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Développement durable et « acceptabilité sociale »

Sustainable development and "social acceptability"

Acteurs et régimes de production de l’acceptabilité sociale

Actors and production régimes of social acceptability

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Publié le vendredi 04 décembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Cet atelier s'intéresse à la dimension performative du développement durable, qui s’appuie sur un consensus moral préalable, une représentation partagée permettant aux acteurs d’agir ensemble. Ce caractère performatif s’exerce notamment à l’aide d’indicateurs et par l’attribution de rôles aux différents acteurs qui y participent, donnant une place essentielle à l’expertise et à la recherche. Les indicateurs sont en effet des instruments de mesure et des médiateurs facilitant les apprentissages organisationnels, la co-construction et l’innovation institutionnelle. L’expertise et la recherche tiennent quant-à-elles, un rôle essentiel dans la performativité du développement durable, au moins pour deux raisons.

Annonce

Atelier thématique commun au réseau AC/DD et au GIS ReHaL

Argumentaire

Nous souhaitons dans cet atelier nous intéresser à la dimension performative du développement durable, qui s’appuie sur un consensus moral préalable, une représentation partagée permettant aux acteurs d’agir ensemble[1]. Ce caractère performatif s’exerce notamment à l’aide d’indicateurs et par l’attribution de rôles aux différents acteurs qui y participent, donnant une place essentielle à l’expertise et à la recherche. Les indicateurs sont en effet des instruments de mesure et des médiateurs facilitant les apprentissages organisationnels, la co-construction et l’innovation institutionnelle[2]. L’expertise et la recherche tiennent quant-à-elles, un rôle essentiel dans la performativité du développement durable, au moins pour deux raisons. D’une part, elles interviennent en amont dans l’actualisation des formes de cette notion problématique et des dispositifs qui l’effectuent. D’autre part, elles s’inscrivent dans une démarche d’aide à la décision qui vise à favoriser l’intégration de ce nouveau référentiel de l’action publique par la population[3].

Cependant, la mise en œuvre du développement durable à l’aide de dispositifs sociotechniques centrés sur une “participation raisonnable”[4] de l’habitant-usager relève aussi d’une “coercition mutuelle”[5] qui atteint aujourd’hui ses limites, dont la plus connue est le fameux “effet rebond”. L’amélioration continue des performances techniques des bâtiments voit en effet les ménages augmenter leur consommation corrélativement aux économies réalisées. Cette situation est aujourd’hui dénoncée comme étant le produit d’un effet pervers comportemental, contradictoire avec le modèle de sobriété prôné par le développement durable.

Face à ces blocages, la psychologie sociale, l’économie comportementale, les sciences de la communication, les neurosciences ou la science politique sont sollicités pour répondre à cet “impératif écologique [qui] exige d’une part, des innovations technologiques et, d’autre part, des changements de comportement individuel et collectif (…) hypothétiques”[6].

La notion d’acceptabilité sociale, directement issue de la gestion des risques et du calcul rationnel a progressivement été reprise par les institutions alors qu’elle soulève de nombreuses questions :

  • La notion d’acceptabilité peut-elle répondre aux obstacles rencontrés par le développement durable, sans questionner son caractère hégémonique et impératif ?
  • Dans quelle mesure, un “paternalisme libertaire”[7] confortant la rationalité latente des individus pour orienter leur choix en direction de cet “impératif”, ne renforce-t-il pas les contradictions de cet oxymore qu’est le développement durable ?
  • Comment la recherche urbaine peut-elle s’extraire d’une approche normative de l’acceptabilité en termes de standards et de bonnes pratiques, alors même que les formes concrètes du développement durable sont constamment co-construites avec des acteurs publics et privés en demande de modèles transférables ?
  • Dans quelle mesure, interroger la notion d’acceptabilité et ses usages, peut-il nous permettre d’une part, de donner sens aux difficultés concrètes que rencontre le développement durable et d’autre part, de mieux comprendre la nature des relations entre la recherche et le champ du développement durable ?
  • Enfin, ce travail sur le rôle de l’acceptabilité peut-il nous permettre de trouver des points d’appui pour construire la critique vis-à-vis du développement durable ?

