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Vers une nouvelle géographie économique

Towards a new economic geography

L’apport de la question territoriale

The contribution of the territorial question

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Publié le mercredi 28 octobre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

L’un des constats au départ de notre réflexion est celui de l’oubli de l’espace dans la théorie économique standard (hors, trivialement, des coûts de distance) et de la nécessaire réintégration de l’homo situs (H. Zaoual 1998) dans le contexte et l’historicité de l’homo œconomicus. Il s’agit également de revenir à la question fondamentale de la coordination des agents (ou acteurs, la nuance est importante) qui sont vecteurs de l’activité économique : produire, répartir, dépenser. Dans ce débat, il s’agit, pour que le géographe puisse parler à l’économiste et inversement, de dépasser l’opposition holisme/individualisme méthodologique (F. Dosse 1995), pour penser une « méso-analyse » faite de coordinations incomplètes, de gouvernances territoriales partielles et de fragments de régulations.

Annonce

Argumentaire

Le Comité National Français de Géographie et  l'Institut de Géographie de l'université de PARIS1 Panthéon-Sorbonne, ont organisé les 13 et 14 juin 2013 un colloque : « courants et théories en géographie économique ». Ce colloque avait réuni un ensemble international de géographes sur la question du renouveau de la géographie économique française. Il s'agit de poursuivre la réflexion en montrant que la « question territoriale » est au cœur du renouvellement proposé. 

L’un des constats au départ de notre réflexion est celui de l’oubli de l’espace dans la théorie économique standard (hors, trivialement, des coûts de distance) et de la nécessaire réintégration de « l’homo situs » (H. Zaoual 1998) dans le contexte et l’historicité de l’« homo oeconomicus ». Il s’agit également de revenir à la question fondamentale de la coordination des agents (ou acteurs, la nuance est importante) qui sont vecteurs de l’activité économique : produire, répartir, dépenser. Dans ce débat, il s’agit, pour que le géographe puisse parler à l’économiste et inversement, de dépasser l’opposition holisme/individualisme méthodologique (F. Dosse 1995), pour penser une « méso-analyse » faite de coordinations incomplètes, de gouvernances territoriales partielles et de fragments de régulations.

Une littérature convergente existe (Benko, Strohmayer 1997, Scott 2001, Pecqueur 2004) pour mettre en évidence l’absolue nécessité de la confrontation/combinaison entre économie et géographie.

Au début, tout paraît simple dans la confrontation de l'économie et de la géographie. Dans le processus de production, l'économie explique le "pourquoi" et la géographie précise le "où". Cependant, la théorie de la localisation vient figer pour l'éternité le rapport entre économie et géographie en soumettant la question du lieu de la production à la simple exigence de minimisation de la distance entre le lieu où l'on produit et le lieu où l'on consomme (le marché).

Aujourd’hui, l'accélération des tendances à la globalisation entraîne la mise en réseau à l'échelle mondiale non seulement des processus de production mais aussi des sentiers de l'innovation. La géographie ne peut plus se contenter d'enregistrer  les mouvements des entreprises "nomades" qui glissent d'un pays à l'autre à la recherche de coûts de production plus faibles et d'une productivité toujours plus grande. De son côté, l'analyse économique ne peut ignorer les effets spatiaux de la globalisation dès lors que les nouvelles localisations ne suivent pas un chemin linéaire simple (les activités incorporant de la haute technologie restent au centre et les activités dites "de main d'œuvre" vont, avec des fortunes diverses, se localiser dans les périphéries conformément aux théories du cycle du produit à la Raymond Vernon ou même aux représentations de Samir Amin). 

Au contraire des effets attendus, les évolutions des localisations révèlent un mouvement fort de différentiation des espaces. La "territorialisation" de l'économie apparaît comme une des modalités importante de la période de réorganisation après-fordiste (voir les « visionnaires » comme P. Houée 2001). Or, les conditions de structuration du « post fordisme » impliquent l'émergence de la question territoriale, fondement du lien nouveau entre géographie et économie.

