AccueilCuba et l'Afrique

Cuba et l'Afrique

Cuba and Africa

*  *  *

Publié le jeudi 26 novembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

En Septembre 2012, la quatrième rencontre « Solidarité africaine avec Cuba » se tenait à l’Union africaine à Addis-Abeba, Ethiopie. 27 pays africains étaient représentés par des ambassadeurs, des professionnels, des associations et des militants, qui ont débattu pendant deux jours avec une délégation cubaine au rythme de phrases telles « Viva Fidel ! », « Cuba estamos contigo ! ». Les délégués discutèrent des luttes communes, des sanctions sur Cuba, du sort des « cinq cubains » retenus aux États-Unis, et du développement conjoint de Cuba et des pays africains. De quoi cette mise en scène de la solidarité est-elle le reflet ? D’un internationalisme cubain qu’on pensait anachronique ? D’un panafricanisme nourri au creuset du marxisme ? D’un développementalisme soutenu par des politiques de collaboration ? De solidarités Sud-Sud renouvelées ? (Adams 1981, Adi 2014, Falk 1987, Gleijeses 1996). Il faudrait pour répondre revenir sur les histoires, les représentations et les pratiques qui ont accompagné, transformé ou influencé les relations entre Cuba et l’Afrique. Cette première rencontre a comme objectif de prendre l’ampleur de ces engagements multiformes entre Cuba et de nombreux pays en Afrique.

Annonce

Argumentaire

En Septembre 2012, la 4ème rencontre « Solidarité africaine avec Cuba » se tenait à l’Union Africaine à Addis-Abeba, Ethiopie. 27 pays africains étaient représentés par des ambassadeurs, des professionnels, des associations et des militants, qui ont débattu pendant deux jours avec une délégation cubaine au rythme de phrases telles « Viva Fidel ! », « Cuba estamos contigo ! ». Les délégués discutèrent des luttes communes, des sanctions sur Cuba, du sort des « cinq cubains » retenus aux Etats-Unis, et du développement conjoint de Cuba et des pays africains. De quoi cette mise en scène de la solidarité est-elle le reflet ? D’un internationalisme cubain qu’on pensait anachronique ? D’un panafricanisme nourri au creuset du marxisme ? D’un développementalisme soutenu par des politiques de collaboration ? De solidarités Sud-Sud renouvelées ? (Adams 1981, Adi 2014, Falk 1987, Gleijeses 1996). Il faudrait pour répondre revenir sur les histoires, les représentations et les pratiques qui ont accompagné, transformé ou influencé les relations entre Cuba et l’Afrique. Cette première rencontre a comme objectif de prendre l’ampleur de ces engagements multiformes entre Cuba et de nombreux pays en Afrique. 

1. Les contours d’un « panafricanisme cubain » 

Nos réflexes d’historiographies nationales, pas moins prégnants dans l’Afrique des indépendances, et nos approches par aires culturelles semblent avoir empêché de considérer l’ampleur de l’engagement de Cuba en Afrique au 20ème siècle. Il s’agit donc, dans un premier temps, de mettre bout à bout les domaines concernés par cette « coopération » aux multiples dimensions. Militaire, comme dans le cas exceptionnel de l’Angola, avec le débarquement de plusieurs dizaines de milliers de soldats cubains dans les années 70 et 80, qui modifia dramatiquement, définitivement, les rapports de forces en Afrique australe, de Luanda à Pretoria (voir Piero Gleijeses 2002 et 2013). Médicale, sur une grande partie du territoire continental, que ce soit lors de crises particulières ou, plus régulièrement, pour former des médecins locaux. Educative donc, avec les formations techniques, administratives, universitaires, sur place et souvent à la Havane, d’un grand nombre de jeunes et de professionnels. Culturelle aussi, si l’on entend par là la musique dès le début du 20ème siècle, la danse, le théâtre ou encore ces ballets fondés à l’aube de la révolution à Cuba (Hagedorn 2011) et après les indépendances en Afrique du l’Ouest (Djebbari 2012), et qui ont largement contribué aux processus de construction nationale. Religieuse enfin, depuis que Cuba est revenue en force en tant que vecteur de traditionnalité yoruba, dans une relation ambivalente avec le Nigeria (Argyriadis et Capone, 2004, 2011, Gobin, 2014). Il ne s’agit pas tant de proposer un « chiffrage » de ces implications que de fournir, par la multiplication des études de cas, une première vue d’ensemble, transnationale et continentale, de ce qui pourrait être appelé un « panafricanisme cubain ». 

