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La présidence Obama en perspective historique

The Obama presidency in historical perspective

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Publié le mercredi 21 octobre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Si l’élection de novembre 2008 fut saluée comme historique, les deux mandats qui suivirent furent-ils pour autant décisifs ? Dans quelle mesure Obama fut-il, pour reprendre la typologie de Stephen Skowronek (1993), un président qui sut, à l’instar de Franklin Roosevelt, créer un nouvel ordre économique et politique fondé sur la « répudiation » des équilibres antérieurs ? Peut-on parler plus largement d’une présidence « transformatrice » qui fit évoluer la nation américaine ou, au contraire, fut-elle « minimaliste », comme l’avait anticipé Cass Sunstein (2008), voire une « restauration » traditionnaliste ? De bien des façons la présidence Obama semble se situer entre ces types, mais jusqu’où et de quelle façon ?

Annonce

Argumentaire scientifique

L’objectif premier de cette conférence internationale de tenter un premier bilan de la présidence Obama, notamment en la replaçant dans une perspective historique plus large incluant les grandes vagues de réforme qui l’ont précédée. A partir de la présidence Obama, une réflexion générale sur le progressisme et ses limites dans la démocratie américaine constitue l’horizon de cette conférence.

Pour ce faire, la conférence privilégiera quatre axes principaux :

  • Le bilan législatif invite naturellement à une comparaison avec les présidences progressistes. Les similitudes entre le New Deal et la Great Society d’une part, et la présidence Obama d’autre part ont été notées à plusieurs reprises (Kloppenberg, 2010), d’autant que là aussi l’institution présidentielle semblait porter les espoirs réformateurs de la population. L’arrivée au pouvoir dans un contexte de crise économique et financière aigue, le charisme du nouveau leader, l’épuisement de la majorité républicaine précédente, tous ces éléments de 2008 venaient en écho à l’élection de Franklin Roosevelt en 1932. L’agenda de la présidence Obama renoua avec celui de FDR en soutenant la relance de l’économie, en réformant les pratiques bancaires & financières et en réalisant enfin une réforme de l’assurance-maladie, ce que tous les présidents démocrates avaient tenté de faire depuis que Roosevelt s’était opposé à la création d’un programme fédéral d’assurance-maladie en 1935. Non seulement la présidence Obama s’est inscrite dans le sillage de celle de FDR, mais elle semblait aussi réaliser, au moins symboliquement, les promesses de la Grande Société de Lyndon Johnson. L’élection d’un noir, dont le « story telling » personnel reposait sur une intégration des codes & des valeurs de la lutte pour les Droits Civiques des années soixante (son autobiographie de 1995, Dreams From My Father en témoigne) et qui, dans le recensement de 2010, choisit d’ailleurs pour se décrire la catégorie « Black/African-American », donnait la preuve la plus éclatante de l’intégration politique de la communauté noire. Tout ceci concourait à faire de la présidence Obama non seulement la troisième étape victorieuse des forces de progrès, mais un aboutissement, celui de la réalisation d’une société « post-raciale »
  • Le deuxième axe, après celui des réalisations législatives, porte sur la notion de crise. Crise institutionnelle d’abord avec le blocage (gridlock) endémique du Congrès à partir du 112e élu en 2010, qui nourrit le débat lancinant sur le « déclin » de la république américaine (Ackerman, 2010). Face à la paralysie du Congrès, Obama a pris des initiatives administratives, par exemple sur l’immigration, qui ont conduit les leaders républicains à dénoncer l’abus de pouvoir présidentiel, un retournement rhétorique spectaculaire par rapport à la présidence Bush. Crise politique ensuite avec la montée de la polarisation partisane qui paralyse la gouvernance nationale. Le tournant conservateur du Parti républicain (dont l’obsession sécuritaire risque de leur coûter électoralement cher vis-à-vis de la communauté hispanique), surtout au Congrès, a rendu illusoire l’appel « post-partisan » d’Obama. Crise budgétaire ensuite où les conflits entre la majorité républicaine et la présidence entamèrent la crédibilité financière de la nation et transformèrent le vote annuel du budget en drame politique national au point de fermer certains services de l’Etat fédéral (government shutdown) à l’automne 2013. Crise citoyenne enfin avec les multiples manifestations de la défiance publique, notamment par la Tea Party ou Occupy Wall Street, dont l’intensité semble remettre en cause la légitimité des élus en place, notamment dans un contexte où le financement des campagnes électorales après Citizens United (2010) risque de nourrir le cynisme citoyen et questionne même l’indépendance des candidats. 
  • Le troisième axe porte sur l’acuité des questions sociale et raciale. La « crise de la classe moyenne », préoccupation revendiquée de la nouvelle administration en 2008, est tout aussi aigue huit ans plus tard dans un contexte où l’Etat fédéral est budgétairement contraint. L’éducation, en particulier universitaire, devient un souci constant au vu de la hausse vertigineuse des coûts. Le droit du travail et les syndicats sont plus menacés que jamais par la multiplication des assauts républicains au niveau local, notamment l’adoption de lois dites « right to work ». Le combat contre l’emploi public et les syndicats qui le défendent, dont le gouverneur républicain Scott Walker s’est fait le porte-drapeau, a pris une envergure plus importante. L’administration a échoué à augmenter le salaire minimum et, plus généralement, à répondre aux controverses croissantes sur les inégalités sociales. La fiscalité, fédérale et fédérée, est un enjeu que l’administration laisse inchangé alors que la situation budgétaire est préoccupante et que le décalage entre la fiscalité du travail et celle du capital s’accroît. Le succès américain du livre de Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle(2013) est une illustration frappante des problèmes soulevés par les inégalités fiscales.

