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Famille et argent

Family and money

Revue Recherches Familiales

Revue Recherches Familiales journal

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Publié le jeudi 26 novembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Le dossier du numéro 14 de Recherches Familiales, à paraître en janvier 2017, est consacré au thème « Famille et argent ». Longtemps, l’interprétation dominante de l’argent fut celle d’une monnaie de marché. C’est en termes économiques que l’on définit ses fonctions, ses caractéristiques et sa circulation. Depuis les années 1980, nombre de travaux en sciences humaines et sociales ont montré qu’au-delà de ses caractéristiques purement quantitatives, l’argent comporte des dimensions sociales et culturelles. Ce numéro de Recherches Familiales ne s’interroge pas sur la monnaie du marché, mais bien sur la monnaie de la famille. 

Annonce

Argumentaire

Le dossier du numéro 14 de Recherches Familiales, à paraître en janvier 2017, est consacré au thème « Famille et argent ».

Longtemps, l’interprétation dominante de l’argent fut celle d’une monnaie de marché. C’est en termes économiques que l’on définit ses fonctions, ses caractéristiques et sa circulation. Depuis les années 1980, nombre de travaux en sciences humaines et sociales ont montré qu’au-delà de ses caractéristiques purement quantitatives, l’argent comporte des dimensions sociales et culturelles. Ce numéro de Recherches Familiales ne s’interroge pas sur la monnaie du marché, mais bien sur la monnaie de la famille. A l’instar de Marcel Mauss qui observait au début du XXe siècle que l’argent était essentiellement un fait social, nous souhaitons rassembler les résultats d’études portant sur l’argent en tant que fait familial. On a parlé de la vie sociale de l’argent, mais qu’en est-il de sa vie familiale ? Quelles en sont les particularités ? En quoi l’argent familial se distingue-t-il (ou pas) de l’argent du marché ? En quoi les logiques économiques influencent-elles la vie familiale et, inversement, en quoi la vie de famille imprègne-t-elle la circulation et la signification accordée à l’argent ?

L’économie de la famille

Ces questions peuvent être abordées sous différents angles. Ainsi, l’intérêt peut se porter sur l’économie de la famille et son fonctionnement. Il s’agira d’analyser les pratiques relatives à l’argent comme les affectations budgétaires, les organisations financières des ménages, les rôles économiques de chacun ou encore la gestion du quotidien familial. L’approche peut être longitudinale, en montrant par exemple comment le fonctionnement financier s’élabore et évolue durant l’histoire familiale ; ou encore en dévoilant les conséquences de certains événements, comme la mise en ménage, l’arrivée des enfants, une séparation ou un décès, sur l’économie familiale. A contrario, l’on peut aussi étudier la manière dont l’argent, son usage ou sa perception, affecte la vie de la famille et les relations entre ses membres. L’approche peut aussi être comparative par exemple en mettant en évidence la spécificité des fonctionnements économiques des ménages selon leur niveau social, leurs revenus, ou encore selon l’appartenance sexuelle ou culturelle de ses membres.

La circulation de l’argent

Une autre dimension de l’économie familiale à explorer concerne la circulation de l’argent entre les membres de la famille. Celle-ci peut prendre différentes formes et significations selon la nature du lien entre les acteurs (reliés par des liens conjugaux ou générationnels), les périodes de la vie ou encore l’histoire familiale : argent de poche, héritage et transmission, transferts transnationaux, entraide, prêt ou don. De quelles nature, direction, fréquence et intensité sont les flux financiers familiaux ? Quels sont les règles implicites et explicites, les coutumes et les rites qui régissent cette circulation ? S’interroger sur les règles et les normes familiales en matière financière permet également de questionner des concepts économiques, par exemple ceux de valeurs, de coûts, d’utilité ou de rationalité. L’argent prend-il valeur de lien lorsqu’il circule dans la famille ? Quand sépare-t-il ? Quand unit-il ? Dans les activités économiques suscitées par certains événements familiaux comme les naissances, baptêmes, mariages, enterrements, l’on peut lire des formes de rationalité qui sont loin de la rationalité purement matérialiste, égocentrée et utilitariste de l’homo oeconomicus  : quelles sont-elles ? Comment les comprendre ?

