AccueilLe non humain: quel rôle dans le « vieillir » aujourd’hui ?

Le non humain: quel rôle dans le « vieillir » aujourd’hui ?

The non-human: what role for growing old today?

*  *  *

Publié le mardi 10 novembre 2015 par João Fernandes

Résumé

Cette journée d’étude vise à interroger la place occupée et le rôle joué par le non-humain (technologique, matériel et animal) dans l’expérience des personnes vieillissantes et (très) âgées, et ce depuis une perspective à la fois psychologique, sociologique et philosophique. Partant du postulat que les non-humains avec lesquels les humains sont en constante interaction sont loin d’être des entités neutres, passives et silencieuses, nous nous intéresserons à différentes questions : Comment les non-humains constituent et transforment l’expérience du vieillissement ? Quels sont les remaniements induits par la prise en compte des non-humains dans nos questions de 
recherche relatives au vieillissement ? À quelles limites épistémologiques, théoriques et/ou méthodologiques l’inclusion du non-humain confronte-t-elle la philosophie, la psychologie et la sociologie ?

Annonce

Argumentaire

Le vieillissement de la population constitue l’un des défis que l’Union Européenne (UE) a à relever en ce 21e siècle. En effet, il est estimé que les personnes âgées de 65 ans et plus y représenteront 20% de la population en 2025. 150 millions d’individus européens auront plus de 65 ans en 2050 (28.1 % de la population de l’UE), et 57.9 millions plus de 80 ans. Innovations scientifiques, biomédicales et technologiques sont présentées comme la solution à ce défi démographique (Neven, 2011 ; Peine et al., 2015) tandis que le vieillissement et le corps vieillissant deviennent un lieu privilégié d’interventions technoscientifiques (Ihde, 2008 ; Joyce et Loe, 2010 ; Joyce et Mamo, 2006). Par ailleurs, à l’heure du projet de loi relatif à l’adaptation de la société française au vieillissement de la population, l’environnement occupe plus que jamais une place fondamentale dans les préoccupations qui entourent la question du(des) vieillissement(s). Les opportunités offertes aux hommes et aux femmes qui vieillissent de composer avec le monde non-humain dans lequel elles évoluent se trouvent ainsi au cœur de certains enjeux du « bien vieillir » et de ses controverses, et nous invitent à étudier la pluralité des rôles que jouent pour les humains vieillissants ces divers non-humains, tels que l’habitat, les technologies, les animaux, et autres objets divers avec lesquels ils sont en interaction constante.

Au vu de ce contexte, cette journée d’étude vise à interroger la place occupée et le rôle joué par le non-humain (technologique certes mais aussi matériel et animal) dans l’expérience des personnes vieillissantes et (très) âgées, et ce depuis une perspective à la fois psychologique, sociologique et philosophique. Partant du postulat que les non-humains avec lesquels les humains sont en constante interaction sont loin d’être des entités neutres, passives et silencieuses, nous nous intéresserons à différentes questions :

  • Comment les non-humains constituent et transforment l’expérience du vieillissement ?
  • Quels sont les remaniements induits par la prise en compte des non-humains dans nos questions de 
recherche relatives au vieillissement ?
  • A quelles limites épistémologiques, théoriques et/ou méthodologiques l’inclusion du non-humain confronte-t-elle la philosophie, la psychologie et la sociologie ?

L’existence d’une opposition parfois tranchée entre humain et non-humain, qui favorise le rejet au dehors, dans ce qui demeure « étranger », de tout ce qui relèverait de la nature, des objets familiers, des objets technologiques, des animaux, etc., a tendance à soutenir la non inclusion de cette dimension dans les études sur le vieillissement. Dans la plupart des études sur le vieillissement, la prévalence est accordée aux relations humaines : l’accompagnement réalisé par la famille dits « aidants familiaux », par les voisins, ou par des professionnels à domicile ou en institution a par exemple mobilisé de nombreuses réflexions scientifiques (Ennuyer, 2006 ; Argoud et al., 2004 ; Avril, 2014 ; Weber et al., 2014 ; Mallon, 2004 ; Rimbert, 2011).

