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Sport et humanités (2015-2016)

Sport and the humanities (2015-2016)

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Publié le lundi 21 septembre 2015 par Elsa Zotian

Résumé

L’objet de ce séminaire sera d’explorer ce qui relie le « sport » aux « humanités » dans leur acception la plus classique, autant que dans les perspectives les plus contemporaines des sciences humaines. On peut aborder la question du sport par de multiples angles, en particulier historiques et sociologiques, mais bien évidemment aussi philosophiques, éthiques, économiques, médicaux, pédagogiques ou psychologiques, justifiant le statut du sport aujourd’hui comme étant celui d’un « fait social total » ; pour cette raison, il semble nécessaire de tracer les lignes directrices d’une réflexion qui trouve écho dans une approche plus large de l’« humain », en particulier au travers de la question du corps.

Annonce

Argumentaire

L’objet de ce séminaire sera d’explorer ce qui relie le « sport »  aux « humanités » dans leur acception la plus classique,  autant que dans les perspectives les plus contemporaines des sciences humaines. On peut aborder la question du sport par de multiples angles, en particulier historiques et sociologiques, mais bien évidemment aussi philosophiques, éthiques, économiques, médicaux, pédagogiques ou psychologiques, justifiant le statut du sport aujourd’hui comme étant celui d’un « fait social total » ; pour cette raison, il semble nécessaire de tracer les lignes directrices d’une réflexion qui trouve écho dans une approche plus large de l’« humain », en particulier au travers de la question du corps.

1- Définir

La première ligne est celle qui impose de définir de quoi l’on parle lorsque l’on évoque le « sport », tellement le terme est surdéterminé. L’aveuglement le plus opérant nous fait prendre le sport de haut niveau, celui des champions, le sport spectacle, pour le sport, c’est-à-dire tout le sport. Il confirme ainsi une imprégnation sociale et un monopole sémantique : le sport est partout et tout est sport. Indissociable de sa médiatisation, au moins pour le grand public, le sport de haut niveau accapare les intérêts, les passions, les « problèmes ». Ainsi, l’image sociale du sport se réduirait au sport de haut niveau, fort de son impact celui-ci détournerait le langage, et conséquemment, comme par ricochet, tout exercice physique deviendrait sport ? Voilà l’exemple même de la construction d’un préjugé ou d’une erreur épistémologique. Si le sport est un spectacle, un grand cirque ou un circuit, avec ses saisons, ses épisodes, ses héros, ses légendes, il est aussi la recommandation première du néo-hygiénisme ambiant : faites du sport ! Y a-t-il un point commun entre les deux ?

La multiplication des sports, depuis quarante ans, brouille les cartes et complique la définition. À l’éclatement des champs de recherche, répond celui des pratiques et des environnements. Le sport n’est pas un. D’autant qu’il faut distinguer, en outre, le sport de haut niveau du sport de masse, mais aussi l’éducation physique (l’EPS scolaire), le sport santé, le sport loisir, etc…

C’est alors que s’arrime à cette surdétermination l’ancrage historique qui veut qu’aux appellations traditionnelles, « gymnastique », « éducation physique », « sport », correspondent en réalité des contextes, des époques, des représentations du monde et de l’homme qui ont motivé certaines pratiques corporelles plutôt que d’autres, avec des finalités préférentielles pour l’exercice physique, notamment militaires, médicales et pédagogiques. Cette histoire nous intéresse parce qu’elle est porteuse, de manière exemplaire, d’ambivalences qui sont les nôtres aujourd’hui : questionner ce qu’est l’« excellence », viser, au travers de l’« excellence », le « bien » ou le « mieux », le « bien-être » ou le « mieux-être », cultiver le dépassement de soi comme une métaphore de la croyance en l’idée de progrès, confondre santé et performance, outiller presque à l’infini le corps, le techniciser pour précipiter la technicisation de l’humain, s’accrocher à l’idée de « corps naturel » quand bien même cette formule se dilue dans sa complexité philosophique et éthique.

