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La description du créole haïtien dans tous ses états

The description of Haitian Creole in all its states

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Publié le mardi 24 novembre 2015 par João Fernandes

Résumé

Le créole haïtien (désormais CH) est généralement vécu dans l’imaginaire des créolistes comme le parangon des créoles, c’est-à-dire une variété de créole qui aurait atteint assez rapidement (certains diraient précocement) une fonction sociolinguistique plus avancée que celle des autres. De ce point de vue, Ioana Vintilă-Rădulescu (1976) indique que dès le début du XIXe siècle le CH était apte à être employé dans la vie publique parce qu’ayant acquis bien avant les autres variétés de créole un plus ou moins haut degré de prestige. Selon Valdman (2005) il est la variété de créole qui aurait atteint le plus haut niveau de standardisation et d’instrumentalisation (Valdman, 2005).

Annonce

Argumentaire

Le créole haïtien (désormais CH) est généralement vécu dans l’imaginaire des créolistes comme le parangon des créoles, c’est-à-dire une variété de créole qui aurait atteint assez rapidement (certains diraient précocement) une fonction sociolinguistique plus avancée que celle des autres. De ce point de vue, Ioana Vintilă-Rădulescu (1976) indique que dès le début du XIXe siècle le CH était apte à être employé dans la vie publique parce qu’ayant acquis bien avant les autres variétés de créole un plus ou moins haut degré de prestige. Selon Valdman (2005) il est la variété de créole qui aurait atteint le plus haut niveau de standardisation et d’instrumentalisation (Valdman, 2005). En n’oblitérant pas que le papiamento, créole àbase lexicale ibérique des îles de Aruba, Curaçao et Bonaire, a connu un développement dans le domaine du journalisme officiel et des échanges commerciaux officiels, dès la deuxième moitiédu XIXe siècle (1871), en plus d’être valoriséàl’écrit comme àl’oral àl’école, on peut cependant considérer que le créole haïtien a acquis un degré de grammatisation plus avancé que les autres, la grammatisation étant un processus consistant à outiller et « scripturiser » une langue sur la base des deux piliers de notre savoir métalinguistique : la grammaire et le dictionnaire (Auroux, 1994). 

Du fait du contact de ce créole avec d’autres langues, des chercheurs ont fait remarquer que ces langues de contact laissent leurs traces dans le fonctionnement du CH. Par exemple, par rapport àsa cohabitation avec le français dont il tire la plus forte part de son lexique (Pradel Pompilus (1985) indique que son vocabulaire est français à85%), Albert Valdman (1991) parle de décréolisation, c’est-à-dire le fait par le CH de perdre certaines spécificités intrinsèques en se rapprochant de son superstrat. De même, Renauld Govain (2014) fait remarquer que le vocabulaire du CH est aujourd’hui fortement influencépar des emprunts àl’anglais et l’espagnol et que ceci est une conséquence de son contact avec ces langues étrangères, un contact qui est moins immédiat que celui qu’il a avec le français. Cela nous amène àvouloir relativiser ce pourcentage de 85% indiquépar Pompilus (op. cit.) par rapport au fait que ces emprunts plus ou moins massifs, notamment ceux faits àl’anglais sont plutôt nouveaux et n’y étaient pas encore entrés au moment oùPompilus y réfléchissait. De son côté, Marie Ensie Paul (2013) a fait une analyse diachronique du syntagme prédicatif dans une dynamique comparative en prenant en compte les créoles français des Petites Antilles, d’Haïti et de la Louisiane. 

De nombreux chercheurs ont traité des thématiques abondant dans le sens de la description du CH. Parmi les travaux majeurs, citons, par exemple, la thèse africaniste de Suzanne Sylvain (1936) sur la description morphologique et syntaxique du CH, la Philologie créole de Jules Faine (1937), Gérard Férère (1974), des travaux portant sur les techniques d’écriture du CH (Dejean, 1977 ; Vernet, 1980), Frantz Joseph (1988), Michel DeGraff (1992), Jean Robert Cadely (1994), Claire Lefebvre et John Lumsden (1989), Claire Lefebvre et al. (1982), Dominique Fattier (1998), Albert Valdman (2007), Robert Damoiseau (2005, 2012), Herby Glaude (2012), Marie Ensie Paul (2013), etc. Mais, il reste encore de profondes réflexions àconduire en termes de description et d’analyse du CH en vue d’une meilleure compréhension du fonctionnement du CH. 

