AccueilMorts et sépultures (XVIe-XXIe siècle)

Morts et sépultures (XVIe-XXIe siècle)

The dead and tombs (16th-21st centuries)

Revue « Diasporas : circulations, migrations, histoire » N°30 - 2017/2

Diasporas : circulations, migrations, histoire journal N°30 - 2017/2

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Publié le lundi 09 novembre 2015 par João Fernandes

Résumé

Rendre à la mort la place qui lui revient dans l’histoire des diasporas permet de penser à nouveaux frais à la fois l’humanité même des parcours migratoires, et l’ensemble des constructions contingentes (à la fois juridiques, politiques et économiques) qui situent le phénomène diasporique dans ses différents environnements. C’est ce double enjeu que ce projet d’enquête collective entend interroger, à travers un questionnaire transpériode et interdisciplinaire sur la place de la mort dans les diasporas aux époques moderne et contemporaine. Sont sollicitées toutes les approches possibles : vues d’ensemble(s), études de lieux d’implantation particuliers, analyses sur la longue durée ou autour d’un épisode-clé.

Annonce

Argumentaire

La mort constitue une réalité omniprésente du fait diasporique. Mieux, elle en est un enjeu crucial, en ce qu’elle pose la double question de l’inhumation et de la mémoire qui interrogent le rapport essentiel des diasporas à l’espace et au temps. Se joue ici la transformation d’une disruption en une intégration : en ce sens, la mort ne marquerait pas une sortie brutale de la condition diasporique, mais l’une des modalités d’entrée dans la logique même de cette condition. L’inhumation réactive l’inscription du groupe tout entier dans un territoire déterminé, et constitue le point focal de temporalités à la fois concurrentes et complémentaires – exprimées en termes d’âges, de durées voire de générations. Aussi la mort peut-elle prendre à l’improviste non pas uniquement le trépassé, mais le groupe tout entier, dans un environnement qui ne lui est pas familier : le décès en janvier 1817 à Marseille du capitaine grec Vassilis Andreas Boundouris prend ainsi de court la petite communauté grecque implantée localement, qui n’avait pris aucune disposition concernant ses inhumations, et qui devant le refus des catholiques d’enterrer un orthodoxe en terre consacrée, se trouve contrainte de négocier avec le consistoire réformé l’enterrement de Boundouris dans un enclos protestant de la ville. Cet épisode tragi-comique ne marque pas uniquement l’aboutissement d’un conflit latent entre catholiques et orthodoxes, mais fait basculer la communauté grecque toute entière dans un nouveau rapport à l’espace marseillais et au temps de la migration. Il laisse également entrevoir la possibilité d’accommodements voire d’alliances ponctuelles face à la mort comme fait social, et partant, la capacité des diasporas à élaborer des stratégies originales pour répondre (souvent dans l’urgence) à l’imprévu.

Rendre à la mort la place qui lui revient dans l’histoire des diasporas permet de penser à nouveaux frais à la fois l’humanité même des parcours migratoires, et l’ensemble des constructions contingentes (à la fois juridiques, politiques et économiques) qui situent le phénomène diasporique dans ses différents environnements. C’est ce double enjeu que ce projet d’enquête collective entend interroger, à travers un questionnaire transpériode et interdisciplinaire sur la place de la mort dans les diasporas aux époques moderne et contemporaine. Sont sollicitées toutes les approches possibles : vues d’ensemble(s), études de lieux d’implantation particuliers, analyses sur la longue durée ou autour d’un épisode-clé.

Axes thématiques

Le premier temps de la réflexion collective sera constitué par une réunion de travail prévue en juin 2016 à Toulouse, et le second par la publication d’un dossier dans la revue Diasporas. Trois axes d’analyse sont suggérés, qui ne visent pas à canaliser l’originalité des approches, mais seulement à jalonner les étapes de la réflexion collective. 