2- Interroger les représentations contemporaines du corps

La seconde ligne doit interroger le contemporain. Une révolution dans la considération du corps et de la santé s’est opérée au XXIè siècle. Tandis que l’Antiquité s’attachait à prévenir et restaurer l’équilibre naturel, le XVIIIè siècle à cultiver une perfectibilité corporelle susceptible d’infléchir -pour l’améliorer- le destin individuel, les dernières décennies, dans les pays industrialisés, témoignent du projet de modifier et transformer le corps, c’est-à-dire aussi la nature. La pharmacologie nouvelle, les greffes, les prothèses, le dopage supposent la plasticité du corps humain et sa perméabilité à l’invention technique. Une interrogation sur l’identité humaine se dessine, qui porte sur la définition d’un corps naturel, ses limites éventuelles dans la combinaison avec l’artifice, c’est-à-dire sur la technicisation de l’humain et son hybridation. Que sera l’homme du futur selon ce processus historiquement ancré de perfectionnement du corps, processus qu’accélèrent aujourd’hui des moyens techniques décuplés ?

Ce glissement des perspectives, cette profusion des moyens suggèrent aussi une production du corps. L’allongement de la durée de vie dans les pays riches est un marqueur du progrès médical, de même que des existences vécues statistiquement dans/avec un corps moins souffrant et moins subi. S’ouvre l’ère d’un corps su, voulu, créé, projet volontaire et rationnel qui, de la naissance médicalement assistée -programmée ?- à la chirurgie esthétique, en passant par la pharmacologie, la diététique, la cosmétologie, le sport, évoque la maîtrise de la nature et du hasard. Croyance ou fantasme ? La maîtrise du corps, l’investissement identitaire dans un corps devenu destin, capital, jugement dernier, est une idée-force. Nul doute que l’effondrement des grandes transcendances au XXè siècle, qui structuraient collectivement les identités et proposaient des « au-delà », a cette conséquence paradoxale : l’espoir vient par le corps ; la vie bonne, i.e. saine et longue, dépend de l’entretien médico-sportif de soi.

Le sport, et en particulier le sport de haut niveau comme laboratoire expérimental de la performance humaine, incarne pleinement ce processus. L’optimisation exacerbée de tous les paramètres de la performance -matériaux, matériels, science médicale et entraînements, techniques gestuelles, diététique, préparation psychologique et stratégique- illustre un culte du progrès hérité des Lumières et dont le XIXème siècle, celui de la naissance du sport moderne, consacra l’effectivité en étalonnant la force et le mouvement humains. Par son essence -l’amélioration des performances- le sport de haut niveau figure un évolutionnisme schématique -adaptation, sélection, progression- dont le dopage est un ingrédient logique, si ce n’est moralement ou médicalement légitime. Par la manière, enfin, dont la construction sportive de soi suppose une économie instrumentale du corps, l’entraînement du champion entre en résonance avec une sportivisation du corps et des mœurs qui, au-delà de l’injonction médicale à faire de l’exercice, révèle le culte contemporain d’un corps-œuvre, indéfiniment perfectible.

