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Les échanges sexuels et leurs « clients »

Sexual exchanges and their clients

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Publié le vendredi 06 novembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

L’objectif de ce colloque est de contribuer à l’élargissement du concept d’échange économico-sexuel à partir des notions de transactions sexuelles et de sexualité négociée en concentrant le point de vue sur les « clients ». L’originalité de la perspective est donc double puisqu’il s’agit non seulement de repenser à nouveaux frais l’économie de la sexualité dans son ensemble, mais également de le faire à partir de la question spécifique de celles et ceux qui, occasionnellement ou non, de manière implicite ou explicite, « paient », « achètent », « rémunèrent », « rétribuent », etc. Se trouve donc au cœur de ce colloque une triple question dont l’apparente simplicité masque une profonde complexité : qui paie dans les échanges économico-sexuels ? Comment et pourquoi ? Les propositions de communication dépasseront le seul cadre de la prostitution pour s’intéresser aux formes « plus ordinaires » de transactions sexuelles et ne porteront que secondairement sur les prestataires de services sexuels.

Annonce

Argumentaire

L’objectif de ce colloque est de contribuer à l’élargissement du concept d’échange économico-sexuel à partir des notions de transactions sexuelles et de sexualité négociée en concentrant le point de vue sur les « client.e.s ». L’originalité de la perspective est donc double puisqu’il s’agit non seulement de repenser à nouveaux frais l’économie de la sexualité dans son ensemble, mais également de le faire à partir de la question spécifique de celles et ceux qui, occasionnellement ou non, de manière implicite ou explicite, « paient », « achètent », « rémunèrent », « rétribuent », etc. Se trouve donc au cœur de ce colloque une triple question dont l’apparente simplicité masque une profonde complexité : qui paie dans les échanges économico-sexuels ? Comment et pourquoi ? Les propositions de communication dépasseront le seul cadre de la prostitution pour s’intéresser aux formes « plus ordinaires » de transactions sexuelles et ne porteront que secondairement sur les prestataires de services sexuels.

On doit à l’anthropologue italienne Paola Tabet la mise en évidence au cours des années 1980 de l’existence d’un « continuum dans les formes de relations sexuelles entre homme et femme impliquant un échange économico-sexuel » (Tabet, 2005, p.9). Ces formes de relations sexuelles allant de la « prostitution » au mariage, le concept d’échange économico-sexuel a marqué en profondeur l’analyse des échanges sexuels entre hommes et femmes – et, au fond, celle plus générale des rapports sociaux de sexe –, mais également l’approche de l’activité prostitutionnelle en contribuant à en redessiner les contours. Par rebond, et bien qu’elle ne soit pas à proprement parler l’objet de Tabet, c’est l’analyse de la sexualité elle-même qui a été profondément influencée.

La « distorsion entre l’ambition théorique du concept [ancré dans une optique féministe matérialiste] et son usage pratique » (Roux, 2014, p.340) trouve écho dans les notions de transactions sexuelles et de sexualité négociée récemment proposées en vue, précisément, de mieux expliciter les conditions de possibilité de l’élargissement de la pensée de Tabet (Broqua, Deschamps, 2014 ; Combessie, Mayer, 2013). Au-delà de la question de la prostitution et de ce que l’on peut nommer ses « marges » (ce qui serait prostitutionnel sans le dire et/ou le montrer), cet élargissement vise en particulier à repenser l’opposition stricte entre « sexualité ordinaire » et « sexualité rétribuée » et, concomitamment, à interroger les frontières entre marchand et non marchand dans le champ de la sexualité.

C’est sur au moins quatre points que les notions de transactions sexuelles et de sexualité négociée entendent ouvrir la perspective. Tout d’abord en élargissant la réflexion aux situations impliquant des individus de même sexe et, de ce fait, en ne s’en limitant pas aux échanges au cours desquels ce sont les hommes qui rétribuent et les femmes qui sont prestataires (voir par exemple Rubio, 2013). Ensuite, en pensant la rétribution de services sexuels au-delà de la seule question de l’argent (quelles qu’en soient les formes) et en y intégrant l’économie symbolique, l’économie affective ou bien encore celle de la reconnaissance (voir par exemples Bernstein, 2013 ; Zelizer, 2001).

Les notions de transactions sexuelles et de sexualité négociée invitent par ailleurs à envisager le thème du sexuel en ne le réduisant pas aux seuls actes sexuels en tant que tels, mais à y intégrer également les moments d’approche, les jeux de mise en scène pouvant s’y rapporter (strip-tease, téléphone rose, etc.) tout autant que les pratiques de régulation et de contrôle social auxquels la sexualité peut être soumise. Enfin, si le point de vue de Paola Tabet insistait sur le seul rapport de sexe (et en l’occurrence sur la domination structurelle des femmes par les hommes), les développements en termes de transactions sexuelles et de sexualité négociée favorisent une approche « intersectionnelle » insistant sur l’imbrication et la coproduction des différents rapports sociaux (de sexe, d’âge, de classe, de « race », etc.). Ce faisant, c’est également un déplacement du regard qui est ici impliqué, allant des (seuls) effets de structures aux interactions entre individus doués de « marges de manœuvre ».