Cet atelier commun au réseau AC/DD et au GIS ReHaL souhaite apporter une contribution à ce débat, à travers trois ou quatre séances par an. Idéalement, chaque journée d’atelier repose sur une trame “définitions / étude de cas / controverse” qui peut être répartie librement suivant les ateliers (par intervenant, par séquences distinctes au cours de la journée, etc.) :

  • Définitions : Les notions d’acceptabilité, d’intégration, d’acceptation, d’appropriation, etc. ne sont pas portées par les mêmes acteurs ou milieux professionnels ou disciplinaires et prennent donc un sens différent selon les contextes.
  • Etudes de cas : les expériences de terrain évoquées sont destinées à mettre à l’épreuve les débats précédents sur les définitions et leurs usages.
  • Controverse : une question problématique est élaborée en amont et réajustée en fonction des enseignements des séquences précédentes

Références

[1] Villalba B. (2009), Appropriations du développement durable. Emergences, diffusions, traductions ; Lille, Septentrion, p. 365

[2] Rey-Valette Hélène et al. (2010), « Quelques postulats relatifs aux indicateurs de développement durable : l’exemple de l’aquaculture », Natures Sciences Sociétés, 2010/3 Vol. 18, p. 253-265.

[3] Colloque « Incitations comportementales et environnement », Centre d’analyse stratégique, 9 mars 2011. Etude de Sébastien Terra et Aurore Fleuret (2009), L’acceptabilité sociale des éoliennes : des riverains prêts à payer pour conserver leurs éoliennes – Enquête sur quatre sites éoliens français ; MEEDDAT / CGDD / SEEIDD.

[4] Barbier Rémi (2002), « La fabrique de l’usager. Le cas de la collecte sélective des déchets », Flux, 2002, n°48-49, p.35-46, p. 37

[5] Douglas Mary (1992), De la souillure. Études sur la notion de pollution et de tabou, Paris, La Découverte. Cité par Rémi Barbier.

[6] Centre d’analyse stratégique (2011), “Nudges verts” : de nouvelles incitations pour des comportements écologiques ; Note de presse.

[7] Thaler Richard H., Sunstein Cass R. (2003), « Libertarian paternalism is not an oxymoron », The University of Chicago Law Review, vol. 70(4).

Programme

Lundi 14 mars 2016

Le développement durable, norme sociale ou projet politique ?

10h-16h30

118 / 130 avenue Jean Jaurès 75019 Paris
Métro ligne 5 (arrêts Ourcq ou Laumière)
1er étage (en haut des escalators à gauche)

Coordinateur de la séance : Jacques Lévy[1]

Dans un monde où les questions liées à l’environnement naturel sont devenues un enjeu politique de première importance, on constate l’existence de plusieurs conceptions antagoniques de la nature. Le « développement durable » est l’une d’elle, mais nullement la seule. La démarche de développement durable assume la notion de développement et elle pose comme compatibles (voire synonymes), et non en opposition, ses trois piliers socio-économique, naturel et politique. Il existe un autre versant, néonaturaliste de la conscience écologique, qui porte en lui, à partir de l’idée de culpabilisation de l’action humaine passée et de l’affirmation que la nature produit des valeurs intrinsèques qui délivrent des injonctions aux sociétés, un projet de réorganisation de la vie politique sur la base de l’urgence, du sacrifice nécessaire et de la privatisation de l’action publique dans les « gestes » individuels. L’acceptabilité sociale apparaît alors comme une attitude typiquement technocratique venant d’un autre univers culturel mais entrant bien en phase avec ce projet. Elle s’oppose donc méthodologiquement à l’idée d’un développement durable qui serait désiré par les habitants-citoyens.