Pour autant, les artefacts proposés dans le domaine biomédical (produits pharmaceutiques, fauteuils roulants, déambulateurs, prothèses dentaires et de la hanche, etc.), mais aussi les technologies issues de la domotique, de la robotique et de la télésanté, ou encore les animaux de compagnie et les objets du chez-soi pour ne citer qu’eux, sont autant d’entités non-humaines qui marquent, accompagnent et articulent le corps âgé et l’expérience du vieillissement (Loe, 2015). Non-humains et vieillissement apparaissent comme intimement liés. C’est à ces relations que cette journée d’étude souhaite accorder une attention particulière.

Nous accueillons les propositions de communication qui abordent (mais ne sont pas limitées) aux questions suivantes :

  • d’un point de vue individuel, comment le non-humain influence le processus de vieillissement ? Dans quelle mesure le non-humain, qu’il soit animal, matériel, technologique ou « naturel », a-t-il des effets sur les individus, qui leur imposent de réagir à leur présence et leurs actions ? En quoi les médiations non-humaines sont-elles susceptibles de soutenir ou d’entraver la transaction, la négociation que le sujet a avec son propre vieillissement ? Quelles médiations les entités non-humaines inscrivent-elles auprès de la personne âgée dans son rapport à l’environnement ainsi que dans son rapport à elle-même, à son corps, et à son propre vieillissement ? Comment les personnes âgées vivent-elles les injonctions liées au « bien vieillir » et leur intimité croissante avec les non-humains ? En quoi les non-humains contribuent-ils à façonner la construction et constitution de soi, du chez-soi, du corps vieillissant, et de l’environnement du sujet âgé ?
  • d’un point de vue sociétal, comment les entités non-humaines articulent ce qu’est et ce que veut dire vieillir dans nos sociétés ? Comment, par exemple, les injonctions liées au « mieux vieillir », au « vieillir chez soi », ou au « vieillissement actif et en bonne santé » sont-elles intégrées et traduites dans la création et la transformation des habitats et dans le design technologique ? Quel est le rôle dévolu à l’environnement socio-matériel, à la technologie, voire même aux animaux (domestique, de compagnie) ? Quelles figures du vieillissement et de la vieillesse sous-tendent l’introduction de ces entités non-humaines ? En quoi les technologies de la communication permettent-elles d’assurer une « présence à distance » auprès d’une personne âgée (Bessin, 2015) ? Quels sont les impacts du développement du marché des « gérontechnologies » sur la demande et les usages de ces dernières ? Qui sont les acteurs du développement de la silver economy ? Quels sont les usages différenciés de ces technologies en termes de genre, d’âge, de classes sociales et de ressources financières ? Dans quelle mesure les non-humains (technologiques, matériels, animaux) permettent la « transmission de care » et le redéfinissent (Michalon, 2011) ?
  • d’un point de vue théorique et méthodologique, quels outils issus de la sociologie, de la philosophie et de la psychologie permettent de comprendre la place et le rôle des non-humains dans le(s) vieillissement(s) ? Dans quelle mesure la prise en compte du non-humain dans l’appréhension et la conceptualisation du(des) vieillissement(s) demande-t-elle (ou non) une transformation des disciplines sociologiques, philosophiques, psychologiques ?

À travers ces différents axes et disciplines, cette journée d’étude propose de (re-)penser le non-humain dans le vieillissement et d’explorer dans quelle mesure sa prise en compte constitue un défi pour la psychologie, la sociologie et la philosophie.

