AccueilMissions et développement : porosités, affinités, continuités

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Publié le vendredi 29 mai 2015 par Céline Guilleux

Résumé

La revue Social Sciences and Missions sollicite des articles en vue d'un numéro spécial consacré au thème : « Missions et développement : porosités, affinités, continuités », à paraître en 2016. Il s'agit d'examiner le rôle et la motivation des missionnaires – chrétiens, musulmans sunnites et ismaéliens, bahaïs et autres – dans leur participation aux politiques de développement depuis la fin de la première guerre mondiale. Par leur présence au cœur des sociétés coloniales, leur sensibilité aux réalités sociales et économiques de leurs champs missionnaires, leur action éducative ou sanitaire, ils ont, dès l'origine, constitué un vivier naturel pour les organisations de développement. Cette question reste d'actualité dans un contexte de désengagement de l'État, et de relocalisation des tâches de conception et de mise en œuvre du développement parmi les acteurs de la société civile.

Annonce

La revue Social Sciences and Missions sollicite des articles en vue d'un numéro spécial consacré au thème : « Missions et développement : porosités, affinités, continuités » à paraître en 2016.

Argumentaire

L'ère du développement, après 1945, est généralement analysée comme l'imposition d'un double agenda par les pays du nord aux pays du sud, à l'époque où une majorité de ces derniers sortent de la colonisation : un programme de spécialisation économique poursuivant les politiques de mise en valeur coloniale, et une visée plus ou moins discrète de contrôle des régimes politiques et des matières premières (RIST, 1996). Pour les acteurs de ce dernier, cependant, le développement marquait au contraire une rupture avec l'ordre inégalitaire de la colonisation, et la promesse d'une amélioration globale par l'application de méthodes de production, de gestion et d'organisation politique expertisées dans les pays du nord.

Cette contradiction nous semble se manifester dans le recrutement des acteurs du développement, parmi lesquels les praticiens du terrain colonial côtoient les experts qui ne sont pas tous informés des réalités post-coloniales, au risque d'appliquer de façon normative des politiques décontextualisées et parfois vouées à l'échec. Une catégorie d'hommes du développement dont le rôle et la motivation restent à élucider est celle des missionnaires, chrétiens, musulmans sunnites et ismaéliens, bahaïs et autres. Souvent localisés à l'écart des lieux de la tutelle coloniale directe, sensibilisés aux réalités sociales et économiques de leurs champs missionnaires, engagés dans l'éducation et la santé parfois en lieu et place des pouvoirs coloniaux, les missionnaires constituent un vivier naturel pour les organisations de développement. Qu'en a-t-il été ?

Cette problématique reste actuelle. Le développement, malgré les critiques académiques formulées à son endroit, reste un agenda international majeur, pérennisé par une diversité d'acteurs locaux, nationaux et internationaux. Ses modalités se sont néanmoins modifiées sous l'emprise des idéaux ordo-libéraux dans les relations internationales et notamment la tendance au désengagement de l'Etat, et à la relocalisation des tâches de conception et de mise en œuvre du développement parmi les acteurs de la société civile, dont les missionnaires. La logique actuelle de subsidiarité qui voit les Etats céder une partie de leurs fonctions à des organisations non gouvernementales très souvent religieuses est également valide dans l'ordre de l'action internationale pour le développement, avec des conséquences probables sur la conception et la mise œuvres de cet agenda. Comment se déploie cette mutation à des échelles à la fois locales et globales ?

Thématiques

Pour comprendre ces phénomènes dont on peut dater l'émergence à la fin de la Première guerre mondiale, nous sollicitons des contributions portant sur des terrains divers mais abordant les pays du sud. Des études sur les thèmes suivants seront particulièrement appréciées :

  • la préhistoire du développement, non pas seulement au sein des organisations internationales de l'entre-deux-guerres, mais dans l'action des sociétés missionnaires depuis le début du vingtième siècle : on peut considérer que le développement s'est institutionnalisé sur la base de plusieurs internationalismes concurrents. Quelles relations les organisations missionnaires, déjà dotées de réseaux transnationaux, nouent-elles avec les différentes institutions émergentes incarnant ces grands courants ? Quelles circulations des savoirs l'expertise accumulée par les missionnaires nourrit-elle ?
  • les politiques de recrutement des organisations de développement : y a-t-il des translations depuis les organisations missionnaires vers les acteurs du développement ? L'agenda international du développement et son appropriation par des organisations religieuses a-t-il une incidence sur la trajectoire et notamment la formation des agents missionnaires ? Voit-on émerger un vivier missionnaire spécifiquement consacré au développement 
  • les institutions proprement religieuses de développement : se différencient-elles par leur mode opératoire des autres acteurs du développement ? Les réseaux missionnaires constituent-ils un relais, voire un quadrillage opérationnel pour les organisations de développement, missionnaires ou non ?
  • les rapports entre missiologie et développement : y a-t-il mise en correspondance doctrinale des valeurs affirmées par les institutions religieuses avec les moyens des politiques de développement ?
  • La téléologie du développement séduit à la fois du côté des partis progressistes et des autorités religieuses du nord et du sud, ainsi qu'en atteste l'encyclique Gaudium et Spes adoptée au terme du concile Vatican II, et se traduit par une convergence politique entre les uns et les autres autour du thème du développement, manifestée jusqu'à aujourd'hui, malgré le désenchantement suscité par les résultats du développement dans les années 1980, par la référence au développement incluse dans le nom des partis de l'islam politique, PJD au Maroc ou AKP en Turquie. Comment s'est opérée une telle convergence ? Quels types de discours les milieux missionnaires formulent-ils aujourd'hui dans cette nouvelle donne du développement, qui souvent sert de paravent à la mise en place des politiques néo-libérales prônées par les organisations internationales ?

Modalités de soumission

Les propositions d'article en français ou en anglais (1500 signes maximum) sont à envoyer aux adresses suivantes :

  • philippe.bourmaud@univ-lyon3.fr
  • aurelien.zaragori@gmail.com

d'ici le 15 juillet 2015.

Les résultats de la sélection des articles retenus seront communiqués au plus tard le 30 juillet 2015.

Pour les propositions retenues, les articles (entre 7 000 et 14 000 mots) seront ensuite à déposer sur le site de la revue au plus tard le 15 décembre 2015.

Coordinateurs

  • Philippe Bourmaud (Université Jean Moulin – Lyon 3 / LARHRA (UMR 5190)) : philippe.bourmaud@univ-lyon3.fr
  • Aurélien Zaragori (Université Jean Moulin – Lyon 3 / LARHRA (UMR 5190)) : aurelien.zaragori@gmail.com

Dates

  • mercredi 15 juillet 2015

Mots-clés

  • mission, développement, société coloniale, organisation internationale, expert

Contacts

  • Philippe Bourmaud
    courriel : philippe [dot] bourmaud [at] univ-lyon3 [dot] fr
  • Aurélien Zaragori
    courriel : aurelien [dot] zaragori [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Aurélien Zaragori
    courriel : aurelien [dot] zaragori [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Missions et développement : porosités, affinités, continuités », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 29 mai 2015, http://calenda.org/329433

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