AccueilVilles et diasporas (XVIe-XXIe siècle)

Villes et diasporas (XVIe-XXIe siècle)

Cities and diasporas (16th-21st centuries)

Rencontres, reconfigurations, redéploiements

Encounters, reconfigurations, redeployments

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Publié le mardi 07 juillet 2015 par João Fernandes

Résumé

Penser les diasporas dans la ville, avec elle et au-delà, est une invitation à observer comment des groupes humains venus d’ailleurs se mesurent au fait urbain. Comment, séparément ou ensemble, ils s’éprouvent au contact d’un lieu où, de prime abord, tout semble incertain, à commencer par l’environnement urbain, les usages locaux et les législations en vigueur. Aussi conviendra-t-il de faire entendre le choc de l’inconnu, le bruissement des premiers pas — à moins que ce ne soit bousculade et cohue —, les réactions immédiates des habitants. Il s’agit, en définitive, d’interroger la réalité diasporique par une mise en rapport des lieux, des histoires et des liens, soucieuse de faire varier les échelles spatiales et temporelles de l’analyse.

Annonce

Numéro thématique de la revue Diasporas - Circulations, migrations, histoire

Argumentaire

Penser les diasporas dans la ville, avec elle et au-delà, est une invitation à observer comment des groupes humains venus d’ailleurs se mesurent au fait urbain. Comment, séparément ou ensemble, ils s’éprouvent au contact d’un lieu où, de prime abord, tout semble incertain, à commencer par l’environnement urbain, les usages locaux et les législations en vigueur. Aussi conviendra-t-il de faire entendre le choc de l’inconnu, le bruissement des premiers pas — à moins que ce ne soit bousculade et cohue —, les réactions immédiates des habitants. L’état d’incertitude peut également s’étendre aux projets individuels et collectifs des nouveaux arrivants, car même lorsque ces derniers ont été bannis de leur pays d’origine, la vie hors-frontière admet un temps d’indétermination durant lequel les contours de la communauté diasporique restent flous, mouvants, prêts à s’estomper si la possibilité d’un retour devait se présenter. À ce stade, d’ailleurs, peut-on déjà parler de diaspora ? Comme l’a maintes fois souligné Stéphane Dufoix, une diaspora n’est jamais un donné, une évidence qui préexisterait à elle-même. Dès lors, les articles de ce dossier aborderont l’espace urbain comme laboratoire du fait diasporique, où décrypter avec acuité ce que l’on ne saurait lire ailleurs. Ils appréhenderont celui-ci dans sa diversité, sans limitation à une quelconque aire géographique ni à un champ disciplinaire.

En question, les modalités concrètes d’une expérience de l’altérité, telle qu’elle s’exprime dans la ville à travers le tumulte des arrivées et des départs ; telle que la rejoue, ensuite, le balancement qui s’opère entre une fraction restée dans la mobilité et la communauté stabilisée. Une expérience de l’altérité située, impliquant pour le chercheur d’observer comment le groupe marque son empreinte dans le tissu urbain, parvient à se différencier au prix de frictions internes et externes, voire de conflits ouverts, et d’ajustements nécessaires. Au fil du temps, la structuration des réseaux communautaires permet d’affermir localement une présence, tout en conduisant la ville hors de ses frontières par le développement réticulaire de liens transnationaux. La ville, qui n’a de cesse de remettre ses habitants en mouvement, voit donc son propre espace se transformer de la présence étrangère. Lorsque la différence procède d’une assignation extérieure et se change en stigmate, la ville peut, dans le pire des cas, refermer ses mailles sur les indésirables, ses rues devenant alors le théâtre de violences directes, quand elles n’ouvrent pas des interstices (caves d’immeuble, toits, voisinage, etc.) où trouver refuge.

