AccueilLes concours de beauté dans les Amériques indiennes : performance, glamour et patrimonialisation

Les concours de beauté dans les Amériques indiennes : performance, glamour et patrimonialisation

Beauty contests in the Amerindias: performance, glamour and heritage

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Publié le mercredi 15 juillet 2015 par Céline Guilleux

Résumé

À partir d'exemples latino-américains et nord-américains, cette journée d'étude propose d'explorer la façon dont les groupes amérindiens se sont approprié les concours de miss. Nous nous attacherons en particulier à comprendre les liens entre ces concours et les questions de l’ethnicité, de la performance de l’identité et du genre et de l'affirmation de normes et valeurs. Inscrite dans le cadre de l'ANR Fabriq'am, la journée a également pour objectif d'amorcer une réflexion sur la manière dont les concours de beauté indigènes articulent les processus de mise en valeur, voire en patrimoine, d'éléments culturels.

Annonce

Argumentaire

À l’instar du leader communautaire, du chamane ou du professeur bilingue, la Miss fait désormais partie des personnages communs que l’ethnographe croisera dans bien des enquêtes de terrain chez les Amérindiens. Pourtant, si les concours de beauté organisés dans les contextes non-autochtones d'Amérique ont fait couler beaucoup d'encre (par exemple les ouvrages de King-O'Riain 2006 ; Ochoa 2014 ; Siu 2005 ; Stoeltje et al. 1996 ; Watson et Martin 2004), les concours de Miss amérindiens n'ont pas particulièrement éveillé l'intérêt des chercheurs, à quelques exceptions près (Jacobsen-Bia 2014 ; McAllister 1996 ; Moreno 2007 ; Rahier 2008 ; Rogers 1999 ; Schackt 2005 ; Wroblewski 2014).

À partir d'exemples latino- et nord-américains, cette journée d'étude propose de combler partiellement cette lacune en explorant la façon dont les groupes amérindiens se sont approprié les concours de Miss. Nous nous attacherons en particulier à comprendre les liens entre ces concours et les questions de l’ethnicité, de la performance de l’identité et du genre, et de l’objectivation des éléments culturels matériels et immatériels. Quel est le rapport entre les concours de beauté indigènes et les processus de mise en valeur d'éléments culturels ? Largement inspirés par les concours nationaux, eux-mêmes modelés sur les mises en scène de Miss World et Miss Universe, les concours amérindiens font toutefois apparaître des logiques et des enjeux singuliers qui sont parfois en rupture avec les standards des spectacles nationaux.

Ainsi, paradoxalement, la beauté physique des candidates semble y jouer un rôle secondaire, l'accent étant systématiquement mis sur l'authenticité de leur performance. Toutefois, cet aspect commun ne présuppose pas l'homogénéité des scénarios selon lesquels ces concours se déroulent. Bien que la plupart du temps les candidates au titre de reine doivent démontrer l'attachement à leur culture, leur maîtrise parfaite de la langue vernaculaire et l'engagement politique en faveur de leur groupe, dans d'autres contextes elles devront au contraire imiter le plus fidèlement possible les femmes blanches/métisses. Cette journée d'étude vise à interroger ces représentations de soi et de l'autreen mettant en évidence leur caractère performatif et leurs implications sociologiques.

Au cours du programme Fabriq'am, il a été question de différents 'spécialistes culturels', acteurs des processus de la patrimonialisation : professeurs bilingues, chamanes, leaders politiques, artistes. En examinant les concours de beauté, nous voudrions notamment attirer l'attention sur le rôle qu'endossent aujourd'hui les adolescentes amérindiennes qui sont non seulement créatrices et avocates de la particularité culturelle, mais aussi médiatrices habiles entre leur groupe et la société nationale. Cela offre l’opportunité de questionner d’un côté le rapport peu exploré entre la jeunesse et la transmission/valorisation du traditionnel, et, d’un autre côté, les liens plus anciens dans les Amériques indiennes entre la division sexuelle des rôles symboliques et les régimes de socialité.

