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Homme sauvage, qui es-tu ?

Wild man, who are you? On the trail of a polymorphic figure today

Sur les traces d’une figure polymorphe

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Publié le mardi 24 novembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Dans le champ de la littérature, l'homme sauvage est tour à tour homo sylvestris, homo sylvanus ou homo diabolicus. La question de la détermination et de la distinction de ces variantes du motif est centrale pour comprendre les enjeux poétiques, politiques et éthiques que les auteurs ont attribués à la mise en scène de l'homme sauvage. Dans les arts visuels, il renvoie l'image d'une créature protéiforme. Construite au fil des siècles, cette image s'est nourrie de codes fixés par des normes culturelles et artistiques variées.

Annonce

Argumentaire

Dans le champ de la littérature, l’homme sauvage est tour à tour homo sylvestris, homo sylvanus ou homo diabolicus. La question de la détermination et de la distinction de ces variantes du motif est centrale pour comprendre les enjeux poétiques, politiques et éthiques que les auteurs ont attribués à la mise en scène de l’homme sauvage. Dans tous les cas, l’emploi littéraire de ce motif ne l’a pas réduit à un pur élément décoratif : les caractéristiques exotiques de cet homme « autre », qui semble venir d’« ailleurs » ou se référer à un « autrefois », le chargent d’une valeur morale qui nourrit la finalité d’écriture (pédagogique, idéologique ou religieuse) de l’écrivain.

Mais est-ce que la notion de ce que le lecteur peut percevoir comme un homme sauvage est la conséquence d’une description ou bien est-ce que l’appellation d’« homme sauvage » précède et justifie toute description ? Et qu’est-ce que cela désigne, pour un auteur de l’Antiquité, du Moyen Âge, des Lumières ou de l’avant ou de l’après-guerre, la formulation «homme sauvage » ? La définition de l’homme sauvage est non seulement le point de départ, mais aussi le point crucial de toute réflexion concernant la représentation littéraire, et plus largement artistique, sur le sujet étudié.

Dans les arts visuels, rarement suppléés par les textes, il renvoie l’image d’une créature protéiforme. Construite au fil des siècles, cette image s’est nourrie de codes fixés par des normes culturelles et artistiques variées. De fait, sont souvent désignés comme « hommes sauvages » des êtres aussi divers que les grands singes, les diables poilus, les figures d’Hercule, les atlantes ou tenants de blason, les ermites et ermitesses, les indiens cannibales, les monstres des confins, les personnages souffrant d’hirsutisme ou d’hypertrichose, etc.

Cette mosaïque de motifs interroge les critères d’identification de la créature, autant ceux de l’histoire de l’art contemporaine que ceux des sociétés passées. L’imaginaire du sauvage qui est le nôtre a-t-il quelque point commun avec celui du sculpteur de village du XIIIe siècle, celui du peintre académique du XVIIe siècle ou de l’ornemaniste des Lumières ? La diversité des attributs qui l’affublent dans l’art (pilosité inégalement répartie, vêtements et coiffes, armes et écus, objets, etc.), les référents culturels multiples (mythologiques, religieux, politiques), comme la grande variété des supports (peinture, sculpture, arts décoratifs, etc.) supposent de distinguer le « motif » du personnage individualisé, perçu comme figure mythique ou symbolique. Qu’ils appartiennent à l’une ou l’autre de ces deux catégories, les portraits du sauvage résultent aussi de transferts culturels et de phénomènes de juxtapositions et/ou d’altérations iconographiques, parfois artificiels, qui appellent l’examen attentif de ce que nous désignons, là encore, par l’expression « d’homme sauvage ». Une fois de plus, la question de la définition apparaît donc comme le noyau central d’une enquête portant sur les enjeux éthiques et esthétiques du motif artistique analysé.

