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Paysages et imagination

Apports et relations de l’imagination et des imaginaires au projet de paysage

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Publié le jeudi 04 juin 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Le numéro 14 de la revue Projets de paysage propose de s’intéresser aux différents rapports qu'entretiennent les différentes définitions de l’imagination et de l’imaginaire avec la formation et la transformation de ce que nous appelons communément le « paysage ». Le paysage est ici envisagé aussi bien comme une construction culturelle et symbolique collective, que comme pratique effective d’aménagement par une sphère professionnelle. Quelle part active l’imagination prend-elle dans le projet de paysage ? Comment aide-t-elle à concevoir ? Ou comment handicape-t-elle la conception? Quels sont les archétypes, stéréotypes, les fantasmes, les fixations, et/ou les mobilités et motricités psychiques qui président à une imagination « paysageante »?

Annonce

Argumentaire

« On rêve avant de contempler. Avant d'être un spectacle conscient, tout paysage est une expérience onirique. […] Mais le paysage onirique n'est pas un cadre qui se remplit d'impressions, c'est une matière qui foisonne. »

Gaston Bachelard, L'Eau et les Rêves, José Corti, 1978

Décrite par la philosophie comme dépendante de deux structures cognitives : une faculté motrice et une faculté imageante, l'imagination fait l'objet d'un paradoxe théorique. Faculté de l'esprit envisagé par Gaston Bachelard comme puissance de déformation et de transformation du réel, activité mentale décrite par la psychanalyse comme apte à imager tout à la fois le désir, la volonté, l’idéal, l’effroi et le convenu, elle est aussi envisagée, par Jean-Paul Sartre notamment, dans sa capacité à « déréaliser », « absenter » voire « néantiser » son objet. Le numéro 14 de la revue Projets de paysage propose de s’intéresser aux différents rapports qu'entretiennent ces définitions de l’imagination et de l’imaginaire avec la formation et la transformation de ce que nous appelons communément le « paysage ».  Le paysage est ici envisagé aussi bien comme une construction culturelle et symbolique collective, que comme pratique effective d’aménagement par une sphère professionnelle. Quelle part active l’imagination prend-elle dans le projet de paysage ? Comment aide-t-elle à concevoir ? Ou comment handicape-t-elle la conception? Quels sont les archétypes, stéréotypes, les fantasmes, les fixations, et/ou les mobilités et motricités psychiques qui président à une imagination « paysageante »?

Nous proposons trois axes de réflexion :

La pratique des paysagistes

Il s'agirait ici de recueillir des expériences à même de nourrir l'analyse critique des rapports entre imagination et projetation. Nous proposons d'aborder cette analyse autour de trois questions : l'imaginaire d'un paysagiste est-il visible ? Est-il dicible ? Est-il négociable ? La première question interroge plus particulièrement les rapports de l'imagination avec les activités imageantes ou représentatives induites par le projet. Dessiner, maquetter un projet est-ce donner forme à un imaginaire ? L'image projectuelle rend-elle visible l'à-venir ? Et/ou rend-elle invisible l'existant ? La seconde question s'intéresse aux conditions professionnelles. L’imagination est-elle une activité communicable dans le cadre des discours professionnels ? Est-elle valorisée ou plus souvent recouverte par les dimensions du savoir, de l’analyse, de la volonté ? La dernière question tente enfin d'interroger l'expérience des paysagistes sur les bonheurs ou les difficultés liées à l'imaginaire collectif. Comment la faculté d’imagination du maître d’œuvre dialogue-t-elle avec un imaginaire collectif ? Comment « le paysage » passe-t-il – ou ne passe-t-il pas – de l’imagination de l’un à celle d’un autre, à celle d’autres, de beaucoup d’autres ?

L’approche historique

Deux entrées principales sont proposées pour les approches historiques, portant sur un projet (réalisé ou utopique) ou l’œuvre d’un-e paysagiste. La première entrée s'attacherait explicitement aux imaginaires. Elle chercherait soit à découvrir les images fixes, voire les stéréotypes et l'univers symbolique propre à un concepteur, soit à montrer comment certains projets utilisent et mettent en scène les stéréotypes et symboles attachés à un lieu, un territoire, ou une période historique. Cette approche est ouverte à l’histoire des jardins. La seconde entrée s'aventurerait à décrire l'imagination propre à un concepteur ou à un projet comme faculté motrice (« faculté du possible » selon Gilbert Durand), à savoir ce qui entraîne à une mise en forme, à une composition, à une spatialisation.