La question fondamentale qui est posée est donc de savoir s’il est possible d’intégrer la démarche de protection des environnements naturels dans une conception du politique qui conserve les acquis de la république démocratique et qui promeuve le citoyen comme un acteur et non comme un agent de la production de biens publics.

Cette séance de l’atelier sera organisée en deux temps : le matin, une réflexion générale sur les modèles de la nature ; l’après-midi, un approfondissement sur nature et politique en prenant le cas du climat.

Matinée (10h – 12h30)

Réflexion générale sur les modèles de la nature

  • Jacques Levy[1] « Quelles natures pour l’humanité? Un enjeu politique »
  • Joëlle Salomon Cavin[2]  « Bonnes et mauvaises natures, l’exemple de la politique des parcs naturels en Suisse »

Après-midi (14h – 16h30)

Approfondissement sur nature et politique en prenant le cas du climat

  • Stefan Aykut[3] « Repolitiser des enjeux climatiques. Quelques réflexions à partir de la COP21 à Paris »
  • Martine Tabeaud[4] « La rhétorique du changement climatique et la présupposition d'un climat idéal »

Discutants : Jacques Lévy et Jérôme Boissonade[5]

Notes

[1] Professeur de géographie à l'École polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse), spécialiste de géographie politique.

[2] Maître d'enseignement et de recherche en Politiques territoriales à l’Université de Lausanne

[3] Post-doctorant au Laboratoire Interdisciplinaire Sciences Innovations Sociétés (LISIS) et Centre Marc Bloch (Berlin)

[4]Professeur de géographie (climatologie) à La Sorbonne Paris I et Paris IV

[5] Maître de conférences en sociologie à l’Université du Littoral (ULCO) et chercheur au laboratoire AUS-LAVUE

Mardi 19 avril

Urgence environnementale et acceptabilité sociale

Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord
20 Avenue George Sand, 93210 Saint-Denis
Amphi 140
Métro ligne 12 arrêt Front Populaire

Coordinateur de la séance : Bruno Villalba[1]

Argumentaire

La recherche scientifique est de plus en plus sollicitée pour permettre d’élaborer des décisions publiques acceptées par les usagers, notamment dans des choix techniques[2]. La psychologie sociale, l’économie comportementale, les sciences de la communication, les neurosciences ou la science politique sont sollicités pour répondre à cet « impératif écologique [qui] exige d’une part, des innovations technologiques et, d’autre part, des changements de comportement individuel et collectif (…) hypothétiques[3] ». Il s’agit dès lors de contribuer aux leviers du changement, qui feront disparaître les blocages et les réticences des acteurs.

Cela interroge les conditions de production d’un savoir scientifique réflexif. Mais au-delà de cette question épistémologique, l’acceptabilité sociale suppose l’adoption de procédures qui permettent l’appropriation par les acteurs sociaux de procédures, de normes ou des manières de faire, conformes aux options choisies par les préconisateurs.

La notion d’acceptabilité sociale, directement issue de la gestion des risques et du calcul rationnel a progressivement été reprise par les institutions alors qu’elle soulève de nombreuses questions

  • La notion d’acceptabilité peut-elle répondre aux obstacles rencontrés par le développement durable, sans questionner son caractère hégémonique et impératif ?
  • Dans quelle mesure, un “paternalisme libertaire”[4] confortant la rationalité latente des individus pour orienter leur choix en direction de cet “impératif”, ne renforce-t-il pas les contradictions de cet oxymore qu’est le développement durable ?
  • Comment la recherche urbaine peut-elle s’extraire d’une approche normative de l’acceptabilité en termes de standards et de bonnes pratiques, alors même que les formes concrètes du développement durable sont constamment co-construites avec des acteurs publics et privés en demande de modèles transférables ?
  • Dans quelle mesure, interroger la notion d’acceptabilité et ses usages, peut-il nous permettre d’une part, de donner sens aux difficultés concrètes que rencontre le développement durable et d’autre part, de mieux comprendre la nature des relations entre la recherche et le champ du développement durable ?
  • Enfin, ce travail sur le rôle de l’acceptabilité peut-il nous permettre de trouver des points d’appui pour construire la critique vis-à-vis du développement durable ?

