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Matérialités du travail savant

Materialities of scholarly work

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Publié le lundi 12 octobre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Cette journée d'étude prend pour objet les modalités pratiques et matérielles du travail intellectuel qui consiste à « faire » des sciences et des techniques — dans les aspects les plus abstraits (comme par exemple la résolution d’équations), mais aussi dans la mise en situation de savoirs, ou dans le cadre d’un projet de mise en circulation. Il s'agira de s'interroger sur les environnements culturels et sociaux dans lesquels de telles activités prennent sens, mais aussi de comprendre comment les pratiques quotidiennes du travail savant, ancrées dans le temps, s’articulent avec la vocation de longue durée des résultats scientifiques. 

Annonce

Argumentaire

Depuis les années 1980, la question des pratiques connaît un large succès dans les sciences sociales, et plus particulièrement dans les études historiques, philosophiques et sociologiques des sciences. Les pratiques sont ainsi considérées comme un élément-clé pour analyser les phénomènes sociaux, à partir duquel d’autres entités sociales — comme les actions ou les structures — peuvent être comprises. Si ces études ne constituent pas un courant unifié qui s’accorderait sur ce qu’il convient de mettre exactement derrière ces « pratiques », elles ont en commun de proposer une alternative à l’analyse des connaissances et des résultats produits, en mettant l’accent sur les processus de production, sur l’activité quotidienne des scientifiques, et notamment sur les dispositifs matériels et les aspects concrets de leur activité. En outre, l’une des conclusions importante que partagent de nombreuses études participant de ce courant est que la transmission et le partage des savoirs et des savoir-faire ne va pas de soi : pour reproduire des expériences, pour fabriquer des instruments selon des instructions, pour se mettre d’accord sur un résultat, on a besoin d’acquérir des compétences forgées ailleurs que dans son environnement immédiat, en éduquant pour cela ses yeux et ses mains.

Or, l'inscription des pratiques scientifiques dans le cadre plus général de la production, de la transmission et de la circulation des savoirs permet de suivre les traces matérielles de ces pratiques. Même s'ils n'utilisent pas les ressources matérielles de la même manière, les savants, les techniciens, les artisans, les professeurs, les étudiants et les lecteurs de textes scientifiques s'appuient tous sur les mêmes supports, que ce soit du papier et de l'encre, ou des instruments. Cette mutualisation des ressources matérielles fonctionne donc comme point de rencontre non seulement entre les branches scientifiques, mais aussi entre les groupes sociaux auxquels appartiennent les acteurs. Parallèlement, des pratiques très différentes peuvent être élaborées partir de mêmes ressources, selon les intérêts et les objectifs de chacun.

Il s’agira donc ici de s’intéresser aux modalités pratiques, très concrètes, du travail intellectuel qui consiste à « faire » des sciences et des techniques — que ce soit dans ses aspects les plus abstraits, dans sa dimension manuelle, ou dans le cadre d’un projet de mise en circulation des savoirs — tout en s’interrogeant sur les environnements culturels et sociaux dans lesquels cette activité prend sens.

La journée d’étude se propose de décliner la question des matérialités de la pratique savante selon trois axes.

Il s’agira d’abord d’examiner la pratique savante « classique », qui mobilise et arrange les savoirs selon les possibilités qu'offrent le papier, l'encre, les livres, les tables numériques etc. La pratique s'articule ici avec le développement et l'exploration des combinaisons des modes de lecture, d'écriture et de calcul. Une deuxième partie sera consacrée aux pratiques qui « traduisent » la théorie pour l'appliquer à des problèmes et contextes scientifiques ou quotidiens. La médiation se fait ici fréquemment par le déploiement d'instruments, mais aussi par la mise en situation des savoirs. Un dernier axe s’intéressera aux pratiques relatives à la circulation des savoirs, en prenant pour objet les correspondances, les journaux et les livres, ainsi qu’à leur transmission par l'apprentissage et l'enseignement. On s’interrogera notamment sur la fabrication des imprimés et les traces que peuvent laisser leurs usages, ou encore sur la mise en place et les effets de dispositifs d’apprentissage spécifiques. 

Cette journée d’étude envisage la question des pratiques comme une invitation à aborder la question de l'identité des sciences et des techniques elles-mêmes, en incitant à une réflexion sur l’historicité de la dimension pratique des sciences. Il s’agit aussi, donc, de comprendre comment les pratiques quotidiennes du travail savant, ancrées dans le temps, s’articulent avec la vocation de longue durée des résultats scientifiques.

Programme

9h-9h30 :  Accueil et introduction

9h30-11h00 : Lecture, écriture et calcul

  • Maarten Bullynck (EA 1571, Université Paris 8): "Copier et coller, couper et assembler : l'imbrication des tables et indices autour de 1800". 
  • Claire Bustarret (Centre M. Halbwachs, CNRS-ENS-EHESS) & Nicolas Rieucau (EA 3391, Université Paris 8): "Supports de l’écriture savante au XVIIIe siècle : classement des données et   gestion du papier".           

11h00-11h15 : Pause

11h15-12h45 : Mise en situation des savoirs théoriques

  •  Joël Chandelier (EA 1751, Université Paris 8): "Mettre en pratique la médecine savante à l’époque de la Peste noire : quelques exemples italiens". 
  • Marie-José Durand-Richard (SPHERE, CNRS-Paris Diderot): "L'analyseur différentiel entre théorie et pratique des équationsdifférentielles en Angleterre (1935-1957)".
  • Discutante : Catherine Verna (EA 1571, Université Paris 8)

13h00-14h30 : Pause déjeuner

14h30-16h45 : Aspects matériels de la circulation de savoirs

  •  Jeanne Peiffer (Centre Alexandre Koyré, CNRS-EHESS): "Produire une traduction française des Philosophical Transactions. Enjeux, pratiques savantes et formes matérielles".       
  • Renaud d’Enfert (CURAPP-ESS, Université de Picardie Jules Verne): "Matérialités de l’enseignement mathématique : le cas de l’École royale gratuite de dessin et de mathématiques dans la première moitié du XIXe siècle". 

Catégories

Lieux

  • Salle de recherche de la bibliothèque - 2 rue de la Liberté
    Saint-Denis, France (93526)

Dates

  • mercredi 14 octobre 2015

Fichiers attachés

Mots-clés

  • technique, matérialité, travail savant

Contacts

  • Caroline Ehrhardt
    courriel : caroline [dot] ehrhardt [at] univ-paris8 [dot] fr

Source de l'information

  • Caroline Ehrhardt
    courriel : caroline [dot] ehrhardt [at] univ-paris8 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Matérialités du travail savant », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 12 octobre 2015, http://calenda.org/342335