AccueilMohammed Khaïr-Eddine (1995-2015)

Mohammed Khaïr-Eddine (1995-2015)

Mohammed Khaïr-Eddine (1995-2015)

Échos et métamorphoses d'une voix singulière

Echoes and metamorphoses of a singular voice

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Publié le lundi 06 juillet 2015 par Elsa Zotian

Résumé

La Journée d’études « Mohammed Khaïr-Eddine (1995-2015) : échos et métamorphoses d’une voix singulière » tente un état des lieux des études et de la production (critique) faites sur l’œuvre de Mohammed Khaïr-Eddine. Si cette rencontre s’adresse principalement aux spécialistes de l’écrivain marocain, elle demeure ouverte à tous les chercheurs, penseurs, artistes qui (re)trouvent dans les accents de cette écriture authentique des semences pour un renouvellement des lettres, des arts, de la société et de l’homme dans le Maghreb et dans le monde.

Annonce

Journée d’études organisée par le Laboratoire de Recherches : Études Maghrébines, Francophones, Comparées et Médiation Culturelle le 18 novembre 2015 à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de Manouba (Université de Manouba : Tunisie)

Argumentaire

Dans le numéro 12 des Cahiers de la Recherche Scientifique (Actes du colloque « Auteur mémorable, œuvre immortelle ») publié par la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Mohammadia (janvier 2015), Mohammed Khaïr-Eddine figure parmi les auteurs qui auront marqué l’histoire des lettres et de la pensée au Maghreb et dans le monde. Pertinent, le choix de l’« auteur » témoigne d’une consécration, celle d’un artiste mais aussi d’un citoyen maghrébin ouvert aux voix du monde.

Les faits marquants de la vie de Mohammed Khaïr-Eddine comportent, pour ceux qui prennent la peine d’y réfléchir, tous les éléments qui le prédisposaient à une pensée et à une création nées aux marges de la société et de ses institutions. Jean Orizet, qui l’a connu de près, dira qu’« il est pur et dur »[1]. Adolescent au moment où les peuples du Maghreb prenaient les armes contre le colon français, jeune écrivain aux prises avec une monarchie qui a tout fait pour étouffer le cri de liberté de la revue Souffles, puis confronté aux « affres » de l’exil, l’homme-écrivain a aiguisé une conscience esthétiqueintransigeante. Après le « séisme » d’Agadir, cette écriture de l’éclatement s’est bien affirmée en désarticulant le « corps négatif », ses vieilleries littéraires, ses « carapaces » sociopolitiques.

Lundi 18 novembre 2015, vingt ans se seront écoulés depuis la mort de Mohammed Khaïr-Eddine. La parole poétique de celui qu'on surnomma « le Rimbaud maghrébin » n'a pas fini de résonner dans nos consciences et de déranger notre confort intellectuel. C'est une parole dérangeante parce qu'elle bouscule, encore, nos préjugés et mine efficacement nos certitudes concernant le monde et les hommes.

Les milliers de pages et les études faites sur l'Œuvre de Khaïr-Eddine ne font que soulever les préoccupations majeures de son écriture « transgénérique ». Les textes du poète attendent encore des lecteurs imprégnés de l'arrière-fond culturel, esthétique, philosophique, anthropologique des signes, chaotiques et opaques, qui composent cette fable littéraire. C’est que les fragments de « l’hiéroglyphe » khaïr-eddinien développent une sémiotique « sudique » très particulière. Nous pouvons y décrypter les contours et les « ombres » d'un être dont l'épaisseur donne forme(s) aux couches, denses, d’une culture millénaire. « Le plaisir du texte » provient des réverbérations du terroir d'où s'élève la « parole conquise » par l'homme et tracée par le poète. Les couleurs vivantes de la terre natale, la variété de sa faune, les senteurs de sa flore, les gestes millénaires du corp(u)s ancestral… sèment les tableaux folkloriques, se moquent des chasseurs d’exotisme, donnent à voir et à écouter des tatouages et des parlures authentiques. « L’art de la composition » puise dans cet extraordinaire concert polyphonique des voix et des sons capturés par le poème.

Pour aboutir, la transformation de l’ancien tient compte de la musique inouïe de l'être khaïr-eddinien et de ses formes (formules) nouvelles : "le legs des morts" est débarrassé de ses parts moisie et caduque. Le « déterreur » de signes est porteur d’un projet (poétique) révolutionnaire. La « violence du texte » marque cette poétique du fragment et génère une esthéthique vigoureusement autre. En menant à son terme la désintégration du vieux monde, la « machine » de l’écriture parvient à extraire les morceaux essentiels du passé, les transfigure, les insère dans un travail de (re)composition de l’homme maghrébin.