Ces pistes de réflexion ouvertes autour des notions de transactions sexuelles et de sexualité négociée sont indicatives et les propositions de communication demeurent libres de s’y inscrire comme de les discuter. Ces pistes ne sont donc nullement exclusives d’autres. Par ailleurs, les propositions de communication tâchant d’articuler plusieurs (de ces) perspectives seront particulièrement appréciées, tout comme celles analysant les enjeux de santé liés aux échanges économico-sexuels (VIH-sida et autres IST en particulier). De même, si ce colloque intéresse d’abord les sciences sociales (sociologie, anthropologie), il est ouvert aux contributions relevant d’autres disciplines telles que l’économie, la géographie, l’histoire, la philosophie, la psychologie ou encore les sciences juridiques.

Bibliographie

Bernstein E., 2013, « Ce qu’acheter veut dire. Désir, demande et commerce du sexe », Actes de la recherche en sciences sociales, 2013-3, 198, pp.61-76 (traduit de l’anglais par Françoise Wirth).

Broqua C., Deschamps C. (dir.), 2014, L’échange économico-sexuel, Paris, EHESS, Coll. « Cas de figure ».

Combessie P., Mayer S., 2013, « Une nouvelle économie des relations sexuelles ? », in Ethnologie française, Sexualités négociées, 2013-3, pp.381-389.

Roux S., 2014, « Les larmes de Fon. Sexe, tourisme et affects en Thaïlande », in Broqua C., Deschamps C. (dir.), 2014, L’échange économico-sexuel, Paris, EHESS, Coll. « Cas de figure », pp.339-362.

Rubio V., 2013, « Prostitution masculine sur Internet. « Le choix du client » », Ethnologie française, Sexualités négociées, 2013-3, pp.443-450.

Tabet P., 2005, La grande arnaque. Sexualité des femmes et échange économico-sexuel, Paris, L’Harmattan, Coll. « Bibliothèque du féminisme ».

Zelizer V., 2001, « Transactions intimes », Genèses, 2001-1, 42, pp.121-144.

Modalités de soumission

Les propositions de communication comprendront un titre, un résumé et 5 mots clés. Le résumé ne devra pas excéder de 2500 à 3000 signes.

Les propositions devront mentionner nom et prénom, statut et organisme de rattachement ainsi que votre adresse électronique.

Elles doivent être adressées aux trois adresses suivantes : rubiovincent@hotmail.com ; cathdes@club-internet.fr ; ph.combessie@gmail.com.

Les emails d’envoi indiqueront l’objet suivant : Colloque Les échanges sexuels et leurs « clients ». Les fichiers joints (format Word) seront nommés comme suit : NOM.doc.

Calendrier

Appel à communications jusqu’au 18 décembre 2015.

Réponses aux propositions de communication après sélection par le comité scientifique et le comité d’organisation le 7 février.

Le colloque se tiendra les 14, 15 et 16 juin à l’université Paris Ouest Nanterre.

Comité d’organisation

  • Vincent Rubio, chercheur sous contrat (Université Paris Ouest/ Sophiapol-GDR Lasco)
  • Catherine Deschamps, maître assistante – HDR (Ecole Nationale Supérieure d’architecture de Paris Val de Seine/ Sophiapol-GDR Lasco)
  • Philippe Combessie, professeur des universités, directeur du Sophiapol (EA 3932) (Université Paris Ouest)

Comité scientifique

  • Jean-Michel Chaumont, Professeur, Université catholique de Louvain
  • Marie-Carmen Garcia, Professeur des universités, Université Toulouse 3 – Paul Sabatier
  • Marie-Elisabeth Handman, Maîtresse de conférences (HDR) retraitée, EHESS
  • Lilian Mathieu, Directeur de recherche, CNRS
  • Sébastien Roux, Chargé de recherche, CNRS
  • Mathieu Trachman, Chargé de recherche, INED

Lieux

  • 200 Avenue de la République
    Nanterre, France (92001)

Dates

  • vendredi 18 décembre 2015

Fichiers attachés

Mots-clés

  • échange économico-sexuel, transaction sexuelle, sexualité négociée

Contacts

  • Vincent Rubio
    courriel : rubiovincent [at] hotmail [dot] com

Source de l'information

  • Vincent Rubio
    courriel : rubiovincent [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les échanges sexuels et leurs « clients » », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 06 novembre 2015, http://calenda.org/344452