AccueilLa sociologie au défi des transformations du lien social : questions de méthode

La sociologie au défi des transformations du lien social : questions de méthode

Sociology and the challenge of transformations to the social bond: questions of method

*  *  *

Publié le lundi 05 octobre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Le RéDoc tiendra du 21 au 25 mars 2016 à Marrakech sa septième université de printemps qui aura pour thème : « La sociologie au défi des transformations du lien social : questions de méthode ». Cette séance de formation doctorale est organisée par la faculté de gouvernance, des sciences économiques et sociales de l’université Mohamed VI polytechnique. Pendant une semaine, les doctorants auront la possibilité d’assister à des conférences, de participer à des modules de formation et de présenter leurs communications lors d’ateliers abordant un ou plusieurs aspects de ce thème.

Annonce

Texte d’orientation

La sociologie se définit en tant que science dont l’objet d’étude est les phénomènes sociaux, elle s’intéresse aux comportements des individus en tant que membres d’un corps social (famille, Etat, tribus, …) et tente d’en expliquer les fondements. Cette définition générale ne permet plus de décrire l’activité sociologique dans sa diversité.  La discipline bien installée dans le champ scientifique depuis le 19ème siècle, partage ses questions, ses objets et une partie de ses réponses avec d’autres disciplines : l’anthropologie, l’histoire, l’économie, la psychologie, la science politique… Aujourd’hui, les sociologues se trouvent à interroger leurs méthodes et leurs approches d’investigation compte tenu des transformations du lien social.

Par ailleurs, la sociologie est confrontée aux changements qui concernent les nouvelles formes d’organisations sociales, les nouveaux rapports sociaux, suscités par l’avènement du virtuel et du numérique, et les méthodes de collectes et d’analyse qui en dépendent. Il est par conséquent salutaire dans cette période de mutations rapides et intenses, d’interroger les anciennes méthodes et ces nouveaux objets et de renouveler les modes de questionnement par-delà les partis pris holistes ou individualistes, quantitativistes ou qualitatifs.

La distance qui sépare Durkheim de Thomas et Znaniecki est la même qui nous sépare aujourd’hui des premiers travaux de Bourdieu sur la division du travail en Kabylie. Durkheim insistait notamment sur le fait que les phénomènes d’anomie sont surtout caractéristiques des périodes de développement économique intense, de crise politique ou de crise économique et il pointait les mécanismes générateurs de désorganisation et de démoralisation en période de changement social à partir d’un point de vue normatif. Alors que les travaux de Thomas et Znaniecki introduisent la subjectivité et l’interaction, ils analysent les mécanismes générateurs de l’anomie et les situations créées par ces mutations tant au point de vue de l’individu que de la société. La même observation peut être faite à propos du paradigme de la sociologie de l’action ou du pouvoir quand Bourdieu privilégie la concurrence et le conflit, tandis que d’autres sociologues insistent sur la coproduction, la coalition.

Si des débats autour de la stratification, l’intégration et l’anomie ont toujours intéressé les sociologues, il n’en demeure pas moins que les analyses autour du lien social constituent l’épine dorsale de la discipline. Or, cet objet privilégié est, de loin, le plus perturbé par les mutations en cours. La diversification des liens constitutifs des sociabilités qui se trouvent au fondement du « corps social » ne peut plus s’appréhender uniquement à travers des indicateurs morphologiques tels que l’habitat, la famille, etc. Des mutations profondes aussi bien technologiques, médicales que philosophiques ont boulversé les unités primaires telles que la famille, le lignage, la tribu, construites autour de principes biologiques, ethniques voire spatiaux.

Les débats actuels autour de réseaux sociaux et du réseau virtuel laissent entrevoir toute la complexité du problème de la nature du lien, ses manifestations empiriques, sa temporalité et son rapport à l’action, la mobilisation ou la production de l’identité. Ils nous interpellent au fur et à mesure que ces réseaux se développent à une vitesse extraordinaire. Dans quelle mesure ces réseaux créent-ils véritablement du lien social ? Les constats actuels autour de la relation entre les mouvements de revendication et de contestation et le développement des réseaux sociaux posent également la question du passage du « virtuel » au « réel » et de la nature du lien qui en découle.

Ces objets nouveaux -structurés autour de liens éphémères- ne peuvent pas être appréhendés uniquement par une réinvention de la tradition en imaginant le tribalisme là où il ne peut exister, en transférant sans crainte l’anachronisme et en forçant l’analogie entre des formes de ritualisation et de sociabilité actuelle avec celles du passé.

L’enjeu est épistémologique, il concerne les questions possibles à un moment donné de l’histoire mais il est aussi méthodologique dans la mesure où nos boites à outils peuvent s’avérer caduques. Notre installation dans le confort d’une discipline institutionnalisée aux méthodes canonisées nous prive de « l’imagination sociologique » (C.W Mills) et annihile nos capacités d’innovation. On peut multiplier les exemples qui illustrent l’importance des réseaux sociaux pour décrire et expliquer les nouveaux objets sociologiques. Si on prend l’exemple du rapport entre lien virtuel/réel et notre approche de ses formes de sociabilité, on ne peut pas ignorer les enjeux de méthodes que le phénomène pose. Certes, quelques modèles existent et ont été mobilisés bien avant la nouvelle vague des réseaux sociaux et des sources d’information sur internet. Le modèle d’Herbert Simon (1954) a été popularisé sur l’influence de la publication des résultats de sondage sur le vote final mais surtout par Schelling (1972) dans ses différentes simulations de la ségrégation spatiale et ses conséquences inattendues et non voulues ainsi que sur de nombreux comportements collectifs. Ce modèle s’applique aussi bien à la diffusion de l’innovation, des rumeurs, des maladies que des grèves, des émeutes, des migrations, du vote. Ou encore la théorie de l’importance des liens faibles développée par Granovetter (1982), pour qui, paradoxalement. un individu profiterait plus, des liens faibles (réseau secondaire des connaissances) que des liens forts (réseau primaire de la famille et des amis proches), pour la circulation de l’information.