Les « syllabes berbères » de cet enfant terrible de l'Anti-Atlas, les accents authentiques de sa poésie, la musique sauvage de sa « guérilla linguistique » s'avèrent, ainsi, les formes-sens d'un extraordinaire combat où les mots du sujet sondent les maux d'une société malade et incapable de forger SA modernité. Les défis auxquels nos sociétés sont actuellement confrontées (re)placent cette conscience artistique au cœur de notre marche citoyenne. Emportés par l'onde de choc des révolutions arabes (toujours en cours), nous avons beaucoup de matière(s) à puiser dans cette Œuvre généreuse. Le pacte moral, terrible, inhérent à cette création littéraire peut-il nous montrer des voies (salutaires) dans l’espace vertigineux de cette liberté, désormais, fragile ? La rigueur qui préside à cette conception poéthique de la condition humaine permet-elle, aujourd’hui, d’éviter le chaos d’une confusion, tragique, entre liberté et anarchie totale ? La vigueur du langage khaïr-eddinien, l'étonnante modernité de ses credo… peuvent-ils aider à réinventer les formules de notre liberté, la teneur humaine de notre culture et de nos discours citoyens ?

Il est temps, aujourd’hui, de faire un premier bilan quant à l’évolution et aux échos de ce pacte (moral) de « l’écriture » dans les études khaïr-eddiniennes : est-ce que « l'hiéroglyphe » du poète interpelle nos rêves et notre façon de penser l'avenir ? Est-ce que les lectures universitaires parviennent à sonder l’opacité du texte et ce qu’elle doit à l’épaisseur de l'être maghrébin et sa complexité fondamentale ? A l’issue des derniers séismes sociopolitiques et face aux velléités fascistes qui ébranlent nos consciences, est-ce que nous avons su être à l’écoute de cet être et de cette complexité pour fonder une culture qui sache prolonger la gageure de cet enracinement ouvert sur le monde et nourri de sa très grande diversité ?

La Journée d’études « Mohammed Khaïr-Eddine (1995-2015) : Echos et métamorphoses d’une voix singulière » tente un état des lieux des études et de la production (critique) faites sur l’œuvre de Mohammed Khaïr-Eddine. Si cette rencontre s’adresse principalement aux spécialistes de l’écrivain marocain, elle demeure ouverte à tous les chercheurs, penseurs, artistes qui (re)trouvent dans les accents de cette écriture authentique des semences pour un renouvellement des lettres, des arts, de la société et de l’homme dans le Maghreb et dans le monde. C’est, d’ailleurs, pour cela que nous suggérons quelques axes dont les contours ne sont point restrictifs :

1) 20 ans après, actualité de Khaïr-Eddine : une Œuvre (de) visionnaire ?  

2) La critique maghrébine est-elle à l’écoute de la parole « diverselle » de Mohammed Khaïr-Eddine ?

3) Importance de « la guérilla linguistique » : enjeux esthétiques et fouilles linguistiques…

4) La poésie, un langage tapi dans « les mots et les choses » : Ouverture(s) de Mohammed Khaïr-Eddine aux autres formes artistiques.

5) Mohammed Khaïr-Eddine, artiste-citoyen (du monde).

6) Histoire(s) des jeunes artistes de Casablanca (1965) : que reste-t-il de ces rêves et de ces Souffles poétiques ?

Conditions de soumission

Nous aurons le plaisir de recevoir vos propositions de communication (d’environ trente lignes + notice bio-bibliographique) sur l’adresse suivante : maghrebinefrancomparees@yahoo.fr

Calendrier

  • 13 septembre 2015 : dernier délai pour recevoir les propositions de communication

  • 22 septembre 2015 : communication des propositions retenues par le Comité scientifique
  • 12 octobre 2015 : programme prévisionnel du colloque
  • 24 octobre 2015 : programme officiel du colloque
  • 18 novembre 2015 : colloque

Comité scientifique

  • Habib Ben Salha (Université de Manouba, Tunisie)
  • Hamdi Hemaidi (Université de Manouba, Tunisie)
  • Sadok Gassouma (Université de Manouba, Tunisie)
  • Patrick Voisin (Classes préparatoires littéraires aux ENS, Pau, France)
  • Abdelouahed Mabrour (Université Chouaïb Doukkali, El Jadida : Maroc)

Comité d’organisation                 

  • Bessem Aloui (Université de Tunis El Manar, Tunisie)
  • Wafa Bsaîs-Ourari (Université de Carthage, Tunisie)
  • Adel Habbassi (Université de Tunis El Manar, Tunisie)
  • Hanène Harrazi-Ksontini (Université de Carthage, Tunisie)
  • Issam Maachoui (Université de Carthage, Tunisie)
  • Donia Maaroub (Université de Carthage, Tunisie)
  • Fayçal Ltifi (Université de Carthage, Tunisie)

[1] - Orizet, Jean. Préface de Mémorial de Mohammed Khaïr-Eddine, Paris, Le Cherche Midi Editeur, 1991, p. 6.

Catégories

Lieux

  • Salle Hassan Hosni Abdelwahab - Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités, Campus universitaire de la Manouba
    Manouba, Tunisie (2010)

Dates

  • dimanche 13 septembre 2015

Mots-clés

  • Khaïr-Eddine, écriture transgénérique, poésie, guérilla linguistique, Berbérie

Contacts

  • Adel Habbassi
    courriel : adelbensh [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Adel Habbassi
    courriel : adelbensh [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Mohammed Khaïr-Eddine (1995-2015) », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 06 juillet 2015, http://calenda.org/334411