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Revisiter la commémoration

Revisiting Commemoration

Pratiques, usages et appropriations du centenaire de la Grande Guerre

Practices, uses and appropriations of the Centenary of the Great War

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Publié le jeudi 05 novembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Les trois dernières décennies ont été marquées par une explosion des publications théoriques sur la mémoire et la commémoration au point de constituer une nouvelle discipline : les memory studies. L'institutionnalisation de ce champ de recherches trouve notamment son origine dans le constat que les sciences sociales en savent finalement peu sur ce que fait la commémoration et sur les manières dont elle est reçue. Ce colloque international a ainsi pour objectif de saisir au concret la question des pratiques, usages et appropriations des commémorations à travers l'étude du centenaire de la Grande Guerre dans ses multiples dimensions, à des échelles variées et à partir de diverses pratiques disciplinaires.

Annonce

Colloque international

24-25 mars 2016

Argumentaire

Par l'ensemble des manifestations auxquelles il a donné lieu comme par la répartition de celles-ci sur l'ensemble du territoire, le Centenaire de la Grande Guerre constitue, semble-t-il, un événement commémoratif à la hauteur de celui qu'avait constitué, en 1989, le Bicentenaire de la Révolution française. En son temps, le Bicentenaire avait largement contribué au déploiement de travaux de recherches originaux, et qui ont fait date, sur les mises en scène de l’histoire (Martin, Suaud, 1996) et sur les pratiques sociales commémoratives (Garcia, 2000), sur les politiques de la mémoire (Davallon, Dujardin, Sabatier 1993) et leurs transformations sur le temps long (Ory, 1989), sur la « manie commémorative » (Johnston, 1992) ou l’effacement du « surmoi commémoratif » national (Nora, 1992). Le Centenaire de la Grande Guerre fournit ainsi l’occasion de poursuivre cette réflexion en mettant l'accent non tant sur ce qui fait la commémoration mais sur ce qu'elle fait : les pratiques, les usages et les appropriations sociales auxquels elle donne lieu. Parce que, à la différence de 1989, la commémoration de 14-18 se déroule simultanément dans différents pays (Gilles, Offenstadt, 2014), elle permet de plus de s'inscrire d'emblée dans une perspective comparative.

2014 correspond aussi au trentième anniversaire de la publication du premier volume des Lieux de mémoire (Nora, 1984) qui marque le début de l'explosion des publications et propositions théoriques sur la mémoire et la commémoration. Durant ces trois dernières décennies, le « memory boom » s’est confirmé, jusqu’à la récente entreprise d’autonomisation d'une nouvelle discipline : les memory studies (Gensburger 2011). L'institutionnalisation de ce champ de recherches trouve notamment son origine dans le constat que les sciences sociales savent finalement peu sur ce que fait la commémoration et sur les manières dont elle est reçue (Kansteiner 2002). Ce colloque a ainsi pour objectif de saisir au concret la question des pratiques, usages et appropriations des commémorations à travers l'étude du Centenaire de la Grande Guerre dans ses multiples dimensions, à des échelles variées et à partir de diverses pratiques disciplinaires.

Dans le cadre du Labex Les Passés dans le Présent, la Bibliothèque de Documentation Internationale et Contemporaine et l'Institut des Sciences sociales du Politique ont initié deux importantes recherches collectives sur des formes d'appropriations sociales du Centenaire : sur le devenir du patrimoine en ligne liés à 14-18, d'une part, les visiteurs des expositions du Centenaire, de l'autre. D'autres enquêtes d'envergure ont également été conduites par d'autres équipes, en France (Observatoire du centenaire) comme à l'étranger (Arts and Humanities Research Council ). Ce colloque se veut un lieu où confronter l'ensemble de ces travaux, dans une perspective internationale, afin de permettre une réflexion cumulative sur l'épaisseur sociale du Centenaire, certes, mais aussi sur les concepts et les méthodes propres à saisir la présence du passé dans la société contemporaine. A cet égard, des communications qui ne porteraient pas centralement sur le cas de la commémoration de la Grande Guerre pourront être prises en considération dès lors qu'elles s'inscrivent dans la perspective heuristique du colloque.
Les travaux sur les commémorations s’appuient souvent sur la croyance diffuse que les politiques de la mémoire produiraient des effets sur leurs publics. La mémoire de la Grande Guerre est ainsi réputée concerner le plus grand nombre et être porteuse de consensus. Le colloque envisagé entend questionner ces évidences et ce dans différents contextes nationaux et selon des focales variées.
On ne sait guère ce que les individus voient et font quand ils déambulent dans une exposition historique, quand ils participent à une cérémonie du 11 novembre ou quand ils se rendent sur un site historique. Quels sens les visiteurs d'expositions, les audiences des discours et les publics de spectacle et de reconstitution historiques donnent à leurs pratiques ? Que font-ils de ce qu'ils voient ? Par quels prismes nouent-t-ils une relation avec le passé ? Ces pratiques mettent-elles, d’ailleurs, systématiquement en jeu des rapports à l’histoire ? Si on peut penser que ces expériences sont hétérogènes, peut-on établir des typologies raisonnées qui dégageraient des modes typiques d’appropriation de ces dispositifs ?
Plus encore, qui participe aux commémorations ? Dans quels contextes, avec qui et sous quelles formes ? A qui s'adresse la commémoration en termes, notamment, de genre et de catégories socio-professionnelles ? Dans ce cadre, un accent particulier souhaite être mis sur les publics scolaires des commémorations, ce "jeune public", souvent captif, étant souvent considéré comme l'indicateur du "succès" ou de l'"échec" de tel ou tel événement commémoratif. Le colloque souhaite rassembler des communications qui s'intéressent aux pratiques sociales dans le contexte des commémorations et à leur complexité.

