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Les temporalités du journalisme

The temporalities of journalism

Revue « Temporalités » n° 23

Temporalités journal issue 23

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Publié le lundi 15 juin 2015 par João Fernandes

Résumé

Étudier le journalisme implique de prêter attention à différents registres de temporalités. Ceux-ci ont été profondément modifiés à la faveur des transformations du monde du journalisme au cours des années récentes, qu’il s’agisse du développement de la presse en ligne, des difficultés économiques de certaines catégories de presse ou encore de la croissance du nombre des journalistes « pigistes ». Cet appel à articles, préparatoire au dossier que la revue consacre aux temporalités du journalisme (2016/1), se donne pour ambition d’étudier leurs histoires, leurs renouvellements récents et la manière dont ces temporalités s’entrelacent. Il s'adresse aux travaux convoquant des terrains tant en France qu'à l’étranger et relevant des diverses disciplines des sciences humaines et sociales.

Annonce

Argumentaire

Étudier le journalisme implique de prêter attention à différents registres de temporalités. Ceux-ci ont été profondément modifiés à la faveur des transformations du monde du journalisme au cours des années récentes, qu’il s’agisse du développement de la presse en ligne, des difficultés économiques de certaines catégories de presse ou encore de la croissance du nombre des journalistes « pigistes ». Le dossier que la revue consacre aux temporalités du journalisme se donne pour ambition d’étudier leurs histoires, leurs renouvellements récents et la manière dont elles s’entrelacent.

La temporalité propre à l’activité journalistique s’organise, tout d’abord, de manière complexe. Elle semble lui être largement imposée de l’extérieur, dans la mesure où il s’agit de rendre compte d’événements qui se sont déroulés dans un passé plus ou moins lointain, et qui constituent l’« actualité », conformément à l’idée classique selon laquelle la fabrication de l’information se fait « contre la montre ». Mais le rythme propre au journalisme ne saurait être envisagé comme uniquement hétéronome. Il est aussi largement déterminé par le monde journalistique : la catégorisation par les journalistes eux-mêmes d’événements comme « chauds » ou « froids » justifie leur traitement plus ou moins rapide, selon l’importance qui leur est prêtée. Plus généralement, un certain nombre de techniques, comme la réalisation de reportages à l’initiative d’une rédaction ou encore la prévision/anticipation des événements à venir, rendent possible la maîtrise des temporalités. La « course aux scoops », quant à elle, ne se conçoit pas seulement par référence aux événements qui en sont l’objet, mais aussi par rapport aux logiques propres au champ journalistique, au sein duquel avoir la primeur d’une information est un facteur décisif dans la concurrence au sein des médias. Ces logiques « internes » peuvent constituer un facteur d’autonomie du champ journalistique, mais elles peuvent également se comprendre comme marquant une hétéronomie croissante, via l’immixtion en son sein de logiques économiques (importance croissante des ressources publicitaires, quête de la plus large audience possible, etc.). Enfin, les exemples de co-construction des événements par les journalistes et certaines de leurs sources illustrent le fait que, si les événements peuvent imposer leur temporalité au monde journalistique, la réciproque n’est pas moins vraie : les médias sont aussi une condition d’existence des événements. Les temporalités de l’activité journalistique se constituent donc au croisement du temps propre des médias, du rythme des événements dont ils entendent rendre compte, et des espaces marchands dans lesquels ils se situent – composition dont il s’agit de rendre compte du point de vue des sciences humaines et sociales.

Cette organisation, au niveau macro, paraît avoir été remise en cause par l’émergence d’une presse en ligne qui s’accompagne de la mise en place de stratégies concurrentielles centrées sur la rapidité. L’apparition d’une presse Web démultiplie le nombre de participants potentiels à la « course aux scoops » et conduit à une production continuelle d’informations, qui fait écho à une consommation médiatique étalée au long de la journée et plus seulement concentrée sur quelques moments. Sans modifier l’organisation générale du travail journalistique, le passage à une presse en ligne marque un raccourcissement du cycle de production de la presse : cela signifie-t-il pour autant un renforcement des logiques économiques à l’œuvre dans le monde journalistique dont le rythme serait, plus encore qu’auparavant, calqué sur celui du marché ? Cette « accélération » est aussi susceptible de modifier les normes professionnelles : la possibilité de mettre en ligne immédiatement un article et celle d’y apporter ultérieurement des rectifications. Dans le cas de la presse écrite, mise en ligne et impression constituent deux modalités de diffusion de l’information complémentaires plutôt que redondantes : la première étant associée aux nouvelles les plus « chaudes » et la seconde, à l’analyse plus « froide ». La coexistence des deux supports traduit alors le voisinage de temporalités différentes au sein d’un même titre de presse. Aussi il est possible de se demander dans quelle mesure ces développements modifient les temporalités propres au monde professionnel du journalisme. Celui-ci est également susceptible de conduire à une reconfiguration des contours temporels des événements ainsi que de leur articulation aux temporalités journalistiques. Pour certains médias (radio, télévision, presse en ligne), la temporalité propre à un événement comme l’élection présidentielle a été bousculée au cours des années récentes : annoncés sur des sites hébergés à l’étranger avant l’heure légale, ses résultats sont relayés par des auditeurs, des internautes, voire des responsables politiques (via Twitter en particulier).

