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Projection(s) urbaine(s) : réflexivités croisées sur le projet

Urban projections: comparative reflections on projects

Acteurs, pratiques, représentations et discours

Actors, practices, representations and discourse

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Publié le lundi 15 juin 2015 par João Fernandes

Résumé

Les années 1980 marquent un tournant dans le processus d’aménagement et d’urbanisation : à la planification se substituent des discours se référant au projet, répondant à l’aspiration à la démocratisation des pratiques professionnelles et de la fabrique urbaine en particulier. De l’idée à la pratique et à sa communication, et à la diffusion dans le langage ordinaire, les voies demeurent comme toujours tortueuses et certainement pas linéaires. Le recul des années offre désormais matière à effectuer un retour d’expérience sur cette nouvelle modalité de la conception urbaine et architecturale et à déconstruire les promesses dont elle s’est parée.

Annonce

Argumentaire

Les années 1980 marquent un tournant dans le processus d’aménagement et d’urbanisation : à la planification se substituent des discours se référant au projet, répondant à l’aspiration à la démocratisation des pratiques professionnelles et de la fabrique urbaine en particulier. De l’idée à la pratique et à sa communication, et à la diffusion dans le langage ordinaire, les voies demeurent comme toujours tortueuses et certainement pas linéaires. Le recul des années offre désormais matière à effectuer un retour d’expérience sur cette nouvelle modalité de la conception urbaine et architecturale et à déconstruire les promesses dont elle s’est parée. 

Ces dernières ont joué sur la remise en question de la distinction entre sujet et objet dont procède une conception asymétrique de l’action pour promouvoir une approche plus complexe de cette dernière. La production de la société s’envisage selon ce point de vue comme le résultat d’une chaîne de distribution d’agentivité au sein de collectifs ou de réseaux d’humains et non humains : l’action et les décisions sont dites distribuées. La figure du projet fait la part belle au paradigme de la co-construction et de la co-création. Les registres langagiers pour annoncer cette « révolution » ne manquent pas. Selon ces derniers, les interventions humaines se font plus attentives et plus « sensibles » aux contextes et aux formes de réception. Il s’agit de piloter sa barque plutôt que de la diriger et d'expérimenter des méthodes nouvelles. Ces traductions opérationnelles et pratiques en matière d’urbanisme sont relayées par les diagnostics sociologiques consacrés à la modernité avancée et réflexive. Cette dernière cultive un autre rapport au savoir et à l’action, dont le principe de précaution est une traduction. Dans le monde des sciences sociales, les paradigmes d’action distribuée, d’acteurs réseaux, d’« agentivité » ou encore de réflexivité gagnent progressivement une reconnaissance. Il s’agit, en bref, de s’ajuster à de nouvelles modalités de penser.

Axes thématiques 

Il s’agira de tester si cette inflexion culturelle contribue réellement et de quelles manières à la démocratisation et à la participation promises et ceci selon les axes suivants :

- Le premier sera consacré aux arrières plans épistémologiques des disciplines qui s’intéressent au projet, que ce soit comme indicateur de l’inflexion d’une époque ou comme « objet » structurant de la discipline comme c’est le cas pour l’architecture et pour l’urbanisme dans une moindre mesure.

- Le deuxième à la réception de ce nouvel engouement par l’architecture et l’urbanisme pour lesquelles le projet constitue le cœur de métier avant que cette figure n’incarne un idéal social et politique, c’est-à-dire le modèle du bien commun. Dans quelle mesure ces pratiques ont-elles été impactées par cette généralisation hors de leur champ de leur corps de métier ? La porosité accrue entre savoirs profanes et savoirs experts, mise en évidence par les observateurs de la modernité avancée, s’est-elle réellement imposée dans la conduite opérationnelle des projets architecturaux et urbains et selon quelles modalités et avec quelles limites et effets pervers ? Comment l’imbrication croissante entre urbanité conçue et vécue est-elle réalisée dans les faits et sur le terrain ? Aux frontières qui opposaient les détenteurs des savoirs et des modèles aux « profanes » qu’il fallait conseillers et aux « ignorants » qu’il fallait éduquer se substitue de nouveaux arrangements qui contrarient les métiers. Comment l’engouement pour le projet est-il vécu par les « spécialistes du projet » ? Se retrouvent-ils dans cette définition élargie par le concours exponentiel de différents corps de métiers : entre reconnaissance et dépossession ? La prétention généralisée à faire du projet constitue-t-elle une menace ou un débouché pour ces derniers ? Comment ces bouleversements contribuent-ils à une évolution des professions ?

