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Spinoza – Malebranche : de l’ontologie à la politique

Spinoza – Malebranche: from ontology to politics

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Publié le lundi 14 septembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Au cours du XIXe et du XXe siècle (surtout dans la première moitié), des historiens de la philosophie ont analysé les rapports entre Spinoza et Malebranche, tout particulièrement à la lumière de la correspondance avec Dortous de Mairan. Malgré ces travaux, la question semble loin d’être épuisée, et elle mériterait d’être plus largement débattue parmi les spécialistes. On se propose alors d’examiner les rapports historiques entre les deux auteurs, de comparer leurs réponses aux grandes questions philosophiques de l’Âge classique pour faire valoir les affinités et les différences, et de dégager aussi la spécificité de leurs respectives vocations philosophiques et de leur manière de s’insérer dans les polémiques de leur temps.

Annonce

Argumentaire

Le 17 septembre 1713, deux ans avant la mort de Malebranche (13 octobre 1715), s’ouvre la correspondance entre Dortous de Mairan (1678-1771) et l’Oratorien. Troublé par la lecture de l’Éthique, fasciné par ses démonstrations serrées, le futur lauréat de l’Académie des sciences adresse quatre lettres à l’auteur de La recherche de la vérité et l’adjure de lui dévoiler « les paralogismes » de Spinoza ou tout simplement de lui indiquer à la manière des géomètres « le premier pas qui l’a conduit au précipice ». Le jeune correspondant de Malebranche tente inutilement de lui faire admettre que sa conception de l’étendue intelligible implique que les corps en soient les modes et qu’ainsi son système conduit au spinozisme. Dans ses réponses, Malebranche lui explique que Spinoza confond le monde intelligible qui est l’objet immédiat de l’esprit avec l’étendue créée, la Raison souveraine qui renferme les idées éclairant les esprits avec la réalité matérielle que ces idées représentent.

Leibniz aussi a subodoré que certaines thèses malebranchiennes débouchent sur le spinozisme parce que sa doctrine ôte l’efficace aux créatures et fait de l’amour de Dieu un amour qui part de Dieu, passe par les créatures et revient sur lui-même (cf. entre autres sa lettre à Malebranche de juin 1679 et celle à Coste, 4 juillet 1706, dans Malebranche et Leibniz. Relations personnelles, par A. Robinet, Paris, Vrin, 1955). D’ailleurs, en 1684, Aubert de Versé publiait un ouvrage, L’impie convaincu ou dissertation contre Spinoza, dans lequel il proposait une « Réfutation du P. Malebranche », censé confondre matière et espace. Il est notoire que les deux penseurs ont continué à être rapprochés et confrontés aux XVIIIe et XIXe siècles, par exemple par D’Alembert, Cousin, Schelling et Hegel.

Malebranche a toujours essayé de se démarquer de la philosophie de Spinoza, comme en témoignent les Trois lettres touchant la défense de M. Arnauld (1685), car Arnauld aussi faisait allusion à Spinoza à partir de certaines thèses malebranchistes ; la neuvième Méditation, Méditations chrétiennes et métaphysiques (1683-1707), et le huitième Entretien, Entretiens sur la métaphysique et sur la religion (1688-1711), où Malebranche attaque « cet impie de nos jours, qui faisait son Dieu de l’univers ». Il faut reconnaître, comme l’a fait Joseph Moreau dans son introduction à la Correspondance avec J. J. Dortous de Mairan (Paris, Vrin, 1947), que Malebranche a lu attentivement les premières démonstrations de l’Éthique et a examiné avec soin les argumentations d’un auteur qui tirait des conséquences à son avis odieuses du cartésianisme. Néanmoins, il existe des éléments du malebranchisme qui évoquent des points fondamentaux de l’ontologie et de l’épistémologie de Spinoza : la définition de Dieu comme « tout être », la conception de l’étendue intelligible, mais aussi, entre autres, l’analyse des erreurs de l’imagination dans La recherche de la vérité et dans le Traité de morale ; la conception des figures géométriques exposée dans La recherche de la vérité, les Entretiens et les textes mathématiques, qui manifeste quelque parenté avec certains passages du Traité de la réforme de l’entendement, et notamment avec la définition génétique spinozienne.

