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Socialismes africains / socialismes en Afrique

African socialisms / Socialisms in Africa

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Publié le lundi 15 juin 2015 par João Fernandes

Résumé

Les histoires du, des socialismes, qu'ils soient ou non « réels » oublient systématiquement l'Afrique. Or il a existé en Afrique de très nombreux régimes qui se sont réclamés du socialisme « africain » ou « scientifique » de même que de très nombreux opposants qui ont d'autant plus cherché leur inspiration dans les outils théoriques construits par le marxisme – ou sa vulgate – que celui-ci leur semblait proposer une théorie de l'histoire favorable aux peuples colonisés ou anciennement colonisés. Des modèles prétendant au « socialisme réel » existaient, qu'il s'agisse de l'URSS, des démocraties populaires, de la Chine ou de Cuba..., offrant aussi une panoplie, réelle ou fantasmée, prête à servir. Au-delà de ces exemples étrangers que l'on a parfois essayé d'imiter ou d'adapter, il y eut aussi l'invention d'un socialisme qui se voulait adapté à l'Afrique, réfléchissant les spécificités du continent ou puisant dans son passé ses racines théoriques. Le colloque s'intéressera à toute l'Afrique et se veut interdisciplinaire.

Annonce

Argumentaire

« La définition que les uns et les autres ont donnée de la voie du socialisme africain montre que le moment n’est pas encore venu de le définir »[1] (Cité par Charles, 1965 : 861).

Si cet appel à communications existe, c’est que ses auteur-e-s ont pensé, au contraire, que les temps étaient venus non pas tant de définir, que de donner aux socialismes africains et/ou aux socialismes en Afrique la place qui leur revient dans l’historiographie générale du socialisme et dans celle de l’Afrique. Les histoires du, des socialismes, qu’ils soient ou non « réels » oublient systématiquement l’Afrique. Or il a existé en Afrique de très nombreux régimes qui se sont réclamés du socialisme « africain », ou « scientifique », de même que de très nombreux opposants qui ont d’autant plus cherché leur inspiration dans les outils théoriques construits par le marxisme –ou sa vulgate-, que celui-ci leur semblait proposer une théorie de l’histoire favorable à l’avenir des peuples colonisés  ou anciennement colonisés. Des modèles prétendant au « socialisme réel » existaient, qu’il s’agisse de l’URSS, des démocraties populaires, de la Chine ou Cuba, offrant aussi une panoplie réelle ou fantasmée, prête à servir. Au-delà de ces exemples étrangers que l’on a parfois essayé d’imiter ou d’adapter, il y eut aussi l’invention d’un socialisme qui se voulait adapté à l’Afrique, réfléchissant les spécificités du continent, et puisant dans son passé ses racines théoriques.

Le colloque s’intéressera à toute l’Afrique, du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest, anglophone, francophone ou lusophone. Il se veut résolument inter-disciplinaire.
Il ne fera pas des querelles sémantiques une priorité. Le terme « socialiste » est en lui-même très polysémique, ce qui a le mérite d’en permettre une appréhension à la fois souple et large.

Axes thématiques

Trois grands axes de réflexion peuvent être envisagés, même s’il est conseillé de les articuler.

I – Corpus

Il sera bienvenu de porter son attention sur un certain nombre d’objets :

- Déclarations de principe et emblèmes : Constitutions, chartes, déclarations de principe, congrès, presse officielle, adhésions à l’Internationale socialiste, sont autant d’occasions d’affirmer des principes socialistes. Mais les textes ne sont pas les seuls lieux de déclaration du socialisme : statuaire et toponymie, expressions artistiques diverses participent aussi à ces entreprises de définition. Des statues de Marx, Engels, Lénine ou Staline ont été érigées, des rues ou places ont été baptisées avec les noms empruntés au panthéon socialiste.

- Le corpus socialiste africain : Un certain nombre de textes émanant soit de leaders au pouvoir, soit d’opposants ont posé des jalons doctrinaires, voire ont fait office de doctrine officielle. Il sera intéressant de se pencher non seulement sur ce qu’ils expriment mais aussi sur leurs conditions de production,  leur diffusion, sur ce que leurs lecteurs, quand ils en eurent en ont fait.