L’acceptabilité peut être perçue comme un « alibi sémantique pour assurer ou justifier la reconduction des pratiques usuelles »[5]. Il ne s’agirait alors qu’une autre manière de réaffirmer la capacité des élites politiques et techniques dans la construction des décisions.

L’urgence environnementale – le singulier est simplement une commodité générique, car elle regroupe l’ensemble des urgences environnementales, qu’elles soient « naturelles », comme le changement climatique, ou socio-techniques, comme la question nucléaire – interroge cependant la question de l’acceptabilité sociale. Cela ne concerne pas simplement les dispositifs d’imposition en jeu (logique représentative/participative, sciences expertes/citoyennes), mais plus profondément la question des temporalités. Comment l’urgence interroge la capacité du « social » à s’adapter aux conséquences de cette urgence ? Les temps de l’effondrement (catastrophe lente et irruption soudaine de l’événement…) dessinent une autre grammaire de l’urgence et de la capacité des dispositifs classiques de la décision politique à « faire accepter » la gestion de l’urgence.

L’atelier a vocation à permettre une confrontation interdisciplinaire (philosophie, science politique) sur les conditions d’énonciation de cette urgence et les formes de son institutionnalisation (à partir de l’acceptabilité, qui suppose une transformation des pratiques et des représentations).

Programme

Matinée (10h – 12h30)

Réflexion générale sur les modèles de la nature

  • Edouard Jolly[6], « Risque atomique irréversible et acceptabilité sociale » 
  • Hicham-Stéphane Afeissa[7] « Appréhender la fin ? » 

Après-midi (14h – 16h30)

Approfondissement sur nature et politique en prenant le cas du climat

  • Raphaël Stevens[8], « Scénarios de l’acceptation ? »
  • Alain Kaufmann[9] « Démocratie technique, participation, sites de problématisation: entre acceptabilité sociale et genèse d'une démocratie écologique »

Discutant : Bruno Villalba[10]

Notes

[1] Professeur des Universités, Science Politique, AgroParisTech.

[2] Hickson, A., Phillips A. and Morales G., 2007, « Public perception related to a hydrogen hybrid internal combustion engine transit bus demonstration and hydrogen fuel », Energy Policy 35 (2007), p.2249-2255.

[3] Centre d’analyse stratégique (2011), “Nudges verts” : de nouvelles incitations pour des comportements écologiques ; Note de presse.

[4] Thaler Richard H., Sunstein Cass R. (2003), « Libertarian paternalism is not an oxymoron »,  The University of Chicago Law Review, vol. 70(4).

[5] Marie-José Fortin, Yann Fournis, « Vers une définition ascendante de l'acceptabilité sociale : les dynamiques territoriales face aux projets énergétiques au Québec », Natures Sciences Sociétés 2014/3 (Vol. 22), pp. 231-239, p.232.

[6] Post-doc researcher on ERC Project: GRAPH (The Great War and Modern Philosophy) at the Husserl Archives, Institute of Philosophy, KU Leuven.

[7] Professeur agrégé, docteur en philosophie et en géosciences & environnement, membre associé du laboratoire "Logiques de l'agir" (EA 2274) de l'Université de Franche-Comté.

[8] Chercheur indépendant, spécialisé en résilience des systèmes socio-écologiques, formateur et auteur de Comment tout peut s’effondrer. Paris, Seuil, 2015 (avec Pablo Servigne) et Petit traité de résilience locale, éd. Charles Léopold Mayer, 2015).

