AccueilCatégorisation, inégalité et discrimination

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Publié le mercredi 27 mai 2015 par João Fernandes

Résumé

La rencontre du 27 mai prochain aura comme question principale ce qui suit : en quoi l’étude de la catégorisation peut-elle orienter la recherche pour mieux comprendre des phénomènes liés aux discriminations et aux inégalités sociales ? Il est souhaitable que la discussion permette de saisir la force compréhensive et les limites de la notion de catégorisation à la lumière de nos pratiques ethnographiques orientées vers, et confrontées aux phénomènes de discrimination sociale et d’inégalité durable.

Annonce

Programme

27 mai 2015

Premières pistes de questionnement 

La rencontre du 27 mai prochain aura comme question principale ce qui suit : en quoi l’étude de la catégorisation peut-elle orienter la recherche pour mieux comprendre des phénomènes liés aux discriminations et aux inégalités sociales ? Il est souhaitable que la discussion permette de saisir la force compréhensive et les limites de la notion de catégorisation à la lumière de nos pratiques ethnographiques orientées vers, et confrontées aux phénomènes de discrimination sociale et d’inégalité durable. 

Voici deux exemples du type de discussion qui pourrait se présenter le jour du séminaire. D’abord, il peut être intéressant de se demander — comme le propose Bastien Bosa (2010) — de quelle manière la mise en place de certaines politiques publiques à l’allure « neutre », « technique » ou « professionnelle » peuvent déclencher ou s’appuyer sur un processus de racialisation des secteurs les plus défavorisés de la population. D’une manière homologue, ces politiques peuvent impliquer une distribution inégale des ressources et des opportunités en fonction des catégorisations de genre. Par ailleurs, l’analyse de la catégorisation permet de poursuivre autrement des enquêtes comme celle de Briones et Gentile (2014), concernant les rapports conflictuels entre certains mouvements indiens argentins et le gouvernement de Cristina Fernández de Kirchner. Il est possible de se demander quelles sont les procédures, de nature discursive, politique et culturelle, permettant d’associer, pour une activité concrète, une catégorie ethnique aux termes « diversité », « reconnaissance » ou « identité » au lieu de l’associer aux termes « nation », « justice sociale » ou « peuple ». 

Pour traiter de ces problèmes, il peut être utile de considérer — parmi les nombreuses et riches démarches existantes sur la catégorisation — quelques pistes ouvertes par Lena Jayyusi (2010). En concevant la « catégorisation d’appartenance » ou les « catégories de personnes » (membership catégorisation) (de Fornel, 1987 ; Sacks, 1972) comme une caractérisation des acteurs plus foncière que le simple emploi de catégories-étiquettes, Jayyusi invite à étudier les procédures ou méthodes de sens commun. Grâce à ces procédures, telle ou telle caractérisation est « rendue pertinente » séquentiellement dans telle ou telle occasion, pour telle ou telle activité concrète. Il s’agit d’étudier, dans toute sorte de support de sens (oral, audiovisuel, écrit, etc.), la manière dont certaines propriétés sociales, culturelles, politiques, économiques, etc., sont invoquées pour catégoriser une personne, un ensemble de personnes ou un collectif. Cela nous incite à enquêter sur (a) la façon dont certaines caractérisations alternatives deviennent subordonnées ou écartées dans un discours et sur (b) le rapport axiologique au monde qu’une catégorisation sous-entend.

Une dimension de la discussion sera possiblement la distinction des termes du débat, « catégorisation », « inégalités » et « discriminations », d’opérations et de phénomènes proches, telles que la classification, l’étiquetage, l’interpellation, l’identification, voire la stigmatisation, la ségrégation ou l’exclusion. Si le courant dit « analyse de la catégorisation », dont se revendique Jayyusi, possède une filiation ethnométhodologique, notre rencontre du 27 mai est une invitation à croiser des expériences de terrain et des positions diverses. En partant d’un questionnement commun et d’un socle de textes commun (dont l’auteur est le professeur Bastien Bosa, de l’Universidad del Rosario, Colombie), la discussion sera ouverte quant aux approches et aux méthodes d’enquête.

Références

  • Bosa, B. (2010). Plus blanc que blanc. Une étude critique des travaux sur la whiteness. In Fassin, D. (dir.), Les nouvelles frontières de la société française (pp. 129-145). Paris : La Découverte.
  • Briones, C., & A. M. Gentile. (2014). La question indienne en Argentine : entre le néolibéralisme, le national-populaire et le néo-développementisme. Actuel Marx, 2 (56), pp. 85-96.
  • de Fornel, M. (1987). Catégorisation, identification et référence en analyse de la conversation. Lexique (5), pp. 161-195.
  • Jayyusi, L. (2010). Catégorisation et ordre moral [trad. Michel Barthélémy] (Études Sociologiques). Paris : Economica.
  • Sacks, H. (1972). An initial investigation of the usability of conversational data for doing sociology. In Sudnow, D. (ed.) Studies in Social Interaction. California: The Free Press.