3- Questionner la perfectibilité

La troisième ligne, enfin, propose d’interroger de manière plus générale la notion de  perfectibilité. Cette notion, presque emblématique du XVIIIè siècle, développée par Rousseau avec, là aussi, des ambivalences remarquables entre « retour à la nature » et « dépassement de la nature » par la « nature rationnelle » de l’homme, ou par la « nature humaine », invite à une réflexion sur la production des valeurs qui sont l’héritage de la modernité : dépassement de soi, culte de la performance, croyance dans l’amélioration toujours possible des aptitudes et productions humaines, volonté et effort de s’arracher à la naturalité, technicisation du monde. Comment passe-t-on de la perfection de l’homme comme sommet de la Création, telle qu’elle est par exemple incarnée par « L’homme de Vitruve » de Leonard De Vinci, de la croyance en une stabilité, à un ordre des perfections naturelles, telle que l’avait argumentée Aristote, à cette « mobilité » qu’initie en somme la révolution copernicienne et qui caractérise l’homme moderne : pouvoir améliorer, toujours, y compris ce que la nature a donné, perfectionner, à l’infini, ce que l’homme peut faire de lui-même -dont son corps- et produire pour son environnement, compenser, réparer, dépasser, augmenter, artificialiser la nature qui sont parmi les leitmotivs de la médecine d’aujourd’hui. Cette notion a des implications, bien sûr médicales et pédagogiques, mais aussi politiques, économiques et philosophiques. L’idée est ici d’interroger un processus, de comprendre en quoi notre modernité en est l’héritière, de voir aussi, comment le XIXè siècle a pu mettre en pratique les idéaux du XVIIIè jusqu’aux conséquences anthropologiques, anthropotechniques et anthropométriques les plus fâcheuses.

Programme prévisionnel

12 octobre 2015

  • Jean-Paul Callède, Chercheur en sociologie (GEMASS/CNRS), La sociologie du corps sportif. Un chantier complexe à reprendre ?

Notre communication vise à mettre en évidence l’intérêt variable porté par les sociologues – et la sociologie française – au corps sportif. Jean-Michel Berthelot (1945-2006) s’est intéressé à la question de la sociologie du corps dans une série d’articles publiés entre 1983 et 1998. Il inscrit sa démarche initiale, collective (1983), dans une revue de la littérature spécialisée pour en arriver ultérieurement à la conclusion que la référence au corps agit principalement comme un « opérateur discursif » (1992, 1995) dont il convient d’expliciter les formes d’expression (1998) au titre de la vigilance sociologique.

Ce cadre opératoire sera repris et commenté au nom du « devoir d’inventaire » souhaité par J.-M. Berthelot. Pour autant, sous cet angle de vue, le devoir d’inventaire doit s’appliquer au corpus de référence utilisable. En effet, il est possible de recenser d’autres travaux et publications qui appartiennent à la sociologie française. Ainsi, la sociologie classique française ne se limite pas au « moment durkheimien » identifié par Berthelot. Une autre école française, avec Alfred Espinas, Guillaume L. Duprat, etc., a produit des analyses intéressantes. Certaines disciplines voisines de la sociologie (anthropologie, praxéologie…) ne sont pas à négliger. Un autre point aveugle de la sociologie classique française tient aux terrains d’observation en situation coloniale, qui sont quasi inexistants. Comment ignorer alors la « Sociologie coloniale » développée par René Maunier, qui contient des pages intéressantes sur le corps ludique, la nudité, certaines coutumes et les violences que le corps subit en ces contextes ? La question des humanités – entendues ici en référence à la diversité des cultures – s’ouvre à d’autres horizons.

Le devoir d’inventaire doit également porter sur ce que J.-M. Berthelot appelle le « surinvestissement du corps dans nos sociétés », qui prend les formes les plus diverses, voire les plus inattendues. Aujourd’hui, les thématiques sociologiques traitant du corps sportif donnent matière à une bibliographie abondante. Il est devenu difficile d’en dégager une possible unité disciplinaire, qui tient peut-être à la division du travail sociologique et à l’effectif croissant des sociologues du sport. Cependant, les deux préoccupations que sont d’une part l’attention portée à la « corporéité modale » (comme ensemble des traits socialement valorisés et constitutifs d’un corps-signe) et, d’autre part, l’attention portant sur « l’éventail des possibles corporels » (jusqu’à l’humain augmenté et certaines modalités d’intervention sur l’activité corporelle, suscitant une intervention de la puissance publique ou un avis éthique) ne doivent jamais se relâcher. La question des humanités – entendues ici comme une exigence axiologique en débat – ouvre à d’autres horizons.