L’argent révèle et constitue les statuts et les liens familiaux

En ce sens, au-delà de sa matérialité, la circulation de l’argent au sein de la sphère familiale est à la fois révélatrice et constitutive du lien et des statuts familiaux. Autrement dit, si l’argent, ses usages et ses représentations peuvent être définis et redéfinis par des réseaux et des relations sociales et familiales, ils peuvent aussi contribuer à les définir et redéfinir. Que dit l’argent des relations nouées par les jeunes couples ou les époux, concubins ou partenaires ou encore des relations au sein des familles recomposées et de celles maintenues entre des conjoints séparés ou divorcés ? Qu’implique donc la circulation d’argent entre donateur et donataire en termes de relations de pouvoir, de solidarité ou d’amour ? Quels sont les enjeux monétaires, mais aussi statutaires, identitaires, sociaux, moraux, relationnels et émotionnels de la circulation de l’argent ? Ces questions peuvent par exemple être appréhendées selon des dimensions intergénérationnelles, interculturelles, intergenres ou interpersonnelles.

L’encastrement social de l’économie familiale

Ces questions nous amènent à suggérer une approche complémentaire de l’articulation entre famille et argent, celle de l’imbrication ou de l’encastrement social de l’économie familiale. L’exemple de l’encastrement entre famille et économie le plus évident est celui de l’entreprise familiale, mais il en existe d’autres comme lorsque les conjoints ou les parents et les enfants sont partenaires professionnels ou employeurs les uns des autres. Comment ceux-ci gèrent-ils, articulent-ils ou différencient-ils ces relations ? On peut aussi suggérer d’aller au-delà du décloisonnement des sphères de l’économie et de la famille pour intégrer dans l’analyse l’ensemble des biens, des services, des émotions et des sentiments qui circulent dans la sphère familiale. Alors que dans la sphère publique, l’argent est considéré comme un facilitateur d’échanges, qu’en est-il dans la sphère privée ? Comment les familles gèrent-elles des échanges, des pratiques et des relations qui, dans les sociétés occidentales, semblent de plus en plus monétarisées ou financiarisées ? Comment gèrent-elles ces logiques, celles du marché et celles du privé, qui sont a priori perçues comme antagonistes ? Quelle est la convertibilité ou la fongibilité de l’argent dans la sphère privée ? S’il semble moralement condamnable (ou du moins suspect) de fonder une relation conjugale sur un échange entre, par exemple, bien-être matériel d’un côté, jeunesse et beauté de l’autre, pourquoi est-il au contraire appréciable qu’un enfant réponde par de la gratitude à un versement d’argent ?

L’argent comme objet de sentiments

D’ailleurs, la question du sentiment (et du ressentiment) lié à la circulation de l’argent dans la famille peut constituer un point singulier à traiter, car il est transversal à toutes les dimensions suggérées dans cet appel. Il permettrait par exemple de développer la constitution du sens de la dette au sein des familles, comment circulent la confiance et la suspicion, la gratitude et la jalousie, ou encore comment se recomposent les hiérarchies symboliques (aîné/cadet ; garçon/fille...).

L’économie familiale : droit et Etat-Providence

Cela nous amène à suggérer une dernière piste qui est celle de l’économie familiale dans le droit des Etats occidentaux. En effet, en soutenant jusqu’à récemment le modèle conjugal du pourvoyeur financier et de la pourvoyeuse de soins, le Code civil a contribué à encadrer et institutionnaliser ce type d’échange conjugal entre services d’un côté et soutien financier de l’autre. On peut retrouver d’autres exemples dans le droit comme l’obligation d’entretien des parents envers les enfants et inversement.Une perspective plus macrosociale pourrait avoir pour ambition de dresser un état des lieux de la situation économique ou financière des familles ou encore de traiter du cadre général dans lequel l’économie familiale se constitue.La régulation de la circulation monétaire intrafamiliale par la puissance publique en constitue un aspect. Les encadrements juridiques et légaux des dons, des successions, des obligations alimentaires, ou encore la fiscalité ou les allocations familiales rendent compte d’une conception normative de la famille qui a des conséquences sur les pratiques financières. Plus généralement, on peut se questionner sur les effets du contexte culturel, institutionnel, législatif, politique et social sur l’économie de la famille. Si l’on se place du point de vue des acteurs familiaux, c’est leur compréhension de ce contexte, leurs relations avec les institutions ou encore la manière dont ils traduisent les messages institutionnels en pratiques qui peut être mis en évidence.

Un dispositif juridique semble regrouper l’ensemble de ces approches et de ces interrogations : la protection juridique des majeurs. Lorsque le tuteur ou curateur est un membre de la famille et qu’il gère à la place ou en soutien du majeur protégé ses biens et assez régulièrement ses ressources et dépenses, cette situation offre un terrain d’observation sans égal sur le fonctionnement de la sphère familiale, sur la nature et l’intensité des liens unissant non seulement le majeur protégé au tuteur ou curateur membre de sa famille, mais avec l’ensemble des membres de la famille, en premier lieu la fratrie. L’argent est dans ce cas une porte d’entrée sur l’intimité des familles, sur les statuts (générationnel, de genre, social, éducatif et symbolique) et places de chacun, sur les fonctionnements, voire sur les espoirs et les projets.