Ainsi, une nouvelle « géographie économique » territoriale pourrait être définie comme l’application de la contrainte territoriale aux divers processus de coordination des acteurs, concernant notamment les conditions de production, l’échange, la redistribution, la consommation, la circulation monétaire etc. L’économie de proximité (Pecqueur, Zimmermann 2004) a constitué une première tentative, au moins dans le débat francophone, pour éclairer la notion pour un acteur d’« être situé » quelque part. La proximité n’est pas seulement géographique (au sens de la seule distance métrique et de la juxtaposition), elle est aussi organisationnelle et institutionnelle. Mais cette pensée de la proximité ne doit pas laisser de côté la disjonction croissante entre lieux de production et lieux de consommation, qui a peu à peu déconnecter une partie de l’économie des populations locales et de leurs espaces de vie (Davezies, 2008 ; Talandier, Davezies, 2009). Néanmoins, la durabilité nous fait prendre conscience – ou du moins devrait – de la nécessité des nouveaux liens qui se tissent entre la capacité de charge des milieux et le développement des capacités (Sen, 1999) des individus, voire des territoires permettant à chacun d’accéder à un certain bien-être. Un territoire n’est alors plus forcément le support de moyens au service d’une productivité au service d’une croissance globale. Cela devient un lieu favorisant la proximité entre acteurs également en termes de capacité à poursuivre des finalités définies collectivement et tenant compte d’un certain nombre de contraintes physiques indépassables (Buclet, 2011).

 Ce colloque vise donc à pousser un peu plus loin cette réflexion, pour voir comment la question territoriale et urbaine (Bagnasco et alii, 2010) vient subvertir la théorie économique standard et ainsi faire émerger une nouvelle géographie économique. 

Repères bibliographiques

  1. Bagnasco A., Courlet C., Novarina G., 2010, Sociétés Urbaines et nouvelle économie, L’Harmattan, 121 pages.
  2. Benko G., Strohmayer U., 1997, Space and Social Theory (interpreting Modernity and Postmodernity), Blackwell Publishers, 400 pages.
  3. Buclet N., 2011, Le territoire entre liberté et durabilité, Presses Universitaires de France.
  4. Dosse F., 1995, L’empire du sens, La Découverte, 432 pages.
  5. Houée P., 2001, Le développement local au défi de la mondialisation, L’Harmattan, 250 pages.
  6. Pecqueur B., 2004, Vers une géographie économique et culturelle autour de la notion de territoire, Géographie et Cultures, n° spécial, pp. 22-37.
  7. Pecqueur B., Zimmermann J.B. (éditeurs), 2004, Economie de proximités, éditions Hermès-Lavoisier, 264 pages.
  8. Scott A., 2001, Les régions et l’économie mondiale, L’Harmattan, 187 pages.
  9. Sen A., 1999, Un nouveau modèle économique : développement, justice, liberté, Odile Jacob.
  10. Talandier M., Davezies L., 2009, Repenser le développement territorial ? (confrontation des modèles d’analyse et des tendances observées dans les pays développés), PUCA, collection « recherche » n° 198, 144 pages.
  11. Zaoual H., 1998, Territoires et dynamiques économiques, L’Harmattan.

Programme

Jeudi 3 decembre

  • 9h-9h30 : accueil
  • 9h30 – 10h15 : Protocole accueil
  • 10h15-11h00 : Débat
  • 11h15-12h : conférence introductive de Jacques Levy, professeur de Géographie à l'École polytechnique fédérale de Lausanne

Thème : La planification spatiale pour incarner le développement territorial durable ? 

  • Introduction : Pierre-Antoine Landel et Marina Soubirou, laboratoire Pacte
  • Intervenant : Christophe Demazière, professeur en aménagement-urbanisme à l’Université François Rabelais de Tours et membre de l’UMR CITERES.

Le développement durable est devenu, depuis deux décennies, un référentiel prégnant pour l’action publique locale. Les États européens ont souvent réformé la planification spatiale, induisant de nouveaux objectifs, de nouveaux modes d’élaboration et de nouvelles échelles spatiales. La communication s’intéresse au traitement du foncier dédié aux zones d’activités économiques dans les documents de planification territoriale de grandes agglomérations en Angleterre et en France. Il s’agit d’analyser les effets des réformes de la planification : comment le « verdissement » de la planification se confronte-t-il aux systèmes institutionnels, qui évoluent dans un temps long ? La France illustre un cas de forte décentralisation des décisions en matière de planification, où la recherche de cohérence et de durabilité reste réduite. En Angleterre, les orientations nationales sont plus fidèlement retranscrites dans les plans. On conclut que l’hétéronomie des collectivités locales est un élément important pour la déclinaison des principes du développement durable dans l’action économique locale.