À peine appréhendée sous une forme synthétique, la sociologie du corps sportif est-elle en train de devenir un chantier impossible ou plus encore « une sociologie impossible », pour emprunter ici une expression à Serge Clément et Marcel Drulhe (2007) ?"

16 novembre 2015

  • Marc Lévêque, Professeur des Universités, Collegium Sciences et techniques, pôle disciplinaire Staps, Université d’Orléans, Psychologie du métier d’entraîneur 

Présenté, sans doute à juste titre, comme un acteur central de la performance sportive, l’entraîneur n’a pas été l’objet d’une grande attention dans les analyses du système sportif. Les éclairages ont porté sur ses compétences, son expertise, les modalités procédurales de ses interventions, son leadership, son coaching en situation de compétition… mais plus rarement sur les facteurs humains, les conditions psychologiques d’exercice de son métier, son statut dans l’institution, les raisons profondes de son engagement et la nature du lien tissé avec ses athlètes.

De lénifiantes biographies journalistiques tentent de valoriser la passion des plus grands «  coaches » et portent aux nues leur énergie, l’acuité de leur regard, la limpidité de leurs prises de décision. Plus intéressantes nous semblent être les trop rares récits d’expériences et confessions par les intéressés de leurs stratégies, de leur activité, mais aussi de leurs tourments, de leur solitude affective, de leur surmenage….

Nous tenterons par des analyses cliniques (leur vécu subjectif) et psycho-sociales (leur posture au sein du système sportif) de mieux comprendre le parcours, l’activité et le fonctionnement psychique de ces acteurs, pivots du dispositif du sport de haut-niveau : entre homme lige du système sportif, passeur –transmetteur de valeurs, pédagogue dévoué et infatigable… quelle ligne de conduite et quelle déontologie peut se donner l’entraîneur ? 

14 décembre 2015

Salle des thèses,à l’université de Paris Descartes, 5è étage du bâtiment Jacob, 45 rue des Saints-Pères, 75006 Paris.
  • Jean-Michel Besnier, Professeur des Universités, Chaire de Philosophie des technologies de l’information et de la communication, Université Paris IV-Sorbonne, Membre du Conseil Scientifique de la Cité des Sciences et de l’Industrie de La Villette, Membre du COMEPRA (Comité d’éthique et de précaution de l’INRA) et du COMETS (Comité d’éthique du CNRS)

Le transhumanisme et la haine du corps

"Sous ce titre, j’examinerai quelques-unes des formes que prend le rejet du corps et de la sensorialité humaine chez les transhumanistes. La brutalité avec laquelle on exprime, chez quelques technoprophètes radicaux, le désir d’en finir avec « la viande » qui nous rend périssable, est certes exceptionnel et confine à la pathologie. En revanche, il est fréquent que l’on présente la perspective du cyborg ou de l’humain augmenté comme une manière de mettre un terme à la passivité que nous imposent les sens. Fusionner avec la machine, vouloir booster l’humain grâce aux ressources des technosciences, c’est assumer l’ambition d’en finir avec cette passivité qui caractérise fondamentalement la condition humaine. On suggérera de ce point de vue la parenté qui existe entre d’une part, l’esprit des métaphysiques soucieuses de déduire conceptuellement ce qui se présente d’abord comme un donné naturel et d’autre part, la visée des technologies qui entendent promouvoir la fabrication et la programmation contre l’inertie de ce donné naturel. On abordera les modalités par lesquelles la sensorialité se trouve dissociée de la chair pour être traduite en termes d’information soumise au calcul et à la modélisation. Au bout du compte, on s’efforcera de montrer comment la haine du corps, chez les transhumanistes, s’inscrit dans une opération de désymbolisation pour laquelle l’éviction du langage, sa transformation en systèmes de signaux, tient lieu de programme destiné à faire triompher la communication de cerveau à cerveau, la dématérialisation ou bien la pensée dite hybride."

