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The meaning of "going back over" in research

Numéro 2 de la revue Enquêtes et Ancrages

Enquêtes et Ancrages journal, issue 2

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Publié le jeudi 03 décembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Enquêtes et Ancrages est une revue de recherche en sciences humaines et sociales publiant, en ligne, deux numéros thématiques par an. Elle est destinée aux chercheurs intéressés par la réflexion sur la démarche d’enquête. Son objectif n’est pas tant de fournir un arsenal d’outils et de recettes méthodologiques applicables à toutes sortes d’investigations, que de restituer des expériences de chercheurs issus de différentes disciplines et « engagés » sur des terrains aux contours multiples. Elle souhaite ainsi participer à la constitution d’une « bibliothèque de cas » (Tripier, 2007) permettant de mettre au jour et de réunir les savoir-faire et les postures trop souvent implicites des enquêteurs.

Annonce

NDLR : L’équipe éditoriale a constaté que le terme « Ancrages » était déjà utilisé par une association qui a déposé ce nom auprès de l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI).

Pour cette raison, nous avons décidé de modifier le nom de la revue et de l’appeler Enquêtes et Ancrages. Il nous a semblé que ce titre ne trahissait pas nos choix scientifiques et éditoriaux.

Argumentaire

Appliqué à définir la « culture rationnelle », G. Bachelard inscrivait l’activité de « l’homme rationaliste » dans le renouveau et le recommencement - ce qu’il a désigné sous les termes de « philosophie du re » (1972 : 50). Reprenant cette description d’une pensée toujours en instance de reconstitution et de réorganisation, acceptant l’inattendu, prête à reprendre à nouveau frais son parcours argumentatif, la question du « re » dans l’enquête pourrait être posée à deux niveaux :

À un premier niveau, il serait intéressant de porter attention au « retour sur le terrain » et/ou au « retour sur enquête ».

« Faut-il revenir sur ses propres traces ? » s’interrogeait J. Duvignaud (1991 : 413) alors qu’il retournait, trente ans plus tard, à Chebika, village du Sud tunisien dans lequel il avait enquêté entre 1960 et 1966. De même, trente ans après avoir conduit une première enquête dans une ville ouvrière de Seine Maritime, quel sens peut prendre le retour sur le terrain de J.-F. Laé et N. Murard (1985, 2011) ? Que permet-il d’apporter à la connaissance ?

 Poser un regard différent – aiguisé par d’autres expériences de recherches –, s’inscrire dans une volonté d’approfondissement, prendre la mesure des propriétés dynamiques des mondes étudiés… ces motivations peuvent aussi animer des chercheurs qui investissent les terrains d’enquête défrichés par des prédécesseurs parfois illustres. On peut notamment penser ici à M. Burawoy (1979) qui a entrepris de « revisiter » le terrain d’investigation de D. Roy (Fournier, Actes de la recherche en sciences sociales, n°115, 1996) ou encore à A. Weiner qui a mené, cinquante ans après Malinowski, une enquête sur la pratique de la Kula (1992).

Quelles peuvent être les différences entre la démarche consistant à revenir soi-même sur son terrain d’investigation et celle par laquelle on se rend sur celui d’un autre chercheur ? Peut-on parler, à cet égard, d’auto-correction ou d’hétéro-critique ? Peut-on parler d’un travail individuel ou collectif de rectification ?

Des expériences de retour sur un même terrain, distantes de plusieurs dizaines d’années, telles que nous les évoquions plus haut, peuvent se révéler heuristiquement fécondes :

Dans la mesure où les objets que traitent les sciences humaines évoluent dans le temps, se transforment, changent d’aspect et invitent l’enquêteur à réaliser de multiples ajustements, les retours sur des terrains d’enquête peuvent-ils permettre de saisir la dynamique d’un ensemble social ? Peut-on les considérer comme des « études de cas élargies » qui auraient une dimension historique plus que géographique ? En donnant une perspective longitudinale à l’enquête, ne permettent-ils pas, en effet, aux enquêteurs de se dépêtrer du piège de la contemporanéité ? 

Au-delà du souci de mesurer « ce qui a changé » sur un terrain d’enquête, les « retours » peuvent aussi s’inscrire dans une volonté de dépassement scientifique de travaux antérieurs. Dans cette perspective, la « comparaison continue » est-elle susceptible d’éclairer le travail dynamique de correction, d’affinage et d’approfondissement qui caractérise la démarche scientifique ? Permet-elle d’aborder l’enquête dans une logique de « connaissance rectifiée » ? Peut-elle être appréhendée comme un dispositif de vérification ou de falsification au sens poppérien du terme ? En outre, la question de l’historicité des objets que traite les sciences humaines ne rend-t-elle pas vaine une telle entreprise ?

 Ces deux démarches (saisir la dynamique d’un terrain et saisir la dynamique d’un champ scientifique) peuvent se télescoper. Sans doute renforcent-elles l’idée que les résultats produits par l’enquête ne peuvent éradiquer une part plus ou moins importante de contingence, d’approximation et d’incertitude. N’inscrivent-elles pas les sciences humaines dans une épistémologie de la prudence, inquiète et vigilante, sensible aux « impuretés » qui caractérisent certaines séquences du processus de connaissance ?