Nous proposons trois axes de réflexion :

1. Spectacle – performance - mimèsis

Le concours de beauté est avant tout une forme de spectacle distinct du registre quotidien, tant du point de vue de la temporalité que de l'espace qu'il occupe. Dans cet axe, nous allons nous intéresser aux dimensions théâtrales et spectaculaires de l'événement. Comment les gestes, attitudes, ornements, musiques et chorégraphies sont-ils mis en scène et sur quels critères se fonde leur évaluation ? En examinant les différentes représentations de l'autochtonie lors du spectacle, il s'agira d'identifier les processus dont elles sont l'expression (folklorisation, objectivation, patrimonialisation…). Parmi les nombreux enjeux liés aux concours de beauté, le plus immédiat est celui de séduire le public. Quels sont les codes de ce divertissement singulier ? Quelle place y est réservée à l'humour, l'autodérision et la parodie ? Quelles émotions provoque-t-il ?

2. Pouvoir politique - ethnicité

Certains groupes amérindiens se sont approprié les concours de Miss pour formuler et appuyer leurs revendications identitaires et culturelles qu'il s'agira ici de déterminer. Dans ce second axe nous souhaitons explorer le lien entre les concours de beauté et le pouvoir politique. Si les concours sont une manière de se donner à voir, la question est à qui et pourquoi ? Quelles sont les dimensions politiques de l’« authenticité culturelle » si souvent revendiquée dans les concours amérindiens ? Que nous apprennent-ils sur la façon de penser du groupe sur lui-même et plus précisément, sur la place qu'il occupe dans l'espace régional et national ?

3. Genre – féminité – empowerment/disempowerment

Que des jeunes femmes soient promues, le plus souvent par des hommes, au titre de « reine de la communauté » pour la qualité de leur performance doit être interrogé. Au-delà de véhiculer les différentes représentations de la « femme idéale », les concours de beauté cristallisent les identités sexuelles et articulent les rapports de genre. Dans quelle mesure ces concours sont-ils révélateurs des transformations du statut des femmes à l'intérieur des communautés amérindiennes ? Où se placent les ruptures par rapport aux rôles symboliques qui leur ont été attribués autrefois ? Plusieurs travaux montrent que les concours de Miss indigènes contribuent à la formation du leadership féminin. Nous interrogerons les conditions et les processus par lesquels les concours de beauté peuvent devenir une source d'empowerment pour les femmes amérindiennes, mais aussi de mise à l'écart.

Informations

La journée d'étude aura lieu à la Maison Archéologie et Ethnologie (Université Paris Ouest Nanterre La Défense) le 11 décembre 2015.

Modalités de soumission

Les propositions de communication devront comporter un titre et un résumé de 4 000 signes maximum. Elles sont à envoyer simultanément à Grégory Deshoullière (g.deshoulliere@inventati.org) et à Magda Helena Dziubinska (dziubinska@gmail.com)

avant le 6 septembre 2015.

Conseil scientifique

  • Anath ARIEL DE VIDAS, directrice de recherche (CNRS – CERMA-Mondes Américains)
  • Valentina VAPNARSKY, chargée de recherche (CNRS - EREA)
  • Philippe ERIKSON, professeur à l'Université Paris Ouest Nanterre (LESC - EREA)
  • Magda Helena DZIUBINSKA, post-doctorante au LESC
  • Grégory DESHOULLIÈRE, doctorant à l'EHESS/LAS

Lieux

  • 21, allée de l’Université
    Nanterre, France (92)

Dates

  • dimanche 06 septembre 2015

Mots-clés

  • amérindien, concours de beauté, patrimoine, performance, ethnicité

Contacts

  • Magda Helena Dziubinska
    courriel : dziubinska [at] gmail [dot] com
  • Grégory Deshoullière
    courriel : g [dot] deshoulliere [at] inventati [dot] org

Source de l'information

  • Magda Helena Dziubinska
    courriel : dziubinska [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les concours de beauté dans les Amériques indiennes : performance, glamour et patrimonialisation », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 15 juillet 2015, http://calenda.org/334691