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Corps, travail et genre

Body, work and gender

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Publié le lundi 16 novembre 2015 par João Fernandes

Résumé

Qu’il soit biologique ou social, physique ou politique, réel ou fantasmé, le mot de « corps » est polysémique. Il renvoie à de nombreux domaines de recherches comme la science, l’histoire, la sociologie ou encore la philosophie. Quel est le traitement réservé au corps par le travail ? Comment celui-ci s’adapte-t-il aux contraintes sociales ou aux contraintes de genre qui lui sont associées ? Lors de cette journée d’étude, les intervenants sont invités à enrichir le débat en croisant à la fois la question des corps, du genre et du travail. Si beaucoup de travaux ont pu se pencher sur le corps féminin au travail (la manière dont il est façonné, utilisé, abîmé), il est également intéressant de s’interroger sur le corps masculin au prisme des injonctions à la virilité : conduite de dépense, importance de la force, etc. seront autant de pistes de réflexions développées.

Annonce

Argumentaire

Qu’il soit biologique ou social, physique ou politique, réel ou fantasmé, le mot de « corps » est polysémique. Il renvoie à de nombreux domaines de recherches comme la science, l’histoire, la sociologie ou encore la philosophie. 

Corps sublimés, corps blessés, corps niés ou corps remaniés, nous ne pouvons réfuter l’importance des pratiques corporelles dans l’analyse du travail. Le corps utilisé comme « outil » n’échappe pas à une construction symbolique ou culturelle conduisant et dirigeant l’action. Les discours biologisants ont relayé une certaine idée des corps masculins et féminin qui n’est pas sans lien avec la construction des rapports sociaux de sexe, allant à l’encontre d’une illusion de libération des contraintes à l’oeuvre. Aujourd’hui encore, on questionne la libération du corps des femmes à travers le voile ou l’IVG alors que le corps des hommes n’en est pas moins soumis à un idéal de masculinité virile. Mais au-delà de leur matérialité, les corps féminins et masculins ont une histoire : ils sont liés à des enjeux politiques, économiques et sociaux qui nous obligent à penser la dimension du genre dans l’analyse du corps au travail et du travail du corps. Celui-ci n’échappe pas à des formes d’intériorisation des normes sociales liées, entre autres, au genre. 

Quel est le traitement réservé au corps par le travail ? Comment celui-ci s’adapte-t-il aux contraintes sociales ou aux contraintes de genre qui lui sont associées ? Lors de cette journée d’étude, les intervenants sont invités à enrichir le débat en croisant à la fois la question des corps, du genre et du travail. 

Si beaucoup de travaux ont pu se pencher sur le corps féminin au travail (la manière dont il est façonné, utilisé, abîmé), il est également intéressant de s’interroger sur le corps masculin au prisme des injonctions à la virilité : conduite de dépense, importance de la force, etc. seront autant de pistes de réflexions développées. Les interventions seront étendues aux croisements classe, race et genre.

Programme

16 décembre 2015

59 rue Pouchet 75017

9h-9h15 - Accueil par Anne Jacquelin & Haude Rivoal, doctorantes en sociologie (CRESPPA-GTM)

  • 9h15-10h : Introduction par Jose Luis Moreno Pestaña, professeur de philosphie (Université de Cadiz)

La valorisation du corps sur le marché de travail -morphologie, allure...- a été théorisée comme une forme de capital, en l’occurence comme un capital érotique. Ces exigences de transformation du corps selon les formes de beauté “légitimes” dominantes, sont plus présentes dans les métiers féminisés.

Dans notre approche, nous établissons des liens entre ces exigences de valorisation du corps et les troubles alimentaires : ceux-ci permettent d’analyser certains traits structurels du capital érotique au travail.

  • Ce que l’anatomie-politique des corps cancéreux donne à voir du travail des femmes. Michelle Paiva, doctorante en sociologie (CRESPPA-GTM)

Le cancer est une maladie chronique et la première cause de mortalité en France. Le poumon est en tête de liste des tumeurs les plus meurtrières : 21 326 décès chez les hommes et 8 623 décès chez les femmes (INCa, 2015). Par ailleurs, les études sur les inégalités sociales de santé constatent le désavantage des ouvriers par rapport aux cadres face au cancer, conséquence de l’inégale sollicitation de leur corps au travail.

Or, que se passe-t-il si, au-delà de la position sociale, on s’intéressait à la relation entre genre et cancer ?