[9] Sociologue et biologiste, directeur de l'Interface Sciences-Société de l'Université de Lausanne (UNIL).

[10] Professeur des Universités, Science Politique, AgroParisTech.

Mercredi 8 juin 2016

10h-17h30

Mettre à l'épreuve l'acceptabilité sociale. 

Séance spéciale à l'occasion du Forum des 25 ans du Réseau REHAL

Antenne de l’Université de Cergy (Gennevilliers)

ZAC des Barbanniers avenue Marcel Paul 92230 Gennevilliers

RER C (arrêt Gennevilliers)

Coordinateur de la séance : Jérôme Boissonade[1] 

Argumentaire

La notion d’acceptabilité sociale a émergé au début des années 2000, soit moins d’une décennie après celle de développement durable. Elles ont connu un succès similaire, une genèse assez proche, une fragilité de leurs fondements théoriques analogue et sont la plupart du temps portées par les mêmes acteurs.

Cette journée souhaite interroger les relations croisées entre ces deux histoires et les évolutions récentes de ces deux catégories de la pratique pour comprendre comment nous sommes passés d’une durabilité consacrée aux besoins essentiels des populations, auxquels les nations unies s’étaient engagées à répondre en 1992, à la volonté actuelle des mêmes acteurs d’aller jusqu’aux limites de ce que les consommateurs, les habitants ou les citoyens, peuvent accepter.

Cette appréhension de l’inacceptable, prise en charge initialement par la psychologie sociale afin de prédire et de changer le comportement des utilisateurs face aux systèmes technologiques [2], a aujourd’hui clairement changé d’échelle. Qu’il s’agisse des conséquences du traitement des informations collectées par la géolocalisation, au rôle éventuel du principe d’équité sur le traitement de la question des effets de serre, en passant par les questions d’accompagnement des publics et de reconnaissance des méthodes de conduite des projet urbains, « l’inacceptabilité » représente une menace qui hante l’action publique, notamment lorsqu’elle s’aventure sur des terrains environnementaux, ou plus largement, quand elle traite de questions susceptibles de relever du développement durable.

Quel rôle a joué la notion de développement durable dans la diffusion de « l’acceptabilité sociale » ? Lors de ces traductions croisées, comment se sont-ils transformés pour irriguer les débats contemporains ?

Si l’on reprend une des définitions récentes de l’acceptabilité sociale, celle-ci est comprise comme « un processus d’évaluation politique d’un projet sociotechnique mettant en interaction une pluralité d’acteurs impliqués à diverses échelles et à partir duquel se construisent progressivement des arrangements et des règles institutionnels reconnus légitimes car cohérents avec la vision du territoire et le modèle de développement privilégiés par les acteurs concernés »[3].

Limitée à la médiation et la résolution de conflits, cette notion relative et floue présuppose pourtant que ce sur quoi elle s’applique est nécessaire, légitime, et est ou sera réalisé [4]. Face aux « verrous comportementaux », la psychologie sociale, l’économie comportementale, les sciences de la communication, les neurosciences ou la science politique sont sollicités pour répondre à « l’impératif écologique » qui nécessite de prendre des décisions publiques dans des « univers controversés »[5] . Cette injonction à la durabilité qui laisse peu de place aux alternatives, légitime les entreprises d’acceptabilité sociale. Pourtant, la « coercition mutuelle » [6] peine à produire une « participation raisonnable » [7]. On assiste aujourd’hui à un retour du réel qui réinterroge le couplage de ces deux notions, qu’il s’agisse de l’effet rebond, des accusations de greenwashing ou des « effets pervers » de solutions « acceptées » par les consommateurs / usagers / habitants / citoyens et se révélant pourtant d’une durabilité bien restreinte.

