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Médiation des mémoires en ligne

Mediation of memories on-line

Revue « Les Cahiers du Numérique »

"Les Cahiers du Numérique" journal

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Publié le lundi 20 juillet 2015 par Elsa Zotian

Résumé

Ce numéro des Cahiers du Numérique propose de questionner, à l’heure du numérique, l’évolution des pratiques professionnelles et amateur de collecte et de valorisation des mémoires filmées qu’elles concernent l’histoire contemporaine, la sociologie, l’anthropologie, l’ethnomusicologie ou encore l’action culturelle et l’intermédialité (liste non exhaustive). Les contributions, transdisciplinaires, éclaireront la manière dont le numérique conduit à reconsidérer les différentes étapes de cette mise en mémoire. Qu’est‐ce qui change quant la valorisation des entretiens est à la portée du plus grand nombre ? Qu’est‐ce qui évolue quand les récits mémoriels filmés sont intégrés à des plateformes plurimédia ? Quels usages sont fait de ces images par les individus, par les groupes de mémoires et par les institutions ? Est‐ce que cela transforme la façon dont les communautés mobilisent le support mémoriel qu’est l’acteur de l’histoire filmé ? Quels matériaux pour l’histoire ou la sociologie peuvent être ainsi produits ? Cela n’est pas uniquement à interroger d’un point de vue technologique, mais aussi en termes de pratiques et d’usages artistiques, culturels et sociaux des dites technologies. Il s’agira ainsi, de se demander ce qui fait rupture au tournant du XXIe siècle, ainsi que ce qui relève de l’ordre de la continuité.

Annonce

Argumentaire

Depuis dix ans, l’ouverture de sites d’hébergement vidéo, tels que Youtube ou Dailymotion, donne une visibilité nouvelle aux entretiens filmés avec des acteurs et des témoins de l’histoire. De plus, d’autres formats audio-visuels : journaux intimes, parcours sonores, lettres filmées, expositions virtuelles d’objets ou de documents numérisés, ont émergé. Leur production est, en partie, rendue possible par la progressive démocratisation des outils de captation vidéo (caméras numériques, téléphones portables, tablettes, etc.) et des logiciels de montage (parfois fournis lors de l’achat du matériel). Ces technologies rendent, en effet, accessibles au plus grand nombre, dans un quasi continuum, l’opération de collecte d’images animées et de son, ainsi que leur valorisation en ligne. Traditionnellement produites par des institutions liées au patrimoine elles émanent aussi de plus en plus souvent de particuliers, d’associations d’amateurs ou de communautés.

Le web permet ainsi de repérer des formats et des usages amateurs du souvenir individuel et de la mémoire sociale (Roussiau, 2002) qui restaient auparavant difficiles à identifier. Les films de famille et les vidéos privées circulaient, en effet, dans des cercles restreints. Mais, l’avènement de l’époque du numérique, a également eu un effet sur d’autres acteurs du champ mémoriel. Ainsi, les groupes de mémoires se sont approprié le web pour diffuser des capsules audiovisuelles afin de valoriser leurs points de vue. Jean-Barthélémi Debost a, par exemple, recensé près de deux cents actions de terrain se référant à la mémoire du quartier, de la ville, à l’identité collective, aux racines et à l’intégration. Les institutions (archives, musées, bibliothèques ou centres de ressources de collectivités locales) lancent, elles, des collectes de documents privés  qu’elles numérisent[1], en faisant parfois appel, pour cela, à la mémoire des collectionneurs et des internautes (Gellereau 2012, Casemajor-Loustau, 2011).

Des interfaces web, conçues par des professionnels ou des amateurs, ont vu le jour pour valoriser ces productions. Il s’agit parfois d’une simple diffusion sur un site d’hébergement, de blogs, de wikis, ou de conceptions spécifiques : des entrepôts d’archives ouvertes, des expositions virtuelles, des cartographies temporelles, des frises chronologiques ou encore des documentaires interactifs ou des œuvres numériques. Nous proposons de nommer ces formats émergents et hétérogènes des modes de médiation des mémoires en ligne. Dans le cadre de ce numéro, nous nous intéresserons particulièrement à ceux qui placent des images animées ou des sons en leur centre. Cependant, c’est bien l’articulation entre images animées et d’autres types de contenus (métadonnées écrites, annotations, enregistrements sonores, images fixes, animations, textes, etc.) qui sera questionné. En effet, sur le web les captations audiovisuelles de la mémoire ne sont plus considérées de manière isolées (comme lors de leur diffusion en salle ou à la télévision), mais dans un environnement médiatique pluriel ménageant des approches contributives ou interactives. A ce titre, les types d’articulation entre images animées et fichiers sonores sont particulièrement intéressants à scruter.

