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La considération des enquêtés

The consideration of investigations

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Publié le lundi 22 juin 2015 par Elsa Zotian

Résumé

Pour la cinquième année, la journée d'études des doctorants du CERLIS (pôle Lien social et culturalisation) propose un espace d'échange réflexif sur une dimension centrale du travail du jeune chercheur en sociologie : le rapport aux enquêtés. Celui-ci fait en effet partie de la réflexion que tout sociologue doit engager sur son propre travail, quel que soit son objet d’étude. Les écueils peuvent être multiples, des difficultés rencontrées pour aborder certains sujets au dilemme que pose souvent la question des retours à effectuer une fois l’enquête terminée. Cet appel à communications vise à recueillir des retours d'expérience sur les différentes modalités possibles du lien entre le chercheur et ses enquêtés dans le domaine des arts et de la culture.

Annonce

Argumentaire

« Je crois qu’il n’est pas de manière plus réelle et plus réaliste d’explorer la relation de communication dans sa généralité que de s’attacher aux problèmes inséparablement pratiques et théoriques que fait surgir le cas particulier de l’interaction entre l’enquêteur et celui ou celle qu’il interroge. » Pierre Bourdieu, « Comprendre », in La Misère du monde, Seuil, 1993.

Les rapports qu’entretient le chercheur en sociologie avec ses enquêtés sont à la fois symbiotiques et fondamentalement problématiques. Comme le rappelle La Misère du monde, ceux-ci ont en effet la dimension d’« une relation sociale qui exerce des effets (…) sur les résultats obtenus ». Ce lien unique est une dimension centrale de la réflexion que tout sociologue doit engager sur son propre travail, quel que soit son objet d’étude, et s’inscrit au cœur de la sociologie des arts et de la culture. Dans le cadre d’une méthodologie qualitative, notamment, l’approche des enquêtés et la manière dont ils sont considérés par le chercheur à chaque étape du travail est un enjeu qui a des répercussions sur les résultats obtenus et bien au-delà.

Les écueils peuvent être multiples, des difficultés rencontrées pour aborder certains sujets au dilemme que pose souvent la question des retours à effectuer une fois l’enquête terminée. Comment gérer les tensions éventuelles qu’impliquent les postures respectives du chercheur et de l’enquêté ? Quelles méthodes, quelles approches peuvent dans cette situation aider l’enquêteur, et lui permettre de mener à bien son projet de recherche tout en accordant aux enquêtés la considération nécessaire ?

La question qui se pose ici est celle des choix déontologiques du jeune chercheur tout au long d’un travail de terrain, face à des enquêtés qui peuvent venir d’horizons extrêmement divers. Pour celui ou celle qui se livre « au nom de la science », le processus de l’entretien n’est en effet pas anodin, et peut avoir des effets que le chercheur n’avait pas envisagés, jusqu’au sentiment de violence que peuvent provoquer parfois les résultats du travail. Comment, dans ce cas, équilibrer au mieux le lien qui se crée entre chercheur et enquêté ?

Nous souhaitons avec cette 5e Journée d’étude des doctorants du CERLIS offrir un espace d’échange réflexif autour de cette question. Dans la continuité des dialogues engagés sur les méthodes, la distance au sujet ou encore la posture du jeune chercheur (de 2011 à 2014), nous proposons donc cette année d’interroger le travail de recherche en sociologie des arts et de la culture en accueillant différents retours d’expériences sur le rapport aux enquêtés.

Trois axes de travail sont envisagés, mais toute proposition qui s’en écarterait tout en se rattachant à la problématique générale, quel que soit le champ sociologique ou la discipline, est la bienvenue. Ces axes invitent à réfléchir les différentes modalités possibles du lien entre le chercheur et ses enquêtés.

1. Autour de l’entretien : les interactions avec les enquêtés

Pour Alain Blanchet et Anne Gotman, l’entretien est « une situation sociale de rencontre et d’échange et non pas un simple prélèvement d’information »[1]. En effet, la rencontre avec les enquêtés est souvent pour le chercheur un moment original et passionnant, dont le fondement empirique permet d’élaborer un cadre théorique solide.

Cet axe se propose d’interroger la relation d’enquête. Parce que cette dernière suppose une grande rigueur scientifique, elle confronte parfois le sociologue à des impasses et/ou des questionnements déontologiques difficiles à résoudre. Des questions se posent à l’heure de délimiter son échantillon et la prise de contact avec les enquêtés est parfois source de complications. Plus qu’un accès non facilité au terrain, il peut être délicat de présenter sa recherche à un enquêté. Quelle posture sociologique adopter et quelles sont les stratégies employées pour aborder et surtout convaincre l’enquêté de participer à la recherche ? En somme, que dire de l’enquête avant l’enquête ?

