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Faire et défaire les territoires dans la Turquie contemporaine

Making and unmaking territories in contemporary Turkey

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Publié le mercredi 02 septembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Partant du constat de la montée en puissance des questions territoriales dans la société civile et dans les sciences sociales turques, ce numéro thématique de l’European Journal of Turkish Studies a pour ambition d’interroger la fabrique des territoires dans la Turquie contemporaine d’un point vue idéologique, praxéologique et épistémologique. Qui fait (et défait) le territoire ? Avec quels moyens et de quelles manières ? Que reste-t-il de l’action planificatrice et régulatrice de l’État ? Comment les acteurs politiques mais aussi les experts, militants et scientifiques pensent aujourd’hui le territoire, son extension, ses dynamiques et ses disparités en Turquie ?

Annonce

Argumentaire

Comme dans d’autres pays du pourtour méditerranéen, les transformations rapides et profondes des territoires urbains et ruraux en Turquie cristallisent des oppositions diverses à une politique jugée prédatrice et brutale. La dénonciation de pratiques de confiscation, d’appropriations non-concertées et d’inégalités territoriales dont l’actualité regorge — de la vallée de la rivière Çoruh aux oliveraies de Yırca, dans la région de Manisa, en passant bien sûr par les révoltes et contestations urbaines stambouliotes — pose fondamentalement la question d’un « droit au territoire » et révèle ses ambivalences.

La langue turque ne dispose pas de signifiant équivalent au « territoire » des langues latines – l’usage de territoryum estréservé à l’éthologie. La légitimité de l’État à agir sur le territoire (right over the territory) se cristallise donc dans une sémantique national(ist)e (ülke, vatan) et technocratique (bölge, topraklar). Le droit à un « accès » au territoire (right to the territory) est signifié, lui, par des expressions sectorielles : konut barınma hakkı (droit au logement), çevre hakkı (droit à l’environnement) et, plus récemment, sous l’influence, entre autres, des ouvrages d’Henri Lefebvre et de David Harvey, şehir hakkı (droit à la ville). À défaut de territoire, c’est souvent le « lieu » (place, yer/mekan) qui, en partie sous l’influence du spatial turn anglophone, s’impose comme substitut dans les cercles militants et dans les sciences sociales de Turquie pour désigner un « agencement de ressources matérielles et symboliques capable de structurer les conditions pratiques de l’existence d’un individu ou d’un collectif social et d’informer en retour cet individu et ce collectif sur sa propre identité ».

Le « local » étant un référentiel identitaire plébiscité par les acteurs comme par les chercheurs, ce numéro souhaite s’interroger sur l’articulation de ce référentiel avec la fabrique d’autres échelles territoriales, telles que les régions et bien sûr la nation. Face au « méga », le « local » fait figure d’échelon démocratique en émargeant aux critères de la participation de la société civile et de la défense du bien commun. Ce n’est que récemment, sous l’influence des demandes internationales (partiellement européennes), que le concept de « développement local » (yerel kalkınma) s’est diffusé dans le discours politique – l’AKP en ayant fait un thème de campagne lors des élections de 2002 et 2004. Mais il se heurte à l’obsession de l’unité territoriale et au poids d’un paradigme développementaliste conçu par le centre et pour le centre, dans l’intérêt suprême de la nation et tendant à nier les spécificités des échelons inférieurs, régionaux et locaux.

Dans un pays où la carte topographique est encore aux mains de l’armée, le « droit au territoire » passe aussi par la remise en cause d’un monopole sur sa représentation, sa désignation et les entraves posées aux circulations. Ce numéro aura aussi pour but d’interroger le rôle joué par les mobilités contemporaines (nationales et transnationales) sur la fabrique et la perception des territoires. Qui fait (et défait) le territoire ? Avec quels moyens et de quelles manières ? Que reste-t-il de l’action planificatrice et régulatrice de l’État ? Comment les acteurs politiques mais aussi les experts, militants et scientifiques pensent aujourd’hui le territoire, son extension, ses dynamiques et ses disparités en Turquie ?