1er février 2016

14h30 à 16h30

Salle des thèses, à l’université de Paris Descartes, 5è étage du bâtiment Jacob, 45 rue des Saints-Pères, 75006 Paris.
  • Patrick Mignon, Sociologue à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (INSEP), ainsi qu’à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS)

De la discipline à l’autonomie : le mental, nouvelle frontière de la performance

" La performance sportive est volontiers présentée comme la combinatoire de trois facteurs : le physique, la technique, et mental. La prise en compte du facteur mental met en avant la dimension non physique de l’expérience sportive (psychique, spirituelle ou culturelle), ce qui peut apparaître comme le résidu non rationnel quand les sciences de la nature ont épuisé leur pouvoir explicatif. Il est alors proposé comme une des possibles explications de la performance, ou de la contre-performance, sous les références à la force du mental, à la volonté, aux traits culturels qui valorisent la gagne, à l’amour du maillot, au désir, à la foi, etc. 

La référence au mental traduit les perplexités face aux aléas de la performance. Le mental apparaît aussi dans les interrogations qui surgissent  quand on se demande ce qui se passe dans la tête d’un sportif confronté aux aléas heureux ou malheureux de sa carrière, aux transformations du sport ou qu’on s’interroge sur l’engagement dans la performance. Le mental renvoie ainsi à la nécessité de dispositif susceptible de surmonter ces aléas.

Ces dispositifs concernent d’abord les institutions du monde de la performance et ses professionnels. Illustration du processus continu de rationalisation du sport, la recherche de la petite différence qui fait la victoire nécessite un travail spécifique sur les capacités psychologiques des sportifs : attention, concentration, attitude. Le facteur mental est devenu ainsi une dimension du travail sportif où il apparaît, avec ses spécialistes, dans l’allongement de la chaîne de division des tâches caractéristique de la production de la performance. A ce titre, il renvoie aux concurrences entre professionnels institués, les entraîneurs, et nouveaux professionnels, psychologues, coaches, préparateurs mentaux, etc. Au découpage temporel et corporel des rythmes journaliers du travail et des séquences spécialisées de travail qui visent à développer les habiletés par la discipline de travail s’ajoutent l’observation des états émotionnels et l’attention plus forte au mal-être des sportifs et l’appel à l’intervention des experts de l’esprit et de son articulation avec le corps pour le développement de nouvelles compétences du sportif.

A une formation du sportif fondée sur une organisation qui segmente le corps et le temps ou à la  mobilisation mentale par l’entraîneur à l’aide des références de la discipline sportive tend à succéder un appel  à l’autonomie du sportif considérée comme condition de la performance quand le sportif a un projet, sait et fait ce qu’il faut faire pour performer. C’est une invite au travail du sportif sur lui-même pour se transformer, que ce soit pour se conformer ainsi à l’idéal sportif ou réaliser son rêve de mobilité. Les ressources sont multiples : techniques de méditation, adoption d’un mode de vie ascétique, recours à la religion comme ressources de rituels de conjuration du sort, comme contrôle social ou comme force spirituelle. 

La frontière du mental nous donne l’opportunité d’observer comment  on passe dans le sport d’élite ou de haut niveau à une conduite des athlètes fondée sur la mise en œuvre de procédures disciplinaires à une valorisation de l’autonomie, soit à une auto-discipline."

Un café sera servi dès 14h pour un moment convivial.

14 mars 2016

 Le Séminaire Sport & Humanités 2015-2016 aura le plaisir d’accueillir le lundi 14 Mars 2015 de 14h30 à 16h30, Pierre-Frédéric Daled, philosophe, professeur à l’Université Libre de Bruxelles ,

Salle des thèses, à l’université de Paris Descartes, 5è étage du bâtiment Jacob, 45 rue des Saints-Pères, 75006 Paris.

Un café sera servi dès 14h pour un moment convivial.