Il s’agit également d’aborder les questionnements éthiques qui, au cours de l’entretien, sont susceptibles de se poser concernant la vie personnelle de l’enquêté. Comment gérer et jusqu’où pénétrer leur intimité, selon leur statut et selon le sujet abordé ? Où poser les limites en termes de respect sans inhiber leur discours ? L’enquêteur peut-il être un frein à sa propre enquête en pratiquant une certaine forme d’autocensure, capable de créer des irrégularités et de gêner l’analyse du corpus final ?

2. L’individu dans l’analyse des données

Se posent par ailleurs des questions liées au traitement et à l’analyse des données ainsi obtenues ; plusieurs difficultés se présentent en effet au chercheur à ce moment du travail.

La prise en compte de la trajectoire de l’enquêté, qui semble aller de soi, pose ainsi de sérieux problèmes lors de cette analyse. Comment envisager cette trajectoire, souvent non linéaire, lorsque la nécessité d’un échantillon représentatif impose - ne serait-ce que temporairement - de figer les enquêtés dans des catégories fixes ? Dans les études sur les pratiques culturelles, on sait notamment l’importance donnée aux catégories socio-professionnelles dans l’analyse des pratiques et des goûts des enquêtés.

De la même manière, les incohérences dans le discours des enquêtés quant à leurs représentations, leurs pratiques, leur parcours, ou encore les exemples qu’ils peuvent donner pour illustrer ces derniers, si elles rendent plus riche la recherche de terrain, contribuent à compliquer considérablement l’objectivation de ce discours. Quelles stratégies adopter pour rendre lisibles et cohérentes la trajectoire, les représentations et les pratiques des enquêtés ?

Par ailleurs, nous aimerions nous intéresser à la considération de l’individu dans les études quantitatives. Quelle vision des pratiques et représentations singulières peut se dessiner dans les enquêtes par questionnaire ? Comment le chercheur peut-il exploiter ces données quantitatives et produire des chiffres valides, sans gommer les variations intra et interindividuelles ?

3. Le retour aux enquêtés

Le troisième axe propose une réflexion sur la question du retour aux enquêtés et sur les éventuelles difficultés à leur restituer le terrain. Il s’agit d’interroger la possibilité de “rendre l’enquête” à ses acteurs ainsi que ce qu’implique la prise en compte de ce retour au moment de l’analyse des données recueillies et du travail d’écriture.

Quelles sont les problématiques spécifiques à la restitution de l’enquête aux enquêtés ? Quelles « ficelles » peut-on proposer ? Qu’est-ce que l’enquête fait aux enquêtés ? La réception peut en effet avoir des conséquences sur la recherche, mais aussi sur les enquêtés - et sur ce que ces derniers peuvent alors apporter au chercheur.

Cette question soulève des enjeux déontologiques ainsi que des problèmes d’ordre méthodologique, qui invitent à aborder les conditions et les modalités concrètes de cette restitution. On peut enfin se poser la question de savoir si cet enjeu présente des spécificités en fonction des disciplines ou des orientations théoriques ou méthodologiques de recherche.

Nous tenons à préciser encore une fois que toutes les méthodologies et disciplines en rapport avec les questions posées, sociologiques, artistiques, culturelles, seront les bienvenues. Nous entendons les termes arts et culture au sens large.

[1] Alain Blanchet, Anne Gotman, L’entretien, Armand Colin, 2007, p.15.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (3 000 signes maximum, espaces compris, titre + résumé) devront nous parvenir

avant le 1er juillet 2015

par courriel à l'adresse jed.cultureetarts.cerlis@gmail.com.

La proposition devra être accompagnée d'une courte présentation bio-bibliographique (contact, affiliation institutionnelle, statut, directeur de thèse, principaux axes de recherche... 10 lignes maximum).

La journée d'étude aura lieu le lundi 7 décembre 2015 à Paris.

Comité scientifique et d'organisation

  • Anne Bessette (Doctorante à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, CERLIS)
  • Laura Cappelle (Doctorante à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, CERLIS)
  • Emmanuelle Guittet (Doctorante à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, CERLIS)
  • Louise Déjeans (Doctorante à l’Université Paris Descartes, CERLIS).

Lieux

  • Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
    Paris, France (75005)

Dates

  • mercredi 01 juillet 2015

Mots-clés

  • arts, culture, enquêtés, entretien

Contacts

  • Laura Cappelle
    courriel : jed [dot] cultureetarts [dot] cerlis [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Laura Cappelle
    courriel : jed [dot] cultureetarts [dot] cerlis [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La considération des enquêtés », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 22 juin 2015, http://calenda.org/332524