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Les écrivains à l'écran

Writers on screen

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Publié le lundi 07 septembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Qu’ont à nous apprendre les figures d’écrivains dans les films sur la représentation de la littérature dans l’espace médiatique ? Que nous disent-elles aussi des rapports souvent tumultueux que ces arts entretiennent ? Comment nous révèlent-elles enfin l’image que le cinéma donne de lui-même à travers ces figures ? Constituent-elles nécessairement des figures d’identification permettant aux cinéastes de penser leur pratique artistique ? Ne révèlent-elles pas aussi parfois une forme de rivalité voire de revanche prise par le cinéma sur une littérature qui l’a longtemps mis sous tutelle et déconsidéré ?

Annonce

Argumentaire

De D. W. Griffith à R. Polanski, les films consacrés à des écrivains, réels ou fictifs, sont presque aussi vieux que le cinéma lui-même et leur fortune ne s’est jamais démentie, même si ces personnages ont entre temps troqué la plume contre l’ordinateur. Ces figures circulent également dans l’ensemble de la production filmique, du film d’auteur au cinéma main stream, et évoluent dans tous les genres cinématographiques : mélodrames (Bright star, The Hours), comédies (Design for living, Le Magnifique, Deconstructing Harry), films policiers (The Ghost writer), thrillers (Basic instinct, Loft), « giallo » (Ténèbres), films d’horreur (The Shining, In the mouth of madness), films érotiques (Strange circus), ou encore films d’aventures à caractère familial (Romancing the stone), chaque genre exploitant certains traits spécifiques de ces personnages.

Un tel choix a pourtant de quoi surprendre. Si le cinéma est bien, comme le laisse entendre l’étymologie, une “écriture du mouvement”, on ne peut que s’étonner d’une prédilection tenace pour des héros dont l’essentiel de l’activité, toute cérébrale, est essentiellement statique et semble en bonne part infigurable (Levy, 1991). C’est pourquoi ­— et tel n’est pas le moindre des paradoxes — les films sur les écrivains consacrent finalement assez peu de place à l’écriture en tant que telle, quand ils ne la relèguent pas dans les marges du film par des procédés formels (ellipses) ou thématiques (l’angoisse de la page blanche, beuveries prenant le pas sur la création). S’inscrivant dans une longue lignée d’écrivains alcooliques, le personnage de Chinaski, alter ego de Bukowski, dans Barfly, passe ainsi plus de temps à s’enivrer qu’à écrire. Dès lors, plusieurs interrogations émergent :

1.    Que montrer de l’écrivain ?

Comment filmer l’écriture ? Quels stéréotypes culturels sont mobilisés dans la représentation de “la main à plume” (pauvreté, névrose, attirance pour le sparadis artificiels)? A quels accessoires (la machine à écrire zoomorphe de The Naked lunch), à quels rituels (la cigarette et le verre de champagne que Paul Sheldon s’octroie après avoir terminé un volume de Misery), à quels lieux (la chambre d’hôtel sordide de Barton Fink) les écrivains sont-ils associés? Comment la relation au lecteur y est-elle figurée ?

2.    Comment la représentation du personnage de l’écrivain met-elle le cinéma à l’épreuve ? 

Comment les cinéastes s’y prennent-ils pour rendre compte des processus d’affabulation qui transfigurent la réalité en matériau fictionnel (comme dans Providence d’Alain Resnais ou Swimming pool de François Ozon)? Le choix du film sur un écrivain dicterait-il un certain nombre de choix formels (voix off, etc…) voire de tropes spécifiques ?

3.    Quels choix scénaristiques implique la transformation de l’écrivain en personnage de cinéma ?

L’écrivain étant naturellement peu cinégénique, les cinéastes recourent volontiers à des expédients scénaristiques en le transformant par exemple en enquêteur (Soldados de Salamina, The Ghost writer, Capote) ou en intellectuel engagé, voire en justicier (The Life of Emile Zola), afin de dénouer l’épineux problème de l’écrit à l’écran (Boillat, 2010).

