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Traces et mémoires de l'esclavage dans l'espace atlantique

Traces and memories of slavery in the Atlantic space

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Publié le mardi 17 novembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

 

Dans Cultural Trauma: Slavery and the Formation of African American Identity (2001), Ron Eyerman explore la formation de l'identité africaine américaine à travers le traumatisme culturel de l'esclavage. Au-delà de son impact direct sur celles et ceux qui ont subi l'esclavage, Eyerman considère qu'en tant que processus culturel, le traumatisme est « transmis par l'intermédiaire de diverses formes de représentation et associé à la formation d'une identité et à la construction d'une mémoire collectives ». Cette conférence internationale cherche à examiner les fondements, les mécanismes et l'étendue de ces processus mémoriels. Il s'agira d'explorer une réalité de l'esclavage adossée à la mémoire humaine, à la (re)construction de la mémoire de trajectoires et de migrations individuelles, collectives ou familiales transmises de génération en génération.

Annonce

Conférencières plénières

  • Ana Lucia Araujo (Howard University)
  • Christine Chivallon (Directrice de recherche LAM-CNRS)

Date et lieu

  • Université Paul Valéry - Montpellier III
  • 1-2 décembre 2016

Argumentaire

Dans Cultural Trauma: Slavery and the Formation of African American Identity (2001)[1], Ron Eyerman explore la formation de l'identité africaine américaine à travers le traumatisme culturel de l'esclavage. Au-delà de son impact direct sur celles et ceux qui ont subi l'esclavage, Eyerman considère qu'en tant que processus culturel, le traumatisme est "transmis par l'intermédiaire de diverses formes de représentation et associé à la formation d'une identité et à la construction d'une mémoire collectives". Cette conférence internationale cherche à examiner les fondements, les mécanismes et l'étendue de ces processus mémoriels. Il s'agira d'explorer une réalité de l'esclavage adossée à la mémoire humaine, à la (re)construction de la mémoire de trajectoires et de migrations individuelles, collectives ou familiales transmises de génération en génération.

La conférence Traces et Mémoires de l'Esclavage dans l'Espace Atlantique se propose d’interroger la façon dont les descendants reconstruisent l’histoire de leurs ancêtres dès lors que l’esclavage pratiqué dans le cadre de la traite transatlantique figure parmi les paramètres du processus mémoriel.Elleentend également analyser comment, par un processus de collectivisation de mémoires et d'histoires personnelles ou familiales, les acteurs sociaux du présent contribuent non seulement à générer et à consolider des identités de groupes mais également à favoriser "l'émergence de la mémoire de l'esclavage dans l'espace public"[2]. Outre la redistribution culturelle et symbolique que peuvent suggérer des phénomènes de commémoration, de muséification et de patrimonialisation de la mémoire de l'esclavage, cette conférence souhaite également observer les contraintes que suppose son insertion dans l'espace public en analysant combien la demande sociale, notamment dans le cadre de revendications de devoirs de mémoire, influence la production de la connaissance historique et donne parfois lieu à des conflits de mémoires.

Peut-on affirmer avec Ira Berlin que "l'histoire et la mémoire interrogent toutes deux la question de l'esclavage […] mais qu'elles le font dans des langues différentes"?[3]Dans le contexte traumatique et post-traumatique de l’esclavage, la question des métissages et des souffrances qui les entourent parfois appelle un examen spécifique : les mécanismes de (re)construction mémorielle peuvent-ils, que ce soit d’un point de vue psychologique ou historique, prétendre à la neutralité ? Est-ce là leur vocation ? L’importance historique et stratégique de Gorée, sa charge symbolique et émotionnelle, et sa fonction mémorielle s’insèreront utilement dans la réflexion. Dans la même veine, des exemples de ce qu'Ana Lucia Araujo qualifie de "re(m)placement mémoriel", un processus selon lequel "une population locale s'approprie un bâtiment ou un site existant et attribue un passé lié à la traite atlantique et à l'esclavage, comme s'il s'agissait d'un véritable site historique,"[4]pourront être pris en considération.

Cette conférence internationale et pluridisciplinaire invite des communications en forme d'études de cas précis, d'analyses visant à dégager des constantes générales et des travaux comparatifs. Le champ géographique retenu englobe la totalité de l’espace atlantique, non pas pour privilégier des travaux sur les interactions entre servitude et capitalisme mais dans le sens où cette modernité-là, modernité mémorielle, transcende les individus, les "races", les nations, l’espace et le temps. Le champ géographique est donc large à dessein. Parce que la mémoire de faits remontant à plusieurs générations ne peut être que parcellaire, transmise et reconstruite, les lignes de force signifiantes du processus mémoriel feront l’objet d’une attention particulière.