Le rapprochement comme l’opposition entre Spinoza et Malebranche supposent néanmoins un troisième terme, l’Œuvre de Descartes, dont chacun peut se réclamer en partie. Et il faut remarquer également que les deux philosophes ne se confrontent pas seulement au cartésianisme, mais à un ensemble de problématiques philosophiques, politiques et religieuses de leur temps – on peut rappeler, par exemple, les allusions à la question du protestantisme et de la liberté religieuse dans La recherche de la vérité et dans les grands ouvrages malebranchiens des deux dernières décennies du XVIIe siècle. Tous les deux en effet sont engagés, même si c’est de façon différente, dans les débats philosophiques et théologiques de l’époque et stimulés par leurs amis ou adversaires à participer à ces grandes controverses.

Au cours du XIXe et du XXsiècle (surtout dans la première moitié), des historiens de la philosophie ont analysé les rapports entre Spinoza et Malebranche, tout particulièrement à la lumière de la correspondance avec Dortous de Mairan. Malgré ces travaux, la question semble loin d’être épuisée, et elle mériterait d’être plus largement débattue parmi les spécialistes.

C'est pourquoi on se propose alors d’examiner les rapports historiques entre les deux auteurs, de comparer leurs réponses aux grandes questions philosophiques de l’Âge classique pour faire valoir les affinités et les différences, et de dégager aussi la spécificité de leurs respectives vocations philosophiques et de leur manière de s’insérer dans les polémiques de leur temps.

Cette journée d’étude est le deuxième volet d’un projet sur Spinoza et Malebranche qui réunit l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne/CHSPM, l’ENS de Lyon/IHPC-CERPHI et le Collegium de Lyon. Né de l’initiative de Raffaele Carbone, Chantal Jaquet et Pierre-François Moreau, ce projet prévoit une deuxième journée d'étude qui s’intitule Spinoza-Malebranche : réceptions croisées et aura lieu à l’ENS de Lyon le 13 octobre 2015.

Organisation

Organisée par Chantal Jaquet (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et Raffaele Carbone (Université Federico II de Naples)

Programme

  • 09h30 Chantal Jaquet (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Introduction
  • 09h45 Pierre-François Moreau (ENS de Lyon), Spinoza, Malebranche, Dortous de Mairan

10h45 Pause

  • 11h00 Cristina Santinelli (Université Carlo Bo d’Urbino), Mos geometricus et attention : Spinoza, Malebranche et la méthode de la philosophie
  • 12h00 Daniel Schmal (Université Catholique Péter Pázmány de Budapest), Le concept de la sensation chez Malebranche et Spinoza

13h00 Pause déjeuner

  • 15h00 Éric Marquer (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Spinoza et Malebranche sur la conscience et l’imagination

16h00 Pause

  • 16h15 Raffaele Carbone (Université Federico II de Naples), Relations interindividuelles et société civile chez Spinoza et Malebranche
  • 17h15 Francesco Toto (ENS de Lyon), Humilité et pénitence chez Spinoza et Malebranche : racines théologiques d’une différence éthique

Comité scientifique

  • Delphine Antoine-Mahut (ENS de Lyon),
  • Raffaele Carbone (Université Federico II de Naples),
  • Chantal Jaquet (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne),
  • Pierre-François Moreau (ENS de Lyon),
  • Cristina Santinelli (Université Carlo Bo d’Urbino)

Lieux

  • Salle Cavaillès - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne UFR de Philosophie, 17 rue de la Sorbonne
    Paris, France (75005)

Dates

  • samedi 26 septembre 2015

Mots-clés

  • Spinoza, Malebranche, Dortous de Mairan, ontologie, épistémologie, politique

Contacts

  • Raffaele Carbone
    courriel : raffaele [dot] carbone [at] ens-lyon [dot] fr
  • Chantal Jaquet
    courriel : Chantal [dot] Jaquet [at] univ-paris1 [dot] fr

Source de l'information

  • Raffaele Carbone
    courriel : raffaele [dot] carbone [at] ens-lyon [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Spinoza – Malebranche : de l’ontologie à la politique », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 14 septembre 2015, http://calenda.org/338849