L’argent comme acteur de la vie familiale

Outil, but ou moyen, héritage ou investissement, régulateur, facilitateur ou au contraire désincitateur, l’argent est en effet un acteur central de la vie familiale. L’argent révèle et constitue l’intime des familles. Il permet d’en retracer le passé, le présent et le futur. Conçu pour circuler, pour faciliter les échanges ou pour être thésaurisé, il apparaît dans toutes les sphères de la vie familiale et à toutes les étapes de la vie, du premier cadeau de naissance au financement de l’enterrement. L’argent a un cours, un « taux de change », une valeur, des significations, des usages et des formes qui sont propres aux relations familiales et qui varient également selon les sphères de la vie familiale. Révélateur de solidarité ou de pouvoir, créateur d’égalité ou d’inégalité, il est vecteur d’enjeux politiques, identitaires, statutaires ou encore est facteur d’intégration ou de désintégration. Son analyse requiert de tenir compte du contexte, de la temporalité, des pratiques, des acteurs, de leurs interactions et de la relation qu’ils entretiennent. Ce numéro a pour objectif de rendre compte de la diversité des usages, des affects et des significations de cet inconnu qu’est l’argent des familles.

Modalités de soumission

Les articles entièrement rédigés sont à proposer au Comité de lecture de Recherches Familiales

avant le 15 mai 2016.

La revue paraîtra en janvier 2017.

Pour consulter le règlement intérieur : http://www.unaf.fr/spip.php?article16501

Envoyez votre article (fichier en format word ou rtf) par courrier électronique à recherches.familiales@unaf.fr. Un accusé de réception vous sera envoyé.

Indications techniques

Article : 40 000 caractères, notes de bas de page et espaces compris.

L’article doit être accompagné d’un résumé de 700 à 900 caractères, espaces compris.

Références : Ne pas utiliser le système américain (nom de l’auteur(e) et page entre parenthèses), mais le système « français » de référence intégrale en note de bas de page.

Notes de bas de page : Utiliser ce système de renvoi de note de bas de page (Tout article ne respectant pas ces indications devra être modifié par l’auteur(e)) : Jacques COMMAILLE, François de SINGLY (dir.), The EuropeanFamily. The Family Question in the EuropeanCommunity, Londres, Springer, 1997. Pierre COURTIOUX, Olivier THEVENON, « Les politiques familiales dans l’Union européenne et la Stratégie de Lisbonne : quelques enseignements de l’expérience française », Horizons stratégiques, n° 4, pp. 176-195, 2007, p. 180. Gösta ESPING-ANDERSEN (dir.), Why we Need a New Welfare State, Oxford, Oxford University Press, 2002.

Les articles sont soumis au comité de lecture et discutés en comité de rédaction.

Nous vous rappelons également que vous pouvez nous proposer des articles « hors thème » (40 000 signes) pour la partie « Varia », ainsi que des notes de lecture « Vient de paraître » ou des notes de lecture croisées, portant sur un même ouvrage, dans la partie « Discussion » (8 000 signes). Pour ces notes de lecture publiées dans cette dernière partie, nous demanderons une réponse à l’auteur(e) de l’ouvrage. La revue Recherche Familiale fonctionne selon des principes stricts de lutte contre le plagiat. L’auteur, dès l’envoi de l’article, doit attester sur l’honneur que l’article proposé est un travail original, fruit d’un travail personnel. Il n’est pas déjà publié ni soumis à une autre revue. Il a été rédigé de manière autonome, sans recours à d’autres sources que celles qui sont explicitement déclarées comme telles. Par conséquence, tous les développements repris d’une source extérieure (quel que soit le support), y compris si l’auteur en est initialement l’auteur, sont explicitement référencés.

A noter : Si l’article est susceptible d’être publié (décision du comité de rédaction), il sera demandé à l’auteur(e) de signer deux documents : une autorisation de reproduction/cession de droits et une déclaration sur l’honneur assurant que l’article présenté ne comporte pas de plagiat.