Par ailleurs, le Ministère de l’Education nationale et l’Akademi kreyòl ayisyen travaillent actuellement sur la révision de la graphie du CH en vue de la rendre plus conforme au fonctionnement linguistique, notamment phonologique de la langue. Quel coup de pouce ce numéro peut, par exemple, offrir àcette démarche ?

Axes thématiques

Ce numéro de Chantiers a pour but de poursuivre ce travail de description amorcépar ces auteurs  cités plus haut mais aussi par tant d’autres tout en cherchant àaller plus loin qu’ils n’ont pu toucher. Parmi les axes de réflexions et de description qui peuvent être abordés par les auteurs, nous pouvons retenir : 

  • Phonologie, morphologie, sémantique, syntaxe du CH ;

  • Approches diachroniques du CH ;

  • Approches synchroniques du CH dans les différentes sphères discursives ;

  • Emploi des langues à l’école et à l’université : description des formes utilisées ;

  • État des recherches sur les corpus du CH ;

  • Description comparée du CH à d’autres créoles à base lexicale française, voire à bases lexicales diverses

  • Description des pratiques du CH dans la littérature ;

  • Alphabétisation, l’Akademi kreyòl ayisyen et le développement de la langue ;

 

  • Description des pratiques du CH dans les communautés diasporiques.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les intéressés sont priés de soumettre un résumé de 200 mots maximum,

au plus tard le 25 novembre 2015

au comité de rédaction de la revue. En cas d’avis favorable, l’article définitif doit être soumis au plus tard le 15 avril 2016 pour validation définitive du comité scientifique.

Le résumé au format .doc (500 mots au maximum) et l’article intégral seront adressés à : revue.chantiers@ueh.edu.ht 

Le résumé sera examiné par deux évaluateurs.

Comité de lecture 

  • Guillaume FON SING (UniversitéParis-Diderot)
  • Renauld GOVAIN (Universitéd’État d’Haïti)
  • Marie Ensie PAUL (UniversitéParis III)
  • Anne ZRIBI-HERTZ (UniversitéParis VIII)
  • Rochambeau LAINY (Universitéd’État d’Haïti)
  • Juliette FACTHUM-SAINTON (Universitédes Antilles)
  • Herby GLAUDE (Universitéd’État d’Haïti)
  • Eric Fernandez HERNANDEZ (Universitéde la Havane)
  • James SAINT-CYR (Universitéd’État d’Haïti) 

Des dates importantes à retenir

  • Date limite pour la soumission du résumé de l’article : 1er décembre 2015 ; 
  • Notification : 15 janvier 2016 ; 
  • Soumission de la version finale de l’article : 15 avril 2016 ; 
  • Retour des articles évalués par deux experts : Juin 2016                   
  • Parution : Automne 2016 

Les propositions (sous formes de résumé) et les textes qui en découleront peuvent être élaborés en français, en créole, en anglais ou en espagnol. La version finale sera accompagnée d’un résumédans ces quatre langues dans l’ordre français, CH, anglais et espagnol. Le comitéscientifique pourra traduire le résuméoriginal en CH s’il en est besoin ! 

