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Les agitateurs de la toile

The agitators of the web - internet and the extreme right

L'internet des droites extrêmes

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Publié le mercredi 24 juin 2015 par João Fernandes

Résumé

Depuis plusieurs années se manifestent dans différents pays d’Europe un ensemble assez hétérogène de mouvements dont les formes d’organisation et de structuration paraissent de prime abord assez nouvelles. Ces mouvements politiques à l’idéologie qualifiée parfois d’«identitaire », de « nationaliste » ou de « réactionnaire », tendent en effet à échapper aux logiques de catégorisation usuelles. Ils empruntent massivement aux formes de communication et de diffusion rendues possibles par les nouvelles technologies de l’information et, en particulier par le réseau Internet. À y voir de plus près, cependant, il apparaît qu’ils reprennent à leur compte une rhétorique réactionnaire et des référents appartenant classiquement à l’extrême droite...

Annonce

Argumentaire

Depuis plusieurs années se manifestent dans différents pays d’Europe un ensemble assez hétérogène de mouvements dont les formes d’organisation et de structuration paraissent de prime abord assez nouvelles. Ces mouvements politiques à l’idéologie qualifiée parfois d’« identitaire », de « nationaliste » ou de « réactionnaire », tendent en effet à échapper aux logiques de catégorisation usuelles. Ils empruntent massivement aux formes de communication et de diffusion rendues possibles par les nouvelles technologies de l’information et, en particulier, le réseau Internet. A y voir de plus près, cependant, il apparaît qu’ils reprennent à leur compte une rhétorique réactionnaire et des référents appartenant classiquement à l’extrême droite.

L’étude de ces mouvements se confronte à des difficultés, liées notamment à l’hétérogénéité de leurs formes organisationnelles. Ainsi, certaines de ces organisations sont des partis politiques, dont les places occupées dans la sphère politique sont très différentes selon les pays ; ils peuvent être très institutionnalisés comme l’UDC en Suisse ou plus marginalisés comme le MSR (Movimiento Social Republicano) en Espagne. Il existe également des collectifs ou des associations de militants « identitaires » comme le GUD en France qui reprennent ouvertement nombre de caractéristiques classiques des mouvements fascistes ou néo-fascistes (littérature de référence, musique, iconographie, etc.). D’autres types de collectifs comme CasaPound en Italie, entretiennent des liens étroits avec les groupes fascistes européens tout en s’inspirant des registres de mobilisation de gauche. En Allemagne, les manifestations de PEGIDA développent une islamophobie agressive tout en évitant d’afficher ouvertement leurs liens avec l’extrême-droite. En outre, nous assistons plus récemment à l’extension de mouvances nées sur Internet, comme le collectif Egalité et Réconciliation, dont les positions vis-à-vis des autres mouvements d’extrême droite sont plus difficiles à cerner. On peut également mentionner l’existence, en France, d’un syndicat de parents d’élèves, la FAPEC (Fédération autonome des parents engagés et courageux) dont la création s’inscrit en partie dans le sillage de la « Manif pour Tous ».

Si des tentatives d’analyse et d’interprétation de ces mouvements sont faites aujourd’hui, elles sont issues le plus souvent du monde journalistique. Les analyses des sciences sociales et politiques restent, pour l’heure, encore timides et balbutiantes, principalement centrées sur les formes traditionnelles de ces collectifs (partis politiques, manifestations, etc.). Surtout, elles s’intéressent peu aux modalités de structuration et de communication de ces mouvements liées à l’univers numérique.

A l’heure actuelle, deux types de questions se posent. En premier lieu, on assiste en ce moment à un rapide changement de décor de la scène politique qui nous incite à examiner de près ce phénomène pour en saisir la teneur et l’ampleur. Il s’agit de procéder à son décryptage sociologique afin d’en saisir les modalités d’émergence et les logiques d’extension, sans rien ignorer des enjeux sociétaux liés à ces développements. En second lieu, si le réseau Internet a, pour partie, permis à certains collectifs de voir le jour, c’est également dans cet espace numérique que se déploie aujourd’hui l’essentiel de leur communication. Ainsi, Internet constitue sans conteste un espace de diffusion et de publicisation plus accessible et plus ouvert pour ces mouvements. On observe également que les technologies de la communication sont utilisées pour organiser des évènements et pour élargir les réseaux existants.

Se pose donc la question des engagements en ligne aux confins de la droite, dont on peut faire l’hypothèse qu’ils présentent des caractéristiques similaires aux modalités d’inscription dans d’autres types de collectifs en ligne. Les études sur ce point soulèvent de nombreuses pistes et contribuent notamment à pointer la caducité d’une opposition en ligne/hors ligne. En effet, s’il existe certaines formes de participation qui s’adossent aux dispositifs sociotechniques disponibles, il s’agit le plus souvent de reproductions de modalités d’engagement déjà employées sous d’autres formes. On peut néanmoins postuler que certaines dimensions de ces engagements sont renégociées au contact des dispositifs numériques. La temporalité apparaît en outre comme un élément central de ces reconfigurations, posant la question de la ponctualité de l’engagement et de l’immédiateté. On peut également évoquer la visibilité accrue pour des collectifs qui parviennent ainsi, d’un côté, à élargir leurs audiences et, de l’autre, à gérer les espaces de visibilité individuels en multipliant les réseaux de publicisation de cet engagement. 