À un deuxième niveau de réflexion, si l’enquête se fait enquête sur l’enquête, ne devient-elle pas interminable ? Cette question semble traverser l’ensemble des sciences humaines. N’avait-elle pas déjà été explicitement posée par S. Freud lorsqu’il estimait que la psychanalyse était susceptible d’explorer infiniment le conflit psychique, devenant par-là même interminable (L’analyse finie et l’analyse infinie, PUF, 2012) ? Ne retrouve-t-on pas, d’une certaine manière, un souci similaire dans la notion de « saturation » ? Enfin, même si l’ethnographe ou l’historien s’efforcent d’être exhaustifs et rêvent parfois d’une « ethnographie totale » de leur terrain, ne doivent-ils pas se résoudre à produire une ethnographie ou une histoire partielle et se contenter d’une « connaissance approchée » appelant à être dépassée ?

Modalité de soumission

Nous invitons les auteurs intéressés à soumettre une note d’intention d’une page

avant le 15 février 2016

en l’adressant à l’adresse suivante : redaction@revue-ancrages.fr

Et à consulter les règles générales de soumission des articles et la charte de mise en forme à l’adresse suivante : http://www.revue-ancrages.fr

Calendrier

  • Note d’intention (1 page) : Le 15 février 2016.

  • Réponse aux auteurs : Fin février 2016.
  • Articles en 1ère version : 15 mai 2016.
  • Retour aux auteurs : 15 septembre 2016.
  • Article en 2ème version : 15 octobre 2016.
  • Date envisagée pour la sortie du numéro : Décembre 2016.

Présentation et projet scientifique de la revue

Enquêtes et Ancrages est une revue de recherche en sciences humaines et sociales publiant, en ligne, deux numéros thématiques par an. Elle est destinée aux chercheurs intéressés par la réflexion sur la démarche d’enquête. Son objectif n’est pas tant de fournir un arsenal d’outils et de recettes méthodologiques applicables à toutes sortes d’investigations, que de restituer des expériences de chercheurs issus de différentes disciplines et « engagés » sur des terrains aux contours multiples. Elle souhaite ainsi participer à la constitution d’une « bibliothèque de cas » (Tripier, 2007) permettant de mettre au jour et de réunir les savoir-faire et les postures trop souvent implicites des enquêteurs.

La ligne éditoriale de la revue ne s’inscrit pas dans une posture théorique particulière mais part plutôt d’un constat : celui de la fragilité du dispositif d’administration de la preuve dans les sciences sociales. Enquêtes et Ancrages propose d’y remédier à sa mesure par une description fine des opérations de découvertes : Comment se négocie l’accès à un terrain ? Quelles formes concrètes peuvent prendre la tension entre décrire et raconter ? Par quel format d’écriture rendre publics les résultats d’une investigation ? Ou encore quelles sont les potentialités des technologies de l’information et de la communication dans la logique de découverte scientifique ? En somme, ce sont les différentes opérations engagées dans la démarche d’enquête et les nombreuses capacités d’ajustement qu’elle suppose qui constituent l’objet autour duquel s’élabore la revue.

Pour une présentation complète de la revue, voir l’adresse suivante : http://www.revue-ancrages.fr

Comité de rédaction

  • Sandrine BAUDRY, MCF en LEA Anglais, Université de Strasbourg, SEARCH.
  • Simon CALLA, ATER en Sociologie, Université de Franche-Comté, LASA-UFC.
  • Christian GUINCHARD, MCF HDR en Sociologie, Université de Franche-Comté, LASA-UFC.
  • Jean-François HAVARD, MCF en Sciences politiques, Université de Haute-Alsace, SAGE.
  • Laetitia OGORZELEC, MCF en Sociologie, Université de Franche-Comté, LASA-UFC.

Comité scientifique

  • Arnaud ESQUERRE, Sociologue, Chargé de recherche au CNRS, membre du LESC, Nanterre.
  • Laurence GUIGNARD, MCF en Histoire contemporaine, Université de Lorraine, membre du CRULH.
  • Jean-François LAÉ, PR en Sociologie, Université Paris 8, membre du GTM-CRESPPA UMR7217 - CNRS - Paris 8.
  • Jean-Marc WELLER, Sociologue, Chargé de recherche au CNRS, membre du LISIS (Laboratoire Interdisciplinaire Sciences Innovations Société), Université Paris-Est.

Dates

  • lundi 15 février 2016

Mots-clés

  • enquête, ancrage, terrain, revenir, reprendre, retour

Contacts

  • Simon Calla
    courriel : redaction [at] revue-ancrages [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Simon Calla
    courriel : redaction [at] revue-ancrages [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Revenir, Reprendre... Le « re » dans l'enquête », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 03 décembre 2015, http://calenda.org/349574