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Objets de mémoire – mémoire de l’objet

Objects of memory – memory of the object

Regards sur le patrimoine mémoriel et l’objet mobilier « monument historique »

Perspectives on memory, heritage and historical monuments

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Publié le vendredi 31 juillet 2015 par Céline Guilleux

Résumé

À l’heure de l’emballement patrimonial (Pierre Nora) et du nécessaire devoir de mémoire, acteurs du patrimoine, historiens, ethnologues, etc sont invités à s’interroger sur « l’objet qui témoigne », sur le rôle de l’objet porteur de sens pour la mémoire. Alors que la plupart des sciences humaines sondent le rapport de leur discipline avec la mémoire et ses artefacts, il est apparu nécessaire de considérer les expériences des professionnels du patrimoine quant aux liens qui unissent l’objet, dont la matérialité est au cœur de leurs pratiques, et la mémoire qui peut y être attachée. Les interventions des journées d’étude permettront de trouver des points de convergence, des critères d’analyse dans le processus selon lequel des objets acquièrent une fonction mémorielle et, in fine, ce qui autorise pour ces objets mobiliers une protection au titre des monuments historiques.

Annonce

Argumentaire

Point n’est besoin d’insister sur la place importante que tient le passé dans notre société. Depuis les années 1970, notre conception du patrimoine s’est considérablement élargie au point que Pierre Nora parle « d’emballement patrimonial ». On conserve, on protège aujourd’hui des biens matériels et immatériels, des mémoires, des espaces naturels, des objets exceptionnels et d’autres hier négligés.

Un nouveau champ du patrimoine dédié à la mémoire est apparu sous l’ère des commémorations. Avec Joël Candau, on peut définir la mémoire comme l’ensemble des traces discontinues d’un passé plus ou moins lointain que nous reconfigurons au présent immédiat pour nous projeter vers un futur plus ou moins proche.

Quelle pratique, quelles analyses adopter vis-à-vis de ce champ patrimonial en ayant à l’œil les démarches historiques et celles purement mémorielles, qui parfois laissent place à la passion ?

Jean-Michel Leniaud voit « le droit à la mémoire comme l’un des fondements du droit à l’identité ». Dans la distinction entre l’objet qui transmet une mémoire, célèbre une identité et celui qui ne fait que l’évoquer, l’acteur du patrimoine est-il le seul juge ?

Les objets mémoriels jouent le rôle d’intermédiaires entre le présent et le passé tout en témoignant de l’image qu’une société se fait de son passé. Existe-t-il des critères objectifs d’analyse et d’évaluation de ce nouveau champ patrimonial ?

Dans le cadre de la commémoration de la première guerre mondiale, la Direction générale des patrimoines au sein du Ministère de la Culture et de la Communication a édité un rapport dans lequel des Inspecteurs des monuments historiques ont été chargés de réfléchir à la question des protections des vestiges et témoignages du conflit. Il y est surtout question des immeubles et très peu des objets mobiliers, les études et analyses d’ensemble faisant défaut. Pourtant nombre de conflits armés, outre le premier conflit mondial, ont alimenté une quête identitaire dans laquelle le passé est exalté, parfois dans la pierre et surtout à travers les objets. Le souvenir de ces moments historiques, de ces figures nationales, des deuils, des martyrs, etc. ont généré quantité d’œuvres mémorielles dont il convient de considérer l’intérêt historique, esthétique et symbolique. L’enjeu est ici de montrer les processus qui transforment des souvenirs personnels en souvenirs collectifs, les objets aidant à la création d’une mémoire commune. Ils favorisent la mise en récit, donnent de la consistance, contribue à sédimenter la mémoire, à la cristalliser, que ces objets racontent la vie des hommes ou la vie d’un homme.

Parfois ils attestent de la violence d’un conflit, deviennent des preuves matérielles et sont donc assortis d’une charge affective. Ils ont alors une portée symbolique. Ils peuvent aussi être l’objet d’utilisation politique ou revêtent une dimension sociale.

La vigilance des individus est plus que nécessaire face à la charge émotive de ces objets. Des compétences croisées sont alors nécessaires pour évaluer les critères d’authenticité. La question du recul devant l’imaginaire attaché aux objets, la juxtaposition des mémoires, parfois l’opposition des mémoires, pourront être examinées. Devant l’intérêt de la mémoire souffrante de la guerre dans la construction identitaire, nombre de politiques patrimoniales ont été menées, ces dernières années, avec une intensité rarement égalée au niveau des collectivités territoriales.

Comme l’exprime Pierre Nora, les mots « identité », « mémoire » et « patrimoine » sont devenus presque synonymes : « Identité renvoie à une singularité qui se choisit, une spécificité qui s’assume, une permanence qui se reconnaît, une solidarité à soi-même qui s’éprouve. Mémoire signifie tout à la fois souvenirs, traditions, coutumes, habitudes, usages, mœurs, et ouvre un champ qui va du conscient à l’à demi conscient. Et patrimoine est carrément passé du bien qu’on possède par héritage au bien qui vous constitue ».