Les recherches sur la durabilité peuvent-elles travailler la question de “l’acceptabilité sociale” sans pour autant se traduire par une injonction qui gouvernementalise les conduites ? Comment la recherche urbaine peut-elle s’extraire d’une approche normative de l’acceptabilité en termes de standards et de bonnes pratiques, alors même que les formes concrètes du développement durable sont constamment co-construites avec des acteurs publics et privés en demande de modèles transférables ? Dans quelle mesure la question l’instrumentation de ces recherches ne se pose-t-elle pas plus fortement que dans d’autres domaines ? S’agit-il d’investir de manière critique la notion d’acceptabilité et/ou élaborer des notions alternatives ?

L'objectif de cette séance, qui intervient à la suite du dossier éponyme de la revue [VertigO] est de faire le point sur les interactions entre développement durable et acceptabilité sociale et leurs effets sur les acteurs et les situations, avant la séance qui clôturera définitivement l'atelier "Développement durable et acceptabilité sociale", prévue le mercredi 22 juin (séance coordonnée par Jacques Lolive : "Le développement durable à l’épreuve de la société du risque. Stratégies d’acceptation par la durabilité pour métropoles insoutenables ?").

Programme

Matinée (10h – 13h)

Réflexion générale sur les résultats de l'atelier et ses perspectives (présentation en session plénière du forum ReHaL, par leurs animateurs (trices) des travaux menés dans le cadre des différents ateliers).

  • Jérôme Boissonade « Quel rôle du développement durable dans l'acceptabilité sociale ? »
  • Taoufik Souami Discutant

Après-midi (15h – 17h)

Acceptabilité environnementale et acceptabilité urbaine : approches croisées

  • Cécilia Claeys  « (Non) constructions des (in)acceptabilités : l'exemple des politiques de démoustication du littoral méditerranéen français »
  • Benoit Granier  « Production de l'acceptabilité sociale et sciences comportementales : le cas des smart grids au Japon »

Discutant : Jérôme Boissonade

Notes

[1]  Architecte, Maître de conférences en sociologie à l’Université du Littoral (ULCO) et chercheur de l’UMR LAVUE (équipe AUS).

[2] Jones, R., J. Pykett et M. Whitehead, 2013, Changing Behaviours. On the Rise of the Psychological State, Edward Elgar. Whitehead M. J., 2014, “The experimental citizen. The Psychological State and the Experimental Subject”, Changing Behaviours, 12/06/2014, http://changingbehaviours.wordpress.com/2014/06/12/the-experimental-citizen/

[3] Fortin Marie-José et Fournis Yann, « Vers une définition ascendante de l'acceptabilité sociale : les dynamiques territoriales face aux projets énergétiques au Québec », Natures Sciences Sociétés, 2014/3 Vol. 22, p.234, p. 231-239.

[4] Raufflet, E. 2014, « De l’acceptabilité sociale au développement local résilient », VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement [En ligne], Volume 14 Numéro 2 | septembre 2014, mis en ligne le 12 septembre 2014, consulté le 02 décembre 2014. URL : http://vertigo.revues.org/15139 ; DOI : 10.4000/vertigo.15139

[5] Un primat de la construction scientifique et sociale des problèmes sur leur perception directe par les individus ; le poids des incertitudes et des controverses scientifiques et sociales sur des aspects du réel qui sont pourtant essentiels pour nous permettre d’agir ; l’importance prise par la question de la représentation distincte des intérêts de tiers qui sont absents de la scène décisionnelle « ici et maintenant » (générations futures, faune, flore,…) ; une présomption d’irréversibilité qui concerne des phénomènes jugés majeurs, ce qui nous empêche d’attendre une stabilisation des savoirs pour agir.

[6] Douglas Mary (1992), De la souillure. Études sur la notion de pollution et de tabou, Paris, La Découverte

[7] Barbier Rémi (2002), « La fabrique de l’usager. Le cas de la collecte sélective des déchets », Flux, 2002, n°48-49, p.35-46, p. 37.

