AccueilLes journalistes : témoins et acteurs en temps de crise (XVIII-XXIe siècle – Europe méridionale)

Les journalistes : témoins et acteurs en temps de crise (XVIII-XXIe siècle – Europe méridionale)

Journalists: witnesses and actors in times of crisis (18th-21st centuries - meridional Europe)

*  *  *

Publié le lundi 02 novembre 2015 par João Fernandes

Résumé

Le statut actuel du journaliste est le fruit d’une longue évolution qui doit beaucoup aux progrès technologiques. Mais il est également le fruit des nombreuses crises de toutes sortes dont les journalistes eurent à rendre compte et qu’ils contribuèrent tantôt à apaiser, tantôt à aviver. Telle est du moins l’hypothèse que nous souhaitons vérifier dans ce colloque international et pluridisciplinaire. Pour cela, notre réflexion s'articulera autour de quatre axes thématiques, envisagés dans la longue durée et dans la diversité des pays composant l'Europe méridionale : L'impact des crises sur l'évolution de la condition du journaliste ; L'impossible impartialité des journalistes? Du témoignage à l'engagement ; La médiatisation des crises : quelles pratiques ? Les journalistes face à l'actuelle crise des médias

Annonce

Argumentaire

L’Europe méditerranéenne connaît depuis quelques années, une crise économique qualifiée de sans précédent et doit maintenant faire face à une crise politico-militaire majeure face au terrorisme de Daesh. Chaque jour, en France, Espagne, Italie, Grèce… les journalistes informent leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs des évolutions de la conjoncture et les commentent.

A l’heure des chaînes télévisuelles d’information continue, nous sommes bien loin du temps des canards et gazettes où un correspondant qui n’avait été ni acteur ni témoin rendait compte d’événements plus ou moins lointains dont il avait appris l’existence par quelque lettre. Maintenant, les journalistes rendent compte "en temps réel" (pour employer une formule aussi répandue que stupide) des nouvelles qui tombent des téléscripteurs et les commentent à vif, avec tous les risques que cela comporte. Faisant appel à des consultants, ils assument le rôle que Victor Hugo réservait au Poète, de "phares de l'humanité", éclairant (et donc formant) l'opinion publique et prenant ainsi une part de plus en plus importante dans une  vie politique que certains n'hésitent pas à "animer", tels ces interviewers vedettes de la radio ou de la télévision qui invitent les politiques dans l’espoir de leur faire prononcer la phrase ou le mot qui, par la réaction qu’il suscitera, mettra le feu aux poudres dans le landerneau médiatique.

Ce statut de "faiseur d'opinion" du journaliste n'est certes pas nouveau: Marat, l'Ami du peuple, Courrier, Rochefort ont joué ce rôle bien avant que ne soient créées les écoles de journalisme. Mais jamais, sans doute, les "passeurs de l'information" n'ont eu, par rapport à leur public, autant d'influence et de responsabilités.

Ce nouveau statut du journaliste est le fruit d’une longue évolution qui doit beaucoup aux progrès technologiques (développement du télégraphe, de la photographie, de la radio, de la télévision, etc.). Mais il est également le fruit des nombreuses crises de toutes sortes (politiques, militaires, économiques, sanitaires, etc.) dont les journalistes eurent à rendre compte et qu’ils contribuèrent tantôt à apaiser, tantôt à aviver. Telle est du moins l’hypothèse que nous souhaitons vérifier dans ce colloque. Notre réflexion portera donc sur le temps long depuis le siècle des Lumières où D'Alembert, dans son éloge au Président Cousin (rédacteur du Journal des Savants de 1687 à 1701), parlait déjà de "la profession épineuse de journaliste" jusqu'au temps présent où les journalistes professionnels sont confrontés à la déprofessionnalisation de l'information, certains utilisant même la formule "tous journalistes" pour décrire un tel phénomène.

Notre réflexion s'articulera autour de quatre axes thématiques:

1) L'impact des crises sur l'évolution de la condition du journaliste.