Alors que le cancer ronge indistinctement des corps d’hommes et de femmes, le statut qu’on lui accorde semble cependant respecter des logiques genrées. Dans cette communication, nous allons tenter de montrer que si la relation entre le travail réalisé par les hommes et leur cancer est difficile à établir, pour les femmes, elle demeure souvent impensée. À partir de l’exemple du cancer du poumon et du cancer du sein, nous allons tenter d’illustrer le fait que la distinction des organes atteints par le cancer, suit une anatomie aussi biologique que politique, dans laquelle l’(in)visibilité du travail des femmes représente un enjeu majeur.

  • Le corps féminin à l’épreuve du travail en mer Yvonne Guichard-Claudic, Maîtresse de conférence en sociologie à l’Université de Brest

La profession de marin est traditionnellement considérée comme masculine et le groupe professionnel s’est historiquement construit comme sexué. Les différences physiologiques entre hommes et femmes et surtout les représentations qui leur sont associées ont longtemps conduit à considérer la féminisation de cette profession comme impensable. Désormais, cette féminisation varie selon les métiers mais l’hégémonie masculine reste très marquée. Comment dès lors, les femmes « font-elles avec » un corps souvent considéré comme un frein ou un obstacle à leur intégration professionnelle ? On abordera ici la question de la force physique, et de l’adoption ou non des manières de faire masculines. On évoquera la neutralisation du corps sexué dans un espace restreint où femmes et hommes se côtoient jour et nuit. On s’intéressera aussi au traitement juridique et institutionnel de la grossesse et de la maternité. Au final, à travers le prisme du corps au travail, en mettant en perspective ce qui change et ce qui résiste, on se demandera dans quelle mesure cette féminisation affecte l’ordre de genre. 

14h-16h30 : Session 2

  • “Corps, travail et genre en psychodynamique du travail” Christophe Dejours, professeur titualaire de la chaire de Psychanalyse-Santé-Travail au CNAM

L’introduction du genre dans la théorie psychanalytique de la sexualité par Laplanche sera au départ de la présentation. Mis à l’épreuve de la clinique du travail, le concept d’assignation dégagé par Laplanche peut être étendu aux catégories de classe, genre, race. L’identité subjective qui se constitue dans l’enfance en réponse à l’assignation peut être remaniée par l’expérience du travail. Si les tâches sont genrées par la division sociale du travail, l’intelligence requise pour les accomplir ne semble pas l’être : l’intelligence au travail mobilise en effet dans le corps des propriétés qui semblent échapper aux différences de sexe et de genre. Le travail de production (poièsis) exige pourtant, dans l’ombre, un autre travail de soi sur soi (Arbeit) qui se traduit par des remaniements du corps subjectif. Ces derniers sont parfois une ressource pour remettre en cause la domination de genre, tant dans la vie sociale que dans l’économie amoureuse

  • « Le corps en-jeu-x » Stéphane Le Lay, sociologue associé à l’équipe “psychodynamique du travail et de l’action” - CNAM-Paris 5

L’observation attentive des transformations intervenues depuis plusieurs années dans divers champs professionnels amène à poser sans relâche la question de la place du corps dans l’organisation du travail.

Le corps est un enjeu de pouvoir, on le sait depuis longtemps, puisqu’il est ce sans quoi aucun travail ne saurait être engagé, aucune production réalisée, aucun capital – économique, culturel, social– accumulé, pour soi ou par autrui. Le corps est « outillé » par nos dispositions sociales. Mais il est également « instrumentalisé » par le jeu des rapports sociaux interpénétrés qui forment une configuration sociale donnée. Or, quoi de mieux que le jeu pour le travail d’incorporation ? Jouer pour développer ses dispositions.

Jouer pour s’incorporer à l’organisation du travail. Jouer pour tenter de s’en arracher, et souffler un peu.

16h30- 17h : Conclusion par Régine Bercot, professeure de sociologie à l’Université de Paris VIII

Lieux

  • bus 66 ou métro Guyy Moquet - 59 rue Pouchet
    Paris, France (75017)

Dates

  • mercredi 16 décembre 2015

Fichiers attachés

Mots-clés

  • corps, travail, genre, rapport a soi, représentations, santé

Contacts

  • Haude Rivoal
    courriel : hauderivoal [at] hotmail [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Régine Bercot
    courriel : reginebercot [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Corps, travail et genre », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 16 novembre 2015, http://calenda.org/346447