  • 12h-13h30 : Pause déjeuner
  • 13h30-14h15

Thème : Du cluster à la scène : les fondements urbains de la créativité

  • Introduction : Charles Ambrosino, laboratoire PACTE
  • Intervenant : Dominique Sagot-Duvauroux, professeur d’économie à l’université d’Angers, laboratoire GRANEM

S’il est désormais acquis que l’économie créative s’organise sous la forme de clusters permettant la concentration d’entreprises et d’organisations appartenant à une même filière industrielle, de nombreuses interrogations restent en suspend quant aux logiques urbaines de la créativité : quid de l’expressivité des individus, des paysages urbains, de l’effervescence de la vie culturelle et artistique d’une ville ? A l’aide du concept de « scène » et en nous appuyant sur l'exemple des activités de création artistique, nous tenterons de déterminer comment  interfèrent le rôle croissant des croisements d’acteurs, de certains dispositifs et d’objets spécifiques dans l’émergence d’une dynamique créative située.

14h15-15h

Titre : Des politiques de mobilité aux politiques d'accessibilité ?

  • Introduction : Sonia Chardonnel, laboratoire PACTE
  • Intervenant : Caroline Gallez, chercheur à l'Institut Français des Sciences et Techniques, des Transports, de l'Aménagement et des Réseaux (IFFSTAR), Paris

Nous vivons un monde où les mobilités, sous toutes leurs formes, ont pris une importance croissante. Dans cet ensemble de circulations matérielles et de connexions dématérialisées, la mobilité quotidienne, entendue comme l'ensemble des déplacements associés à l'accomplissement des activités du quotidien, joue un rôle spécifique dans la spatialisation des sociétés urbaines. D'un côté, la mobilité quotidienne est une ressource, en tant que support aux projets individuels et aux interactions sociales. De l'autre, la mobilité engendre des coûts individuels et collectifs, en termes de financement, de coûts sociaux, d'impacts urbains et environnementaux. C'est à cette ambivalence fondamentale que se heurtent les politiques de transport ou de régulation des déplacements. Dans cet exposé, nous reviendrons sur ces différents aspects, à la fois positifs et négatifs de la mobilité quotidienne, en interrogeant les conséquences socio-spatiales des politiques fondées sur l'amélioration des conditions de déplacements. Nous poserons pour conclure la question de la mise en oeuvre de politiques orientées vers l'accessbilité, mieux à même de prendre en compte des objectifs d'équité sociale et spatiale dans l'accès aux ressources urbaines.

Pause

15h30-16h15

Thème : Financiarisation et territoire

Introduction : Kirsten Koop, laboratoire PACTE

Intervenant : Olivier Crevoisier, professeur d’économie territoriale à l’institut de sociologie de l’université de Neuchâtel.

La financiarisation consiste à rendre le capital « réel » liquide, c’est-à-.dire mobile. L’industrie financière et les marchés financiers sont ces institutions qui au cours des trente dernières années se sont étendues fonctionnellement et spatialement en construisant la liquidité d’un nombre croissant d’entreprises, de secteurs, de régions, de nations… La global city est l’espace à l’intérieur duquel circulent les actifs financiarisés, où ils sont évalués, où s’opère la création monétaires et de nouveaux actifs financiers, où se décide l’allocation du capital, un espace central et étroitement intégré qui  de ce fait domine d’une part les espaces de collecte de l’épargne et d’autre part les espaces d’investissement « réels ».