L'histoire de l'Europe méridionale est émaillée de crises de tous types (révolutions, mouvements indépendantistes, guerres civiles, mondiales, exils, émigrations, scandales politiques, financiers….) où les journalistes (pourvoyeurs de l'information, traducteurs de la réalité, façonneurs de l'opinion publique…), ont souvent été appelés à jouer un rôle fondamental. Il s'agira ici de déterminer, en particulier, comment, à la faveur de ces phénomènes de "bascule", la condition de journaliste a évolué, s'est consolidée et comment de nouveaux types de journalistes sont apparus (correspondants de guerre, photoreporters, envoyés spéciaux…). Notons, par exemple, qu'en France, c'est à l'occasion de la Première Guerre mondiale qu'est fondé le Syndicat des journalistes (mars 1918).

2) L'impossible impartialité des journalistes? Du témoignage à l'engagement.

Parmi les qualités premières du professionnel de l'information, dans une représentation idéalisée de son activité, figure l'impartialité (qui va de pair avec l'indépendance), qualité d'ailleurs revendiquée, bien avant que ne s'amorce le processus de professionnalisation, par ceux qui mirent leur plume au service de la presse (notamment en temps de guerre). De fait les contraintes auxquelles sont confrontés les journalistes sont décuplées en temps de crise. Quelles sont les circonstances qui font que le journaliste oscille entre témoignage et engagement, cesse d'être essentiellement témoin pour devenir acteur à part entière de la crise? Comment se situe-t-il, quelle est sa marge de manœuvre, face aux pressions internes ou externes (de la censure -affichée ou voilée-, des groupes de presse, des politiques, des lobbies, de l'opinion publique)? Comment se présente-t-il et comment est-il perçu dans l'imaginaire collectif? Quelle est sa crédibilité? Telles sont les principaux questionnements qui guideront notre réflexion dans le cadre de cette deuxième session.

3) La médiatisation des crises : quelles pratiques?

Le troisième volet de ce colloque portera sur le long terme, du temps des pionniers de la presse écrite à celui des medias du web, les pratiques des journalistes lors du traitement de la crise dans tous ses états: guerre, crise politique, sociale, dépression économique, crise sanitaire, catastrophe naturelle… Il s'agira, notamment, de déterminer comment les journalistes (quel que soit le média choisi) ont participé à l'élaboration des idéologies dominantes, comment ils ont contribué à forger notre manière de concevoir les ruptures et les mutations auxquelles la société est confrontée, comment a évolué sur le temps long la mise en forme et en scène de l'information sur les crises (genres journalistiques utilisés, analyse du discours, de l'image, des sources utilisées…), quelles sont les limites qu'ils se sont imposés ou s’imposent à eux?

4) Les journalistes face à l'actuelle crise "des médias

Depuis l'invention de la presse papier, le journaliste a dû faire face, dans la pratique de son métier, de sa profession, à de nombreux bouleversements du fait, notamment, de l'apparition au fil du temps de nouveaux medias. Il lui faut aujourd'hui faire face à la révolution générée par l'irruption sur la scène médiatique d'Internet, des réseaux socio-numériques et des supports mobiles. Leur apparition brouille avec fracas les frontières entre les medias traditionnels, transforme le public en "users", ouvre l'ère de l'ATAWAD en matière d'information, génère la naissance des médias de masse individuels. Quel est dès lors l'impact d'Internet sur les pratiques journalistiques, en général, et sur le traitement des crises en particulier? Internet peut-il provoquer la mort du journaliste (et de quel journaliste) ou peut-il générer un renouveau salutaire? Voilà les questions qui animeront les débats lors de cette quatrième et dernière session qui, à la différence des trois premières, nous ancrera résolument dans le temps présent.