- Dans la prolongation de ces interrogations, un troisième axe sera plus particulièrement dédié à la redistribution des valeurs entre des catégories qui, à l’instar du formel et de l’informel, sont consubstantielles à un urbanisme professionnel. Qu’advient-il de ces distinctions franches quand l’hybridation dans les discours prévaut ? Qu’il s’agisse des catégories du formel ou de l’informel ou du conçu et du vécu, ce sont des termes qu’il faudra revisiter en régime de recomposition des partitions sociales entre professionnels et « profanes », mais aussi entre territoires et régions, entre « centres » et « marges ». C’est toute une géographie spatiale et mentale qui se joue ici.

- Le quatrième axe sera réservé à l’appropriation de la sémantique du projet dans des domaines où elle n’avait pas usuellement cours. Il sera question de terrains pour lesquels la figure du projet s’est progressivement imposée comme un passage obligé. L’exploration portera ici sur les déplacements qu’ont enregistrés ces différentes pratiques, qu’il s’agisse de l’implication des chercheurs, des services administratifs ou des bureaux d’étude qui intègrent de plus en plus l’idée de missions adossées à des projets avec tous les inconvénients liés à la précarité des emplois, mais aussi des artistes, dont le travail s’oriente de plus en plus vers des formes de participation à des projets. Ainsi que les citoyens de plus en plus sollicités dans des processus de concertation et de participation. Comment ces enrôlements élargis interfèrent-ils sur la conception et les pratiques de l’interdisciplinarité, voire de la transdisciplinarité ? Quels effets ces recompositions ont-elles sur les manières de faire la ville ?

- Un cinquième et dernier axe permettra d’articuler ces différentes investigations autour de la question des conflits et des formes de négociations en vue de compromis acceptables entre la recherche de l’excellence et celle du moindre coût. La logique de projet étant soumise à des types d’arbitraires qui échappent aux logiques bureaucratiques établies et ancrées dans les institutions. Comment ces gradients de liberté offrent-ils des débouchés pour des logiques concurrentielles entre les acteurs au sein d’opérations de renouvellement urbain notamment ? Que nous disent les processus, les étapes et leurs acteurs respectifs quant aux adaptations à des logiques de marché et de rentabilité ? Et comment ces témoignages renouvellent-ils respectivement les théories et les disciplines, par leur enchâssement dans les pratiques et les terrains, par leur réflexivité croissante au contact de publics multiples. 

Ce numéro invite plus particulièrement les professionnels de l’architecture et de la ville à dialoguer avec des acteurs du monde de la recherche et de la société civile autour de la généralisation de la figure du projet dans des discours où cette dernière n’était généralement pas convoquée jusque dans les années 1990. Vers quels ajustements différentes pratiques sont-elles respectivement incitées et quelles évolutions de la ville et des institutions cette dynamique favorise-t-elle ? Ce dossier vise à mettre en avant les articulations et les glissements entre ces différents niveaux d’acteurs qui participent à des projets urbains, mais pas exclusivement, il peut également s’agir de projets de recherche développement et de recherche-action. 

Cet appel à propositions souhaite mettre en avant des processus de projet à travers des approches théoriques et/ou empiriques, attentifs aux enjeux des acteurs et aux contextes au sein desquels ils sont déployés. Il s’adresse à des retours d’expériences, des réflexions théoriques, des comparaisons et des retours de terrain disciplinaires et internationaux. 

Bibliographie indicative 

  • Bergilez Jean-Didier, Guisse Sabine et Guyaux Marie-Cécile, "Architecture et réflexivité. Une discipline en régime d’incertitude",Les Cahiers de La Cambre Architecture, n°6, 2009. 
  • Boltanski Luc, Chiapello Eve, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, collection tel, 1991, 971 p. 
  • Callon Michel, Lascoumes Pierre, Barthes Yannick, Agir en monde incertain, Paris, Point, 2001, 437 p. 
  • Choay Françoise, Pour une anthropologie de l’espace, Paris, Seuil, coll. « La couleur des idées »,‎ 2006, 418 p. 
  • Choay Françoise, La Règle et le Modèle : Sur la théorie de l'architecture et de l'urbanisme, Paris, Seuil,‎ 1980 (réimpr. 1er janvier 1998, édition revue et corrigée), 384 p. 
  • François Jullien, Traité de l’efficacité, Paris, Grasset, 1997, 306 p. 
  • Latour Bruno, Paris, ville invisible, Paris, La découverte/ les empêcheurs de penser en rond, 1998, 159 p. 
  • Latour Bruno, « Paris, ville invisible : Le plasma », in Le catalogue de l’exposition: Airs de Paris, 30 ans du Centre Pompidou, sous la direction de Christine Macel, Daniel Birnbaum, Valérie Guillaume, ADGP, Paris, 2007, pp. 260-263. 
  • Latour Bruno, « En tapotant sur Rem Koolhas avec un bâton d’aveugle », Architecture d’aujourd’hui, Nov-Décembre 2005, n°361 pp. 70-79. 
  • Terrin Jean-Jacques, Le projet du projet Concevoir la ville contemporaine, Marseille, Parenthèses, 2014, 282 p.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les articles sont à adresser à l'attention de tenoudji@aol.com

Numéro à paraître 2e semestre 2016

Propositions d’article à retourner pour

le 30 septembre 2015

L'article doit être anonymisé. L'auteur veillera à fournir dans un fichier distinct :
– ses coordonnées complètes : adresse postale, adresse électronique, téléphone
– ses titres ou profession et son appartenance institutionnelle (université, centre de recherche)
– un résumé d'une dizaine de lignes maximum en français et en anglais.

