design science », Design Issues, 17 (3), pp. 49–55.

[8] FEAST Luke (2010), « Epistemological Positions Informing Theories of Design Research: Implications for the Design Discipline and Design Practice », DRS 2010, Montréal, 7-9 Juillet 2010.

[9] VIAL Stéphane (2015), Le design, Paris, PUF, « Que sais-je ? »

[10] Voir la campagne de l’International Council of Societies of Industrial Design (Icsid) en vue de redéfinir le « design industriel » (mars-juin 2015) : http://www.renewid.com

[11] BROWN Bruce, BUCHANAN Richard, DISALVO Carl, DOORDAN Dennis, MARGOLIN Victor (2013), « Introduction », Design Issues, 29 (2), p. 1.

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • lundi 01 juin 2015

Mots-clés

  • pratique du design,expertise,expertise-aspects sociaux,histoire des professions

Contacts

  • Philippe Gauthier
    courriel : philippe [dot] gauthier [dot] 2 [at] umontreal [dot] ca
  • David Bihanic
    courriel : d [dot] bihanic [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Philippe Gauthier
    courriel : philippe [dot] gauthier [dot] 2 [at] umontreal [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Pratiques et discours », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 26 mai 2015, http://calenda.org/328385