La réflexion pourra se nourrir de travaux théoriques récents, dont ceux de Michael Rothberg[5] (2009) pour qui la mémoire se construit sur la base de focalisations multidirectionnelles et de synergies entre des événements apparemment déconnectés dans le temps et dans l’espace (Multidirectional Memory), et de Max Silverman[6] (2013) qui s’intéresse notamment à la « condensation » de traces spatio-temporelles différentes et parfois disparates (Palimpsestic Memory). Il pourra être intéressant de démêler les fils de constructions mémorielles familiales en déconstruisant des trajectoires d’individus fondateurs. Les traces archivistiques de moments clés pourront ainsi être convoquées pour interroger et préciser le contexte historique de ces trajectoires et/ou pour éclairer des trajectoires parallèles, celles par exemple de personnages plus connus. La recherche généalogique offre un terrain propice à la confrontation entre traces et mémoire, à la mise en exergue des mécanismes qui permettent de recréer des parcours déchiffrables, historiquement crédibles et psychologiquement acceptables dans les interstices laissés par les éléments factuels transmis par les générations. La question de la facture presque nécessairement ethnocentrique du prisme mémoriel pourra également être visitée.

Les participants pourront s'interroger sur les pistes, non exhaustives, de réflexion suivantes : 

  • l'histoire et la mémoire de l'esclavage ;
  • la mémorialisation de l'esclavage ;
  • la canonisation de la mémoire de l'esclavage ;
  • la/es représentation(s) de l'esclavage ;
  • la commémoration, la muséification et la patrimonialisation de la mémoire de l'esclavage ;
  • les lieux et les conditions de production et de circulation de savoirs sur l'esclavage ;
  • l'héritage/les héritages de l'esclavage et la (re)construction d'une identité (collective);
  • l'esclavage et la généalogie ;
  • les sources et les archives sur l'esclavage.

Notes

[1] Ron Eyerman, Cultural Trauma: Slavery and the Formation of African American Identity, Cambridge: Cambridge University Press, 2003.

[2] Christine Chivallon,"Mémoire de l’esclavage et actualisation des rapports sociaux,"in  Cottias, Myriam, Cunin, Elisabeth & de Almeida Mendes, Antόnio (eds.), Les esclavages et les traites. Perspectives historiques et contemporaines, Paris, Karthala, 2010, p. 335.

[3] Ira Berlin, "American Slavery in History and Memory and the Search for Social Justice," The Journal of American History, 90.4 (2004), p. 1266-1267.

[4] Ana Lucia Araujo, Shadows of the Slave Past: Memory, Heritage, and Slavery, New York, Routledge, 2014, p. 77.

[5] Michael Rothberg, Multidirectional Memory: Remembering the Holocaust in the Age of Decolonization, Stanford, California, Stanford University Press, 2009.

[6] Max Silverman, Palimpsestic Memory: The Holocaust and Colonialism in French and Francophone Fiction and Film, New York, Berghahn Books, 2013.

Modalités de soumission

Les langues de la conférence sont l’anglais et le français. Les propositions de 300 mots maximum, incluant un titre et le rattachement institutionnel, ainsi qu’une courte biographie sont à envoyer à traces2016@gmail.com

avant le 29 février 2016.

Les auteur(e)s de propositions acceptées seront informé(e)s le 31 mars 2016.Les propositions couvrant la totalité de l'espace atlantique sont bienvenues, ainsi que les propositions de tables rondes.

Comité d'organisation

Le comité d'organisation est également en charge de la sélection des propositions.

  • Lawrence Aje (Université Paul-Valéry, Montpellier - EMMA)
  • Nicolas Gachon (Université Paul-Valéry, Montpellier - EMMA)

Lieux

  • Site Saint Charles, rue du Professeur Henri Serre
    Montpellier, France (34080)

Dates

  • lundi 29 février 2016

Mots-clés

  • esclavage, mémoire, patrimonalisation, héritage, source, archive

Contacts

  • Lawrence Aje
    courriel : lawrence [dot] aje [at] univ-montp3 [dot] fr
  • Nicolas Gachon
    courriel : nicolas [dot] gachon [at] univ-montp3 [dot] fr

Source de l'information

  • Lawrence Aje
    courriel : lawrence [dot] aje [at] univ-montp3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Traces et mémoires de l'esclavage dans l'espace atlantique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 17 novembre 2015, http://calenda.org/346115