Le texte comporte au maximum 40 000 signes et blancs, notes et bibliographie comprises. Il est rythmé par des intertitres courts, avec deux niveaux d'intertitres au maximum. Les notes, en numérotation continue, et les références bibliographiques, sont reportées en fin de texte. Le renvoi aux ouvrages de référence dans le texte courant et les notes se font par la seule mention entre parenthèses du nom de l'auteur, de l'année de publication et, le cas échéant, des numéros de pages citées.

Exemples :
– … ainsi que l'indique J. Dupont (2003a), …
– … cette question a fait l'objet de plusieurs travaux (Dupont 2003a, Durand 2004, 2007)…

La bibliographie suit les consignes de présentations suivantes :

– pour un ouvrage : Dupont J. (2003a), Titre de l'ouvrage en italique, Lieu d'édition, Éditeur.
– pour un chapitre d'ouvrage : Durand M. (2004), Titre du chapitre sans guillemets, in Dupont J. (dir.), Titre de l'ouvrage en italique, Lieu d'édition, Éditeur, p. 52-92.
– pour un article : Durand M. (2007), Titre de l'article sans guillemets, Titre de la revue en italique, Lieu d'édition et éditeur si la revue n'est pas nationale, volume, numéro, p. 52-92.

Si des illustrations sont nécessaires à l'appui du texte, l'auteur en adresse séparément les originaux ou les fichiers image haute résolution (300dpi) à la rédaction, accompagnés des autorisations de publication. Hors ce cas de figure, la recherche et les choix iconographiques relèvent de la seule décision de la rédaction de la revue.

Coordination du numéro

  • Florence Rudolf,
  • Barbara Morovich,
  • Cathy Blanc-Reibel

Directeur scientifique

Freddy Raphaël 

Rédacteur en chef

Patrick Ténoudji

Comité scientifique

  • Georges Balandier (EHESS Paris)
  •  Chantal Bordes-Benayoun (CNRS Toulouse)
  •  Raymond Boudon (GEMAS Paris)
  •  Jean Cuisenier (MNATP Paris)
  •  Giovanni Gasparini (Univ. Sacro Cuore,  Milano)
  •  Jose Carlos Gomes da Silva (Portugal)
  •  François Héran (INED Paris)
  •  Claude Javeau (Univ. Libre de Bruxelles)
  •  Nicole Lapierre (Paris)
  •  Marianne Mesnil (Univ. Libre de Bruxelles)
  •  Sonia Montecino (Univ. de Chile)
  •  Jean Rémy (Univ. Cath. de Louvain)
  •  Dominique Schnapper (EHESS Paris)
  •  Alain Tarrius (Univ. Toulouse-Le Mirail)
  •  Alain Touraine (CEMS Paris) 

Comité de rédaction

  • Isabelle Bianquis-Gasser (Univ. Tours)
  •  Maurice Blanc (Univ. Strasbourg)
  •  Nicoletta Diasio (Univ. Strasbourg)
  •  Wolfgang Essbach (Univ. Freiburg)
  •  Brigitte Fichet (Univ. Strasbourg)
  •  Antida Gazzola (Univ. Genova)
  •  Philippe Hamman (Univ. Strasbourg)
  •  Pascal Hintermeyer (Univ. Strasbourg)
  •  Leila Jeolas (Univ. Londrina)
  •  Reinhard Johler (Univ. Tübingen)
  •  Salvatore La Mendola (Univ. Padova)
  •  David Le Breton (Univ. Strasbourg/IUF)
  •  Juan Matas (Univ. Strasbourg)
  •  Gabriele Profita (Univ. Palerme)
  •  Ilario Rossi (Univ. Lausanne)
  •  Patrick Schmoll (CNRS, Strasbourg)
  •  Roger Somé (Univ. Strasbourg)
  •  Simona Tersigni (Univ. Paris 10 Nanterre)
  •  Philippe Vienne (Univ. Mons)

Dates

  • mercredi 30 septembre 2015

Mots-clés

  • projection urbaine

Contacts

  • Patrick Tenoudji
    courriel : tenoudji [at] aol [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Patrick Tenoudji
    courriel : tenoudji [at] aol [dot] com

Pour citer cette annonce

« Projection(s) urbaine(s) : réflexivités croisées sur le projet », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 15 juin 2015, http://calenda.org/331262