Modalités de soumission

Les propositions de communications (résumé de 300 mots environ) doivent être envoyées à la rédaction (secretariat.ejts[at]gmail.com)

avant le 1er octobre 2015,

en indiquant l’affiliation ainsi que les coordonnées de l’auteur(e). Les articles sélectionnés seront soumis à la revue au plus tard le 1er février 2016.

Ils peuvent être rédigés en turc, en anglais, en français ou en allemand et comporteront 8 000 à 10 000 mots (60 000 signes maximum, notes de bas de page et références bibliographiques incluses). Les illustrations (cartes, graphiques, photographies) sont les bienvenues. Les articles seront évalués par deux relecteurs, choisis en fonction du sujet de l’article, avant publication dans la revue à l’automne 2016. Concernant la typographie et la mise en page, les auteurs suivront les indications données par l’European Journal of Turkish Studies à la page suivante : http://ejts.revues.org/48

Pour toute question ou demande de précisions, contactez :

  • Ségolène Débarre (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : debarre.segolene[at]gmail.com
  • Jean-François Pérouse (Institut français d’études anatoliennes, Istanbul) : jeanfrancoisperouse[at]gmail.com

Scientific Advisory Board

  • Sencer Ayata (Orta Doğu Teknik Üniversitesi, Ankara)
  • Tanıl Bora (İletişim Yayınları, Istanbul)
  • Hamit Bozarslan (École des hautes études en sciences sociales, Paris)
  • Christian Bromberger (Institut d’ethnologie méditerranéenne européenne et comparative, Aix-en-Provence)
  • Ayşe Buğra (Bogaziçi Üniversitesi, Istanbul)
  • Pierre Chuvin (Université Paris X)
  • Ümit Cizre (Bilkent Üniversitesi, Ankara)
  • Nathalie Clayer (Centre national de la recherche scientifique / École des hautes études en sciences sociales, Paris)
  • Rémy Dor (Institut national des langues et civilisations orientales, Paris)
  • Paul Dumont (Université de Strasbourg)
  • Büşra Ersanlı (Marmara Üniversitesi, Istanbul)
  • François Georgeon (Centre national de la recherche scientifique / École des hautes études en sciences sociales, Paris)
  • Nilüfer Göle (École des hautes études en sciences sociales, Paris)
  • Murat Güvenç (Şehir Üniversitesi, Istanbul)
  • Ahmet İnsel (Université Paris I / Galatasaray Üniversitesi)
  • Chris Hann (Max Planck Institut for Social Anthropology, Halle an der Saale)
  • Kemal Kirişçi (Boğaziçi Üniversitesi, Istanbul)
  • Michael E. Meeker (University of California, San Diego, CA)
  • Raoul Motika (Hamburg Universität / Orient-Institut, Istanbul)
  • Leyla Neyzi (Sabancı Üniversitesi, Istanbul)
  • Werner Schiffauer (Europa-Universität Viadrina, Frankfurt (Oder))
  • Johann Strauss (Université de Strasbourg)
  • Stéphane de Tapia (Université de Strasbourg)
  • Richard Tapper (School of Oriental and African Studies, London)
  • Mete Tunçay (Bilgi Üniversitesi, Istanbul)
  • Füsun Üstel (Galatasaray Üniversitesi, Istanbul)
  • Gilles Veinstein †
  • Stéphane Yérasimos †
  • Erik-Jan Zürcher (Universiteit Leiden / International Institute of Social History, Amsterdam)

Dates

  • jeudi 01 octobre 2015

Mots-clés

  • Turquie, territoire, local, disparité

Contacts

  • Ségolène Debarre
    courriel : debarre [dot] segolene [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Ségolène Debarre
    courriel : debarre [dot] segolene [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Faire et défaire les territoires dans la Turquie contemporaine », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 02 septembre 2015, http://calenda.org/337931