Programme

Mercredi 4 novembre

Salle Georges Duby

8 h 30 : Accueil des participants

9 h 00: Allocutions d'ouverture

  • Maryline Crivello, Directrice de l'UMR 7303 TELEMME (AMU-CNRS)
  • Yvon Berland, Président d'Aix-Marseille Université

9 h 30 : Introduction

Elisabel Larriba, AMU-CNRS, UMR 7303 TELEMME – Membre honoraire de l’Institut Universitaire de France et Ourania Polycandrioti, National Hellenic Research Foundation, Institute of Historical Research

L'impact des crises sur l'évolution de la condition du journaliste

9 h 45 - 12 h 30

Présidence: Maryline Crivello, Directrice de l'UMR TELEMME

  • Christine Peyrard, AMU-CNRS, UMR 7303 TELEMME, Le journalisme révolutionnaire en France
  • Vittorio Criscuolo, Universita degli Studi di Milano, La liberté et l’indépendance de la nation: le journalisme démocratique dans l’Italie en révolution (1796-1799)
  • María Victoria López Cordón et Alba de la Cruz, Universidad Complutense de Madrid, Des Imprimeurs qui écrivent, des journalistes qui éditent en temps de crise et de révolution (Espagne, 1800-1823)

Débat

14 h 00 - 17 h 30

Salle G. Duby

Présidence: Franco RizziUNIMED Mediterranean Universities Union

  • Beatriz Sánchez Hita, Universidad de Cádiz, Les journalistes face à la répression et à la censure en Espagne lors de la restauration de Ferdinand VII (1814-1820)
  • Severiano Rojo Hernandez, AMU-CNRS, UMR 7303 TELEMME, Journalistes en temps de guerre : Pays basque (1936-1937).
  • Nicos Bakounakis, Panteion University of Social and Political Sciences, Les Guerres balkaniques et l’apparition du journalisme professionnel

Débat

Jeudi 5 novembre

9h - 12h30

Salle G. Duby

L'impossible impartialité des journalistes? Du témoignage à l'engagement

Présidence: Ourania Polycandrioti, National Hellenic Research Foundation, Institute of Historical Research

  • Athanasia Balta, Hellenic Open University School of Humanities, Engagement politique du journaliste pendant la seconde moitié du XIXe siècle
  • Gilles de Rapper, AMU-CNRS, UMR 7307 IDEMEC, D’une crise à l’autre, avec le sourire. Le métier de photoreporter dans l’Albanie communiste (1944-1991)
  • Evelyne Cohen, ENSSIB - Université de Lyon, LARHRA(UMR CNRS 5190), Les journalistes de télévision face au contrôle des informations par le gouvernement français (1954-1968)
  • Franco Rizzi, UNIMED Mediterranean Universities Union, La Presse italienne et le phénomène du Califat

14 h – 18 h

Salle G. Duby

La médiatisation des crises : quelles pratiques?

Présidence: Gérard ChastagnaretAMU-CNRS, UMR 7303 TELEMME

  • Denis Reynaud, LIRE-UMR 561, Université Lumière - Lyon 2, L'Histoire du signalement : pratiques journalistiques
  • Fernando Durán López, Universidad de Cádiz, Exil et transnationalité: le journalisme de José María Blanco White etJosé Joaquín de Mora.
  • Ourania Polycandrioti, National Hellenic Research Foundation, Institute of Historical Research, Crise sociale et thématique feuilletoniste à la fin du XIXsiècle
  • Antonio Checa Godoy, Universidad de Sevilla, Développement et crise de la presse satirique pendant le Sexenio Democrático (1868-1874)
  • Isabelle Renaudet, AMU-CNRS, UMR 7303 TELEMME, Journalisme et crise sanitaire au temps de la transition démocratique espagnole : retour sur le scandale du syndrome toxique de l’huile frelatée (1981)
  • Françoise Bernard, AMU - IRSIC – EJCAM Institut de Recherche en Sciences de l’Information et de la Communication – Ecole de Journalisme et de Communication d’Aix-Marseille, Médiatisation des crises et  analyse des jeux et enjeux de la circulation médiatique

Débat

Vendredi 6 novembre

9 h 00 - 12 h 30

Salle G. Duby

Les journalistes face à l'actuelle crise des médias

PrésidenceFrançoise Bernard, AMU - IRSIC – EJCAM Institut de Recherche en Sciences de l’Information et de la Communication – Ecole de Journalisme et de Communication d’Aix-Marseille

