AccueilÉtudes du fait alimentaire en Amérique

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Publié le mercredi 15 juillet 2015 par João Fernandes

Résumé

Ce colloque veut réunir les jeunes chercheur(e)s en Amérique sur l’alimentation pour identifier ce qui se fait ici, où et comment. Malgré l’abondance de publications et de reconnaissances institutionnelles, peut-on dire que l’alimentation en sciences humaines soit un objet de recherche universitaire décloisonné, respecté et reconnu ? Peut-on affirmer qu’il ne souffre plus de préjugés défavorables ? Qu’il n’est plus taxé d’être anecdotique, trivial, pittoresque (pour reprendre les mots de Jean-Paul Aron et de Julia Csergo) ou pire, d’« amusant » (c’est-à-dire : qui ne peut être sérieux) ? Qu’en est-il des liens entre les recherches effectuées en Europe et celles menées en Amérique et des relations entre experts de langue anglaise et française ?

Annonce

Première rencontre des jeunes chercheur(e)s francophones d'Amérique en alimentation

Thématique

En Amérique et en Europe, l’alimentation est un objet de recherche bien établi en sciences humaines. Qualifié de « phénomène social total », tel que défini par Marcel Mauss, il est aujourd’hui couvert par les champs disciplinaires les plus divers.

Les premiers travaux sur l’alimentation en sciences humaines remontent au début du XXe siècle. Généralement en dialogue avec les sciences naturelles, ils sont le fruit de travaux d’ethnologues, d’anthropologues ou de botanistes, qui publient des travaux fondateurs dès les années 1930, 1940 et 1950. Les historiens de l’École des Annales se sont aussi penchés assez tôt sur l’alimentation quotidienne. Progressivement, l’alimentation est devenue un objet de recherche autonome et bien visible (Flandrin et Montanari, 1996), notamment à partir des années 1970 et 1980 en histoire, en sociologie et en géographie. Des disciplines aussi diverses que l’histoire de l’art, la philosophie, les études littéraires, les études féministes et les sciences politiques s’y sont aussi intéressées. Dans une perspective globale, on parle donc maintenant de Food Studies. L’autonomie et la reconnaissance dont jouit ce champ de recherche se manifestent par l’existence d’associations de chercheurs, la publication de revues spécialisées et la parution de monographies, de collectifs, de bibliographies, de dictionnaires et d’ouvrages de synthèse qui offrent une multitude de recherches originales et de réflexions théoriques. En outre, l’alimentation est devenue un objet d’enseignement à travers le monde et plusieurs programmes existent dorénavant sur les Food Studies.

Or, les bilans des recherches effectués par certains chercheurs montrent que des débats existent au sujet de la constitution, des limites et de la portée des études sur l’alimentation. Certains chercheurs estiment que le statut de ce domaine est fragile et que leur discipline ne s’intéresse à l’alimentation que tardivement et superficiellement. Par exemple, selon Jean-Pierre Poulain (2002), le retard de la sociologie trouve sa cause dans l’histoire et la constitution de la discipline; l’objet alimentaire, trop ambigu, était souvent relégué aux « petites sociologies » (une expression empruntée à Claude Grignon, 1995). De la même manière, selon Julia Csergo (2004), la discipline historique a aussi longtemps jugé l’objet alimentaire comme trop anecdotique ou pittoresque alors que son potentiel heuristique était connu. Pour leur part, Kyri Claflin et Peter Scholliers (2012) remarquent que même dans ce champ multidisciplinaire, les différences méthodologiques et les frontières entre les disciplines rendent parfois le dialogue difficile.

Questions

Malgré l’abondance de publications et de reconnaissances institutionnelles, peut-on dire que l’alimentation en sciences humaines soit un objet de recherche universitaire décloisonné, respecté et reconnu? Peut-on affirmer qu’il ne souffre plus de préjugés défavorables? Qu’il n’est plus taxé d’être anecdotique, trivial, pittoresque (pour reprendre les mots de Jean-Paul Aron et de Julia Csergo [2004]) ou pire, d’« amusant » (c’est-à-dire : qui ne peut être sérieux)? Qu’en est-il des liens entre les recherches effectuées en Europe et celles menées en Amérique et des relations entre experts de langue anglaise et française?

Bibliographie

  • Claflin, Kyri W. et Peter Scholliers (dir.), 2012. Writing Food History. A Global Perspective, Berg publishers, London, New York.
  • Csergo, Julia (dir.), 2004. Histoire de l’alimentation. Quels enjeux pour la formation? Éducagri éditions, Dijon, France.
  • Flandrin, Jean-Louis et Montanari, Massimo (dir), 1996. Histoire de l’alimentation, Fayard, Paris.
  • Grignon, Claude, 1995. « L’alimentation populaire et la question du naturel », dans Nicole Eizner, Voyage en alimentation, Association des ruralistes français, Paris, France.
  • Poulain, Jean-Pierre, 2002. Sociologies de l’alimentation, PUF, Paris, France.

Objectifs

Pour répondre à ces questions, nous prendrons acte de ce qui est fait en Amérique du Nord sur l’alimentation en général. C’est ce qui pose la pierre de touche de ce colloque : réunir les jeunes chercheur(e)s sur l’alimentation pour identifier ce qui se fait ici, où et comment.