Les problématiques en jeu sont anciennes. Elles ont à voir avec la médiation de la parole et remontent ainsi, au moins, aux premières tentatives d’enregistrement de la voix sur un support médiatique par des chercheurs en sciences humaines durant le second dix-neuvième siècle. Elles sont ainsi liées à l’émergence de l’histoire orale (Descamps, 2005) et à l’histoire de l’oralité (Zumthor, 2008), voire de l’auralité. Ces problématiques renvoient aussi à la captation du mouvement. Elles sont en cela contemporaines des débuts du cinéma, puis, plus tard, du développement de l’anthropologie et de la sociologie visuelle (Maresca et Meyer, 2013 ou Chauvin et Reix, 2015). Elles ont également à voir avec les usages artistiques des ces captations filmées (intégration de celles-ci au théâtre et à l’art contemporaine, notamment, Jean Hurtsel et Armand Gatti) et à la figure de l’amateur (Odin, 1999). Enfin de tels objets interrogent la culture visuelle (Gunthert, 2014), la socio-sémiologie (Treleani, 2014), et plus largement les humanités numériques (Le Deuff, 2014).

Ce numéro des Cahiers du Numérique propose de questionner, à l’heure du numérique, l’évolution des pratiques professionnelles et amateur de collecte et de valorisation des mémoires filmées qu’elles concernent l’histoire contemporaine, la sociologie, l’anthropologie, l’ethnomusicologie ou encore l’action culturelle et l’intermédialité (liste non exhaustive). Les contributions, transdisciplinaires,  éclaireront la manière dont le numérique conduit à reconsidérer les différentes étapes de cette mise en mémoire. Qu’est-ce qui change quant la valorisation des entretiens est à la portée du plus grand nombre ? Qu’est-ce qui évolue quand les récits mémoriels filmés sont intégrés à des plateformes plurimédia ? Quels usages sont fait de ces images par les individus, par les groupes de mémoires et par les institutions ? Est-ce que cela transforme la façon dont les communautés mobilisent le support mémoriel qu’est l’acteur de l’histoire filmé ? Quels matériaux pour l’histoire ou la sociologie peuvent être ainsi produits ? Cela n’est pas uniquement à interroger d’un point de vue technologique, mais aussi en termes de pratiques et d’usages artistiques, culturels et sociaux desdites technologies. Il s’agira ainsi, de se demander ce qui fait rupture au tournant du XXIème siècle, ainsi que ce qui relève de l’ordre de la continuité.

Axes de propositions possibles (liste non exhaustive)

 Pour exemple, les contributions proposées pourront porter sur :

  • Des dispositifs socio-techniques de collecte ou de valorisation (archives ouvertes, scénographies muséales, pratiques d’amateurs).
  • Des interprétations sémiopragmatiques et/ou génétiques de corpus d’entretiens filmés créés au format numérique ou numérisés.
  • Des enjeux mémoriels qui se sont cristallisés autours d’usages artistiques, culturels ou sociaux des images animées partagées sur le web.
  • Des pratiques et usages amateurs de ces images animées portant sur la mémoire.
  • Des réflexions méthodologiques, épistémologiques ou historiographiques impliquant une prise en compte des effets de rupture et continuité impliquées par l’émergence de l’époque du numérique dans le domaine de la captation d’entretiens filmés avec des acteurs de l’histoire.

[1] Voir par exemple l’opération « La Grande Collecte » menée par la mission du Centenaire, la Bibliothèque nationale de France et le réseau des Archives de France en 2013 et 2014, URL : http://www.lagrandecollecte.fr/

Conditions de soumission

Les intentions de soumission (6000 caractères, espaces compris, plan et références bibliographiques non compris) sont à envoyer à Claire Scopsi : claire.scopsi@cnam.fr

avant le 25/09/2015. 

Elles doivent comporter prénom et nom, institution d’attache, adresse électronique, titre de l’article, 3 à 5 mots clefs.

Elles seront envoyées en deux versions : 1 version PDF de référence et 1 version word ou odt modifiables pour permettre l’anonymisation. Les deux versions doivent être identiques. 

Les soumissions sont à envoyer à Claire Scopsi : claire.scopsi@cnam.fr avant le 20/12/2015 et doivent respecter la feuille de style de la revue disponible sur le serveur http://lcn.revuesonline.com (ou sur demande à : lcn@lavoisier.fr).

Les articles font entre 20 à 25 pages (50 000 signes environ, espaces, notes de bas de page et bibliographie compris). Ils sont acceptés en français .