Mercredi 22 juin

Le développement durable à l’épreuve de la société du risque

10h-17h

Institut des Sciences de la Communication du CNRS (ISCC)

20 rue Berbier-du-Mets 75013 Paris

Métro Les gobelins (ligne 7)

Entrée libre (sans inscription)

Coordinateur de la séance : Jacques Lolive[1]

Argumentaire

Le développement spectaculaire des risques environnementaux dans les sociétés contemporaines a été analysé par Ulrich Beck qui a proposé la notion de société du risque. Selon lui, « la production  sociale  de  richesses  est  systématiquement  corrélée  à  la  production  sociale  de risques ».  Si  le  risque (et  sa  réalisation catastrophique) fait  désormais partie intégrante des sociétés actuelles, comment le développement durable peut-il prendre en compte cet élément encombrant ?  Quelles  trajectoires  de  durabilité  peut-on  mettre  en  œuvre  pour  améliorer  la situation  de  ces  sociétés  insoutenables,  et  notamment  les  situations  post-catastrophiques ? Comment habiter dans les zones à risques qui se développent dans des métropoles où coexistent zones industrielles, zones contaminées, favelas, zones inondables, crise de l’eau et mort des hydrosystèmes ?

Face à ces enjeux nous proposons de privilégier :

  • une réflexion sur la méthode qui soit à la fois une posture de recherche et une méthode de transformation sociale
  • une réflexion sur les premières actions pour amorcer une trajectoire de durabilité dans ces métropoles insoutenables.

Comment combiner information, changements de comportements et mobilisation des populations exposées. ? Comment impliquer les  habitants exposés  dans  la  gestion  des  zones  à  risque ? Comment commencer à faire changer les choses dans les métropoles insoutenables ?

Ces questions seront abordées à partir de certaines controverses :

  • Société du risque versus développement durable
  • Acceptabilité sociale du risque et adaptation versus développement durable.
  • Urgence d’agir pour améliorer la situation des populations exposées versus processus long de transformations profondes et graduelles.
  • Communication du risque versus Participation du public. Protection de l’environnement versus droit social

Plusieurs terrains viendront à l’appui des débats :

  • Habiter dans les zones contaminées de São Paulo (J .Lolive, C. Okamura analyseront la situation du Condominium Barão de Mauá)
  • Les  occupations  irrégulières  de  zones  protégées  (J.  Lolive,  C.  Okamura  analyseront  les occupations illégales dans la zone de protection du barrage-réservoir de Guarapiranga)
  • Les zones à risques de l’étang de Berre, des estuaires de la Gironde (Blayet) et de la Severn (Hinkley Point) (F. Chateauraynaud y analysera la « rébellion des milieux »)
  • L’expérience de l’éco-quartier de l’Union à Roubaix (B. Villalba présentera cette expérience pour justifier la nécessité de promouvoir une durabilité forte)

Ces approches  seront complétées par un éclairage philosophique sur la participation, avec Joëlle Zask, spécialiste de la philosophie pragmatiste et notamment de celle de John Dewey. Elle proposera des pistes de réflexion inspirées du pragmatisme pour nous aider à réfléchir sur le développement d’une « participation contributive » qui incluera le  public des populations des favelas. Elle s’appuiera notamment sur  son  dernier livre qui analyse comment l’agriculture paysanne cultive les valeurs démocratiques

Cette journée se terminera par une Assemblée générale du réseau “Approches Critiques du Développement Durable” Ouverte à tou.te.s. Cette réunion sera l'occasion de discuter du fonctionnement du réseau et de la proposition d'atelier élaborée lors de la journée du 8 juin pendant le forum des 25 ans du REHAL et qui prendra le relais de celui-ci l’année prochaine.