Les jeunes chercheur(e)s sont celles et ceux :

  1. qui poursuivent actuellement un doctorat (Ph. D.);
  2. ou dont la thèse de doctorat a été soutenue il y a moins de dix ans, et dont le premier livre est en préparation ou a été publié il y a moins de trois ans.

L’objet du colloque intègre toutes les perspectives conceptuelles et théoriques, pour autant qu’elles portent leur attention sur l’alimentation et ses différents aspects, comme l’aliment, la nourriture et la gastronomie, en Amérique ou dans les relations Europe-Amérique. Julia Csergo (2004) répertorie quatre axes de recherche, que nous reprenons ici pour évoquer l’organisation possible des différents panels qui auront lieu lors de ce colloque :

  1. les analyses économiques, qui s’intéressent aux populations, à la production alimentaire et aux marchés;
  2. les analyses de la consommation, qui traitent des comportements et de la nutrition;
  3. les analyses socioculturelles, qui travaillent sur les règles, les normes et les goûts;
  4. les analyses du sensible, qui réfléchissent sur les mentalités et les représentations.

Nous invitons donc des propositions de communications concernant des thèmes variés. À titre d’exemple, non exhaustifs et non exclusifs, mentionnons : l’alimentation et…

  • les influences mutuelles, par exemple, les contacts et les combinaisons d’influences entre l’Europe et l’Amérique; entre les Premières Nations et les colons; entre les migrants, les réfugiés, etc.;
  • les analyses de la production : histoire de l’agriculture, transformation des aliments, mise en marché;
  • les pratiques, les lieux et les contextes de consommation (repas familial, repas de fête, restaurants, repas pris dans des institutions comme les pensionnats ou les prisons, etc);
  • les discours normatifs (étiquette, économie domestique, conseils sur la diète et la santé, publicité);
  • les représentations et les usages (dans les œuvres de fiction, les arts visuels, sur scène, dans les médias, dans les récits de voyage ou les publicités, notamment pour le tourisme, dans les livres de cuisine);
  • les communautés culturelles, le genre, les classes sociales et les déterminants sociaux (pauvreté, inégalité, insécurité);
  • les revendications pour des systèmes alimentaires locaux, pour des politiques alimentaires et les contestations sociales (mouvements féministes, environnementalistes, syndicaux, etc.);
  • les religions;
  • etc. 

Modalités pratiques d'envoi des propositions

L’évaluation sera faite par le comité scientifique en tenant compte de la pertinence des propositions par rapport au thème du colloque, de l’originalité et de la rigueur scientifique de celles-ci.

La date limite pour soumettre une proposition est fixée au

vendredi 11 septembre 2015.

Votre proposition (pour une communication d’une durée de vingt minutes) doit contenir un titre, un résumé d’un maximum de 300 mots et un court curriculum vitæ qui contient : votre affiliation institutionnelle, vos diplômes obtenus et en cours, vos postes récemment occupés et vos dernières contributions scientifiques. Nous encourageons les propositions de panel. Dans ce cas, toutes les propositions devront être réunies dans un même document.

Prière d’envoyer vos documents à fait.alimentaire.amerique@gmail.com. Les propositions et les communications pourront être faites en français ou en anglais. L’organisation du colloque est surtout francophone, il est donc encouragé que le matériel de communication soit bilingue.

Après une évaluation scientifique, les meilleurs articles feront l’objet d’une publication bilingue dans la collection « Gastronomica – Food Library » aux Éditions Le Manuscrit (établies à Paris et nouvellement à New York et à Montréal, http://www.manuscrit.com/).

Ce colloque est organisé grâce à l’appui scientifique de :

  • Julia Csergo, histoire contemporaine, Professeure, département d’études urbaines et touristiques, ESG-UQAM, Canada.

Comité organisateur

  • Jean-Philippe Laperrière, chargé de cours, département d’études urbaines et touristiques, ESG-UQAM, Québec (Canada), et doctorant, sociologie, Université du Québec à Montréal (UQAM).
  • Caroline Durand, Assistant Professor, History, Trent University, Ontario (Canada)

Comité scientifique

  • Sarah Bak-Geller, historia, Instituto de Investigaciones Antropológicas, Universidad Nacional Autónoma de México, México, México
  • Mélanie Boucher, histoire de l’art et muséologie, Université du Québec en Outaouais, Québec, Canada
  • Kyri W. Claflin, history, Boston University, Massachusetts, USA.
  • Michaela DeSoucey, sociology and anthropology, North Carolina State University, North Carolina, USA
  • Anne Dupuy, sociologie, Université Toulouse - Jean Jaurès, Toulouse, France
  • Caroline Durand, history, Trent University, Ontario, Canada
  • Jean-Philippe Laperrière, études urbaines et touristiques et sociologie, UQAM, Québec, Canada

Lieux

  • UQAM (Université du Québec à Montréal)
    Montréal, Canada (H2L2C4)

Dates

  • vendredi 11 septembre 2015

Mots-clés

  • fait alimentaire, food studies, gastronomie, alimentation, amérique

Contacts

  • Jean-Philippe Laperriere
    courriel : laperriere [dot] jean-philippe [at] uqam [dot] ca

URLS de référence

Source de l'information

  • Jean-Philippe Laperriere
    courriel : laperriere [dot] jean-philippe [at] uqam [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Études du fait alimentaire en Amérique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 15 juillet 2015, http://calenda.org/335026