4.    Quelle image de la littérature les biopics et les documentaires sur les écrivains véhiculent-ils ?

Pour les nombreux biopics, comment les impératifs cinématographiques et commerciaux influencent-ils le choix des écrivains dont les vies sont portées à l’écran, donnant souvent la prime aux drames intimes (Edgar Allan Poe), aux amours malheureuses et interdites (Bright star, Total eclipse, Les enfants du siècle), voire scabreuses. Comment participent-ils d’une patrimonialisation de la littérature et quelle mythologie de l’écrivain contribuent-ils à alimenter?  Lorsque les auteurs eux-mêmes y ont contribué directement (Le Camion) ou indirectement dans le cas des films adaptés d’oeuvres autobiographiques (Les Contes de la folie ordinaire), comment les films contribuent-ils à la persona que se forge l’écrivain ?

5.    A quoi les figures d’écrivains servent-elles aux cinéastes ?

A supposer que la représentation de l’écrivain ne soit, dans certains cas, pas une fin en soi mais un moyen, on pourra se demander ce que ces personnages permettent fonctionnellement (développement parallèle de plusieurs lignes narratives, superposition indécidable de différents niveaux de réalité, etc..) ?

Dans certains cas, la figure d’écrivain à l’imagination fertile, qui s’est retiré pour écrire en paix, ne servirait-elle pas essentiellement à créer une situation horrifique, le film d’écrivain et le film d’horreur, trouvant alors dans la maison isolée leur point de jonction (Bolter, 2013) ?

Qu’ont à nous apprendre les figures d’écrivains dans les films sur la représentation de la littérature dans l’espace médiatique ? Que nous disent-elles aussi des rapports souvent tumultueux que ces arts entretiennent ? Comment nous révèlent-elles enfin l’image que le cinéma donne de lui-même à travers ces figures ? Constituent-elles nécessairement des figures d’identification permettant aux cinéastes de penser leur pratique artistique ? Ne révèlent-elles pas aussi parfois une forme de rivalité voire de revanche prise par le cinéma sur une littérature qui l’a longtemps mis sous tutelle et déconsidéré ?

Ces différentes pistes pourront donner lieu à des réflexions relevant des études filmiques, de la sociologie de la littérature voire d’une histoire littéraire élargie, prenant en compte toutes les formes médiatiques de représentation de l’écrivain dans la mesure où elles façonnent un imaginaire collectif de la littérature.

Nadja Cohen (post doc FWO/KU Leuven)

Programme

  • 9h30 : Accueil et introduction par Nadja Cohen
  • 9h50 : Gilles Menegaldo (Université de Poitiers), Figures d’écrivains à l’écran : formes de l’interaction entre réalité et univers imaginaire : L’Antre de la folie, Barton Fink, Deconstructing Harry, Providence.
  • 10h40 Alain Boillat (Université de Lausanne), Image et imaginaire de Kafka chez Soderbergh : les stéréotypes du genre « noir ».
  • 11h30 Baptiste Villenave (Université de Caen Basse-Normandie), Hammett de Wim Wenders : la « biographie d’une imagination ».
  • 12h20 Trudy Bolter (IEP Bordeaux, prof. émérite), Ecrivains jumeaux et autres frères ennemis : La part des ténèbres (The Dark Half) de George A Romero et Adaptation de Spike Jonze
  • 13h10-14h : pause déjeuner
  • 14h Jan Baetens (KU Leuven), « Continuer à écrire rien que pour soi ? : L’Esprit de la ruche de Victor Erice
  • 14h 50 Jean Cléder (Rennes II) Un écrivain à l’écran : Marguerite Duras
  • 15h40 : Mathilde Labbé (Paris Sorbonne) La poésie déambulée : Agnès Varda et Yannick Bellon filment Baudelaire.
  • 16h30 : Discussion et clôture
  • 17h30 : Projection de Naked lunch de David Cronenberg

Lieux

  • 9 Rue Baron Horta
    Bruxelles, Belgique (1000)

Dates

  • samedi 14 novembre 2015

Mots-clés

  • écrivain, cinéma

Contacts

  • Nadja Cohen
    courriel : nadja [dot] cohen [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Nadja Cohen
    courriel : nadja [dot] cohen [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les écrivains à l'écran », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 07 septembre 2015, http://calenda.org/338129