Les soumissions seront envoyées en deux versions : 1 version PDF de référence et 1 version word ou odt modifiables pour permettre l’anonymisation. Les deux versions doivent être identiques. 

Les versions finales seront acceptées au format word. 

Les soumissions seront évaluées en double aveugle.

Calendrier

  • Intention de soumission : 25/09/2015
  • Notification aux auteurs : 10/10/2015
  • Date limite de soumission : 20/12/2015
  • Date de notification d’acceptation aux auteurs : 1/02/2016
  • Date de la version finale : 15/03/2016
  • Remise éditeur : avril 2016
  • Parution du numéro spécial : juin 2016

Comité de lecture du numéro

  • Michael Bourgatte (Institut Catholique de Paris, Atelier du Numérique) / EA 7403, 
  • Evelyne Broudoux (Conservatoire National des Arts et Métiers, Dicen-IDF)
  • Florence Descamps(Ecole Pratique des Hautes Etudes, Histara)
  • Véronique Ginouves (Maison méditerranéenne des Sciences de l'Homme)
  • Louise Merzeau (Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Dicen-IDF)
  • Roger Odin (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, IRCAV)
  • Viva Paci (Université du Québec à Montréal)
  • Marcelo Vitali-Rosati (Université de Montréal

Responsables scientifiques

  • Claire Scopsi (Maitre de Conférences, Dicen-Idf CNAM Paris) : claire.scopsi@cnam.fr
  • Rémy Besson (Postdoctorant à l’Université de Montréal): remybesson@gmail.com

Bibliographie indicative

  • Boyd, Douglas A. et Mary Larson (éd.), Oral history and digital humanities, New York, Palgrave Macmillan, 2014.
  • Casemajor Loustau, Nathalie, « La contribution triviale des amateurs sur le Web : quelle efficacité documentaire ? », Études de communication. Langages, information, médiations, 36, 2011, pp. 39–52.
  • Chauvin, Pierre-Marie, and Fabien Reix (dir.), « Sociologies visuelles. Histoire et pistes de recherche », L’Année sociologique, 65  (1), 2015, pp. 15–41.
  • Debost, Jean Barthélemi, Répertoire Analytique Des Actions de Terrain Travaillant L’histoire et/ou La Mémoire de Populations et/ou de Territoires, Association l’Entre Deux, 2003.
  • Descamps, Florence, L’historien, l’archiviste et le magnétophone : De la constitution de la source orale à son exploitation, Vincennes: Institut de la gestion publique et du développement économique, 2005, URL : http://books.openedition.org/igpde/104
  • Gellereau, Michèle, « Comprendre, interpréter et valoriser la mémoire des témoins et des collectionneurs d’objets des deux Guerres mondiales : synthèse des principaux résultats de l’étude TEMUSE 14-45 », TEMUSE 14-45. Valoriser la mémoire des témoins et des collectionneurs d’objets des deux Guerres mondiales, Médiation, communication et interprétation muséales en Nord-Pas de Calais et Flandre occidentale, septembre 2012, France, pp. 16-31, URL : http://hal.univ-lille3.fr/hal-00836401/document
  • Gunthert, André, « L’image conversationnelle », Etudes photographiques, 31, 2014, URL : http://etudesphotographiques.revues.org/3387
  • Laurens, Stéphane et Roussiau, Nicolas, La mémoire sociale : identités et représentations sociales, Presses universitaires de Rennes, 2002.
  • Le Deuff, Olivier (dir.), Le Temps des humanités digitales, Editions FYP, 2014.
  • Maresca, Sylvain et Meyer, Michaël, Précis de photographie à l’usage des sociologues, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013.
  • Odin, Roger, « La Question de L’amateur », Communications, 68 (1), 1999, pp. 47–89.
  • Treleani, Matteo, Mémoires audiovisuelles. Les archives en ligne ont-elles un sens ?, Presses de l’Université de Montréal, 2014, URL : http://orbilu.uni.lu/handle/10993/20006

Dates

  • vendredi 25 septembre 2015

Fichiers attachés

Mots-clés

  • médiation, mémoires, entretiens filmés, valorisation en ligne, histoire orale, collecte, témoignages oraux, patrimoine immatériel

Contacts

  • Rémy Besson
    courriel : remybesson [at] gmail [dot] com
  • claire Scopsi
    courriel : claire [dot] scopsi [at] lecnam [dot] net

URLS de référence

Source de l'information

  • claire Scopsi
    courriel : claire [dot] scopsi [at] lecnam [dot] net

Pour citer cette annonce

« Médiation des mémoires en ligne », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 20 juillet 2015, http://calenda.org/335437