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Pseudo-traduction : enjeux métafictionnels

Pseudotranslation and Metafictionality

Revue « Interférences littéraires », n° 19, novembre 2016

"Literaire interferenties" journal, no. 19, november 2016

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Publié le mardi 01 décembre 2015 par João Fernandes

Résumé

Throughout literary history authors have presented their texts as translations of an imaginary original rather than as original texts of their own making. Yet, as a phenomenon that has taken on a wide variety of forms, pseudotranslation has persistently occupied a marginal position in both literary scholarship and translation studies, and still today begs more systematic study. As simulacrums, they provide a unique mode of representing and/or criticizing prevailing literary practices, and it is this metafictional dimension of pseudotranslations that we aim to address in this special issue. Since pseudotranslation is an essentially transcultural phenomenon that presupposes a (imaginary) cultural transfer, the editors wish to include case studies from a wide variety of cultural and historical backgrounds. 

Annonce

Argumentaire 

Régulièrement au cours de l’histoire littéraire – et pour des raisons très variées –, des auteurs ont présenté leurs textes comme la traduction d’un original imaginaire, plutôt que de reconnaître l’originalité de l’oeuvre en question et d’assumer pleinement leur propre statut d’auteur. Pratique littéraire mise en oeuvre dans des textes aussi différents que l’Historia Regum Britanniae de Geoffrey of Monmouth (XIIe siècle), le Don Quijote de Cervantes (1605-1615), Les Lettres Persanes de Montesquieu (1721), le Sartor Resartus de Thomas Carlyle (1831), Hōkyōnin no Shi de Akutagawa Ryūnosuke (1918) et, plus récemment, La Fille d’un héros de l’Union Soviétique d’Andreï Makine (1990), la pseudo-traduction fait en effet preuve d’une longévité et d’une malléabilité qui demeurent mal connues et en appellent à une étude plus systématique. Mystificatrice par définition – même si elle est souvent de portée ludique –, ce geste a longtemps occupé une place périphérique au sein des études littéraires, tout comme dans les travaux en traductologie. Hormis quelques études ponctuelles, dont l’essai de typologie traductologique d’Anton Popovič (1976), l’intérêt scientifique pour ce phénomène littéraire est en effet plutôt récent (voir e.a. Bassnett 1999 ; Apter 2006 ; Jenn 2013 ; Martens & Vanacker 2013 ; Rath 2014) et s’est pour la plupart présenté sous forme d’études de cas isolées qui se sont focalisées pour l’essentiel sur des questions relatives aux débats sur l’originalité et l’authenticité textuelles, à l’établissement des genres ou encore au rapport entre texte-source et texte-cible.

Parmi les articles théoriques et historiques – dont l’étude de référence de Gideon Toury dans Descriptive translation studies and beyond (1995) – s’est marqué un intérêt particulier pour les enjeux assumés par la pratique de la pseudo-traduction dans un contexte littéraire spécifique. Plusieurs études de cas insistent ainsi sur la valeur émancipatoire de ces textes, qu’ils permettent à un auteur spécifique de se « négocier » une position plus reconnue dans la littérature d’accueil par le renvoi à quelque source exogène (voir Andreï Makine), qu’ils facilitent l’introduction, individuelle ou institutionnelle, d’innovations esthétiques sous la couverture de la traduction (voir Papa Hamlet) ou qu’ils contribuent, inversement, à consolider les pratiques littéraire et éditoriale « officielles » (p.ex. dans des régimes d’orientation totalitaire). Or, dans la mesure où les enjeux menant à la mise en oeuvre des pseudo-traductions varient indéniablement suivant les époques et les contextes littéraires, les modalités discursives de leur mise en forme s’avèrent dans plusieurs cas symptomatiques, et dès lors révélatrices, du fonctionnement du champ littéraire en question et de la place qu’y occupe la traduction. Ainsi, c’est précisément en raison de leur statut de « simulacre » que les pseudo-traductions revêtent un pouvoir de mise en évidence – ou de prise de distance critique – par rapport aux mécanismes inhérents à la pratique littéraire au sens plus large, qu’elles soient considérées dans leurs particularités génériques, institutionnelles, inter-/intrasystémiques ou autres.