Références citées

  • Auroux, Sylvain, 1994, La révolution technologique de la grammatisation. Liège, Mardaga.
  • Cadely, Jean-Robert, 1994, Aspects de la phonologie du créole haïtien. Thèse de doctorat de l’Universitédu Québec àMontréal.
  • Damoiseau, Robert, 2012, Syntaxe créole comparée : Martinique, Guadeloupe, Guyane, Haïti. Paris, Karthala.
  • Damoiseau, Robert, 2005, Eléments de grammaire comparée français-créole haïtien. Cayenne, Ibis rouge.
  • DeGraff, Michel, 1992, Creole grammars and the acquisition of syntax: the cas of Haitian. Thèse de doctorat de l’Universitéde Pennsylvanie.
  • Dejean, Yves, 1977, Comment écrire le créole. Thèse de doctorat de l’Universitéd’Indiana.
  • Faine, Jules, 1937, Philologie créole. Port-au-Prince, Imprimerie de l'État. 
  • Fattier, Dominique, 1998, Contribution àl’étude de la genèse d’un créole : L’Atlas Linguistique d’Haïti, cartes et commentaires. Thèse de doctorat d’État Universitéde Provence.
  • Férère, Gérard, 1974, Haitian Creole Sound-System, Form-Classes, Texts. Thèse de doctorat de l’Universitéde Pennsylvanie.
  • Glaude, Herby, 2012 Aspects de la syntaxe de l’haïtien. Thèse de doctorat de l’UniversitéParis VIII.
  • Govain, Renauld, 2014, Les emprunts du créole haïtien àl’anglais et àl’espagnol. Paris, L’Harmattan.
  • Joseph, Frantz, 1988, La détermination nominale. Thèse de doctorat de l’UniversitéParis VII.
  • Lefebvre, Claire et John Lumsden (éds), 1989, Aspects de la grammaire du créole haïtien. Numéro spécial de la Revue québécoise de linguistique sur le créole haïtien 18-2.
  • Lefebvre, Claire et al. (éds), 1982, Syntaxe de l’haïtien. Ann Arbor, MI, Karoma.
  • Paul, Marie Ensie, 2013, La méthode comparative historique appliquée au syntagme prédicatif des créoles français de Guadeloupe/ Martinique, Haïti et Louisiane : Interrogations et perspectives. Thèse de doctorat de l’UniversitéParis III.
  • Sylvain, Suzanne, 1936,  Le créole haïtien : morphologie et syntaxe. Port-au-Prince, Chez l'auteur et Wetteren (Belgique), De Meester.
  • Valdman, Albert (dir.), 2007, Haitian creole-english bilingual dictionnary. Bloomingtong, Indiana University, Creole Institute.
  • Valdman Albert, 2005, Vers la standardisation du créole haïtien. Revue française de linguistique appliquée, n°1, Vol. X, 39-52.
  • Valdman, Albert, 1991, Decreolization or language contact in Haiti. In Development and structures of creole languages: Essays in honor of Derek Bickerton, Francis Byrne & Thom Huebner (dir.), 75-88. Amsterdam, John Benjamins.
  • Vernet, Piere, 1980, Technique d’écriture du créole haïtien. Port-au-Prince, Le Natal.
  • Vintilă-Rădulescu, Ioana, 1976, Le créole français. Paris, Mouton.

Présentation de l’article 

Nombre de caractères pour chaque contribution : Entre 25.000 et 40.000 signes, espaces et références compris.

  • Typographie

- Caractères : Titre de l’article : Times New Roman 14 gras ; corps du texte : Times New Roman 11 normal ; notes en bas de page : Times New Roman 9 normal ; citations longues : Times New Roman 10 normal, avec retrait àgauche ; espacement : 1.5 d’interligne.
- Prénom, Nom de l’/des auteur(s) suivis de son/leur appartenance institutionnelle : Times New Roman 11 normal.

- Un résuméde 200 mots au maximum dans la langue de rédaction de l’article. Ce même résuméest présentédans les 3 langues de rédaction du numéro, àcommencer par la langue de l’article. La coordination du numéro est disposée àtraduire le résuméen CH, s’il en est besoin.

- Le résuméest suivi d’une liste de 5 mots-clé. 

  • Mise en page de l’article :

            -  Retrait de 1e  ligne de paragraphe (alinéa) : de 0,5 cm.

            -  Mise en relief d’un ou des mots dans le texte, préférer l’italique ou les guillemets.

  • Références dans le texte

- Format : (Klinkenberg, 1996), (Klinkenberg, 1996 : 52).

  • Références bibliographiques :
    • Ouvrage :

Klinkenberg, Jean-Marie, 1996, Précis de sémiotique générale. Bruxelles, De Boeck Université.

    • Article dans revue :

Bertaux, Daniel, 1980, L'approche biographique : sa validité méthodologique, ses potentialités, Cahiers internationaux de sociologie, n° 69, 197-225.

    • Article dans ouvrage :

Bavoux, Claudine, 2004, « La codification graphique du créole réunionnais: réalisations, obstacles, perspectives », in Penser la Francophonie, concept, actions, outils linguistiques.Paris, Actualités Scientifiques, AUF, Editions des Archives Contemporaines, 224-252.

Lieux

  • Port-au-Prince, Haïti

Dates

  • mercredi 25 novembre 2015

Mots-clés

  • creole, État, linguistique, Haiti

Contacts

  • James Rudolph saint-cyr
    courriel : jamesr [dot] saintcyr [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • James Rudolph saint-cyr
    courriel : jamesr [dot] saintcyr [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La description du créole haïtien dans tous ses états », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 24 novembre 2015, http://calenda.org/347931