  • Pierre-Frédéric Daled, Professeur à l’Université libre de Bruxelles (ULB), Docteur en philosophie et lettres (ULB), Chercheur au Centre de Recherches Interdisciplinaires en Bioéthique (CRIB) de l’ULB, Ancien Membre du Comité consultatif belge de bioéthique (2010-2014), « “ Aussi sot qu’un athlète malade ”. Les corps possibles selon Canguilhem »

On ne peut manquer de relever de nos jours un paradigme insistant en termes de santé privée et de médecine du sport : l’amélioration de nos capacités naturelles. Notre corps serait-il obsolète ? La « normalité d'aujourd’hui » serait-elle devenue le « handicap de demain » ? Notre corps doit-il être un site d’expérimentation (sportive) afin de le remodeler ? Mais en fonction de quelle « humanité » ou de quel idéal corporel ? 

Et d’abord qu’est-ce qu’un corps normal ? Qu’est-ce qu’un corps pathologique ? Qu’est-ce qu’un corps valide ou invalide ? Peut-on fixer objectivement la frontière ? Ensuite qu’est-ce qu’un corps amélioré ? Comment l’améliorer : effort « naturel », techno-sciences, tricherie ? Et fondamentalement quel rapport à notre corps ce remodelage impliquerait-il ?

Sur ces thèmes d’actualité, primo, nous évoquerons trois cas réels qui interpellent les frontières censées fixer des notions telles que normal, valide, humanité, etc. Nous suggérerons ensuite un cas fictif. Secundo, nous évoquerons deux types de conception de notre rapport au corps humain émis entre le XVIIIe siècle et le XXIe siècle. Tertio, pour finir, nous rappellerons les réflexions prémonitoires proposées dès 1943, 1951 et 1962 par le philosophe et médecin français Georges Canguilhem (1904-1995) quant à notre rapport au corps. Anticipant dès le milieu du XXe siècle des défis très contemporains, celles-ci permettraient d’envisager avec flexibilité, mais sans relativisme, une libre conception des corps possibles.

Publications récentes en rapport avec la communication

  • « Normal, anormal et anomal », dans Gilbert Hottois, Jean-Noël Missa et Laurence Perbal (dir.), Encyclopédie du trans/posthumanisme. L'humain et ses préfixes, Paris, Vrin, « Pour demain », 2015,  p. 86-93.
  • « Normal et pathologique », dans Gilbert Hottois, Jean-Noël Missa et Laurence Perbal (dir.), Encyclopédie du trans/posthumanisme. L'humain et ses préfixes, op. cit.,  p. 93-106.
  • « Surhomme », dans Gilbert Hottois, Jean-Noël Missa et Laurence Perbal (dir.), Encyclopédie du trans/posthumanisme. L'humain et ses préfixes, op. cit., p. 139-146.
  • « Superman », dans Gilbert Hottois, Jean-Noël Missa et Laurence Perbal (dir.), Encyclopédie du trans/posthumanisme. L'humain et ses préfixes, op. cit.,  p. 432-438.
  • « Tératologie », dans Gilbert Hottois, Jean-Noël Missa et Laurence Perbal (dir.), Encyclopédie du trans/posthumanisme. L'humain et ses préfixes, op. cit., p. 146-155.
  • « Contraindre pour le bien. Approches éthiques », dans Science et sports. Journal des sciences de l’homme en mouvement, Organe officiel de la Société française de médecine du sport, Paris, Elsevier-Masson, vol. 26, n° 3, juin 2011, p. 119-126.
  • « Actualité de la bioéthique », dans Pierre Daled & Jacques Lemaire (éd.), Réflexions sur la bioéthique, La Pensée et les Hommes, n° 74 , Bruxelles, Éditions Espace de Libertés, 2009, p. 13-37.
  • « Santé, folie et vérité aux XIXe et XXe siècles : Nietzsche, Canguilhem et Foucault », dans Pierre Daled (éd.), L’Envers de la raison. Alentour de Canguilhem, Annales de l’Institut de philosophie de l’Université de Bruxelles, Paris, Vrin, 2008, p. 115-140.
  • « Le sujet en tant que fiction et déplacement chez Canguilhem : une éthique épistémologique », dans Marie-Geneviève Pinsart (éd.), Narration et Identité. De la philosophie à la bioéthique, Paris, Vrin, 2008, p. 61-78.

