AccueilRisques et usures liés au travail

Risques et usures liés au travail

Risks and wear related to work

Séminaire du Centre Georges Chevrier – UMR CNRS uB 7366

Seminar at the Centre Georges Chevrier – UMR CNRS uB 7366

*  *  *

Publié le mardi 29 septembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Depuis le début des années 2000, les liens entre santé et travail font l’objet en France d’une mobilisation sans précédent de l’ensemble des sciences sociales, comme l’attestent le nombre de publications (ouvrages et numéros thématiques de revues), le lancement de programmes de recherche interdisciplinaire ou encore de dispositifs d’étude longitudinale inédits. En simplifiant, deux ressorts de renouvellement constituent deux grandes focales d’attention pour les recherches en sciences sociales…

Annonce

Argumentaire

Du côté du champ institutionnel, l’émergence de « nouveaux risques » (risques dits à effets différés et risques dits psychosociaux), aux contours différents de ceux du risque « classique » portant une atteinte directe à l’intégrité physique des salariés, a conduit à remettre plus expressément en question la gestion historique de la santé au travail par la branche AT/MP (accidents du travail-maladies professionnelles). Celle-ci a été enjointe de s’aligner sur les standards de la santé publique. Pour certains auteurs, cette injonction engage un nouveau paradigme plus environnemental combinant approche épidémiologique et approche ergonomique dont les contours restent encore largement en cours de définition tant ils impliquent de redéfinir ou clarifier les positions respectives d’un ensemble d’acteurs institutionnels et professionnels. A cette logique de renouvellement visant, non sans inertie et ambivalence, à dé-confiner la santé au travail des arènes de négociation entre partenaires sociaux, peuvent être rattachées, là aussi non sans ambiguïté, la volonté politique de prendre en compte la pénibilité des parcours des salariés dans le calcul des droits à retraite mais aussi celle de se préoccuper de la santé et des « conditions de travail » des travailleurs indépendants.

De cette tendance de fond, se dégage une première ligne d’interrogation relative à l’extension considérable du terme de risque. Le « risque professionnel » est une catégorie qui renvoie déjà à des entités passablement hétérogènes selon qu’on l’envisage sous l’angle de l’un ou l’autre des deux volets sociaux historiquement structurants de la santé au travail – la prévention ou la réparation. Que désigne le risque quand il pointe le « psychosocial » comme dimension potentiellement nocive des milieux de travail ? Pourquoi certains auteurs préfèrent-ils, dans ce cas, parler de « troubles » psychosociaux (de la même façon qu’on parle de troubles musculo-squelettiques) ? Que désigne également le risque quand il conduit à raisonner en termes très techniques de conditions d’exposition (seuils, dose, durée, fréquence) dont les effets débordent dans le temps et dans l’espace la sphère du travail ? Quelle est la place de l’expertise médicale au sens large (incluant épidémiologie et toxicologie) dans l’identification de ces nouvelles figures et frontières du risque ? Dans quelle mesure sa convocation est-elle (sur)déterminée par les formes sociales de responsabilité qui pourront être imputées ?

Sur les terrains concrets du travail lui-même, les diagnostics et débats autour d’une intensification du travail et de sa précarisation ont nourri de multiples études incriminant le caractère pathogène de temporalités aliénantes (incertaines, contradictoires, accélérées…). La possibilité de se réaliser au travail, incluant celle de pouvoir tabler sur le sentiment de responsabilité d’un travail « bien fait », a pu être questionnée de manière radicale. Les catégories de « souffrance au travail », de « nouvelles pénibilités », de coopération entre « intérimaires » et « permanents » et leurs déclinaisons, invitent à reprendre la notion d’usure (Cottereau, 1983) et ses figures contemporaines infra-pathologiques au sens médical du terme. Cette reprise emporte une seconde ligne d’interrogations : que ou qui faut-il soigner ? Les travailleurs eux-mêmes en les équipant de nouveaux droits, de nouveaux dispositifs de répit ? Les organisations en y promouvant de manière incitative sous forme de labellisation, certification une « qualité de vie au travail » ? Le travail lui-même en y développant des savoirs d’intervention favorables à une délibération permanente sur son caractère « soutenable » ?

Le séminaire vise à interroger les articulations et tensions entre d’une part, les registres d’objectivation engagés par la catégorie de « risque » et d’autre part, les normativités ancrées dans des expériences d’usure liées au travail, plus ou moins ponctuelles, plus ou moins individuelles. Un intérêt sera porté aux outils théoriques et méthodologiques à l’aide desquels les sciences sociales (sociologie, science politique, histoire, ethnologie, psychodynamique, économie) s’emparent de ces questions, en incluant les savoirs d’intervention de disciplines voisines (ergonomie, psychopathologie du travail et clinique de l’activité).

Programme 2015-2016

2 octobre 2015

  • Pascal Marichalar, Chargé de recherches en sociologie, Iris, CNRS,Ehess, Paris. Les rapprochements entre santé-environnement et santé-travail : de quoi parle-t-on ? Quelles contributions des SHS ? 

13 novembre 2015 

  • Valentine Hélardot, McF en sociologie, LISST-Cers, CNRS, Univ. Toulouse. Les expériences sociales de la santé et les formes de précarisation du travail.

4 décembre 2015

  • Dominique Jacques-Jouvenot, Pr. de sociologie, Lasa, Univ. Bourgogne-Franche-Comté. Savoirs professionnels et suicide en agriculture

29 janvier 2016

  • François Jarrige, McF en Histoire, CGC, CNRS, Univ. Bourgogne-Franche-Comté. Les risques, le corps et la technique : l’hygiène du travail boulanger au XIXe siècle.

12 février 2016

  • Damien Cru, ancien préventeur à l’Organisme Professionnel de Prévention du Bâtiment et Travaux Publics, Psychodynamique du travail, Paris. Le risque et la règle. Le cas du bâtiment et des travaux publics.

25 mars2016

  • Marielle Poussou-Plesse, McF en sociologie, CGC, CNRS, Univ. Bourgogne-Franche-Comté. La mise en compte de la santé au travail sous l’horizon de la longévité : la prise en charge de la pénibilité des parcours professionnels par l’assurance retraite.

Inscription

Entrée libre, sans réservation

Lieux

  • Bâtiment Droit-Lettres, salle Georges Chevrier, 3e étage - Université de Bourgogne, Esplanade Erasme
    Dijon, France (21)

Dates

  • vendredi 02 octobre 2015
  • vendredi 13 novembre 2015
  • vendredi 04 décembre 2015
  • vendredi 29 janvier 2016
  • vendredi 12 février 2016
  • vendredi 25 mars 2016

Mots-clés

  • travail, santé, environnement, agriculture, boulanger, travaux publics, retraite, longévité

Contacts

  • Marielle Poussou-Plesse
    courriel : Centre-Georges-Chevrier [at] u-bourgogne [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Éloïse Dreure
    courriel : eloise [dot] dreure [at] u-bourgogne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Risques et usures liés au travail », Séminaire, Calenda, Publié le mardi 29 septembre 2015, http://calenda.org/340261