La réception des projets de paysage

Que ce soit en milieu urbain, périurbain ou rural, l’imagination et l’imaginaire participent-ils de la réception (acceptation ou rejet) des projets d’aménagement paysager ? Cet axe de réflexion recouvre deux sortes d’interrogation. L’imagination et l’imaginaire sont-ils partis prenante des discours promotionnels et critiques ? Induisent-ils des pratiques, des usages, un attrait, un désintérêt, qui n’auraient peut-être pas été envisagés dans le projet lui-même et qui lui apporteraient une interprétation nouvelle ? La première interrogation serait fondée sur une analyse des discours ; ceux du concepteur, de la maîtrise d’ouvrage, aussi bien que ceux des associations, de la presse (générale ou spécialisée) et des habitants. L’analyse critique pourrait être conduite, entre autres, par le souci d’évaluer si l’imaginaire mis en jeu (dans un projet ou un contre-projet) se révèle comme motif d’adhésion, de conflits ou de désaffection de la part des différents acteurs et locuteurs concernés. La seconde interrogation se fonde sur l’articulation féconde indiquée par Michel Conan à propos du jardin, entre la conception d’un espace (avec ce qui le constitue concrètement), sa pratique (ou les activités qui s’y déroulent) et le sens imaginé associé à son expérience (ou sa réception émotionnelle). Cette articulation entre projetation et réception imaginée permet d’interroger ce qui engage les personnes à réaliser certains gestes ou actions dans un paysage conçu, parfois à d’autres fins.

L’ambition de ce numéro 14 de Projets de Paysage est d’incarner ces questions par le récit critique de pratiques projectuelles, éventuellement artistiques, pédagogiques, théoriques ou sociopolitiques, qui renvoient, d’une manière ou d’une autre, au projet de paysage. Les axes de réflexion proposés sont à considérer comme des pistes d’interrogation. Ils ne sont pas limitatifs. Toute proposition originale portant explicitement sur les rapports de l’imaginaire ou de l’imagination au(x) paysage(s) sera examinée. Le comité scientifique attire cependant l’attention des auteur-e-s sur la nécessité de donner aux termes « imagination » ou « imaginaire » un contenu défini et explicité.

Bibliographie indicative

  • Bachelard, Gaston La Poétique de l’espace ; L’air et les songes. Essai sur l’imagination du mouvement ; L'Eau et les rêves : essai sur l'imagination de la matière, Paris, José Corti.
  • Collot, Michel, La Pensée-paysage, Arles, Actes Sud/ENSP, 2011.
  • Conan, Michel (ed.), Gardens and Imagination : Cultural History and Agency, Dumbarton Oaks, 2008.
  • Durand, Gilbert L’Imagination symbolique, Paris, PUF, 1964 ; Les Structures symboliques de l’imaginaire. Introduction à l’archétypologie générale, Paris, Dunod, 1960.
  • Manceron, Vanessa et Roué, Marie (éd.), Terrain. L’Imaginaire écologique, n° 60, 2013.
  • Sartre, Jean-Paul, L’Imagination, 1936 ;  L’Imaginaire, 1940.
  • Simondon, Gilbert, Imagination et Invention (1965-1966), Chatou, Les Éditions de la Transparence, 2008.

Modalités de soumission

  • Un résumé de 2 pages (soit environ 6 000 signes), comprenant une bibliographie indicative, 5 mots clés et la mention du champ disciplinaire, devra être envoyé dans un premier temps à Emmanuelle Passerieux-Gibert : emma.passerieux@editographie.com
  • le mercredi 2 septembre 2015 au plus tard

  • une sélection sera faite à partir de ces résumés et la commande des textes aux auteurs sera envoyée le mercredi 16 septembre 2015 ;
  • les textes devront impérativement être envoyés le vendredi 15 janvier 2016 au plus tard à Emmanuelle Passerieux-Gibert : emma.passerieux@editographie.com ;
  • calibrage impératif des textes : entre 20 000 et 40 000 signes, espaces, notes et bibliographies comprises. Les textes plus longs ne pourront être acceptés.
  • pour la présentation des textes et les consignes à suivre, veuillez consulter le site Internet de la revue à l’adresse suivante : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/conseils_aux_auteurs.