Par ailleurs, Pierre F. Daled termine un ouvrage, biographique et théorique, consacré à Georges Canguilhem (1904-1995). Au travers de ses archives inédites, il retrace l’ensemble de ses réflexions sur le normal, le pathologique, la santé, la maladie, mais aussi sur l’erreur et l’anomalie, à partir des années de formation à l’Ecole Normale Supérieure (1924-1927) jusqu’à sa conférence strasbourgeoise de 1988. Une large place y est consacrée à la reconstitution de ses activités de Résistance indissociables de sa publication fondamentale de 1943 : l’Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique.

4 avril 2016

Le Séminaire Sport & Humanités 2015-2016 aura le plaisir d’accueillir le lundi 4 avril 2016 de 14h30 à 16h30, ANAÏS BOHUON, Maître de conférences à l’UFR STAPS de Paris Sud 11 Laboratoire Sports, Politiques et Transformations Sociales (J.E 2496)

Salle des thèses, à l’université de Paris Descartes, 5è étage du bâtiment Jacob, 45 rue des Saints-Pères, 75006 Paris.

Un café sera servi dès 14h pour un moment convivial. 

Anaïs Bohuon, Maître de conférences à l’UFR STAPS de Paris Sud 11, Laboratoire Sports, Politiques et Transformations Sociales (J.E 2496)

  • Contrôler le sexe des sportives : du muscle aux hormones sexuelles

Cette conférence vise à analyser d’un point de vue socio-historique les tests de féminité, des contrôles médicaux instaurés dès 1966, visant à empêcher les hommes de concourir au sein des compétitions internationales féminines. Face à des athlètes qui bouleversent la représentation d’une construction binaire entre le sexe masculin et le sexe féminin, le monde sportif tente de maintenir une bicatégorisation sexuée inhérente à la logique interne de principe de compétitions.
Cette communication a pour ambition de revisiter l’histoire sociale et politique des « contrôles de féminité » et de montrer en quoi ils constituent un véritable dispositif de domination. Je reviendrai plus précisément sur la suppression « symbolique » du test depuis 2000. Dorénavant, les autorités s’appuient sur une appréciation esthétique et visuelle des corps féminins et elles n’appliquent plus le test, de façon systématique et obligatoire. Ce changement est à l’origine d’une actualité sportive brûlante, marquée par la suspension de la Sud-Africaine Caster Semenya. Cette affaire révèle la frontière mouvante subjectivement tracée entre le masculin et le féminin, encore plus floue quand les « marqueurs de la race et de la classe » interfèrent avec les « marqueurs du sexe ».

Mise en ligne des vidéos

Les vidéos du séminaire Sport & Humanités sont désormais disponibles sur le site de la MEDIATHEQUE de l’université de Paris Descartes. Adresse :

http://media2.parisdescartes.fr/cgi-bin/WebObjects/Mediatheque.woa/

Choisir « événements », puis « séminaires ». Mot de passe : S&H2015 ou S&H2016

Lieux

  • Univerisité de Paris Descartes - 45, rue des Saints-Pères
    Paris, France (75006)

Dates

  • lundi 12 octobre 2015
  • lundi 16 novembre 2015
  • lundi 14 décembre 2015
  • lundi 01 février 2016
  • lundi 14 mars 2016
  • lundi 04 avril 2016

Mots-clés

  • corps, sport, performance

Contacts

  • Isabelle Queval
    courriel : iqueval [at] orange [dot] fr

Source de l'information

  • Isabelle Queval
    courriel : iqueval [at] orange [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Sport et humanités (2015-2016) », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 21 septembre 2015, http://calenda.org/339440