Travaux du professeur Bosa qui seront discutés

  •  Bosa, B. (2009). Comment devient-on aborigène ? Trajectoires familiales dans le Sud-Est de l’Australie. Annales HSS, novembre-décembre (6), pp. 1335-1359.
  •  Bosa, B. (2011). Ce qui change et le déjà fait. Revue européenne des sciences sociales, 49 (2), pp. 169-196.
  •  Bosa, B. (2013). La juste distance ? Comment les sciences sociales et historiques pensent la différence. Social Science Information, 52 (1), pp. 62–90.
  •  Bosa, B., & E. Wittersheim. (2008). Introducción : la irrupción de la “cuestión indígena”. In Wittersheim, E.,et al. (eds.), Luchas indígenas, trayectorias poscoloniales. Américas y Pacífico.
  •  Bosa, B. (2007). La ségrégation en action : les Aborigènes de l’école de Nambucca Heads (NSW). Genèses, 4 (69), pp. 70-91.
  •  Bosa, B. (2010). Plus blanc que blanc. Une étude critique des travaux sur la whiteness. In Fassin, D. (dir.), Les nouvelles frontières de la société française (pp. 129-145). Paris : La Découverte.

Participants

Professeur invité : Bosa, Bastien. Professeur, Universidad del Rosario. « Catégorisation, ségrégation et blanchité ».

Discutants

  •  Aranguren, Martín. Post-doctorant, URMIS (Paris Diderot). « L’étude de l’ethnicité, des émotions et de la discrimination avec une approche constructiviste ».
  •  Carof, Solenn. Post-doctorante, Centre Edgar-Morin (EHESS). « Le ‘surpoids’ comme catégorisation ‘acceptable’« .
  •  Díaz, Paola. Post-doctorante, CEMS-IMM (EHESS). « La constitution de catégories dans la mobilisation contre la dictature chilienne ».
  •  Fernández Vavrik, Germán. Post-doctorant, CEMS-IMM (EHESS). « Devenir local grâce aux nouveaux arrivants. L’expérience des étudiants indiens à l’Université argentine ».
  •  Montoni, Ángelo. Doctorant, CEMS-IMM (EHESS). « L’histoire, la violence et la mémoire : commémorations et martyrs de Villa Francia ».
  •  Pérelman, Mariano. Professeur, Universidad de Buenos Aires. « Les luttes pour l’utilisation de l’espace public à Buenos Aires : les ‘cartonéros’ et les ‘voisins’ des quartiers de classe moyenne »

Coordinateurs

  •  Fernández Vavrik, Germán. Post-doctorant. CEMS-IMM (EHESS), german.fernandez@ehess.fr
  •  Wittersheim, Eric. Maître de Conférences. IRIS (EHESS), eric.wittersheim@ehess.fr

Contact

Germán Fernández Vavrik, german.fernandez@ehess.fr.

Jeudi 28 mai

de 11h à 13h (salle 7, 105 bd Raspail 75006 Paris)

  • Bastien Bosa, « Repenser la conceptualisation anthropologique grâce aux airs de famille ».

Dans le cadre du séminaire d’Alban Bensa et Éric Chauvier : « Parcours critique de l’anthropologie ».

Jeudi 4 juin

de 9h à 11h (salle 11, 105 bd Raspail 75006 Paris)

  • Bastien Bosa, « Pour une histoire du pouvoir et de la violence dans la Sierra Nevada de Santa Marta, Les archives du Corregimiento de San Sebastián de Rabago (Colombie) ».

Dans le cadre du séminaire de Michel Naepels : « Situations de violence : guerres internes ».

Vendredi 5 juin

de 13 h à 15 h (salle 1, 105 bd Raspail 75006 Paris)

  • Bastien Bosa, « Les archives de la ségrégation : le cas d'une école australienne au début du XXe siècle ».

Dans le cadre duséminaire de Benoît Trépied (CNRS) et Thomas Grillot (CNRS) : « Les sources documentaires de l’histoire du fait colonial »

Contact

Eric Wittersheim (IRIS-EHESS) wittersh@ehess.fr 

Lieux

  • Salle 640, de 14h à 17h - 190, Avenue de France
    Paris, France (75013)

Dates

  • mercredi 27 mai 2015
  • jeudi 28 mai 2015
  • jeudi 04 juin 2015
  • vendredi 05 juin 2015

Mots-clés

  • catégorisation, inégalité, discrimination

Contacts

  • Germán Fernández Vavrik
    courriel : german [dot] fernandez [at] ehess [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Germán Fernández Vavrik
    courriel : german [dot] fernandez [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Catégorisation, inégalité et discrimination », Cycle de conférences, Calenda, Publié le mercredi 27 mai 2015, http://calenda.org/330382