Références bibliographiques

  • AKRICH M. « The De-scription of Technical Objects », in Shaping Technology/Building Society : Studies in Sociotechnical Change, sous la direction de W. BIJKER and J. LAW, 205-224, Cambridge, MA, The MIT Press, 1992.
  • ARGOUD D., PENNEC S., LE BORGNE-UGUEN F., MANTOVANI J., PITAUD P. Prévenir l’isolement des personnes âgées. Voisiner au grand âge, Paris, Dunod, 2004.
  • AVRIL C. Les Aides à domicile : un autre monde populaire, Paris, La Dispute, 2014.
  • BESSIN M. « Présences sociales : une approche phénoménologique des temporalités sexuées du care », Temporalités, n°20, 2015.
  • ENNUYER B. Repenser  le maintien à domicile, Paris, Dunod, 2006.
  • IHDE D. Technology and the Lifeworld : From Garden to Earth, Bloomington, Indiana University Press, 1990.
  • IHDE D. « Aging : I don’t want to be a cyborg! », Phenomenology and the Cognitive Sciences, n°7, vol. 3, pp. 397-404, 2008.
  • JOYCE K. et LOE M. « A Sociological Approach to Ageing, Technology and Health », Sociology of Health and Illness, n° 32, vol. 2, pp. 171-180, 2010.
  • JOYCE K. et MAMO L. « Graying the Cyborg : New Directions of Feminist Analyses of Aging, Science, and Technology. », in Age Matters : Realigning Feminist Thinking, sous la direction de T. CALASANTI et K. SLEVIN, 99-121, New York, Routledge, 2006.
  • LATOUR B. Reassembling the Social : An Introduction to Actor-Network-Theory, Oxford, Oxford University Press, 2005.
  • LOE M. « Comfort and Medical Ambivalence in Old Age », Technological Forecasting & Social Change, n° 93, pp. 141-146, 2015.
  • MAESTRUTTI M. Imaginaires des Nanotechnologies. Mythes et fictions de l’infiniment petit, Paris, Vuibert, 2011.
  • MALLON I. Vivre en maison de retraite. Le dernier chez-soi, Rennes, PUR, 2004.
  • MICHALON J. « L’animal thérapeute : socio-anthropologie de l’émergence du soin par le contact animalier », sous la direction d’Isabelle Mauz, Thèse de doctorat en sociologie et anthropologie politique, Université Jean Monnet – Saint Etienne / centre Max Weber – UMR 5283, 2011.
  • MISSONNIER S., LISANDRE H. Le virtuel : la présence de l’absence, Paris, Éditions EDK, 2003.
  • NEVEN L. « Representations of the Old and Ageing in the Design of the New and Emerging: Assessing the Design of Ambient Intelligence Technologies for Older People », Thèse de doctorat, Université de Twente, Pays-Bas, 2011.
  • PEINE A., FAULKNER A., JAEGER B., et MOORS E. « Science, Technology and the ‘Grand Challenge’ of Ageing – Understanding the Socio-Material Constitution of Later Life », Technological Forecasting & Social Change, n° 93, pp. 1-9, 2015.
  • RIMBERT G. Vieillards sous bonne garde. Réparer l’irréparable en maison de retraite, Paris, Édition du croquant, 2011.
  • SEARLES H. (1960), L’environnement non humain, Paris, Gallimard, 1986.
  • SHARON T. Human Nature in an Age of Biotechnology : The Case for Mediated Posthumanism, Dordrecht, Springer, 2014.
  • TISSERON S. « De l’inconscient aux objets », Les cahiers de médiologie, n°6, pp. 231-243, 1998.
  • VERBEEK P.-P. What Things Do : Philosophical Reflections on Technology, Agency, and Design, University Park, The Pennsylvania State University, 2005.
  • WEBER F., TRABUT L., BILLAUD S. Le Salaire de la confiance. L’aide à domicile aujourd’hui, Paris, Éditions rue d’Ulm, 2014.

Coordinatrices de la journée d’étude

  • Lucie DALIBERT, docteur en Philosophie des technologies, département de Santé, Éthique et Société, Université de Maastricht (Pays-Bas)
  • Pearl MOREY, doctorante en Sociologie (EHESS – IRIS & Cermes 3)
  • Céline RACIN, doctorante en Psychologie Clinique et Psychopathologie (PCPP, Université Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité)

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les propositions de communication (3000 caractères maximum) sont à envoyer

avant le 30 décembre 2015

à l’adresse : contact.je.nonhumain2016@gmail.com

Nous annoncerons les propositions retenues à partir du 11 janvier 2016 et réceptionnerons les textes des communications le 8 février 2016. 

La journée aura lieu le 11 mars 2016 à Paris (EHESS) 

Avec la participation de : 

  • Marina MAESTRUTTI (Maître de conférences en Sociologie, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre d’Etudes des Techniques, des Connaissances et des Pratiques) 
  • Sylvain MISSONNIER (Professeur de psychologie clinique et psychopathologie, Université Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité, Laboratoire « Psychologie Clinique, Psychopathologie, Psychanalyse ») 
  • Tamar SHARON (Maître de conférences en philosophie, Université de Maastricht, Département de Philosophie)

Lieux

  • EHESS, salle M. & D. Lombard - 96 Bd Raspail
    Paris, France (75016)

Dates

  • mercredi 30 décembre 2015

Mots-clés

  • non humain, vieillissement

Source de l'information

  • Céline Racin
    courriel : celine [dot] racin [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Le non humain: quel rôle dans le « vieillir » aujourd’hui ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 10 novembre 2015, http://calenda.org/345355