- La circulation des textes et des images: Quels étaient les ouvrages de la bibliothèque marxiste qui ont le plus circulé en Afrique ?

- L’apprentissage du socialisme : Il y eut dans certains pays des cours de marxisme, la radio joua aussi un rôle d’éducation au socialisme, de même que le théâtre etc. En France même les membres du Parti Africain de l’indépendance (PAI) devaient suivre les cours du Centre d’études et de recherches marxistes (CERM) et de l’Université nouvelle.

Ceci amène à soulever d’autres questions, essentielles, étroitement liées d’ailleurs au corpus :

- La question des origines intellectuelles des socialismes africains : on s’intéressera notamment à la question de la formation des théoriciens africains du socialisme, des socialismes et à celles des cadres des régimes se réclamant du socialisme : écoles, études, lectures, rencontres, réseaux de jeunesse etc. A quelle source le consciencisme d’un Nkrumah s’est-il nourri, ou le socialisme bantou d’un Massemba-Débat? Les influences ont pu être multiples, que ce soit celles des marxismes, de l’agrarisme colonial ou du christianisme social, du non-alignement, des révolutions culturelles, des avant-gardes, esthétiques et politiques. Il serait particulièrement intéressant de se pencher sur le maoïsme en Afrique, sur le pourquoi de son succès et plus largement sur le rapport intellectuel voire affectif ou stratégique à la Chine. De même le rapport à l’expérience cubaine pourra être interrogé.

- Les concepts à l’œuvre : on sait qu’une partie des débats ont porté sur la question des classes (Y a-t-il ou non des classes en Afrique, une classe ouvrière suffisamment développée pour être à l’avant-garde ? etc) mais il est aussi toute une série d’autres configurations conceptuelles que l’on pourrait interroger : articulation entre socialisme et Nationalisme/Internationalisme/Panafricanisme, socialisme et laïcité, socialisme et religion, socialisme et modes de production, socialisme et racisme , socialisme et genre etc…

II- Les « socialismes réels »

Il s’agit d’interroger, au-delà des déclarations d’intention, les pratiques et leur rapport au socialisme, voire établir des comparaisons avec les pays du « socialisme réel » comme l’URSS, la Chine ou Cuba.

S’il ne s’agit pas de définir une liste des critères qui permettent de définir une pratique africaine du socialisme, voici autant de pistes à interroger :

- Planification, On pourra par exemple proposer des études comparées des plans, s’intéresser aux experts, tel Bettelheim ou Samir Amin qui ont participé à leur élaboration, et se poser la question des modèles

- Etatisation de l’économie, Nationalisations

- Réformes agraires

- Coopératives

Tout ceci en prenant en compte l’arrimage entre organisations se revendiquant du socialisme et leur investissement par des groupes sociaux spécifiques (nouvelles ou anciennes élites ? lignages ? jeux d’autochtonies ? etc.)

- Partis uniques : On peut nettement en distinguer deux formes selon une typologie qu’il faudra affiner : le parti de masse où tout le monde a sa carte, et le parti d’avant-garde de type soviétique. Quel fut l’ancrage social de ces partis ?

- Relations internationales : Les rapports, plus ou moins étroits avec les peuples frères, les internationalismes, les avant-gardes (esthétiques et politiques)

- Renouvellement des cadres

-Révolutions : culturelle, active…

 III- Oppositions socialistes

En quoi les oppositions qui se réclament du socialisme le pratiquent-elles ?
On prendra en compte les oppositions anti-coloniales, de même que post-coloniales. Y eut-il des stratégies socialistes d’opposition ?Des stratégies plus spécifiquement marxistes ou communistes ? Les partis communistes furent généralement interdits après les indépendances. Quelles furent les stratégies de résistance ?
On pourra s’intéresser à des partis clandestins à partir des indépendances comme le Parti Africain de l’Indépendance (PAI).