La représentation de la figure de l’homme sauvage concerne en particulier les domaines littéraire et artistique. Partant d’une analyse croisée et diachronique des œuvres littéraires et des images produites par les arts visuels (qu’il s’agisse de gravures, sculptures, enluminures, peintures, film…) il sera intéressant d’examiner les corrélations – ou les divergences – entre les descriptions des sauvages qui apparaissent dans les textes, la terminologie qui les désigne et les constructions iconographiques qui se sont succédées. Une réflexion qui ne manquera pas d’être enrichie par une confrontation élargie à d’autres champs d’études.

La représentation contemporaine de la figure du sauvage, qu’elle soit le fruit de la littérature ou des arts, a été modelée par les discours disciplinaires élaborés depuis les Lumières ; un examen critique de l’historiographie pourrait éclairer différemment l’appréciation du personnage. Comment expliquer par exemple que le motif du « sauvage à la massue » soit surtout assimilé à la production artistique bas médiévale, alors qu’il a continué d’inspirer de nombreux artistes dans l’espace européen au cours de l’époque moderne ? Il faut identifier, parmi les partis-pris de l’historiographie (l’examen de certains corpus au détriment d’autres), les orientations qui ont conditionné au fil du temps notre regard, pour mieux les réévaluer. Cette approche participe aussi des réflexions sur la définition de la créature sauvage. À tout cela pourra s’ajouter la réflexion sur la question de l’interprétation que l’on faisait du motif à partir des textes et des œuvres artistiques à l’époque de leur production, en comparant cette lecture avec celle d’une réception contemporaine du motif : qu’est-ce que, à l’époque post-industrielle, un homme sauvage ? Peut-on enfin supposer que l’interprétation contemporaine du motif soit influencée, voire déformée par l’historiographie ?

Programme

  • 9h45 – Accueil et introduction par Sophie Duhem et Cristina Noacco
  • 10h00 - Régis Courtray (MCF Langue et littérature latines, UT2J) : Nabuchodonosor changé en bête (Daniel 4), figure biblique de l’homme sauvage ? Examen de la question de l’Antiquité à l’époque moderne
  • 10h30 - Juan Antonio Olañeta (Doctorant en Histoire de l’art médiéval, UT2J) : La formation des stéréotypes de l’homme sauvage dans l’art roman
  • 11h00 - Discussion et pause
  • 11h30 - Florent Pouvreau (Docteur en Histoire à l’Université Grenoble 2) : Présentation du livre : Du poil et de la bête. Iconographie du corps sauvage à la fin du Moyen Âge, XIIIe-XVe siècles.
  • Après-midi
  • 14h - Loren Gonzales (Doctorante en Littérature médiévale, UT2J) : Le langage de l’homme sauvage dans le corpus médiéval (oc et oïl).
  • 14h30 - Cristina Noacco (MCF en Littérature médiévale UT2J) : L’homme et la femme sauvages dans les romans de Chrétien de Troyes.
  • 15h – Discussion et pause
  • 15h30 - Jean Nayrolles (Professeur d’histoire de l’art contemporain, UT2J) : Le sauvage est-il artiste ? Questionnements anthropologiques aux XVIIIe et XIXe siècles
  • 16h - Sophie Duhem (MCF en Histoire de l'art moderne, Directrice de l'équipe de recherche "Identités, Cultures, Contacts" CNRS-Framespa-UMR 5136) :  La représentation de l'homme sauvage dans la sculpture bretonne (XVe-XVIIe).De l'examen du motif à la question du transfert culturel.
  • 16h30 – Discussion et clôture de la journée.

Contact

  • Sophie Duhem : sduhem@wanadoo.fr
  • Cristina Noacco : cnoacco@yahoo.fr

Lieux

  • Salle D30, Maison de la Recherche - 5 allées Antonio Machado
    Toulouse, France (31)

Dates

  • jeudi 26 novembre 2015

Mots-clés

  • homme sauvage, corps poilu, art

Contacts

  • Cristina Noacco
    courriel : cnoacco [at] yahoo [dot] fr
  • SOPHIE DUHEM
    courriel : sduhem [at] wanadoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Cristina Noacco
    courriel : cnoacco [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Homme sauvage, qui es-tu ? », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 24 novembre 2015, http://calenda.org/348414