AccueilLes sciences et l’incertitude : déterminismes, déterminations, normes, discours

Les sciences et l’incertitude : déterminismes, déterminations, normes, discours

The sciences and uncertainty. Determinisms, determinations, norms, discourse

*  *  *

Publié le mardi 30 juin 2015 par João Fernandes

Résumé

On a vu se multiplier dernièrement les ouvrages, produits dans différentes disciplines, faisant de l’incertitude une des principales caractéristiques du monde dans lequel nous vivons. Les certitudes s’effondrant les unes après les autres, il nous faudrait admettre que nous vivons dans un monde « incertain » et qu’un des défis contemporains serait de penser nos actions, nos décisions, notre épanouissement dans ces temps risqués de l’incertitude. L’objectif de ce colloque pluridisciplinaire est d’interroger ce que ce discours de l’incertitude doit aux sciences et ce qu’il fait aux sciences.

Annonce

Argumentaire

On a vu se multiplier dernièrement les ouvrages, produits dans différentes disciplines, faisant de l’incertitude une des principales caractéristiques du monde dans lequel nous vivons. Les certitudes s’effondrant les unes après les autres, il nous faudrait admettre que nous vivons dans un monde « incertain » et qu’un des défis contemporains serait de penser nos actions, nos décisions, notre épanouissement dans ces temps risqués de l’incertitude. L’objectif de ce colloque est d’interroger ce que ce discours de l’incertitude doit aux sciences et ce qu’il fait aux sciences. La mise en évidence de relations universellement valables ou probables entre des causes et des effets étant au centre de toute démarche scientifique, on peut en effet s’interroger sur ce qu’induisent les discours invitant à la remise en cause ou à la relativisation de ce postulat. Plusieurs ensembles de questionnements seront explorés.

1) La production des discours sur l’incertitude du monde

L’enjeu est d’identifier les différents travaux ayant contribué à construire et à diffuser l’hypothèse du « monde incertain », de mettre en évidence leurs convergences et leurs divergences. Quels arguments sont mobilisés ? Quelles sont les périodisations choisies ? A quel type d’administration de la preuve recourent-ils ? Quels discours sont tenus sur les sciences ? Il serait également intéressant d’analyser les propriétés des producteurs de ces discours (position, réseaux, nationalité, etc.) et les espaces de diffusion utilisés.

2) Le déterminisme comme disqualification

Alors que le monde qui nous entoure est majoritairement perçu comme « incertain » ou « mouvant» et que l’action humaine tend à être analysée comme le résultat soit du choix fait par des individus de moins en moins soumis à l’influence d’institutions en déclin, soit de contraintes – bio-psycho-sociales - si nombreuses que leur articulation est imprévisible, le déterminisme est aujourd’hui un terme repoussoir surtout utilisé pour disqualifier la prétention de certaines approches scientifiques à rendre compte d’une manière jugée trop fixiste de ce qu’il s’est passé et de ce qu’il adviendra. A l’inverse, ne pas être « déterministe », consisterait, en fonction des disciplines, à être en mesure de prendre en compte les configurations historiques imprévisibles, les singularités individuelles, la plasticité des organes, etc. Ce rejet du déterminisme s’observe, sur des modes différents, aussi bien dans les sciences sociales que dans les sciences de la nature.

Nous attendons des communications permettant une meilleure compréhension des usages du terme « déterminisme » dans les controverses scientifiques passées ou présentes. Qu’entend-on quand on dit d’une approche qu’elle est « déterministe » ? Peut-on observer une transformation de ces usages en fonction des époques et ainsi caractériser l’usage contemporain du terme? L’analyse des controverses autour du « déterminisme » est-elle un moyen heuristique pour étudier les luttes intra ou interdisciplinaires et les dynamiques dans le champ académique ? Comment rendre compte des travaux scientifiques qui, malgré le discrédit du terme, continuent à se revendiquer aujourd’hui d’une forme de déterminisme ? L’accusation de « déterminisme », sous l’angle du « fatalisme » qui lui est associé, est-elle un des moyens privilégiés de disqualification de la science par les profanes ? Dans quelles conditions et par qui (individus ou groupes sociaux) la mise en évidence de « déterminismes » peut-elle être associée à des formes d’émancipation ?