  • Ludivine Thouverez-Almansa, Université de Poitiers, MIMMOC EA 3812, Mutation numérique des entreprises de presse: El País et Le Monde, un modèle de réussite (2005-2015)?
  • Arnaud Mercier, Institut Français de Presse (CARISM), Université Panthéon-Assas, Responsable de l’Observatoire du webjournalisme, Réseaux socionumériques et supports mobiles, nouveaux défis pour les journalistes

Table ronde

Les journalistes en temps de crise: le point de vue des professionnels avec la participation de:

  • Philippe Pujol, Journaliste, Prix Albert Londres 2014.
  • Eric Navarro, Directeur de France Bleu Provence
  • Thibault Maisonneuve, Rédacteur en chef de France Bleu Provence
  • Jean-Michel Marcoul, Directeur de la Rédaction de La Provence

Débat

Conclusions: Isabelle Renaudet et Severiano Rojo - UMR 7303 TELEMME AMU-CNRS

Comité d'organisation

  • Gérard Dufour, AMU-CNRS, UMR 7303 TELEMME - Academia Portuguesa da Historia
  • Elisabel Larriba, AMU-CNRS, UMR 7303 TELEMME, Membre Honoraire de l'Institut Universitaire de France
  • Ourania Polycandrioti, National Hellenic Research Foundation, Institute of Historical Research, Athènes, Grèce
  • Isabelle Renaudet, AMU-CNRS, UMR 7303 TELEMME
  • Severiano Rojo Hernández, AMU-CNRS, UMR 7303 TELEMME

Comité scientifique

  • Nicos Bakounakis, Panteion University of Social and Political Sciences
  • Joaquín Alvarez Barrientos, CSIC, Director de la Sociedad Española de Estudios del Siglo XVIII
  • Paul Aubert, AMU- CNRS TELEMME-UMR 7303
  • Françoise Bernard, AMU - Directrice de l'IRSIC EA 4262 - Présidente d'honneur de la Société Française des Sciences de l'Information et de la Communication
  • Michel Bertrand, Directeur de la Casa de Velázquez
  • Gérard Chastagnaret, AMU-CNRS, UMR 7303 TELEMME
  • Antonio Checa Godoy, Directeur de Revista internacional de Historia de la Comunicación, Universidad de Sevilla
  • Jean-Jacques Cheval, Université Bordeaux Montaigne - MICA - GRER
  • Maryline Crivello, AMU -CNRS, Directrice de l'UMR 7303 TELEMME
  • Christian Delporte, Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines - CHCSC - Président de la Société pour l'Histoire des Médias - Directeur de la Revue Le Temps des Medias
  • Fernando Durán López, Universidad De Cádiz, Centro de estudios del Siglo XVIII
  • Jean-Claude Gardes, Université de Bretagne Occidentale, Directeur de EIRIS
  • Manuela Mendonça, Présidente de la Academia Portuguesa da Historia
  • Claude Perrier, La Provence - Directeur général Délégué & Directeur de la Publication
  • María Teresas Navas, Universidad Complutense de Madrid
  • Théa Picquet, AMU - CAER
  • Denis Reynaud, Université Lumière - Lyon 2, Directeur LIRE-UMR 5611

Lieux

  • Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme, salle Duby - 5, rue du château de l'Horloge
    Aix-en-Provence, France (13094)

Dates

  • mercredi 04 novembre 2015
  • jeudi 05 novembre 2015
  • vendredi 06 novembre 2015

Fichiers attachés

Mots-clés

  • journaliste, média, crise

Contacts

  • Elisabel Larriba
    courriel : larriba [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Source de l'information

  • Elisabel Larriba
    courriel : larriba [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les journalistes : témoins et acteurs en temps de crise (XVIII-XXIe siècle – Europe méridionale) », Colloque, Calenda, Publié le lundi 02 novembre 2015, http://calenda.org/344869