 Plus généralement, la mise en ligne du journalisme peut s’accompagner de modalités d’écriture nouvelles et de manières émergentes de mettre le « réel » en récit : aux méthodes traditionnelles ou classiques de narration se sont par exemple ajoutées des techniques de fact-checking ou de live-blogging permettant de décrire un événement à mesure qu’il se déroule ou bien après qu’il ait été narré (« les Décodeurs » dans le journal Le Monde, ou « Désintox » dans le journal Libération et désormais aussi sur Arte par exemple). L’accélération du rythme de production des biens journalistiques est souvent considérée comme allant de pair avec une obsolescence plus rapide de ces biens – chaque information nouvelle chassant la précédente, comme les « dernières minutes » se succèdent sur les chaînes d'information en continu ou sur le « fil » des sites d’informations en ligne. De même, la prise de distance par rapport à l’information serait rendue difficile car elle supposerait, dans une certaine mesure, de « prendre du temps », celui de la réflexion et de l'analyse. Mais ces hypothèses restent à interroger.

Internet a aussi précipité une « crise de la presse écrite », en amputant une partie de ses recettes liées à la publicité ou au lectorat. Plus généralement, les temporalités des mondes du journalisme se conçoivent aussi au niveau meso des organisations – rédactions et entreprises de presse qui se caractérisent par des arrangements locaux, et toujours provisoires, entre les différentes formes de temporalités décrites plus haut. La prise en compte des rythmes organisationnels et des modèles économiques (« payant »/« gratuit ») permet de déconstruire des catégories comme « les médias » ou « la presse », trop englobantes pour être analytiquement pertinentes. Elle permet également de rendre compte de l’évolution de ces arrangements au fil du temps et, ce faisant, d’envisager l’histoire d’une organisation ou les transformations d’un titre de presse à l’aune de leurs répercussions sur la manière dont se construisent ses temporalités. Ces dernières se comprennent alors à la fois comme le rythme propre de son activité, au croisement des logiques professionnelles, économiques et événementielles, mais aussi sous l’angle des dynamiques qui président à la création de titres et au turn-over sur le marché de la presse. Certains titres parviennent à s’installer durablement (même si cela s’accompagne régulièrement de changements de ligne éditoriale, de structure économique, etc.), d’autres ne survivent guère. La démographie du monde de la presse ne peut se comprendre qu’à la condition de prendre en compte les temporalités des titres de presse : la disparition de certains, contrainte ou attendue (dans le cas de titres lancés pour quelques numéros seulement, afin de faire un « coup » éditorial), leur réapparition sous une autre forme ou un autre nom, etc.

De même, la « crise de la presse » a modifié certains traits du monde du journalisme, notamment en ce qui concerne les formes de mobilisation de la main-d’œuvre, introduisant une perspective supplémentaire sur la temporalité dans l’univers journalistique. Les journalistes sont en effet, plus régulièrement qu’auparavant, employés en tant que pigistes ou sous la forme juridique du CDD, ce qui modifie les carrières et les trajectoires des individus au niveau micro. En rendre compte suppose alors de s’attacher aussi bien à la manière dont les individus circulent entre les titres de presse, entre les spécialités journalistiques, mais aussi entre les statuts d’emploi. Les carrières sont en outre arrimées à des formations, qui forment un univers dont les hiérarchies, les spécialités et les cursus évoluent en lien avec les transformations générales du monde du journalisme. Ici encore, la temporalité propre aux carrières journalistiques ne peut se concevoir indépendamment de la temporalité de l’activité journalistique et de celle des entreprises de presse.

Les articles attendus dans le cadre de cet appel traiteront un ou plusieurs des axes et niveaux proposés, en prenant soin d’analyser la manière dont les différentes temporalités du journalisme se composent, se combinent ou se confrontent et/ou de la manière dont elles se sont modifiées au fil du temps. Les travaux pourront relever des diverses disciplines des sciences humaines et sociales et convoquer des terrains en France et/ou à l’étranger. Les approches  empiriques seront privilégiées.

Envoi des projets d’articles

Les auteurs devront envoyer leur proposition d’article aux coordinateurs du numéro - Olivier Pilmis (o.pilmis@cso.cnrs.fr)  et Nicolas Robette (nicolas.robette@uvsq.fr) — avec copie au secrétariat de rédaction de la revue (temporalites@revues.org).

Cette proposition, composée d’un titre et d’un résumé d’une page du projet d’article (5 000 signes maximum), ainsi que du nom, des coordonnées et de l’affiliation institutionnelle de l’auteur, pourra être envoyée jusqu’au

1er septembre 2015.

Disciplines sollicitées

Sociologie, histoire, sciences politiques, sciences de l’information et de la communication, sciences de l’éducation, sciences du langage.

Calendrier

  • Réception des propositions jusqu’au : 1er septembre 2015

  • Réponse des coordinateurs : 21 septembre 2015
  • Réception des articles : 15 décembre 2015
  • Retour des expertises des évaluateurs : 1er février 2016
  • Version révisée : 1er avril 2016
  • Sortie du numéro 23 : 15 juin 2016 

Procédures et modalités de sélection

Tous les renseignements relatifs sont consultables à l'adresse : http://temporalites.revues.org/510

Coordinnation

  • Olivier Pilmis (CSO, CNRS-Science Po, Paris)
  • Nicolas Robette (Printemps – CNRS-UVSQ, UMR 8085)

Dates

  • mardi 01 septembre 2015

Mots-clés

  • temporalités, journalisme, journalistes, activité, travail, presse, web, papier, monde professionnel, écriture, information, démocratie, organisations, histoire, carrières, trajectoires

Contacts

  • François Théron
    courriel : francois [dot] theron [at] uvsq [dot] fr

Source de l'information

  • François Théron
    courriel : francois [dot] theron [at] uvsq [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les temporalités du journalisme », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 15 juin 2015, http://calenda.org/331377