Ces journées d’étude ont ainsi pour but de rassembler des chercheur.es confirmé.es et des jeunes chercheur.es ayant entrepris d’étudier ces phénomènes et ces mouvements contemporains sous leurs différents aspects. Elles associent des chercheur.es travaillant sur ces questionsnotamment en Suisse, en France, en Allemagne et en Belgique. 

Axes de questionnement

Plusieurs questions se posent alors pour la recherche actuelle :

  • Quels sont les répertoires idéologiques convoqués par les mouvements d’extrême droite ? Quels types de rhétoriques peut-on identifier ? Quelles sont les principales thématiques abordées ?
  • Quelles sont les figures de leaders rencontrées ? Quelles sont les modalités d’engagement au sein de ces groupes ? Quels sont leurs modes de structuration et de composition collective ?
  • Sous quelles formes l’extrême droite apparaît aujourd’hui sur la toile ? Quel rapport entretient-elle avec l’actualité et avec les médias de large audience ?
  • Quels sont les liens identifiables ou revendiqués par ces mouvements avec les partis politiques institutionnalisés ? Comment peut-on analyser ce phénomène à l’aune des transformations plus larges de la scène politique ? 

C’est pour tenter d’esquisser des réponses à ces questions que ces journées d’étude sont organisées les 19 et 20 novembre 2015 à l’Université de Lausanne. Ces journées privilégieront trois axes. Le premier portant sur ces mouvements, leurs thèmes, leur rhétorique, leur «propagande », leurs formes d’organisation et de structuration. Seront aussi envisagées leurs manières de composer un collectif, le type d’acteurs qui les animent, les rejoignent, interrogeant ce faisant leurs modalités d’adhésion et d’engagement. 

Le second axe s’intéressera plus spécifiquement aux manières dont ces mouvements utilisent le réseau internet et recourent aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Il s’agira d’examiner tout particulièrement la façon dont ces dernières participent à la structuration et à la visibilisation de ces collectifs. Ceci témoigne, semble-t-il, de l’émergence d’une droite extrême en partie remaniée, au regard de ses modes d’organisation antérieurs – mais dont le fonds idéologique reste étonnamment stable depuis plus d’un siècle.

Le troisième axe privilégiera les questions épistémologiques et méthodologiques, en s’interrogeant sur les outils conceptuels et les méthodes dont nous disposons à l’heure actuelle pour analyser ces phénomènes et ces mouvements, notamment dans leurs déclinaisons numériques. A ce titre, nous proposons d’explorer les possibilités de renouvellement d’une approche critique de l’espace public et de la « propagande » s’inscrivant dans le sillage des travaux de  l’école de Francfort sur les formes rhétoriques de la propagande fasciste, la culture autoritaire, les transformations de l’espace public en espace « acclamatif », etc. Par ailleurs, il sera intéressant de revenir sur la posture de recherche vis-à-vis de ces mouvements qui peuvent être des terrains compliqués, à la fois en terme d’accès et d’un point de vue normatif.

En croisant les visées à la fois sociologiques et historiques d’analyse de ces mouvements, mais aussi de méthodologie et d’épistémologie, et en prenant en compte le rôle clé des outils numériques et de l’Internet, ces journées d’étude entendent ouvrir un espace de discussion tout en encourageant à explorer les possibilités d’un  renouvèlement conceptuel de ce champ d’étude, afin de comprendre et de combattre ces processus socio-politiques en cours. Il se situe à l’entrecroisement de la sociologie de l’espace public, des mouvements sociaux, de l’action collective, de l’analyse de l’extrême-droite et des mouvements réactionnaires, et d’un travail théorique et historique attaché à repenser les contours d’une recherche sociale s’inscrivant dans le sillage de la théorie critique.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les conférences seront présentées en français ou en anglais. Les propositions de communication (env. 2’500 signes) devront être adressées par mail à agitateurs.je2015@gmail.com jusqu’au

15 septembre 2015,

la réponse du comité d’organisation suivra deux semaines plus tard.

Comité d’organisation

  • Olivier Voirol (UNIL)
  • Elsa Gimenez (UNIL)
  • Alba Brizzi (UNIL)

Comité scientifique

  • Loïse Bilat (UNIL);
  • Olivier Glassey (UNIL);
  • Philippe Gottraux (UNIL);
  • Natalie Schwarz (UNIL). 

Soutenu par l’Institut des Sciences Sociales (Unil).

Dates

  • mardi 15 septembre 2015

Contacts

  • JE agitateurs
    courriel : agitateurs [dot] je2015 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • JE agitateurs
    courriel : agitateurs [dot] je2015 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les agitateurs de la toile », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 24 juin 2015, http://calenda.org/333305