3) L’écheveau des déterminations : complexité ou incertitude ?

Si le déterminisme fait figure de repoussoir, la notion de « détermination », qui suppose un rapport plus lâche entre cause et effet(s), est encore mobilisée dans les différents domaines scientifiques. Maintenant un lien, bien que parfois faible, entre des causes et des effets, la notion de détermination maintient le postulat scientifique de base et insiste, par exemple, sur le fait que ce que les acteurs pensent, disent et font n’est pas dû au hasard et que tant leurs discours que leurs pratiques sont le résultat de contraintes variées dont les effets peuvent être expliqués, voire contrôlés. Moins polémique, cette notion mérite néanmoins d’être questionnée. Il s’agit de s’interroger non pas sur l’existence ou non de déterminations, mais sur leur nature et surtout sur le degré de leur potentiel explicatif. Une des façons d’interroger ces déterminations est d’analyser l’extension de leur domaine de validité, de leur portée explicative : ce dont elles rendent compte, mais aussi ce dont elles ne peuvent pas rendre compte. La question de leur articulation éventuelle est également centrale : la multiplication des registres explicatifs et des types de déterminations expliquant un même phénomène (par exemple, la conscience, les inégalités, les émotions) ne conduit-elle pas à produire de l’inexplicable et, partant, de l’incertitude ? Qu’en est-il de l’interdisciplinarité, dont un des objectifs est précisément de rapprocher des chercheurs travaillant sur des types de déterminations différentes ?

4) Contrôler l’incertitude par les normes ?

A quelques exceptions près, la mise en évidence de l’incertitude appelle des réactions de contrôle ou de maîtrise du monde qui nous entoure. Les titres de très nombreux articles ou ouvrages (Agir dans un monde incertain ; Gouverner dans un monde incertain ; Administrer un monde incertain) le montrent clairement. Les normes peuvent être appréhendées comme des constructions (des mises en ordre) permettant de rendre le monde prévisible. Etablir des normes, c’est chercher à réduire l’incertitude qui nous entoure en cherchant à définir des modèles (ou valeurs) pratiques, cognitifs ou éthiques auxquels les individus sont censés se conformer.

Les normes peuvent participer d’une mise en ordre et de la construction d’une prévisibilité du monde (c’est le caractère durable, institutionnalisé de certaines normes), mais elles sont aussi un moyen de transformations du monde (c’est le caractère instable, éphémère et contingent des normes). A la différence des « lois » à prétention universelle, les normes sont en effet fondées sur un arbitraire dont la légitimité est historiquement située. Les normes sont donc contingentes, ce qui explique qu’elles soient très régulièrement remplacées par d’autres normes basées sur d’autres arbitraires. La capacité des normes à rendre le monde prévisible est donc toute relative et matière à discussion. Notre intérêt porte ici sur les travaux qui étudient les manières dont les normes contribuent à institutionnaliser certaines univers sociaux quels qu’ils soient, à faciliter leur reproduction dans le temps, ainsi que sur ceux qui étudient à l’inverse les manières dont la production et la succession incessante de normes tendent à déstabiliser d’autres univers sociaux (ou les mêmes) en empêchant leur reproduction et en entravant leur prévisibilité.

On s’interrogera sur la multiplication des normes dans différents domaines (santé, éducation, entreprise, etc.) ainsi que sur les experts et les institutions qui les produisent. On pourra également interroger le rapport qu’entretiennent les disciplines scientifiques avec la production de ces normes. Les sciences appliquées sont-elles les seules à produire des normes ? Les sciences fondamentales ne font-elles que subir des normes imposées par l’extérieur ou contribuent-elles également à leur production ?

5) Normes et discours

Le langage comme phénomène social est un produit et un producteur des croyances et valeurs de la société qui l’emploie; c’est pourquoi language-in-use et language use par rapport au social et au politique déterminent l’ordre social et les interactions des individus. Les organisations sont des espaces de fabrication et de circulation des normes. Lorsqu’elles sont mises en débat, celles-ci n’induisent-elles que de la légitimation ou de la contestation ? La mise en discours (scientifique, académique, politique) contribue-t-elle à la persistance des normes ou, à l'inverse, à des formes de résistance conduisant à leur subversion, à leur retrait ou à des formes d'hybridation ? Quelles en sont leurs déterminations (inter)discursives, énonciatives, argumentatives ? En quoi certains énoncés ou « petites phrases » induisent-ils des cadres d’analyse prévisibles ou, au contraire, engagent-ils un « tournant sociodiscursif » ? Sous quelles formes, dans quels contenus et selon quelles conditions de production, les discours sociaux recourent-ils aux normes ou aux hors-normes (dans des dichotomies semblables aux modèles / antimodèles ; stéréotypes / contrestéréotypes) ?