Quant aux relations raciales, elles ne semblent pas s’être améliorées avec l’élection d’un président noir. Les émeutes de Ferguson et Baltimore et les brutalités policières récentes illustrent la persistance des vieilles fractures raciales de la société américaine (Sugrue, 2010). Malgré l’émergence du mouvement Black Lives Matter, les quelques déclarations d’Obama ne se sont toujours pas traduites en actes pour réformer le système de justice pénale et s’attaquer aux autres conditions sous-tendant « l’Etat carcéral », lequel a continué de détériorer le tissu social des communautés noires. En même temps, les outils juridiques de lutte contre la discrimination dans l’exercice du droit de vote sont en recul, notamment après l’intervention de la Cour Suprême sur le Voting Rights Act (Shelby County v. Holder, 2013). Les clivages raciaux prennent aussi forme dans la géographie urbaine, où ils sont liés avec le logement et l’éducation, mais aussi avec l’emploi et l’organisation du travail dans l’Amérique post-industrielle. Des interventions qui chercheront à voir en quoi les huit années d’administration Obama ont transformé le paysage politique pour traiter de ces problèmes seront particulièrement appréciées. Enfin, la gestion de la pression migratoire reste irrésolue. Le blocage est complet au niveau national, de sorte que le traitement de la pression migratoire est de plus en plus le fait des collectivités locales, faisant de la politique d’immigration un patchwork qui ne résout aucun problème.

  • Le dernier axe du bilan d’Obama que la conférence abordera est la politique étrangère. L’attribution du prix Nobel de la Paix au tout nouveau président illustrait là aussi l’immensité des attentes après les initiatives controversées de la présidence Bush. Si Obama réussit bien à extirper les Etats-Unis d’Irak et d’Afghanistan, ce fut pour faire face ensuite à des défis nouveaux – de la Libye à la Syrie en passant par Daesch – qui rendirent plus difficile le « pivot » vers l’Asie tant proclamé par la nouvelle équipe. Le retour vers le cadre atlantique hérité de la seconde Guerre mondiale s’imposa d’autant plus que la situation en Ukraine se détériora et que les rapports avec la Russie se tendirent. Mais quel est l’état de ce renouveau relatif du cadre transatlantique, notamment quand les Etats-Unis continuent à pratiquer un unilatéralisme de bon aloi lorsqu’ils l’estiment nécessaire ? Le débat sur la surveillance internationale depuis l’affaire Snowden (juin 2013) et ses répercussions négatives sur le Vieux Continent montrent que les incompréhensions mutuelles demeurent. Si la rhétorique de la « guerre contre le terrorisme » a été officiellement abandonnée en 2013, la pratique est plus que jamais présente, notamment sous son aspect « cyber », et questionne toujours les relations au sein de l’Alliance Atlantique ainsi que la prééminence américaine. Par ailleurs, la protection de la vie privée (Jeff Rosen, 2001) face aux nouveaux moyens du renseignement, l’encadrement démocratique de ces pratiques, est un des enjeux qui se pose avec le plus d’acuité après huit années de croissance de la « cyber-sécurité » et l’apparition des « cyber-attaques ». Le droit international et la notion de sécurité collective sont à repenser dans ce nouveau cadre. Quant à la poursuite par l’administration Obama d’une politique commerciale de libre-échange – à la fois avec l’Asie et avec l’Europe –, elle peut être certes perçue comme une volonté d’approfondir les liens que les Etats-Unis entretiennent avec leurs partenaires mais crée aussi potentiellement des tensions considérables en Europe. Les succès diplomatiques les plus récents, par exemple sur l’Iran, pourront aussi être abordés.