Les travaux disponibles invitent ainsi à aller plus loin et à se demander ce que devient la commémoration à l’écart de la commémoration. Il s’agit alors de s'intéresser aussi à des individus qui ne se rendent guère ou jamais aux célébrations, aux expositions, aux conférences et aux spectacles. Savent-ils que l’année 2014 a été marquée par cet anniversaire ? Comment ont-ils pu, malgré cette distance, rencontrer l’événement ? Que pensent-ils de la Grande Guerre, de la commémoration et de l’histoire en général ? Aux côtés d'enquêtes originales, comme celles qui ont pu être faites à partir de l’analyse des usages du Web par exemple, les organisateurs du colloque sont également intéressés par des chercheurs qui souhaiteraient (re)travailler, dans cette perspective, des matériaux constitués à d’autres fins et à partir d'autres problématiques.

Inversement, d’autres pratiques potentiellement commémoratives demeurent difficilement accessibles aux chercheurs. La commémoration a aussi pris la forme de films et de documentaires diffusés à la télévision ou regardés sur internet qui, souvent, ont réuni des audiences significatives. On connaît encore mal les publics de ces documentaires et de ces fictions, tout comme d’ailleurs, les spectateurs en général des émissions historiques. Il serait important de mieux connaître ces pratiques, la sociographie de ces publics et d’esquisser une sociologie des usages et des réceptions de ces supports.

Enfin, beaucoup d’attentes pèsent sur les politiques de la mémoire que ce soit en termes de transmission de connaissance et de valeurs citoyennes, que ce soit en termes d’éducation à la tolérance, au vivre-ensemble et à la paix, notamment à travers un recours discuté aux « émotions ». Les travaux présentés veilleront ainsi tout particulièrement à interroger ces dimensions des pratiques commémoratives. Comment des enquêtes empiriques nous permettent-elles de penser, et de repenser, les questions de l’« émotion », de la transmission et des effets civiques des commémorations du Centenaire de la Grande Guerre ?

Modalités de soumission

Les propositions de communication (en français ou en anglais) doivent être envoyées

avant le 15 décembre 2015

à : revisitingcommemoration@gmail.com.

N'excédant pas 1500 mots, elles devront indiquer l'axe principal auquel elles se rattachent, présenter clairement la problématique, la méthodologie et les sources/données mobilisées. Les propositions peuvent nous être adressées indifféremment en français ou en anglais. Une publication des actes du colloque est envisagée à la fin de l’année 2016.

Partenaires

  • La Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine
  • L'Institut de Sciences sociales du Politique
  • Le Labex Les Passés dans le Présent
  • Les Archives Nationales
  • La Mission du Centenaire
  • L’Université Paris Lumières

Comité d'organisation

  • Sylvain Antichan (Labex PasP)
  • Isabelle Chave (Archives Nartionales)
  • Sarah Gensburger (CNRS - ISP)
  • Benjamin Gilles (BDIC)
  • Rosine Lheureux (Archives Nationales)
  • Jeanne Teboul (Labex PasP)
  • Valérie Tesnière (BDIC)
  • Sofia Tchouikina (Université Paris Saint Denis)

Conseil scientifique

En cours de composition, confirmation en attente.

Lieux

  • Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Archives Nationales
    Paris, France (75)

Dates

  • mardi 15 décembre 2015

Mots-clés

  • commémoration, mémoire, WW1, Grande Guerre, centenaire, memory studies

Source de l'information

  • Wanda Romanowski
    courriel : wanda [dot] romanowski [at] bdic [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Revisiter la commémoration », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 05 novembre 2015, http://calenda.org/344561