16h15-17h

Thème : Aménagement Foncier et espace économique

  • Introduction : Sylvie Duvillard/Nicolas Gillio
  • Intervenant : Sonia Guelton, professeur en aménagement et urbanisme, Ecole d’Urbanisme de Paris

Vendredi 4 décembre

9h-9h30 : Accueil

9h30-10h15

Thème : Consommation et développement territorial

  • Introduction : Magali Talandier, laboratoire PACTE
  • Intervenant : Philippe Moati, professeur d’Economie, Université Paris Diderot

Il s’agira d’essayer de voir en quoi les nouvelles formes de consommation peuvent modifier le développement économique des territoires, mais également d’essayer de comprendre pourquoi et comment l’observation des comportements de consommation peut nous permettre de mieux appréhender les processus de développement territorial.

10h15-11h

Thème : Economie sociale et solidaire

  • Introduction : Bernard Pecqueur
  • Intervenant : Marthe Nyssen (à confirmer), professeur d’Economie à l’université catholique de Louvain

11h00-11h45

Thème : Ecologie territoriale

  • Introduction : Myriam Donsimoni, laboratoire Pacte
  • Intervenant : Nicolas Buclet, Professeur en aménagement et urbanisme, Université Grenoble Alpes, laboratoire PACTE

Il s’agira de présenter un champ disciplinaire émergent : l’écologie territoriale. Seront présentés les enjeux de connaissance portés par ce champ disciplinaires, ainsi que ses principes théoriques et méthodologiques, à travers diverses illustrations. Cette présentation visera à montrer comment, en partant d’une vision écosystémique du territoire, il est possible d’expliciter les dynamiques sociales, économiques et environnementales d’un territoire et surtout l’articulation entre ces dynamiques, productrices de trajectoires socio-écologiques.

11h45-12h30  

Thème : Economie collaborative et fabrique des villes

  • Introduction : Raphaël Besson, laboratoire Pacte
  • Intervenant : Alain Renk, architecte-urbaniste, agence R+P

12h30-14h00 : Pause déjeuner

14h-14h45

Thème : les territoires dans les nouvelles formes d’innovation

  • Introduction : Luc Gwiazdzinski, maitre de conférences, université de Grenoble, laboratoire PACTE
  • Intervenant : Patrick Cohendet, professeur, HEC Montréal

À partir de l’exemple de la dynamique d’innovation dans le jeu video à Montréal, la présentation s’efforcera de montrer le rôle du territoire dans une nouvelle économie fondée sur la « démocratisation des idées » (Phelps, 2013). La présentation insistera particulièrement sur le rôle des structures territoriales intermédiaires ( « middleground », ecosystème de start-up, écologies de connaissances, envionnement institutionnel pour la regénérationd ‘idées, etc.) pour assurer et renforcer le nécessaire couplage entre les éléments formels (firmes, centres de tranferts, etc.) et les éléments informels (communautés diverses) qui sont à la base des conditions de regénération permanente de la nouveauté et de la résilience à l’échelle locale.

14h45-16h00  : Conclusions du colloque, Jacques Lévy + responsables du colloque

Comité d’organisation

  • Bernard Pecqueur ;
  • Magali Talandier
  • M Domsimoni
  • PA Landel
  • K Koop
  • N Buclet
  • S Duvillard
  • JC Dissart
  • C Ambrosino
  • Marjolaine Gros-balthazar
  • Marina Soubirou
  • Alice Herbaut
  • Nicolas Gillio
  • R Besson
  • A Ferguene
  • C Janin

Partenaires scientifiques

  • S. Daviet et A. Grondeau (TELEMME- Aix),
  • J. Fache (Angers),
  • I. Geneau (Paris1),
  • F. Leriche (VSQY),
  • F Bost (Université de Reims),
  • V. Peyrache-Gadeau (Université de Chambéry).

Lieux

  • Laboratoire Pacte Institut de Géographie Alpine - 14 bis, avenue Marie Reynoard
    Grenoble, France (38100)

Dates

  • jeudi 03 décembre 2015
  • vendredi 04 décembre 2015

Fichiers attachés

Mots-clés

  • territoire, localisation, Grenoble, coordination, analyse

Contacts

  • Magali Talandier
    courriel : magali [dot] talandier [at] ujf-grenoble [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Alexis Richard
    courriel : alexis [dot] richard [at] umrpacte [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Vers une nouvelle géographie économique », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 28 octobre 2015, http://calenda.org/343294