Membres du comité de rédaction

  • DIDIER BRETON (UNIVERSITE DE STRASBOURG – FRANCE)
  • BEATE COLLET (UNIVERSITE PARIS–SORBONNE – FRANCE)
  • ISABELLE CORPART (UNIVERSITE HAUTE–ALSACE – FRANCE)
  • YVAN DROZ (IHEID, GENEVE – SUISSE)
  • YANN FAVIER (UNIVERSITE DE RENNES – FRANCE)
  • CAROLINE HENCHOZ (UNIVERSITE DE FRIBOURG – SUISSE)
  • DOMINIQUE JACQUES–JOUVENOT (UNIVERSITE DE FRANCHE COMTE – FRANCE)
  • FRANÇOISE LE BORGNE–UGUEN (UNIVERSITE DE BRETAGNE OCCIDENTALE – FRANCE)
  • BEATRICE LECESTRE–ROLLIER (UNIVERSITE PARIS–DESCARTES – FRANCE)
  • GUILLEMETTE LENEVEU (UNAF – FRANCE)
  • LYNDA LOTTE (CNRS–CERMES – FRANCE)
  • MICHEL MESSU (UNIVERSITE DE NANTES – FRANCE)
  • GERARD NEYRAND (UNIVERSITE DE TOULOUSE III – FRANCE)
  • CATHERINE PUGEAULT–CICCHELLI (UNIVERSITE PARIS –DESCARTES – FRANCE)
  • WILFRIED RAULT (INED – FRANCE)
  • THIERRY DE ROCHEGONDE (CERCLE FREUDIEN – FRANCE)
  • GILLES SERAPHIN (ONED – FRANCE)
  • ANNE THEVENOT (UNIVERSITE DE STRASBOURG – FRANCE)
  • JEAN–PHILIPPE VALLAT (UNAF – FRANCE)

Membres du comité de lecture

(Tous les membres du comité de rédaction sus-mentionnés sont aussi de facto membres du comité de lecture).

  • SOPHIE ARBORIO (UNIVERSITE DE NANCY – F),
  • BENOIT BASTARD (CNRS – F),
  • GIL BELIS (INED – F),
  • HELENE BELLEAU (INRS – CA),
  • CHRISTOPHE BERGOUIGNAN (UNIVERSITE DE BORDEAUX – F),
  • THIERRY BLÖSS (UNIVERSITE D’AIX–MARSEILLE – F),
  • GUILLAUME BRONSARD (MECS MARSEILLE – F),
  • DELPHINE BRUGGEMAN (UNIVERSITE CHARLES–DE–GAULLE – LILLE – F),
  • VINCENT CARADEC (UNIVERSITE DE LILLE III – F),
  • VINCENZO CICCHELLI (UNIVERSITE PARIS–DESCARTES – F),
  • CELINE CLEMENT (UNIVERSITE PARIS–NANTERRE – F),
  • MARIA EUGENIA COSIO ZAVALA (UNIVERSITE PARIS–NANTERRE – F),
  • BENOIT EYRAUD (UNIVERSITE LUMIERE LYON II – F),
  • SYLVIE FAINZANG (INSERM – F),
  • MARCEL JAEGER (CNAM – F),
  • CARL LA CHARITE (UNIVERSITE DE QUEBEC – CA),
  • DIDIER LE GALL (UNIVERSITE DE BASSE–NORMANDIE – F),
  • EMMANUEL GRATTON (UNIVERSITE D’ANGERS – F),
  • DENISE LEMIEUX (INRS – CA),
  • MARIE–THERESE LETABLIER (CNRS – F),
  • SARA MOUGEL (UNIVERSITE PARIS–DESCARTES – F ),
  • MURIEL LETRAIT (UNIVERSITE PARIS DESCARTES – CERLIS – F),
  • ANTOINE MATH (IRES – F),
  • MARIANNE MODAK (EESP LAUSANNE – CH),
  • VERONIQUE MIRLESSE (UNIVERSITE PARIS XI – F ),
  • NATHALIE ORIA (UNIVERSITE DE PICARDIE – F),
  • ANNE OUI (ONED – F),
  • MARC–OLIVIER PADIS (REVUE ESPRIT – F),
  • EMMANUELLE SANTELLI (UNIVERSITE LUMIERE LYON II – F),
  • DELPHINE SERRE (UNIVERSITE PARIS I PANTHEON–SORBONNE – F),
  • IRENE THERY (EHESS – F),
  • JEAN–FRANÇOIS TRANI (UNIVERSITE DE WASHINGTON – ST LOUIS – USA ).

Dates

  • dimanche 15 mai 2016

Mots-clés

  • famille, argent, politique familiale, don, dette, héritage

Contacts

  • Gilles Séraphin
    courriel : gilles [dot] seraphin [dot] 1970 [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Gilles Séraphin
    courriel : gilles [dot] seraphin [dot] 1970 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Famille et argent », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 26 novembre 2015, http://calenda.org/348150