Directeur de publication

  • Vincent Piveteau

Comité de rédaction

  • Sabine Bouché-Pillon, écologue, maître de conférences à l'École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois, membre de l'UMR 7324 Citeres (CNRS - université de Tours)
  • Serge Briffaud, histoirien, professeur à l'École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Bordeaux, responsable scientifique du Centre de recherche sur l'histoire et la culture du paysage (Cepage-Adess-UMR 5185 CNRS/Université de Bordeaux III)
  • Bernard Davasse, géographe, maître-assistant à l'École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Bordeaux, membre du Cepage-Adess-UMR 5185 CNRS/Université de Bordeaux III
  • Hervé Davodeau, géographe, enseignant-chercheur, maître de conférences, à Agrocampus Ouest centre d'Angers
  • Sabine Ehrmann, artiste, docteur en esthétique, enseignante à l'École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Lille (ENSAPL) et à l'École supérieure d'art des jardins (ESAJ), chercheuse du laboratoire Conception Territoire Histoire (LACTH)
  • Catherine Grout, docteur en histoire de l'art et en esthétique, professeur en esthétique, HDR, École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Lille, chercheur au LACTH
  • Fabienne Joliet, géographe, maître de conférences à l'Institut national de l'horticulture et du paysage à Angers (Agrocampus-Ouest)
  • Yves Petit-Berghem, professeur au département d'écologie, École nationale supérieure de paysage de Versailles-Marseille
  • Sylvie Servain, géographe, maître de conférences à l'École nationale supérieure de la nature et du paysage, membre de l'UMR 7324 CITERES (CNRS-université de Tours)
  • Monique Toublanc, sociologue, ingénieur paysagiste, maître de conférences à l'École nationale supérieure de paysage de Versailles-Marseille

Comité scientifique

  • Sylvie Brosseau, architecte-chercheur, université Waseda à Tōkyō
  • Béatrice Collignon, géorgraphe, professeure à l'université de Bordeaux 3
  • Gérald Domon, géographe, école d'architecture de paysage, université de Montréal
  • Georges Farhat, architecte, historien des jardins et du paysage, Associate Professor, université de Toronto et membre fondateur du Laboratoire de l'école d'architecture de Versailles (Léav)
  • Viviana Ferrario, architecte, enseignante-chercheuse à l'université IUAV de Venise
  • Josefina Gómez Mendoza, professeur émérite de géographie à l'université autonome de Madrid
  • André Guillerme, professeur d'histoire des techniques au Conservatoire national des arts et métiers à Paris
  • Laurent Matthey, géographe, professeur assistant, département de géographie et environnement de l'université de Genève
  • Yves Michelin, géographe et agronome, professeur à VetAgroSup
  • Louis-Michel Nourry, professeur d'histoire (art des jardins - paysage) et directeur du département recherche à l'École d'achitecture de Bretagne
  • Philippe Poullaouec-Gonidec, architecte, paysagiste et plasticien, directeur de la chaire Unesco en paysage et environnement (Cupeum) et de la chaire paysage et environnement (Cpeum), professeur à l'École d'architecture de paysage de l'université de Montréal (Canada)
  • Sylvie Salles, architecte et urbaniste, Ensa Paris-Val de Seine
  • Anne Sgard, géographe, université de Génève

Dates

  • mercredi 02 septembre 2015

Mots-clés

  • paysage, imagination, imaginaire, projet de paysage

Contacts

  • Emmanuelle Passerieux-Gibert
    courriel : emma [dot] passerieux [at] editographie [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Emmanuelle Passerieux-Gibert
    courriel : emma [dot] passerieux [at] editographie [dot] com

Pour citer cette annonce

« Paysages et imagination », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 04 juin 2015, http://calenda.org/331221