Au total, la présidence Obama semble avoir apporté tout autant des solutions que créer des problèmes nouveaux, faisant ainsi de la « troisième vague du progressisme » contemporain, tant attendue en 2008, un apprentissage difficile du principe de réalité. Le bilan est contrasté, et certainement décevant pour ses plus chauds partisans, mais la conférence tentera d’apporter une conclusion plus nuancée à propos d’une présidence qui ne saurait se réduire aux typologies déjà existantes.

Bibliographie indicative

Ackerman, Bruce, The Decline of the American Republic, 2010.

Cain, Bruce, Democracy More or Less. America’s Political Quandary, 2015.

Claassen, Ryan L., Godless Democrats and Pious Republicans. Party Activists and the God Gap, 2015.

Edwards, George C., Overreach, 2009.

Ferguson, Robert A., Inferno. An Anatomy of American Punishment, 2015.

Frey, William, Diversity Explosion. How Racial Demographics are Remaking America, 2014.

Godet, Aurélie, Le Tea Party, 2012.

Hess, Stephen, American Political Dynasties. From John Adams to the Clintons, 2015.

Jacobs, Lawrence, King, Desmond, Obama at the Crossroads, 2012.

Jones, Bruce, Still Ours to Lead. On the Myth of the American Decline, 2015.

Kloppenberg, J.T., Reading Obama, 2010.

Richomme, Olivier & Michelot, Vincent, Le bilan d’Obama, 2012.

Rosen, Jeff, The Unwanted Gaze, 2001.

Rudalevige, Andew et al. The Obama Presidency, 2011.

Skowronek, Stephen, The Politics Presidents Make, 1993

Skocpol, Theda, et al.Obama and America’s Political Future, 2012.

Sugrue, Thomas Not Even Past. Obama and the Burden of Race, 2010.

Sunstein, Cass, « The Visionary Minimalist », The New Republic, 30 janvier 2008.

Vaisse, Justin, Barack Obama et sa politique étrangère, 2008-2012, 2012.

Zaki, Laidi, Le monde selon Obama, 2nd éd. 2012.

Délais et procédure de soumission

Mars 2016 : date limite d’envoi des propositions

(500 mots max., avec un titre + qualité auteur). Les propositions sont à envoyer à François de Chantal, fdechantal@univ-paris-Diderot.fr et à Jean-Christian Vinel <jean.christian.vinel@gmail.com>.

Juin 2016 : réponse du comité scientifique.

Version finale du papier attendue pour novembre 2016.

Comité scientifique

  • François de Chantal (Paris Diderot)
  • Andrew Diamond (Paris 4)
  • Frédérick Douzet (Paris 8)
  • Romain Huret (EHESS)
  • Denis Lacorne (CERI)
  • Vincent Michelot (IEP de Lyon)
  • Jean-Christian Vinel (Paris Diderot).

Date et lieu

Date : 2e semaine de décembre 2016.

Lieu : Université Paris 7 (amphi Buffon).

Lieux

  • Amphi Buffon - 15 rue Hélène Brion
    Paris, France (75013)

Dates

  • jeudi 31 mars 2016

Mots-clés

  • institution, électoral, politique publique, cour suprême, droit constitutionnel, parti politique, gauche américaine, droite américaine, politique étrangère

Contacts

  • Jean-Christian Vinel
    courriel : jean [dot] christian [dot] vinel [at] gmail [dot] com
  • François De Chantal
    courriel : fdechantal [at] univ-paris-diderot [dot] fr

Source de l'information

  • François De Chantal
    courriel : fdechantal [at] univ-paris-diderot [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La présidence Obama en perspective historique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 21 octobre 2015, http://calenda.org/342378