En conclusion

On peut se demander si les typologies visant à rendre compte des diverses modalités doctrinales du socialisme en « Occident » peuvent être utilisées dans le cas africain ? : Socialismes utopiques (dont le prisme est large : d’une forme de socialisme scientiste avec Saint-Simon à des formes religieuses de socialisme avec Lamennais en passant par les expériences communautaires d’un Owen, le fédéralisme et coopérativisme d’un Proudhon etc) , socialisme scientifique, social-démocratie et socialisme « révisionniste », ces catégories ne pourraient-elles pas être réinterrogées voire repensées en tenant compte des socialismes africains ? Ou faut-il au contraire mobiliser d’autres catégories ?

Last but not least, on pourra enfin se poser la question des héritages contemporains de ces socialismes.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les propositions de communication devront comprendre les informations suivantes :

  • L’auteur-e ou les auteur-e-s
  • Nom, Prénom, adresse du premier auteur, téléphone, adresse e-mail
  • Affiliation institutionnelle
  • Le titre de la proposition
  • Un résumé de 5000 signes espaces compris.
  • Des éléments bibliographiques (3- 5 références)

Elles devront être envoyées à l’adresse suivante : Socialismeafricain@gmail.com

avant le 30 Septembre 2015 

Elles pourront être en français ou en anglais

Dates du colloque 7-9 Avril 2016

Le comité scientifique sélectionnera les propositions avant le 15 novembre 2015 et ses décisions seront annoncées très rapidement ensuite.

Comité scientifique

  •  Rémy Bazenguissa (IMAF/EHESS)
  •  Jean-Philippe Béja (CERI/Sciences po)
  •  Pascal Bianchini (CESSMA/Paris7)
  •  Alain Blum (INED/EHESS)
  •  Pierre Boilley (IMAF/Paris1)
  •  Michel Bonnin (CECMC/EHESS)
  •  Frederick Cooper (New-York University)
  •  Souleymane Bachir Diagne (Columbia University)
  •  Mamadou Diouf (Columbia University)
  •  Jean-Pierre Dozon (FMSH)
  •  Sabine Dullin (Univ-Lille3)
  •  Babacar Fall (Fastef/Université Cheikh Anta Diop)
  •  Odile Goerg (CESSMA/Paris7)
  •  Pascale Goetschel (CHS/Paris1)
  •  Gilles Morin(CHS/Paris1)
  •  Gregory Mann (Columbia University)
  •  Pap N’Diaye (Chsp/Sciences Po)
  •  Bernard Pudal (Nanterre Paris-Ouest)
  •  Malika Rahal (IHTP/CNRS)
  •  Françoise Raison (CESSMA/Paris7)
  •  Johanna Siméant (CESSP/Paris1)
  •  Fatou Sow (CESSMA/Paris7/Codesria)
  •  Sylvie Thénault (CHS/CNRS)
  •  Serge Wolikow (Centre Georges Chevrier/Université de Bourgogne)  

Comité d’organisation

  •  Maria-Benedita Basto (IMAF/Paris4)
  •  Françoise Blum (CHS/CNRS)
  •  Pierre Guidi (IMAF/Paris1)
  •  Héloïse Kiriakou (IMAF/Paris1)
  •  Martin Mourre (IMAF/EHESS)
  •  Céline Pauthier (CESSMA/Paris7)
  •  Ophélie Rillon (IMAF/Paris 1)
  •  Alexis Roy (IEDES/Paris1)
  •  Elena Vezzadini (IMAF/Paris1)

[1] Bouba Hama, président de l’Assemblée nationale du Niger cité par  Charles, B., 1965 : "Le socialisme africain : mythes et réalités", Revue  française de sciences-politiques n°5, Paris, p. 856-884.

Lieux

  • 9 rue Malher
    Paris, France (75004)

Dates

  • mercredi 30 septembre 2015

Mots-clés

  • Afrique, socialisme africain, socialisme

Contacts

  • Françoise Blum
    courriel : fblum [at] univ-paris1 [dot] fr

Source de l'information

  • Françoise Blum
    courriel : fblum [at] univ-paris1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Socialismes africains / socialismes en Afrique », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 15 juin 2015, http://calenda.org/331240