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Médiateurs sans frontières

Mediators without borders: moral authorities faced with situations of sociopolitical crises in Africa

Les autorités morales face aux situations de crise sociopolitique en Afrique

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Publié le mercredi 02 décembre 2015 par João Fernandes

Résumé

Cette journée d’étude se propose d’améliorer les connaissances sur le rôle des autorités morales dans les dynamiques de prévention et de résolution des conflits en Afrique. Au cours des années 1990, de nombreux gouvernements africains ont annoncé leur intention de « libéraliser » leur régime, répondant aux sirènes de la good governance appelée de leurs vœux par les grands bailleurs de fonds internationaux. Ce faisant, ils ont partiellement ouvert des espaces de contestation du pouvoir qui, dès lors, a dû et doit encore chercher les moyens de sa (re)légitimation. Sans pour autant répondre aux aspirations démocratiques des citoyens, de nombreux États ont vu émerger ou se réaffirmer des autorités morales se proclamant « apolitiques », et qui tâchent de tirer des rentes symboliques et matérielles de leur implication dans la prévention ou la résolution des crises sociopolitiques à l'échelle nationale, voire régionale.

Annonce

Argumentaire

Au cours des années 1990, de nombreux gouvernements africains ont annoncé leur intention de « libéraliser » leur régime, répondant aux sirènes de la « good governance » appelée de leurs vœux par les grands bailleurs de fonds internationaux. Ce faisant, ils ont partiellement ouvert des espaces de contestation du pouvoir qui, dès lors, a dû et doit encore chercher les moyens de sa (re)légitimation. Sans pour autant répondre pleinement aux aspirations démocratiques exprimées par les citoyens ordinaires, de nombreux États, de la Guinée au Burundi en passant par le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire ou encore l'Afrique du Sud, ont vu émerger ou se réaffirmer des acteurs se proclamant « apolitiques », et qui tâchent de tirer des rentes symboliques et matérielles de leur implication dans la prévention ou la résolution des crises sociales et politiques à l'échelle nationale, voire régionale.

Il s'agit, pour être plus précis, de ceux qui sont communément qualifiés d' « autorités morales », à savoir, le plus souvent, les représentants des « chefferies traditionnelles » et des « autorités religieuses ». Ces derniers sont à la fois porteurs et producteurs de « néo-traditions »  et/ou de « styles éthiques » (Bayart, 2006) qui empruntent à l'imaginaire de la moralité des agents du développement, et en particulier des ONG (Chavagneux, 2002 ; Hall et Biersteker, 2001), mais qui s'inscrivent aussi dans des trajectoires historiques parfois anciennes (remontant au moins aux processus de décharge de l'autorité coloniale dans des contextes d'administration indirecte). En effet, les processus de « décharge » , c'est-à-dire de recours à des intermédiaires privés ou para-étatiques en matière de gouvernement et de régulation sociale (Weber, 1991), ont le plus souvent été constitutifs de la formation et de la construction de l'État colonial puis post-colonial en Afrique subsaharienne (Hibou, 1999).

Plus récemment, les initiatives d'acteurs à la fois nationaux (gouvernements, société civile) et internationaux (Nations Unies, Union africaine, Union européenne, ONG internationales) visant à prévenir ou à résoudre les conflits sociaux et politiques se sont multipliées. Elles ont donné lieu un peu partout sur le continent à des journées dites « vérités et réconciliations », à des « assises nationales », ainsi qu'à des mécanismes de concertation/médiation favorables à l'émergence et à l'usage de « néo-traditions », ainsi qu'à l'affirmation des « autorités morales ». Dès lors, ces dernières, tout en affichant généralement leur caractère « apolitique » et leur position de surplomb moral à l'égard des élites au pouvoir, se sont néanmoins imposées comme des acteurs politiques de premier plan. 

De fait, la distinction entre la sphère morale et le domaine politique paraît guère tenable sur le plan heuristique (Fassin, Eideliman, 2012). Pour le cas de l'Afrique, elle ne peut qu'oblitérer la spécificité du rapport au politique, à la « tradition » et à la « morale », et obscurcir la compréhension de leur articulation réciproque.

Programme

9h30 – Mot d’accueil et introduction

  • 10h00 – Marie Rodet (University of London) : « Négocier l'émancipation avec les autorités locales: esclavage et résistance à Kayes, Mali (1900-1945) »
  • 10h40 – Benoit Beucher et Adrienne Vanvyve (Université libre de Bruxelles) : « « Sauver la paix dans la durée » : les autorités morales dans la prévention et la résolution des conflits au Burkina Faso »

11h20 – Pause café

  • 11h40 – Landry Kevis Kossi (Université de Yaoundé 1) : « Engagements des  autorités morales catholiques dans la résolution des récents conflits militaro-politiques en République Centrafricaine »

12h20 – Table ronde

13h00 – Lunch

  • 14h30 – Daniel Lopez (IEP de Bordeaux, GRIP Bruxelles) : « Les « autorités morales » et la construction de la réconciliation : le cas de la Côte d’Ivoire »
  • 15h10 – Joseph Indeka (Université libre de Bruxelles) : « La reviviscence des chefs néo-traditionnels au Congo-Kinshasa et leur rôle  contemporain »

15h50 – Pause café

  • 16h10 – Jean-Serge Massamba (EHESS) : « « Le « lavement des mains » ou l’irréconcilié de la Conférence nationale souveraine au Congo-Brazzaville »

16h50 – Table ronde

17h30 – Mot de la fin

Lieux

  • Institut de Sociologie, Salle Henri Janne (15ème étage) - Avenue Jeanne 44
    Bruxelles, Belgique (1050)

Dates

  • lundi 14 décembre 2015

Fichiers attachés

Mots-clés

  • autorité morale, religion, chefferie coutumière, crise sociopolitique, médiation

Contacts

  • Adrienne Vanvyve
    courriel : mediateurssansfrontieres [at] yahoo [dot] be

Source de l'information

  • Adrienne Vanvyve
    courriel : mediateurssansfrontieres [at] yahoo [dot] be

Pour citer cette annonce

« Médiateurs sans frontières », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 02 décembre 2015, http://calenda.org/349469