Maintenus in situ, les objets ne sont pas condamnés à un silence énigmatique. C’est à une éternelle requalification auxquelles ils sont soumis. Paul Ricoeur remarquait qu’une trace laissée par le passé ne devient doucement historique qu’à partir du moment où l’histoire est capable d’interroger ses vestiges, de la soumettre à la question.

L’analyse du processus de patrimonialisation des objets mémoriels pourra révéler comment on a conféré un sens nouveau à des choses qui n’en avaient plus.

Le tourisme s’est bien entendu emparé de ce patrimoine mémoriel en donnant une fonction pédagogique à l’objet, en le mettant en scène… L’expertise des acteurs du patrimoine est alors essentielle, a fortiori lorsqu’il s’agit d’évaluer une protection au titre du patrimoine national. 

Programme

Jeudi 1er octobre 2015

9h : accueil des participants

9h45 : ouverture des journées

  • Julien Boureau, président de l’association des conservateurs des antiquités et objets d’art de France
  • Louis Bergès, directeur régional des affaires culturelles des Pays-de-la-Loire
  • Yves Auvinet, président du conseil départemental de la Vendée

10h30-11h : introduction générale par Jean-Michel Leniaud (directeur de l’École nationale des chartes)

Thème 1 : Définir l’objet de mémoire

Sous la présidence de Louis Bergès (directeur régional des affaires culturelles des PaysdelaLoire)

11h-12h20

  • Première guerre mondiale et monuments historiques. Rapport de l’inspection des patrimoines, par Caroline Piel (inspecteur des monuments historiques) 30 mn.
  • A la recherche de l’objet Panthéon : redonner sens à un lieu de mémoire de la République, par Christophe Niedziocha (conservateur du patrimoine, centre des monuments nationaux) 30 mn.
  • L’oriflamme d'un ballon monté de 1870, par Bernard Sonnet (conservateur des antiquités et objets d’art de Côte d’Or) 20 mn.

12h20-12h30 : débat

12h30-14h : Repas dans le hall de convivialité de l’Hôtel du Département

14h-15h

  • La tombe d’Emile Taubel, Allemand interné dans la citadelle de Pierre-Levée et mort  à l’île d’Yeu (Vendée), en 1917, par Jean-François Henry (historien) 20 mn.
  • Patrimoine campanaire et Grande Guerre en Anjou. Quand les cloches commémorent les soldats morts, par Thierry Buron (attaché de conservation, Département de Maine-et-Loire) 20 mn.
  • Latronquière (Lot) : un chemin de croix commémorant la rafle du 11 mai 1944, par Nicolas Bru (conservateur des antiquités et objets d’art du Lot) 20 mn.

15h-15h10 : débat

15h10-15h20 : pause

Thème 2 : Protéger l’objet de mémoire

Sous la présidence de Pierre Legal (maître de conférence à l’Université de Nantes, directeur du Centre vendéen de recherches historiques)

15h20-18h

  • Entre mémoire et patrimoine, les objets d’affection, par Véronique Dassié (docteur en ethnologie et chercheur à l’Institut d’ethnologie européenne et méditerranéenne) 30 mn.
  • Conjurer les massacres en célébrant les artisans de paix : le cas d'Orange (Vaucluse), par Marie-Claude Léonelli (conservatrice des antiquités et objets d’art du Vaucluse) 15 mn.
  • Comment un décor révolutionnaire fut sauvé de la destruction par la Vierge du rosaire, par Jean-Bernard Mathon (conservateur des antiquités et objets d’art des Pyrénées-Orientales) 20 mn.
  • Une campagne thématique de protection du patrimoine mobilier commémoratif de la guerre 1914-1918 en Loire-Atlantique, par Laurent Delpire (conservateur des antiquités et objets d’art de Loire-Atlantique) 20 mn.
  • Deuil privé, deuil public. De la protection récente de tableaux de Georges Desvallières et de Gérard Ambroselli ainsi que du mausolée de René Viviani à Seine-Port (Seine-et-Marne), par Thierry Zimmer (conservateur général des monuments historiques, DRAC d’Ile-de-France) 30 mn.
  • Du canotage au sauvetage : le canoë d'Adolphe Poult et les inondations de mars 1930, par Emmanuel Moureau (conservateur des antiquités et objets d’art de TarnetGaronne) 20 mn.
  • Le Four martin de Jean Amblard, paradigme d’une légitimation patrimoniale, par Laure Flores (directrice du Centre d’arts plastiques Fernand Léger de PortdeBouc dans les Bouches du Rhône) 20 mn.