En interrogeant les normes appliquées à des discours, ce colloque invite aussi à repenser les normes de l’analyse de discours. On pourra rediscuter les théoriciens ayant eu la plus grande influence dans le développement postmoderne de la théorie du discours, par leur resémantisation du discours en tant que véhicule pour des processus sociaux et politiques. Le langage est lié dans ce cas à l’habitus, i.e. un ensemble internalisé de normes qui engendrent les actions (pratiques), perceptions et représentations des individus. Le langage est un espace agonistique où se jouent des luttes de pouvoir et d'autorité, espace dans lequel certains types de langage (styles, dialectes, codes) sont estimés corrects, légitimes, autorisés et d’autres incorrects ou vulgaires, donc délégitimés.

Le discours peut être également pensé comme un véhicule de reproduction des relations de pouvoir au niveau macro, mais aussi dans des interactions quotidiennes par les pratiques discursives des institutions (telles l’école, les prisons, les cliniques, etc.) qui exercent un contrôle sur les individus, leurs pratiques et leurs identités. C’est pourquoi bon nombre d’études discursives se sont intéressées à la construction de l’identité en relation avec le genre, l’ethnicité, etc. Comment interagissent normes identitaires et normes discursives ? Comment, à la suite de l’analyse critique du discours, on arrive à développer la critical language awareness ?

Calendrier

- 31 juillet 2015: envoi de la proposition d’article sous forme d’un résumé d’environ

350-400 mots en français aux adresses : simona.necula@villanoel.ro et i.sanyas@univlyon2.fr.

Les propositions doivent être accompagnées des noms, affiliations et adresses e-mail de tous les auteurs.

- 15 août 2015: notification des résultats

- 15 novembre 2015: soumission de la première variante de l’article

- 15 décembre 2015: soumission de la variante définitive de l’article

Comité d’organisation

  • Larissa LUICĂ – CEREFREA Villa Noël, Roumanie
  • Angelica MARINESCU – Université de Bucarest, Roumanie
  • Simona NECULA – CEREFREA Villa Noël, Roumanie
  • Isabelle SANYAS -Université Lumière Lyon 2, France

Comité scientifique

  • Christiana CONSTANTOPOULOU- Université Panteion, Grèce
  • Daniela FRUMUSANI – Université de Bucarest, Roumanie
  • Françoise LANTHEAUME – Université Lumière Lyon 2, France
  • Victor Manuel MARI SAEZ – Université de Cadiz, Espagne
  • Stanislas MOREL – Université Jean Monet Saint Etienne, France
  • Viorica PAUS – Université de Bucarest, Roumanie
  • Ioan PANZARU – CEREFREA, Bucarest, Roumanie
  • Dana POPESCU-JOURDY – Université Lumière Lyon 2, France
  • Marianna PSYLLA – Université Panteion, Grèce
  • Jean-Claude SOULAGES - Université Lumière Lyon 2, France
  • Comité d’organisation
  • Larissa LUICĂ – CEREFREA Villa Noël, Roumanie
  • Angelica MARINESCU – Université de Bucarest, Roumanie
  • Simona NECULA – CEREFREA Villa Noël, Roumanie
  • Isabelle SANYAS -Université Lumière Lyon 2, France

Lieux

  • Villa Noël - 6, Rue Emile Zola
    Bucarest, Roumanie

Dates

  • lundi 31 août 2015

Fichiers attachés

Mots-clés

  • incertitude, déterminisme, détermination, normes, causalité

Contacts

  • stanislas Morel
    courriel : stanislasmorel2003 [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • stanislas Morel
    courriel : stanislasmorel2003 [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les sciences et l’incertitude : déterminismes, déterminations, normes, discours », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 30 juin 2015, http://calenda.org/333872