Dans ce numéro, nous projetons dès lors de creuser les valeurs auto-réflexives et métafictionnelles inhérentes à une pratique textuelle qui est par définition mimétique. Elaborées suivant une esthétique de l’imitation, les pseudo-traductions présupposent en effet une fonction critique et commentative à l’égard de la production littéraire (tant originale que traduite) d’une certaine époque. D’abord, l’imposture étant souvent construite de toutes pièces par un discours paratextuel circonstancié, celui-ci ne manque de marquer le caractère codé – c’est-à-dire imitable et donc falsifiable – de la traduction et invite ainsi à questionner les attendus et les présupposés sous-jacents à cette pratique textuelle. En effet, par le fait qu’elles miment le dispositif de la traduction dans ce qu’il a de plus représentationnel – son péritexte –, les pseudo-traductions se montrent susceptibles de remettre en cause précisément la fiabilité de l’acte de traduire. Cela est manifestement le cas durant les périodes au cours desquelles la récurrence du dispositif est telle qu’elle met en évidence la nature topique et hautement factice de la mystification (Martens & Vanacker 2013). À cela s’ajoute que ce discours paratextuel prend souvent la forme d’une fiction à part entière, qui non seulement présente l’histoire de la genèse et de la transmission du texte en question, mais fournit un commentaire méta-fictionnel au sein du paratexte même, sur des questions d’auctorialité, d’originalité, de genre, ou encore sur les rapports entre fiction et réalité. Enfin, dans un réflexe auto-référentiel ultime, s’y inscrivent parfois des commentaires explicites (critiques, ludiques, parodiques, …) sur la pratique de la pseudo-traduction ou des références intertextuelles à des textes pseudo-traductifs antérieurs (Jenn 2013).

Or, si les paratextes constituent un « lieu » privilégié dans le processus de négociation et de mise en scène des pseudo-traductions, il s’agira également de rendre compte des processus diégétiques à travers lesquels ces textes – par définition mimétiques – interrogent, dans la diégèse même, les présupposés de la fiction en général ou de la pseudo-traduction plus spécifiquement, dans ses modalités génériques, institutionnelles, ou autres. Pensons par exemple à des passages mettant en scène des personnages traducteurs, à la mise en évidence du bilinguisme des personnages – qui reflèterait alors les doubles prémisses culturelles du texte – ou, à un niveau plus abstrait, à différentes formes d’imposture et de travestissement identitaire des personnages. Qui plus est, il serait particulièrement intéressant d’examiner l’évolution des modes d’interférence entre la pseudo-traduction et différents types de textes pseudo-authentiques au fil du temps. Reste aussi à examiner comment ce jeu métafictionnel se développe au fil des traductions à proprement parler auxquelles ces pseudo-traductions donnent lieu, susceptibles de fournir à leur tour des commentaires sur la pseudo-traduction « originale », qu’elles prolongent l’imposture ou pas.

En raison de la nature transculturelle des pseudo-traductions, qui présupposent par définition l’existence d’un transfert culturel (imaginaire), nous souhaitons inclure des études de cas portant sur des contextes culturels et historiques diversifiés, qui abordent l’une ou plusieurs des questions de recherche esquissées ci-dessus. Dès lors, aucune restriction historique et/ou culturelle n’est imposée par les éditeurs.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

La longueur des articles, qui pourront être rédigés en français, en anglais, en allemand ou en néerlandais, se situera entre 30 000 et 50 000 signes (espaces et notes compris). Les propositions devront parvenir

avant le 15 décembre 2015

à Tom Toremans (tom.toremans@arts.kuleuven.be) et Beatrijs Vanacker (beatrijs.vanacker@arts.kuleuven.be), assorties d’un résumé d’environ 300 mots, ainsi que d’une courte biographie précisant votre appartenance institutionnelle et vos domaines de recherche.

La sélection des propositions sera opérée pour le 1er janvier. Les articles seront envoyés dans leur version définitive par voie électronique avant le 1er avril 2016. Ils seront évalués anonymement par deux experts. La publication du dossier est prévue pour novembre 2016.

Coordinateurs

  • Tom Toremans (KU Leuven)
  • Beatrijs Vanacker (KU Leuven)

Lieux

  • Blijde Inkomststraat 21
    Louvain, Belgique (3000)

Dates

  • dimanche 20 décembre 2015

Mots-clés

  • pseudotranslation, metafictionality

Contacts

  • Beatrijs Vanacker
    courriel : beatrijs [dot] vanacker [at] arts [dot] kuleuven [dot] be
  • Tom Toremans
    courriel : tom [dot] toremans [at] arts [dot] kuleuven [dot] be

URLS de référence

Source de l'information

  • Beatrijs Vanacker
    courriel : beatrijs [dot] vanacker [at] arts [dot] kuleuven [dot] be

Pour citer cette annonce

« Pseudo-traduction : enjeux métafictionnels », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 01 décembre 2015, http://calenda.org/348622