17h50-18h : débat

18h15-19h : Visite commentée de la statue équestre de Napoléon et visite de l’église Saint-Louis de La Roche-sur-Yon par Jean-Yves Clément (responsable service Histoire, Archives, Patrimoine de la ville de La Roche-sur-Yon)

19h : Réception à l’Hôtel de Ville de La Roche-sur-Yon

Vendredi 2 octobre

9h : accueil

Thème 3 : Transmettre l’objet de mémoire

Sous la présidence de Servanne Desmoulins-Hémery (conservatrice des antiquités et objets d’art de l’Orne)

9h-11h

  • Mémoire sans objet, objet sans mémoire. Quelques réflexions autour de la transmission du souvenir, par Pierre Legal (maître de conférence à l’Université de Nantes, directeur du Centre vendéen de recherches historiques) 30 mn.
  • Le trésor de NotreDame de Paris, de la relique à l’objet de mémoire, de saint Louis à Monseigneur Lustiger, par Marie-Hélène Didier (conservatrice générale des monuments historiques) 30 mn.
  • La croisade de la Paix, Vézelay 1946, par Michaël Vottero (conservateur des monuments historiques, DRAC de Bourgogne) 30 mn.

11h-11h15 : pause

11h15-12h15:

  • Le Pardon mais pas l'Oubli. Maurice de la Pintière et ses dessins des camps de Dora et de Bergen-Belsen, par Bruno de La Pintière (fils de l’artiste) et Julien Boureau (conservateur des antiquités et objets d’art de la Vendée) 30 mn.
  • Le calice de Saint-Louis de Brest, par Yann Celton (conservateur délégué des antiquités et objets d’art du Finistère) 30 mn.

12h15-12h30 : débat

12h30-14h : Repas dans le hall de convivialité de l’Hôtel du Département

14h-15h :

  • La mémoire du château des humbles : collecte des objets d’une institution sociale parisienne installée dans le château de François Ier à Villers-Cotterêts, par Elsa Quétel et Guillaume Normand (archivistes au Centre d’action sociale de la Ville de Paris) 30 mn.
  • Bannières et drapeaux syndicaux : des marqueurs de l'histoire sociale, par Arnaud Alexandre (conservateur des monuments historiques, DRAC d’Auvergne) et Guennola Thivolle (conservatrice des antiquités et objets d’art de l’Allier) 30 mn.
  • Aisne, Oulchy-le-Château : Le monument des Fantômes (19261935), de Paul Landowski. "Entretenir la mémoire" : enjeux matériels et humains d'une restauration, par Amélie Méthivier (restauratrice du patrimoine) et Anita Oger-Leurent (conservatrice des monuments historiques, DRAC de Picardie) 30 mn.

15h30-15h40 : pause

Thème 4 : Valoriser l’objet de mémoire

Sous la présidence de François Bon (président de la commission Education, culture, sport et relations internationales du Département de la Vendée)

15h40-17h15 :

  • La redécouverte et la restauration d’un drapeau révolutionnaire à Quintigny (Jura), par Jean-François Ryon (conservateur des antiquités et objets d’art du Jura) 15 mn.
  • La collection d’objets pénitentiaires de l’abbaye de Fontevraud, par Clémentine Mathurin (conservatrice des monuments historiques, DRAC des Pays-de-la-Loire) 30 mn.
  • Restaurer pour commémorer : l’exemple de la chapelle des Morts de l’église Notre-Dame-de-Clignancourt, par ‪Jessica Degain (Conservatrice du patrimoine à la Conservation des oeuvres d'art religieuses et civiles, Ville de Paris) 15 mn.
  • La collecte de la mémoire des soignants : étape incontournable pour la compréhension des objets médicaux, par Adeline Rivière (conservateur déléguée des antiquités et objets d’art de la Côte-d’Or) et Bruno François (conservateur délégué des antiquités et objets d’art de la Côte-d’Or) 30 mn.

17h15-17h30 : débat et conclusion

18h : départ pour le logis de la Chabotterie

18h30: visite libre du logis et de la nouvelle scénographie

19h30 : buffet offert par le Département de la Vendée

22h : Retour à La Roche 

Samedi 3 octobre

  • 8h30 : départ
  • 9h15: SaintVincentsurJard : visite guidée de la maison de Georges Clemenceau (Saint-Vincent-sur-Jard)
  • 10h 30: départ de Saint-Vincent-sur-Jard
  • 11h15 : Luçon : visite guidée de la cathédrale de Luçon et visite guidée du Grand Salon et de la bibliothèque de l’évêché de Luçon
  • 12h : départ de Luçon
  • 12h45 : retour à La Roche-sur-Yon

Lieux

  • Amphithéâtre Réaumur, Institut Supérieur de Technologie - 28 boulevard d’Angleterre
    La Roche-sur-Yon, France (85)

Dates

  • jeudi 01 octobre 2015
  • vendredi 02 octobre 2015
  • samedi 03 octobre 2015

Mots-clés

  • patrimoine, mémoire, objet, mobilier, monument

Contacts

  • Julien Boureau
    courriel : julien [dot] boureau [at] vendee [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Julien Boureau
    courriel : julien [dot] boureau [at] vendee [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Objets de mémoire – mémoire de l’objet », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 31 juillet 2015, http://calenda.org/336134