2. Mobilités et circulations 

Il conviendrait d’interroger cette expérience cubaine depuis l’Afrique, et non seulement depuis Cuba. Cette autre perspective croise les échelles et les espaces, elle s’attache à retracer les circulations des idées, des hommes et des biens entre Cuba et des sites et temporalités diverses en Afrique. Aussi, une attention particulière est donnée aux influences, aux traces, aux mémoires de Cuba en Afrique ainsi qu’aux mémoires d’Afrique à Cuba. Archives, acteurs et mémoires sont situés à La Havane ou Santiago, ainsi qu’à Porto Novo, Luanda, Zanzibar, Addis-Abeba, etc. Les histoires de vie, d’échanges, ou de transferts offrent une épaisseur sociale au cadre transnational ou atlantique des interventions militaires, médicales, éducatives et culturelles. Ainsi les Cubains ayant participé aux opérations militaires en Afrique ; ou les Africains valorisant leur expérience cubaine une fois rentrés au pays. Les relations entre Cuba et l’Afrique ont également laissé un patrimoine matériel : bâtiments, monuments dont celui de l’amitié Ethio-Cubaine (Addis-Abeba), cimetières militaires, une iconographie (OSPAAAL), une littérature et un savoir scientifique. Autant de trajectoires et d’héritages qui permettent de cartographier les mobilités et les circulations fondatrices de la relation africano-cubaine. 

3. La fabrique du monde post-racial 

 « L’apartheid, en réalité, fut universel, et il a duré plusieurs siècles »[1]. Explicites à plus d’une reprise, les propos des autorités cubaines, comme ici ceux de Fidel Castro devant le parlement sud-africain en 1998, ont désigné le racisme comme l’un, sinon le premier de leurs ennemis. Ce discours sur la race s’ancre d’abord dans la réalité sociale du Cuba révolutionnaire (de la Fuente 2001), dans les tensions qui y naissent (Moore 2008, Rodriguez 2004, Nunez Gonzales 2011), puis dans le combat avec les Etats-Unis (Moore 1989). Il prend un relief particulier lorsqu’on considère les représentations précédant ou naissant des relations entre Cuba et l’Afrique. L’enchevêtrement du racialisme et de son dépassement, le non-racialisme, propre à la Cuba révolutionnaire, avec ses réussites et ses échecs, représente une éthique et un impératif catégorique qui ont nourri et qui se sont nourri de l’engagement cubain en Afrique. Il s’agit aujourd’hui d’évaluer la charge idéologique des discours, et d’identifier les usages et les enjeux de la « race » dans les relations entre Cuba et l’Afrique. 

Interroger les mobilités, les relations et le travail de la « race » entre Cuba et l’Afrique mettent à jour une histoire atlantique par excellence, à la fois forte de ses implantations locales, et pertinente dans sa globalité. 

Nous invitons historiens, anthropologues, politistes, juristes et sociologues à soumettre des propositions d’interventions présentant des données empiriques, et offrant de nouvelles perspectives sur les dynamiques historiques et contemporaines liant Cuba et l’Afrique. 

Références

Adi, Hakim (2014) Pan-Africanism and Communism. The Communist International, Africa and the Diaspora, 1919-1939. Africa World Press.

Adams, Gordon (1981) “The  International Politics of the    Liberation Struggle: A Documentary Essay”,Latin American Perspectives 8: 1, 108-125.

Argyriadis, Kali (2006) “Les batá deux fois sacrés. La construction de la tradition musicale et chorégraphique afro-cubaine”,Civilisations 52, 1-2: 45-74.

Argyriadis, Kali and Capone, Stefania (2004) “Cubanía et santería. Les enjeux politiques de la transnationalisation religieuse (La Havana -Miami)”, Civilisations 51: 81-137.

Argyriadis, Kali et Capone, Stefania (eds.) (2011) La religion des orisha. Un champ social transnational en pleine recomposition. Paris: Hermann Editions.