Les nouveaux objets posent un autre problème lié à la nature des ressources documentaires utilisées, dont principalement l’internet mais aussi les nouveaux usages qui affectent d’autres sources d’information classiques telles que les enquêtes d’opinions et les sondages.

Afin de réfléchir à cette vaste question des « changements de paradigme et des objets sociologiques » nous suggérons à titre indicatif, d’aborder ce thème par l’intermédiaire d’axes qui constituent des portes d’entrée vers des thématiques spécifiques :

Quels  nouveaux objets sociologiques ?

  • Les nouveaux liens sociaux ;
  • La socialisation aujourd’hui ;
  • Les réseaux sociaux et processus de réseautage
  • La dynamique de la société virtuelle ;
  • La dynamique de groupes ;
  • Le passage du virtuel au réel et la nature du lien ;
  • Le transnationalisme

Quelles nouvelles méthodes ?

  • La nature des ressources documentaires ;
  • Les sources d’informations ;
  • Les indicateurs du lien social ;
  • L’enquête dans le monde virtuel ou l’ethnographie digitale ;
  • L’enquête sociologique des réseaux ;
  • L’enquête auprès des réseaux transnationaux.

Références

Granovetter, M. (1982) « The Strength of Weak Ties: A Network Theroy Revisited », dans P.V. Marsden et N.Lin (dir.), Social Structure and Network Analysis, London, Sage.

Mills, (2006), L’imagination sociologique, [traduction de Pierre Clinquart], Paris, La Découverte.

Bourdieu, et A. Sayad (1964), Le déracinement, la crise de l’agriculture traditionnelle en Algérie, Paris, Éditions de Minuit.

Lévi-Strauss, C. (1983), Le regard éloigné, Paris, Plon.

Schelling, T. C. (1971), «Dynamic Models of Segregation», Journal of Mathematical Sociology, 1: 143-186.

Simon, H. (1954) «Bandwagon and Underdog Effects of Election Predictions», Public Opinion Quarterly, 18 (3), p. 245-253

Conditions de participation 

Les personnes désireuses de participer à l’Université de printemps de Marrakech doivent être inscrites au doctorat au courant de l’année 2015-2016 et réaliser une thèse en sociologie/sciences sociales.

Ils ou elles doivent en principe être inscrit-e-s dans une Ecole doctorale (ED) membre du RéDoc. Mais nous avons jusqu’ici toujours fait une place à des candidat-e-s hors RéDoc.

Le nombre de participant-e-s à la session de formation étant limité, une sélection des candidat-e-s sera faite, sur la base des critères suivants :

  • qualité du projet de communication et lien avec la thématique;
  • pertinence de la thèse;
  • recherche d’un équilibre entre les écoles doctorales participantes.

Inscription

Les doctorant-e-s intéressé-e-s sont invité-e-s à nous envoyer un dossier de candidature avant le 23 novembre 2015.

Le dossier de candidature comprend obligatoirement et en français :

1. le formulaire de candidature complètement rempli;
2. un curriculum vitæ universitaire avec mention des travaux scientifiques et des éventuelles publications;
3. une attestation d’inscription de l’école doctorale d’appartenance pour l’année 2015-2016 ou une preuve équivalente du statut de doctorant  (ex. attestation du directeur de thèse);
4. la fiche de présentation de votre thèse et de votre projet de communication  (utiliser leformulaire ci-joint).

L’envoi des dossiers (points 2-3-4) se fait :

par voie électronique : redoc@aislf.org

ou par voie postale : Romain Paumier, Département de sociologie, Université du Québec à Montréal, C.P. 8888, succ. Centre-ville, Montréal (Québec) H3C 3P8 ;

Suivi des candidatures et des inscriptions : redoc@aislf.org

Coûts de participation

Si leur candidature est retenue, les doctorant-e-s devront, dans les mois qui suivent leur sélection, payer un frais d’inscription à l’Université d’été (50 euros étudiants ED membre – 100 euros étudiants ED non-membre).

Les frais de voyage et d’hébergement sont à la charge des participant-e-s. Une possibilité d’hébergement à coût modique près du lieu où se déroulera l’Université sera proposée aux doctorant-e-s qui confirmeront leur participation.

Comité scientifique

  • Jean-Marc Larouche, Université du Québec à Montréal, directeur du Réseau international d'écoles doctorales en sociologie/sciences sociales Rédoc
  • Mohamed Tozy, IEP Aix-en Provence / École de Gouvernance et d'Économie de Rabat
  • Zakaria Kadiri, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Ain Chock- Casablanca EGE Rabat
  • Fadma Ait Mous, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Ain Chock- Casablanca EGE Rabat

Lieux

  • Marrakech, Maroc

Dates

  • lundi 23 novembre 2015

Mots-clés

  • socialisation, lien social, nouvelle technologie, objet, réseau social

Contacts

  • Romain Paumier
    courriel : rm [dot] paumier [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Romain Paumier
    courriel : rm [dot] paumier [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La sociologie au défi des transformations du lien social : questions de méthode », École d'été, Calenda, Publié le lundi 05 octobre 2015, http://calenda.org/339761