Il s’agit, en définitive, d’interroger la réalité diasporique par une mise en rapport des lieux, des histoires et des liens, soucieuse de faire varier les échelles spatiales et temporelles de l’analyse. Les articles s’attacheront à dégager les diasporas de l’approche fixiste qui, bien souvent, les condamne à n’exister qu’à la lumière des marqueurs identitaires inscrits ici et là, ou encore à n’exister qu’en vase clos, sans considération suffisante pour les liens qui se tissent avec l’autre dans l’espace métropolitain, ou pour les conflits qui peuvent surgir au quotidien. La variable temporelle permet de cerner le phénomène urbano-diasporique dans toute sa complexité, de sa mise en place à ses gains de visibilité, de ses inscriptions identitaires réinventées pour durer à ses phases éventuelles de rétractation ou de redéploiement, selon un cycle bien décrit par Natalia Muchnik pour les diasporas de l’époque moderne.

Axes de réflexion

Les contributions pourront s’articuler autour de trois axes de réflexion, correspondant chacun à une séquence de cette histoire spatialisée des relations diaspora-ville.

1- Rencontres

Première échelle de temps mobilisée pour saisir des collectifs en train de s’éprouver au contact de la ville et de ses habitants, celle de la rencontre, de la mise en relation. Une scansion chronologique aussi brève et ramassée réclame une échelle spatiale appropriée : celle qui, au plus près des acteurs, entre de plain-pied dans les cafés, les hôtels meublés, les auberges, les camps du refuge et autres lieux emblématiques des situations liminaires. Sans oublier les cercles de sociabilité prisés des plus aisés, les lieux de culte, les fraternités de bienfaisance. La thématique de la rencontre suggère de suivre les trajectoires dans les lieux où les premiers rassemblements acquièrent une dimension sociale significative, sans toutefois présumer de l’intentionnalité à « faire diaspora ». Il conviendra donc d’expliciter les logiques qui président aux regroupements, tout en prêtant attention aux effets du hasard, aux hésitations à rester, à repartir — en somme, aux configurations labiles qui se font et se défont dans l’espace urbain.

L’installation, quand elle a lieu, advient-elle par défaut, par infortune, ou parce qu’à l’inverse des opportunités surviennent, fruit d’interactions diverses qu’il s’agirait alors de préciser ? Mais encore, s’installe-t-on comme pionniers ou à la suite de ceux qui ont formé, sur place, un noyau communautaire ancien ? Ce dernier point attire plus particulièrement l’attention sur la nature des rapports que les nouveaux venus entretiennent avec les institutions présentes dans la ville (structures communautaires éventuelles, pouvoirs municipaux et autres), entre contrainte et ressource.

Enfin, le questionnement sur l’arrivée dans la ville met fortement en scène les imaginaires migratoires. Révélateur des horizons d’attente, le choc de l’arrivée peut se lire comme la confrontation entre plusieurs espaces, réels et fantasmés, présents et passés… Or cet entrechoquement a marqué les mémoires, jusqu’à devenir matière littéraire, repère saillant des récits familiaux, bref, motif à part entière de l’histoire diasporique, que les articles pourront envisager en mobilisant des sources narratives de diverse nature.

2- Reconfigurations

Cette étape des relations ville-diaspora observe comment le groupe diasporique émerge des lieux, ou pour le dire autrement, comment l’espace urbain donne à voir la diaspora dans la multiplicité de ses agencements. Cette interrogation en soulève immédiatement deux autres : la première porte sur la durée nécessaire pour qu’une telle structuration soit perceptible, la seconde, sur l’échelle d’analyse qu’il convient d’adopter pour identifier dans la ville une formation diasporique.

Suivant les lieux où ils se laissent observer, les groupes apparaissent tantôt comme cercle familial et/ou professionnel, tantôt comme collectif identifiable à une origine géographique, à une couleur politique, à une aire linguistique, à une communauté religieuse, à un vécu migratoire, à une catégorie sociale, etc. Où, quand et pourquoi se référer à la notion de diaspora ? Est-ce là, pour le chercheur, manière de durcir des formations évanescentes ? De rendre compte, au contraire, d’un rapport souple, éclaté, aux territoires habités ? De saisir un réel fait d’une multiplicité de liens, qui se recomposent, se cumulent et s’entrecroisent dans l’espace ?