Djebbari,Elina(2012), “Recomposerla tradition, investir le contemporain: la création musicaleEt chorégraphique des troupes de Ballets auMali”,in E.Olivier (ed.),  Musiques au monde. La tradition au prisme de la création. Paris: Éditions Delatour, 201-223.

Falk, Pamela S. (1987) “Cuba in Africa”,Foreign Affairs 65: 5, 1077-1096

de la Fuente, Alejandro (2001) A Nation for All: Race, Inequality, and Politics in Twentieth-Century Cuba. Chapel Hill: University of North Carolina Press.

Gleijeses, Piero (1996) “Cuba’s First  Venture in Africa: Algeria, 1961-1965”, Journal of Latin American Studies 28 : 1, 159-195

--------(2002) Conficting missions: Havana, Washington and Africa, 1959-1976. Chapel Hill: The University of North Carolina Press.

--------(2013) Visions of Freedom: Havana, Washington, Pretoria and the Struggle for Southern Africa, 1976-1991. Chapel Hill: University of North Carolina Press.

Gobin, Emma   (2014) “Du Nigeria à Cuba: le second voyage d’Ifá. Récit d’une collaboration  Rituelle  transatlantique”, in G. Àlàó      (ed.),  Voyage à l’intérieur      de la langue et de la culture yorùbá. En l’honneur de Michka Sachnine. Paris: Éditions des Archives Contemporaines: 57­78.

Hagedorn, Katherine J. (2001) Divine Utterances. The performance of Afro-Cuban Santería. Washington & London, Smithsonian Institution Press.

Moore, Carlos (1989) Castro, the Blacks, and Africa. Los Angeles: CAAS/UCLA. --------(2008) Pichon: Race and Revolution      in Castro’sCuba. Chicago: Lawrence Hill Books.

Nunez Gonzalez, Niurka, Rodriguez, Pablo, et al. (2011) Las relaciones raciales en Cuba. Estudios contemporáneos. Fundación Fernando Ortiz, La Habana.

Rodríguez, Pablo, Niurka Núñez et Rodrigo Espina  (2004) “Unidad y multirracialidad en la ideología de la    Revolución Cubana”, Revista Cubana de Ciencias Sociales: 33-34.

Notes

[1] Hedelberto López, Blanch, Cuba Pequeño gigante contra el Apartheid, Casa Editora Abril, Havana, 2008: 30.

Modalités de soumission

Les propositions d’articles et de panels peuvent être envoyées jusqu’au 31 décembre 2015,

à cette adresse :giulia.bonacci@ird.fr

Les propositions doivent comporter une courte bio-bibliographie de l’auteur ou de chaque membre d’un panel, l’affiliation et le contact complet, ainsi qu’un résumé de 300 mots dans une, ou idéalement toutes les langues de travail de la conférence (français, anglais, espagnol). 

Le comité scientifique évaluera les propositions et rendra sa sélection au 31 janvier 2016. Les articles doivent être envoyés pour le 1er avril 2016

Date et lieu

23 – 24 mai 2016

The Institute for Humanities in Africa (HUMA),

University of Cape Town, Republic of South Africa

Comité scientifique

  • Kali Argyriadis (URMIS, IRD)
  • Belete Bezuneh Yehun (Addis Ababa University)
  • Giulia Bonacci (URMIS, IRD)
  • Adrien Delmas (IFAS)
  • Piero Gleijeses  (John Hopkins University)
  • Shamil Jeppie (HUMA, University of Cape Town)
  • Antonio Tomás (Stellenbosch University)
  • Pablo Rodriguez Ruiz (Instituto Cubano de Antropologia) 

Organisateurs

URMIS (Unité de recherche Migrations et Société, UMR205)

IFAS Institut français d’Afrique du Sud (UMIFRE 25, USR 3336)

Lieux

  • The Institute for Humanities in Africa (HUMA) - University of Cape Town, Republic of South Africa
    Le Cap, Afrique du Sud

Dates

  • jeudi 31 décembre 2015

Mots-clés

  • Cuba, engagement, représentation raciale, circulation

Contacts

  • Camille Forite
    courriel : comm [dot] research [at] ifas [dot] org [dot] za

Source de l'information

  • Camille Forite
    courriel : comm [dot] research [at] ifas [dot] org [dot] za

Pour citer cette annonce

« Cuba et l'Afrique », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 26 novembre 2015, http://calenda.org/348280