Programme

Matinée (10h – 12h30)

  • Jacques Lolive et Cintia Okamura[2] La société du risque une perspective heuristique pour analyser les métropoles insoutenables ?[3]
  • Francis Chateauraynaud[4] La rébellion des milieux : une critique pragmatiste de la société du risque (Hinckley Point)[5]

Après-midi (14h – 16h30)

  • Bruno Villalba[6] L’expérience d’un « éco-quartier » à Roubaix : la nécessité de promouvoir une durabilité forte[7]
  • Joëlle Zask[8] La démocratie aux champs : quelques pistes pour une démocratie contributive[9]

Discutant : Jacques Lolive

Après-midi (16h30- 17h)

Assemblée générale du réseau “Approches Critiques du Développement Durable” (ACDD)[10] ouverte à tou.te.s

Notes 

[1] Directeur de recherche en sciences politiques au CNRS (laboratoire PACTE).

[2] Sociologue et Chercheuse à l’Agence de l’Environnement de l’État de São  Paulo (CETESB) et à l’Université de São Paulo.

[3]Jacques Lolive,  politiste spécialiste des  questions environnementales et  Cintia Okamura (CETESB), sociologue brésilienne spécialiste du milieu anthropique, présentent leur  recherche  « Expérimenter des  méthodes  pour  développer  une  culture  du  risque  à  São Paulo », dans une métropole au développement insoutenable où les risques font partie de la vie quotidienne.

[4] Directeur d'études en sociologie à l'EHESS et Directeur du Groupe de sociologie pragmatique et réflexive (GSPR).

[5] Francis Chateauraynaud, sociologue pragmatiste spécialiste des alertes et des risques, présente des situations comparables dans des zones à risque en France. Il développe ses analyses sur « la rébellion des milieux », des modes de contestation où les acteurs font valoir une manière d’habiter, d’investir, de coproduire un monde qu’ils refusent de voir inféodé à un espace de calcul centralisé.

[6] Professeur des Universités, Science Politique, AgroParisTech.

[7]Bruno Villalba, politiste spécialiste de la sociologie environnementale et de l’écologie  politique,  réfléchit  sur   les   conditions   d’une   durabilité  forte. Il analyse les contradictions entre durabilité et acceptabilité et le conflit entre les situations d’urgence et la nécessité de transformations profondes.

[8] Maître de conférences HDR en philosophie, à l'Université de Provence.

[9] Joëlle  Zask, spécialiste de philosophie politique et du pragmatisme (notamment de  John  Dewey),  analyse la  participation comme une  entreprise d’individuation qu’elle définit comme capacité  d’engagement et d’initiative. Elle s’appuiera sur son dernier livre « la démocratie aux champs » pour alimenter notre réflexion sur la participation des habitants des favelas.

[10]Cette réunion sera l'occasion de discuter du fonctionnement du réseau et de la proposition d'atelier élaborée lors de la journée du 8 juin pendant le forum des 25 ans du REHAL et qui prendra le relais de celui-ci l’année prochaine.

Lieux

  • 1er étage - 118 / 130 avenue Jean Jaurès | Institut des Sciences de la Communication du CNRS (ISCC), 20 rue Berbier-du-Mets
    Paris, France (75019 | 75013)
  • Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord, Amphi 140 - 20 Avenue George Sand
    Saint-Denis, France (93210)
  • Antenne de l’Université de Cergy, ZAC des Barbanniers, avenue Marcel Paul
    Gennevilliers, France (92230)

Dates

  • lundi 14 mars 2016
  • mardi 19 avril 2016
  • mercredi 08 juin 2016
  • mercredi 22 juin 2016

Mots-clés

  • développement durable, acceptabilité sociale, environnement, nature, changement climatique

Contacts

  • Jerome Boissonade
    courriel : jboisson [at] msh-paris [dot] fr

Source de l'information

  • Jerome Boissonade
    courriel : jboisson [at] msh-paris [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Développement durable et « acceptabilité sociale » », Séminaire, Calenda, Publié le vendredi 04 décembre 2015, http://calenda.org/349550