Entre l’histoire urbaine et l’histoire migratoire,les contributions sauront mettre en œuvre une pensée du lieu qui ne réduise pas la diaspora à un phénomène de sédimentation mécanique dans la ville. Guère plus, à un inventaire d’inscriptions en langues étrangères, même s’il importe aussi de montrer que la ville se modifie de la présence en question par l’apparition de nouveaux quartiers, de nouveaux lieux de rencontres et espaces de sociabilité, ou simplement par de nouvelles façons de l’habiter. À réfléchir, le rapport aux autres qui se construit à travers l’appropriation de l’espace urbain. Un espace dont la jouissance partagée peut se faire aussi sur un mode concurrentiel, là où la pression foncière, ou une réglementation restrictive envers certaines catégories d’habitants, entraînent des tensions sociales.

3- Redéploiements

Villes et diasporas présentent des analogies de forme. Par leur fonctionnement en réseaux, en effet, les diasporas font le décalque dans l’espace du maillage transnational que dessinent les villes entre elles. C’est à ce double système de ramifications qu’il s’agira de s’intéresser, dans une perspective dynamique s’efforçant d’en penser les interconnexions.

L’individualisation des parcours, par exemple, permettra de voir comment les circulations tirent la ville ailleurs, l’enrichissent des liens tissés hors de son périmètre géographique. En retour, les échanges déployés à l’échelle macro sont autant de linéaments à suivre pour cerner une réalité diasporique, caractérisée par ses extensions multiples et entrecroisées dans l’espace. Il conviendrait aussi d’envisager le revers de cette capacité à s’organiser dans un espace ouvert et mouvant, à savoir : la possible dilution du groupe.

            C’est au demeurant la notion de cosmopolitisme qui mérite d’être réinterrogée à travers le prisme des diasporas en contexte urbain, et ce, dans ses multiples déclinaisons, tant spatiales que sociales : qu’il s’agisse justement des redéploiements individuels et collectifs hors de la ville elle-même (pour rappel, l’une des premières définitions du cosmopolite apparue dans un dictionnaire français en 1784 est « qui a une répartition  géographique très large ») ; des formes de coprésence, de coexistencede populations diverses, organisées ou non en communautés ethno-confessionnelles ; du « cosmopolitisme banal » tel que le propose Ulrich Beck ; ou encore de l’élaboration et du partage d’une « communauté d’intérêt » qui réunit les habitants, par-delà leurs différences, autour d’un minimum accepté par tous, pour reprendre l’analyse de Robert Ilbert dans son étude d’Alexandrie au XIXe siècle.

Calendrier et informations pratiques

  • 15 septembre 2015 : date limite de réception des propositions d’articles (max. 250 mots), accompagnées d’un paragraphe présentant l’auteur.

  • 30 septembre 2015 : réponse des coordinatrices du dossier aux auteurs suite à leur proposition d’articles.
  • 30 mars 2016 : date limite d’envoi des articles (40 000 signes, notes et espaces compris).
  • Début décembre 2016 : sortie du numéro.

Coordinatrices du dossier

La revue Diasporas (classée AERES et ERIH) est publiée par les Presses Universitaires du Midi et sera disponible dès son prochain numéro en libre consultation en ligne sur revue.org.

 

Dates

  • mardi 15 septembre 2015

Mots-clés

  • diaspora, ville, minorités, étranger, cosmopolitisme, espace urbain

Contacts

  • Anouche Kunth
    courriel : anouche [dot] kunth [at] univ-poitiers [dot] fr

Source de l'information

  • Kunth Anouche
    courriel : mc [dot] smyrnelis [at] voila [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Villes et diasporas (XVIe-XXIe siècle) », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 07 juillet 2015, http://calenda.org/334453