1. Les diasporas à l’épreuve de la mort

Le décès des personnes met à l’épreuve les diasporas en les contraignant à se confronter aux univers normatifs comme aux pratiques et aux coutumes des sociétés dans lesquelles elles s’inscrivent. En témoigne la fréquente prise en charge par les communautés diasporiques de la recherche de lieux de sépulture, du financement des inhumations ou encore de l’encadrement des rituels funéraires. Derrière ces simples mesures répondant à l’injonction de parer au plus pressé, se lit pourtant la réinscription des diasporas dans une altérité dont le contenu se trouve sans cesse renégocié. Le fait de «  gagner sa place » ou même de « s’installer » ici ou là, commande la nécessité de le faire également dans l’au-delà, au prix de luttes parfois féroces qui souvent fédèrent les communautés diasporiques – voire les diasporas tout entières dans un élan transnationale. 

2. Sépultures en terre étrangère

Si la mort interroge le rapport des diasporas à l’espace et au temps, la sépulture sécrète des formes d’appartenance voire d’identification à des territoires donnés et à des moments spécifiques du processus migratoire. Alors que la diaspora marque une discontinuité voire une rupture dans l’expérience des migrants, le « souci des sépultures, propre aux migrants ayant laissé leurs morts derrière eux » (Bordes-Benayoun) participe d’un nécessaire rétablissement de la cohérence par-delà le(s) départ(s). Mais cette question dépasse la seule association entre la terre perdue et les sépultures laissées derrière soi, pour se déployer dans le temps long de l’expérience migratoire. À travers la question des sépultures, c’est donc un ordonnancement du monde qui se joue/noue, et qui scande les parcours migratoires selon des modalités sans cesse renouvelées. Le fait d’avoir un aïeul ou un proche enterré dans tel lieu génère ainsi non seulement une généalogie de la migration, mais également une familiarité avec ledit lieu qui se passe même de connaissance sensible. Inversement, certaines pratiques funéraires visent à reconstituer une communauté que l’on représente comme disloquée par l’expérience diasporique : visitant la vallée de Josaphat au cours de son Itinéraire de Paris à Jérusalem, Chateaubriand affirme que « les Juifs viennent y mourir des quatre parties du monde ». 

3. Corps mobiles

L’opération d’exhumation puis de déplacement et de transport – voire de véritable « migration » – des corps s’inscrit à la fois dans un au-delà de la mort et dans le temps long du fait funéraire. Les mobiles peuvent être divers. Ainsi de la mère du capitaine grec Boundouris, qui finit par obtenir en 1824 que le corps de son fils lui soit rendu pour être réinhumé dans son île natale d’Hydra. À l’autre bout du prisme, on retrouve cet attachement à la terre non pas d’origine, mais d’accueil, notamment à travers la pratique des ossuaires, ou encore du déplacement du cadavre des « grands hommes ». Au-delà de l’anecdote, ce qui se joue ici relève de l’inscription de l’expérience diasporique dans les corps des morts, à travers leur réappropriation sur un mode singulier ou collectif par la communauté des vivants. 

Calendrier et informations pratiques

  • La date limite de réception des propositions d’articles (max. 500 mots) est fixée au

15 janvier 2016.

La revue accepte les propositions en français ou en anglais (native speaker).

  • Juin 2016 (date à préciser) : réunion de travail à Toulouse
  • Février 2017 : réception des articles (45 000 signes)
  • Novembre 2017 : sortie du numéro thématique

Coordinateurs du numéro thématique

  • Jérémie Foa (Aix-Marseille Université / TELEMME), jeremie.foa@univamu.fr
  • Mathieu Grenet (INU Champollion, Albi / FRAMESPA), mathieu.grenet@univ-jfc.fr 

Lieux

  • Université de Toulouse Jean-Jaurès, Maison de la Recherche - 5, allées Antonio-Machado
    Toulouse, France (31)

Dates

  • vendredi 15 janvier 2016

Mots-clés

  • diaspora, mort, sépulture, inhumation, rituel funéraire, migration

Contacts

  • Jérémie Foa
    courriel : jeremie [dot] foa [at] gmail [dot] com
  • Mathieu Grenet
    courriel : mathieu [dot] grenet [at] univ-jfc [dot] fr

Source de l'information

  • Mathieu Grenet
    courriel : mathieu [dot] grenet [at] univ-jfc [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Morts et sépultures (XVIe-XXIe siècle) », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 09 novembre 2015, http://calenda.org/344707